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mardi 9 février 2016

Un peu de sexe avec Fabrice Hadjadj

Voici une nouvelle conférence de Fabrice Hadjadj, tentons de parler de différence de sexes d'un point de vue aussi bien de croyant que de profane. Cette conférence a été tenu lors d'une conférence de carême passée. Cela tombe bien, cette année il commence demain. Qu'il vous soit bon.

 



Mâle et femmes à son image



Il y a deux tentations. La tentation de la chair et la tentation du mépris de la chair. Chair sans esprit, esprit sans chair.


Introduction, Le charnel nous parait loin de l'esprit. 
Il ne faudrait pas en parler en temps de Carême ? Non, parlons-en ! Hadjadj voit deux raisons.

1 Nous acquiesçons au bavardage actuel. Le monde moderne se croit libérateur de la sexualité alors qu'il est anti-sexuel. Il appelle sexe ce qui est sa dégradation consumériste, non plus acte engageant toute la personne. Il peut séparer les sexes, le corps et l'âme, et être séparé de toute question d'engendrement.
Acte de jouissance consommateur avec sentiments publicitaires. Éclatement contre recueillement, divertissement mais non rencontre. Signe d'angoisse et de désorientation. Perte d'espérance. Pourquoi s'ouvrir à la vie ?...

2 Mauvaise conception du carême.
Carême est aussi pour développer la maîtrise de soi, mais cela peut seulement agrémenter son estime de soi ou pour son orgueil.
Il existe aussi une mortification moderne, régime, exercice, soirées, discipline de winner.
Mais au final pourquoi cette mortification ?
Dans la foi, c'est pour recevoir la vie en abondance. L'essentiel est dans le retour à la mort et à la résurrection. Pénitence dans la peine mais dans le repentir.
Si carême est retour à l'origine, il est convenable de parler de sexualité.



Être à l'image de Dieu se rapporte à l'union de l'homme et de la femme 

Il lit le texte de la genèse: humour et code génétique.

 Le second récit de la Genèse joue avec les singuliers et les pluriels du nom de Dieu et des hommes, signe de la Trinité.  L'homme trouve son unité seulement dans la communion. Ambivalence, parallèle grammatical, humain et image de Dieu, unité dans la pluralité, d'autant plus singulier qu'il rentre dans une communion.

Hadjadj signale le paradoxe suivant : Ce qui nous est invitation à dominer les bêtes est pourtant ce qui nous rattache à eux, c'est à dire être "mâle" et "femelle". Les chrétiens ne prêchent pas un dualisme mais incarnation et Paul ne cesse de nous inviter à nous méfier de la débauche et du puritanisme (corps, temple de l'Esprit), ne jamais séparer la chair et l'esprit. 

L'homme est à l'image de Dieu par sa sexuation. Pour défendre cette thèse, Hadjadj va partir des points ci dessus pour ensuite noter quelques préambules pour ensuite attaquer le vif du sujet.

1 La sexualité humaine est sexualité consciente de la mort.
Pas de réflexe. Il y a une sexualité humaine. Je ne suis pas une esprit qui pilote un corps humain. Ce n'est pas une sexualité animale à diriger vers la raison. Il y a une sexualité humaine contre la sexualité animales.
Engagement sexuel est engagement de personne et non déterminisme bestial dont devrait s'excuser notre âme.

2 Sexualité religieuse en elle même
Le rite remplace le rut
Dans toute société traditionnelle, la sexualité n'a rien de brutale, elle est ritualisé, on s'unit aux esprit, grand prêtre, grands rituels. Cela est vrai aussi pour notre époque.
Mais le seul rituel restant est la consommation. La sexualité est devenu acte consumériste.
Nous ne voulons pas la survie. 
La chair a besoin d'arche, besoin de l'espérance, pour s'épanouir. Pour quoi sinon? Aujourd'hui, nous ne voulons que la survie, que chaque être soit pour la félicité.
Pourtant ne plus voir l'arche d'alliance est aller vers la logique castratrice. C'est la  logique de la libération sexuelle qui est castratrice. Réduire la vie sexuelle à un acte de divertissement est le signe d'une fuite devant le désespoir.
Les parents, homme et femme, sont les témoins de l'espérance, de l'anticipation de la vie céleste.
Jésus est la pour accomplir cette arche. Pas en exemple mais en manière de finalité. Époux de toutes les âmes, dans l'arche de son corps, il permet la sexualité de s'accomplir. Malgré le déluge, on peut aller au delà du superficiel, joie et donner à la vie qui va vers la gloire de la résurrection.

3 Une relation non utilitaire
Comment penser la domination de l'homme sur la nature
Pas avec puissance. Faire sentir sa puissance est signe de la faiblesse.

L'homme bâtit une arche pour la nature et cela se retrouve dans la relation homme femme. il domine car il s’élève à l'ordre de la grâce, contemplation et compassion.
Sanctification du shabbat? Si homme et femme ressemblent à Dieu c'est que leur relation n'est pas seulement utile. C'est du travail mais aussi du sabbat. Amour de l'autre pour lui-même. L'un contemple l'autre et rend grâce au créateur. (Tous les arts s'enracinent de l'émerveillement devant la femme.) Adam à l'image de Dieu par son intériorité de relation pour la donation et l'hospitalité (arche)




et donc  enfin

Mâle et femelle sont les différences exemplaires car elles sont d'abord des noms de relations.
Le masculin est féminin parce qu'il est tourné vers le féminin et inversement.
Toute tentative de refus pour lui de s'identifier par rapport à la relation à la femme conduit à l’efféminement ou au machisme. Inversement, le féminisme devient machisme intériorisé avec des êtres en concurrence au lieu de les voir en relation.
Virilité : pas la bière mais bâtir une arche pour une femme.
Féminité, pas les cosmétiques mais ménager demeure pour un homme.
Ces noms de relation convergent vers la parentalité (charnelle ou spirituelle)
Jeux entre les deux premiers récits de la Genèse. Contradiction qui n'en sont pas. La lettre ne tue pas.
L'homme cherche à s'accomplir dans les relations. Il voit les animaux, il les nomme avant tout (vocation poétique). Mais il cherche une aide.

L'altérité ?
Dieu fut potier pour l'homme, bâtisseur pour la femme. Il ne nomme pas la femme, il chante une louange. C'est ma propre chair... Le femme le conduit hors de lui-même. Rien ne vaut le corps féminin en terme de construction. Elle est un coup d’arrêt à sa volonté de puissance. C'est la différence radicale, création de la femme, n'est pas clonage, mais avènement de ce qui est plus proche et le plus loin.
Invitation à aventure inédite. (amour de Dieu, du prochain et de soi deviennent indissociable)

Rien d’idyllique, aventure qui est un drame. Itinéraire vers Dieu. (Quitter, s'attacher, devenir un)
Croix, arche divin.

Conclusion
La sexualité humaine ne veut pas que le plaisir sensuel isolé égoïste mais veut la joie de la communion et de la fécondité dans l'espérance. Pour ces deux êtres blessés par la mort et le péché, elle exige que nous communions par nos plaisirs mais aussi dans nos angoisses, nos faiblesses, notre nullité. Or une telle communion n'advient en plénitude qu'a travers la croix de l'amour avec orgueil mis à mort, accueil de l'autre en tant qu'autre, qui est de lui pardonner et de se laisser pardonner pour entrer dans une vie qui surpasse tous nos projets


La morale sexuelle chrétienne est mystique. Elle barre des impasses pour ouvrir un chemin inimaginable à travers les eaux.

C'est la prétendue libération sexuelle qui est répressive avec ses mots restrictifs et frileux. Sexe comme un programme ou chacun jouit à part.
La sexualité n'exige pas de préserver mais de se donner
Ne nous enfermons pas dans un planning mais ouvrons à l’événement de la vie
L’Église n'impose rien, elle ne fait que révéler l'ordre de la réalité et donc la nature profonde la sexualité humaine.

samedi 15 février 2014

Amour et amour propre dans roman contemporain par René Girard

Dans cet essai paru dans "Géométries du désir", René Girard reconduit sa théorie du roman en montrant comment elle comprend son mouvement historique vers un individualisme toujours plus vaniteux et toujours plus romantique quand bien même elle prend les attributs d'une sexualité exacerbée. Il faut le répéter avec Girard, l'individualisme se retourne contre lui, même quand il prend le masque de la libération sexuelle.... Mais n'y croyons rien...

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Le romantisme est une réaction pour justifier le "soi", lui même menacé par l'anonymat et de désintégration des sociétés démocratiques.
Les premiers romantiques s'affirment par l'intensité de l'amour pour une femme qui tient, au final, un rôle mineur. Le romantique est un Dieu et son amour, communion avec lui-même. Le mythe de l'amour romantique a survécu mais en se caricaturant.
Nous aboutissons alors à la littérature du début XXème, Lawrence, Breton, Gide, Montherlant... La sexualité remplace l'amour comme instrument de la justification de "soi".
P201 : Les moyens sont différents, mais la fin reste la même. Les premiers romantiques se targuaient de l'éternité de leur attachement à une femme irremplaçable ; leurs successeurs exultent dans la vigueur toujours renouvelée de leur désir pour un nombre indéterminé d'objets sexuels. L'importance toute relative des partenaires sexuels ne fait désormais plus de doute. La nature interchangeable des objets exhausse l'unité et la supériorité du sujet désirant.








 


Avec Freud, ces auteurs seront considérés comme des libérateurs de l'humanité pour une meilleure vérité sexuelle. Pour Girard la dimension mythique des œuvres du XXème siècle a augmenté mais sont restées inaperçues. Par exemple, Don Juan est banalisé. Il est partout, surtout dans Mr Jean de Roger Vailland.
Ce sont des grands malentendus. Au XVII, Don Juan prend l'allure d'un homme vertueux, il prend des risques et accepte les échecs. Au contraire, Mr Jean montre sa lubricité, Mr Jean voulait être comme Don Juan mais Don Juan non... Les deux dissimulent leur identité mais Mr Jean souffre de l'indifférence. C'est le signe de la vanité. L'égotiste se croit Dieu, il croise une femme indifférente, la divinité lui revient automatiquement. La femme émancipé a les mêmes ambitions métaphysiques. Elle veut être Dieu et est fascinée par les apparences  d'invulnérabilité.

Mais la filiation de l'homme moderne n'est pas avec Don Juan mais avec le dandy, professeur d'indifférence. Selon Stendhal, c'est l'enfant de la démocratie. Il affiche son indifférence pour attirer les désirs oisifs. C'est le capitaliste des désirs. Du dandysme naît l'érotisme qui est un contrat entre "moi" égaux cherchant à se vaincre de surenchère et de désinvolture. Le premier qui avoue son désir sera rejeté. C'est un monde de réciprocité impossible. Les héros d'aujourd'hui sont voués à être déçus malgré l'aspiration à la communion sentimentale. Si les amoureux ne peuvent s'entendre, c'est que chacun tend à entretenir l'illusion de la divinité.
L'érotisme est le signe de la fascination pour l'identique vu comme altérité radicale. Ce sont deux miroirs face à face.. Cela peut être une raison de la confusion des sexes. L'obsession homosexuelle ne serait elle pas une forme paroxystique de ce malaise ?

Or la contagion prend la petite bourgeoisie. Camus en sera peut être le Dostoievski... Dans "la chute", le héros, après une blessure d'amour narcissique, cet avocat de grandes causes écarte les bouc émissaires naturels et condamne son propre égotisme. Non, l'individualisme n'est pas le facteur unificateur. tout ce qu'il embrasse se désintègre. L'exaltation de la sexualité ou avant de l'amour ne sont que les symptômes de la crise spirituelle.

Ensuite Girard note la dimension voyeur de la littérature et de l'individualisme moderne. Le refus stratégique et impuissance sentimentale se rejoignent. L'invulnérabilité équivaut l'impuissance. Le roman moderne se sépare en deux frères jumeaux, les séducteurs arrogants et les pauvres misérables.
Citation p213 : Ces héros antithétiques constituent les deux moitiés de notre vérité. Mais une demi vérité n'est pas toute la vérité, c'est même l'arme la plus redoutable contre la vérité. Les romanciers de la demi-vérité (quelle qu'en soit ici la moitié) sont tous des romantiques masqués.
Mais il y a un problème. Plus la femme désirée le regarde, plus notre séducteur réprime son désir. Il en devient paralysé, c'est le début de la dialectique de voir sans être vu. Exemple nombreux de voyeurisme dans les romans modernes.
Le roman devient lui même voyeur et invite le lecteur à sa suite. Ainsi apparaît le nouveau roman. L'objet est écrit non comme il apparaît mais comme spectacle. La sexualité s'envahit dans toute la description.
Voyeur, n'est ce pas le rôle de l'homme contemporain que la société moderne lui a assigné ?

Ex: Robbe-Grillet, la jalousie, le héros semble absent. L'être humain est décrit comme un objet.
"La jalousie" demeure le triangle classique du drame bourgeois. L'histoire décrit malgré tout l'angoisse et le symbolisme de la haine. La jalousie résume les sentiments du héros et aux passions et aux persiennes par lesquelles il épie. Nous sommes aussi loin de la véritable communion que de la solitude. La conscience omnipotente de la philosophie s'avère être une prison. L'individualisme se retourne contre lui-même. Nous sommes fatalement ramenés à cette vérité.

Citation P218 La sexualité n'est pas, comme le croyait Freud, le principal ressort de notre existence, mais un miroir qui la reflète en totalité. C'est ce miroir que nous tend le roman contemporain. Et nous y voyons apparaître, de plus en plus nettement, l'échec de l'entreprise prométhéenne.

vendredi 26 juillet 2013

Hadjadj contre la "saine famille" de Michel Serres


Dans un article récent, Fabrice Hadadj réagit et contredit l'article de Michel Serres paru dans le magazine "Etude" sous le titre "La saine famille". Disputatio à quelques semaines d'écart pour éclaircir la nature de la Sainte Famille et la légitimation ou non du mariage homosexuel par la théologie catholique. Ces deux articles sont payants encore, je ne peux vous les mettre à disposition.
Parmi les catholiques, sans en connaître la proportion, il y a une séparation sur ce thème (dont voici deux exemples, ici et là), ces articles ne reprennent pas tous les arguments entendus, ils touchent plus particulièrement la délicate question de la défense de la famille "naturelle" et des liens du sang malgré tout.

Ici, Hadjadj fait oeuvre de santé publique en luttant contre les fausses évidences de notre temps. Les liens charnels, en plus d'être complétés et sanctifiés par le Christ dans ses liens avec Marie et Joseph, sont pris en exemple et utilisés par le Christ pour donner naissance à la fraternité universelle en lui, et non l'inverse. Ce n'est pas la fraternité universelle qui légitimerait les liens de sang.
Évitons tous les universalismes désincarnés qui, croyant offrir la paix au monde, éloignent de l'amour véritable qui est don reçu et, d'une certaine manière, toujours engendrement.
Les tendances modernes ne sont qu'un réchauffement de la gnose chrétienne méprisant l'incarnation, mettant en opposition la grâce et la nature, alors que cette première élève et guérit la seconde.
Cette gnose, en plus d'être une erreur est un chemin de fausse sagesse, de violence et d'indifférentiation, ne rendant hommage ni à Dieu, ni à l'homme.

In fine, la famille naturelle est l'icone de l'amour surnaturel. Saurons nous la protéger et l'honorer ?

Ci dessous, voici un résumé du texte de Fabrice Hadjadj.



Thèses de Michel Serres,
Serres prétend fournir un point de vue proprement théologique à la question du mariage homosexuel.
La thèse essentielle de Serres est que la Sainte Famille chrétienne déconstruit la famille naturelle. Il faudrait en tirer, alors, les conséquences.
En effet, en celle ci tout y est surnaturel, anormal, Il y aurait de la GPA dans l'annonciation, Joseph ne serait qu'un père adoptif. Les revendications homoparentales sont donc évangéliques.
Serres reproche à l'Eglise, dans ce débat, de se positionner sur des arguments anthropologiques et de refuser l'observation de l’Évangile.
Ensuite, Serres part des analyses de Francis Fukuyama sur le refus du moyen Age chrétien du mariage des hommes destinés à la prêtrise. Fukuyama pense que ce refus venait du désir d'empêcher la création de dynasties catholiques puissantes. Le célibat ne fut donc pas pour le "Royaume" mais contre les royautés dynastiques et surtout contre tout lien du sang.

Hadjadj diagnostique (en plus de la fragilité des arguments) un mépris de l'incarnation. Que sont devenus la généalogie des Évangiles ? Qu'est devenu le cousin Jean Baptiste ? La sainte famille refuse les liens de sang ?

Serres oppose les liens de sang raciaux, tribaux et excluant avec les liens choisis, liens libres et individuels, par amour. (ne parlons pas de la triade féminine perçue par Serres)

En quoi Serres est hérétique et est dans l'erreur par sa conception de la grâce.

Serres commet une erreur gnostique en mettant en contradiction le Dieu créateur et le Dieu rédempteur. En effet, il oppose Grâce et nature. Le surnaturel entre en concurrence avec le naturel et le culturel. La grâce chasserait l'ancien par le neuf (à l'encontre de Mt 13,5, du trésor sort du neuf et du vieux). Cette logique de la mode est aussi suggérée par le reproche fait à l'Eglise de s'appuyer sur des arguments anthropologiques. Or si l’anthropologie et la théologie diffère cela signifierait que l'incarnation de Jésus serait bancale et qu'il y aurait contradiction entre raison et foi. Le verbe incarné n'éclairerait pas vraiment le mystère de l'homme. Problème...

Serres voit aussi dans cette sainte famille une brisure avec l'ancien testament. Ce qui était exclusion tribale juive devient inclusion à tous.
C'est d'abord une vision étroite de l'élection juive qui oblige plus qu'elle n'exclut. (même si privilège, il y a) Puis, cela confirme la tendance gnostique de la pensée de Serres, qui voit dans la matière un piège créé par une entité mauvaise pour piéger les hommes destinés à être pur esprit. Dualisme de la liberté contre la nature, de la chair contre l'esprit, des liens de sang contre les essors de l'amour. Serres devient disciple de Valentin et Marcion.
Contre les cathares, Saint Thomas d'Aquin répétait : La grâce ne détruit pas la nature, mais l'achève, la comble.
La grâce complète la nature de l'homme. Elle l'affermit dans sa propre nature et la tire vers le surnaturel. Elle l'élève et la guérit. (Mathieu 5, 17, pas venu abolir mais accomplir.) Plus le Christ divinise, plus il humanise. Les deux vont ensemble. Tout homme est appelé à être greffé sur l'olivier franc.

Certes, le naturel humain est introuvable. Quelques fois réduit au  biologique et à l'animal ou bien en un ensemble d'invariants transculturels que l'on continue de chercher. Certains alors souhaitent le rayer de la carte. Car, en effet, la famille naturelle comme la raison, ne se trouve que rarement à "l'etat naturel". Mais la grâce ne vient pas renverser une nature perverse, elle vient guérir une nature blessée. L'affirmation du naturel est toujours un combat. Surtout quand la raison devient utilitariste... La "famille naturelle" devient autant trésor de la culture que don de la nature.

Amour de sang / Amour de charité

Mais pourtant le Christ ne nous a-t-il pas appris à aimer universellement quelle que soient nos identités non choisies ? Certes, cet amour dépasse les promiscuités mais il ne les défait pas.
De même, tout lien d'adoption se fabrique à partir d'un lien de sang préexistant. De même encore, la famille naturelle demeure l'analogie majeure pour exprimer le Royaume.
De même toujours, c'est au prix de son sang qu'il rachète tout homme et fait d'eux des frères. C'est par ce lien de sang tant honni par Serres que Jésus justifie la fraternité humaine, plus encore cette fraternité n'est pas un choix, une décision individuelle mais un fait auquel nous devons consentir et qui est difficilement choisissable vu le nombre d'enquiquineurs....
il y a un écart entre la fraternité chrétienne et "l'universalisme philanthropique, volontariste et plein de bonne conscience".
Pourquoi Serres a la certitude que les liens de sang seraient le principe de la violence et les liens adoptifs, choisis, les prodromes d'une civilisation de bonté ? Or les liens individuels purs sans lien de parenté est proche de la situation totale d'indifférentiation et donc propice à la guerre du tous contre tous.
N'est ce pas non plus dans ces horribles liens de sang que l'on peut découvrir l'amour le plus universel et l'amour sans condition, sans arbitraire, sans performances. L'adoption prend modèle sur cette parenté et non sur un marché des orphelins.
la charité trouve son analogie première dans les amours familiales les plus charnelles. Le Dieu qui veut nous ouvrir à l’amour inconditionnel de chaque visage savait ce qu’il faisait lorsqu’il créait l’homme et la femme : comment y aurait-il meilleure preparatio evangelica que ce qui procède des sexes ?

Les liens familiaux dans l'Evangile
Le terme adoption est utilisé par Saint Paul pour parler de notre vocation d'enfant de Dieu. Adoption qui nous permet de percevoir l'héritage divin. Cela est si proche de la filiation par engendrement que Saint Jacques préfère utiliser ce lexique. (Jc 1, 18)

Il ne faut pas diminuer, non plus, la paternité de Joseph. C'est de lui que Jésus retire sa généalogie. Jésus n'a pas d'autre homme pour père, Jésus est le fils de sa future femme légitime (et quelle légitimité!). Ce n'est pas de la nature qu'il tient sa paternité mais de l'auteur de la nature.Sa paternité est donc plus que naturelle.

Serres prétend aussi que Marie n'est pas absolument la mère, alors qu'elle est la mère absolument.
L'annonciation n'est pas vraiment un "choix individuel par amour" mais est le couronnement de l'ancien testament. Marie, nouvel Ève, qui ne dit pas "j'ai acquis un homme de par le Seigneur" (Gn 4,1) signe d'une possessivité étouffante qui explique souvent la stérilité débutante des matriarches, sevrage pour mieux accueillir le don du Tout Autre. Marie est le symbole extrême de cet accueil. L'annonciation est le contraire d'un planning, d'une PMA ou d'un GPA, d'une volonté démiurgique et de fantasmes de papa-maman.
Quel est, alors, le sens de l'Annonciation pour la famille naturelle ? Hadjadj répond :
Non pas défaire les liens du sang, mais rappeler, selon la constante affirmation juive, que le sang, c’est la vie, et que la vie ne nous appartient pas, qu’elle est mystère dans sa source et dans son embouchure, et que nous ne saurions avoir sur elle la mainmise sans la détruire.


Conclusion

La saine famille de Michel Serres ne vas pas dans la direction de la sainteté mais d'un certain hygiénisme psychologique, d'une normalisation technique et illusoire de la parenté. Rien ne remplacera l'accueil de ce qui nous est donné (malgré ses bêtises, ses péchés, ses faiblesses). Ce n'est pas en choisissant sa famille que l'on arrête ses névroses. C'est imaginer une cure radicale à nos maux intimes venant de la furie ténébreuse des sexes.
En croyant "rationnaliser" les relations, on va contre la révélation pour qui la famille "naturelle" est l'icone du surnaturel. La différence des sexes est cette ouverture folle au mystère d'amour constitutif de notre vie. Mystère si souvent broyé par non reconnaissance de l'amour et différence souvent reniée par l'orgueil du refus de l'insupportable fait.

vendredi 12 juillet 2013

Les questions anthopologiques de notre temps - Interview de René Girard

Mars 2007, René Girard est interviewé par  il Foglio. On ne trouve pas trace de cette interview sur le net sauf sous sa traduction anglaise. Permettez ci dessous, une traduction personnelle de l'anglais vers le français. (Dites moi, si éventuellement certains passages manquent de clarté ou s'il y a quelques erreurs. Puis pardonnez les éventuelles fautes d'orthographe)

J'ai rarement connu René Girard autant en verve que dans cette interview. Déconstruction, sexualité, nihilisme, anthropologie, mariage, Islam, postmodernité, apocalypse, papes, linguistique. Interview très percutante, tout autant personnelle que dans la ligne directrice de toutes ses recherches.


Autres traductions girardiennes ici et là
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"Après le langage, c’est l’homme que l’on commence à déconstruire ", "L’Eugénisme est une forme de sacrifice humain", “La sexualité est le problème, non la solution” : Les idées impitoyables d’un grand penseur

Malgré son âge de 84ans, René Girard n’a rien perdu de son audace de penseur définitivement radical. Il travaille actuellement sur un nouvel essai sur Karl von Clausewitz. L’auteur de grands livres contemporains comme "la violence et le sacré", "le bouc-émissaire", récemment élu parmi les 40 immortels de l’académie française est, en même temps que Claude Lévi-Strauss, notre plus grand anthropologiste vivant. Dans cette interview à « il Foglio », Girard revient vers ce qui définit « les grandes questions anthropologiques de notre temps ».

Il ouvre lui-même avec une question:

“Puisse-t-il y avoir une anthropologie réaliste qui suit la déconstruction ? En d’autres mots, est ce licite et encore possible d’affirmer une vérité universelle sur l’humanité ? Le structuralisme et l’anthropologie postmoderne contemporaine conteste cet accès à la vérité. L’école de pensée actuelle est « une castration de sens ». Mais de telles manières de discuter de l’humanité sont dangereuses."

Girard commente le "scandale" des religions comme il est apparu dans cette époque de néo sécularisme:

"A partir des lumières, la religion fut conçue comme un pur non-sens. Auguste Comte eut une théorie précise sur l’origine de la vérité, et son intellectualisme du XVIIIe rappelle beaucoup ce qui est en vogue aujourd’hui. Comte a dit qu’il y avait trois phases : la religieuse, qui est la plus enfantine ; la philosophique ; et finalement la scientifique, la plus tardive et la plus proche de la vérité. Aujourd’hui, dans le discours public, le but est de définir la « non-vérité » de la religion, cependant la religion est indispensable pour le survie de la race humaine. Personne ne s’est demandé quelle est la fonction de la religion. La foi est seulement exprimée comme "j'ai la foi" ou non. Quelle est la conséquence ? La théorie révolutionnaire de Charles Darwin a espéré démontrer l’inutilité de l’institution de quinze millénaires qu’est la religion. Aujourd’hui la démonstration est tentée sous la forme de la recherche sur le chaos génétique comme elle est énoncée par les néo-darwinistes. Si vous écoutez les scientifiques comme Richard Dawkins –un penseur extrêmement violent- vous voyez la religion comme quelque chose de négligeable."

Mais la religion a une fonction qui va bien au delà de la foi. Girard résume la véracité du don du monothéisme en une seule phrase (puis développe ensuite):

“L’interdiction contre le sacrifice humain. Le monde moderne a décidé que cette prohibition est un non-sens. La religion ne peut être conçue que comme une coutume de bon-sauvage, un état primitif d’ignorance sous les étoiles. La religion, cependant, est nécessaire pour supprimer la violence. L’homme est l’unique espèce dans le monde qui menace sa propre existence par sa violence. Les animaux même dans leurs jalousies sexuelles ne s’entretuent pas. Les êtres humains, si. Les animaux ne connaissent pas la vengeance, ne connaissent pas la destruction de la victime sacrificielle qui est un phénomène lié à la nature mimétique de la multitude applaudissante.

Malheureusement, aujourd’hui il n’y a qu’une seule définition de la violence, celle comme pure agression.

"C’est parce que nous voulons nous rendre innocent. La violence humaine, cependant, est le résultat du désir et de l’imitation. Le postmodernisme n’est pas capable de parler de violence. La violence est placée entre parenthèse et son origine est simplement ignorée. Et avec cela, la vérité la plus importante : que la réalité est, dans une certaine mesure, connaissable."

René Girard vient du radicalisme français:

"Je me suis rempli la tête avec la grotesque, la stupidité, la simple médiocrité de l’avant-garde. Je sais bien comment le déni postmoderne de la réalité peut conduire au discrédit des questions morales sur l’homme. L’avant-garde, en un temps relégué dans le domaine artistique s’est aujourd’hui étendue au domaine scientifique pensant à l’origine de l’homme. En un certain sens, la science est devenue la nouvelle mythologie : l’homme a créé la vie. Pour cette raison, j’ai accueilli avec un grand soulagement l’explication de Joseph Ratzinger sur le « réductionnisme biologique » - la nouvelle forme de déconstruction, le mythe biologique. Je me trouve avoir recours à la distinction faite par l’ex-cardinal entre science et scientisme.

La seule grande différence entre l’homme et les espèces animales est la dimension religieuse :

"C’est l’essence de l’existence humaine. C’est l’origine de la prohibition des sacrifices et de la violence. Là où les religions se sont dissoutes, commence un processus de décomposition. Le Micro-Eugénisme est notre nouvelle forme de sacrifice humain. Nous ne protégeons plus la vie de la violence. Nous brisons plutôt la vie avec violence. On cherche à s’approprier par nous-mêmes le mystère de la vie pour notre propre bénéfice. Mais nous raterons. L’eugénisme est l’apogée de l’école de pensée initiée deux siècles plus tôt et qui constitue le plus grand danger pour l’espèce humaine. L’homme est l’espèce qui peut toujours se détruire elle-même. C’est pour cette raison que la religion a été créée."

Aujourd’hui, il y a trois domaines- les armes nucléaires, le terrorisme et les manipulations génétiques- dans lesquelles l’homme est particulièrement mis en danger:

"Le vingtième siècle fut le siècle du nihilisme classique. Le vingt-et unième siècle sera le siècle du nihilisme attrayant (alluring). C.S. Lewis avait raison quand il parlait de l’abolition de l’homme. Michel Foucault ajoutait que l’abolition de l’homme était devenue un concept philosophique. Aujourd’hui, on ne peut plus parler d’ « homme ». Quand Friedrich Nietzsche annonçait la mort de Dieu, il annonçait la mort de l’homme. L’eugénisme est la mort de la rationalité humaine. Si on considère l’homme comme l’aboutissement du hasard et comme de la matière brute pour les laboratoires, un objet malléable à manipuler, on atteint le point d’être capable de tout faire de l’homme. Cela finit avec la destruction de la rationalité fondamentale qui appartient à l’être humain. L’homme ne peut pas être réorganisé et demeurer un homme."

Selon Girard, hormis la religion, nous perdons de vue aujourd’hui la fonction d’une autre institution anthropologique, à savoir le mariage:

"L'institution préchrétienne et renforcée par le Christianisme, le mariage est une indispensable organisation de vie. Elle est liée à la quête de l’immortalité. En créant une famille, c’est comme si l’homme recherchait l’imitation de la vie éternelle. Il y a eu des lieux et des civilisations où l’homosexualité fut tolérée ; mais aucune société ne l’a jamais placé au même niveau légal que la famille. Dans un mariage, nous avons toujours un homme et une femme ; qui sont des opposés. Dans les dernières élections américaines de 2006, le véritable vainqueur fut finalement élu sur un référendum sur le mariage naturel."

L’ennui métaphysique de l’Europe
Girard est en accord avec ce que dit Rémi Brague, arabiste de la Sorbonne, l’Europe est immergé dans un ennui métaphysique:

"C’est une très belle explication, et il me semble que la supériorité du message chrétien devient de plus en plus visible. Quand il est le plus attaqué, le Christianisme brille avec une plus grande vérité. Étant la négation de la mythologie, le Christianisme brille spécialement dans le moment quand le monde une fois de plus est imprégné de mythologies sacrificielles. J’ai toujours compris le « scandale » de la révélation chrétienne d’une manière radicale. Dans le Christianisme, au lieu d’assumer le point de vue de la foule, nous assumons le point de vue de la victime. Ainsi le Christianisme traite du renversement complet du scénario archaïque. Et provoque l’épuisement de la violence.

Girard parle de l’obsession de la sexualité:
"Dans les Evangiles, il n’y a rien de sexuel, et ce fait a été complètement romancé par les gnostiques contemporains. Les gnostiques, comme toujours, excluent des catégories de personnes, et les transforment en ennemis. Le Christianisme est l’exact opposé de la mythologie et du gnosticisme. Aujourd’hui, une forme de néo paganisme est mise en avant. La plus grande erreur de la philosophie post moderne est d’avoir pensée qu’elle pourrait librement transformer l’homme en un mécanisme de jouissance. Mais de cette poursuite du plaisir arrive la déshumanisation qui commence avec le désir faux de prolonger les plaisirs de la vie en sacrifiant les plus grands biens."

La philosophie postmoderne, dit il, se base sur la fausse affirmation que l’histoire est terminée:

"De là, nait une culture naufragée dans le présent. De là, vient encore une haine pour une culture vibrante qui affirme une vérité universelle. Aujourd’hui, il est largement cru que la sexualité est la solution à tout ; alors qu’au contraire, elle est l’origine de tous les problèmes. Nous sommes continuellement attirés par une idéologie de la séduction. Jusque là, la déconstruction n’a pas envisagé la sexualité au cœur de la démence humaine. Notre folie repose ainsi sur nos efforts volontaires de faire de la sexualité une chose frivole et banale. J’espère que les chrétiens ne suivent pas la direction de la déconstruction. Car la violence et la sexualité sont inséparables. C’est pourquoi la sexualité contient ensemble les plus beaux et les plus sombres éléments que nous portons en nous."

Nous sommes au milieu du divorce entre l’humanité et la syntaxe, dit Girard ; c’est le divorce entre la réalité et le langage:

"Nous perdons tout contact entre le langage et les régions de l’être. Aujourd’hui nous croyons seulement au langage. Nous y aimons des histoires à dormir debout  plus que partout ailleurs. Mais le Christianisme est une vérité linguistique, le logos ; Thomas d’Aquin fut le grand promulgateur de cette rationalité linguistique. Le grand succès du Christianisme anglo-américain et ainsi des Etats-Unis n’est pas sans rapport avec l’extraordinaire traduction anglaise de la Bible. Mais dans le catholicisme d’aujourd’hui, il n’y a pas eu suffisamment de rationalité, mais plutôt trop de sociologie. L'Eglise est trop souvent compromise par la flatterie du temps et de la modernité. Dans un certain sens, de tels problèmes ont commencés avec le concile Vatican II, même s'ils viennent d'une déperdition du Christianisme eschatologique qui le précède. L’Eglise n’a pas réfléchi assez sur ces transformations préconciliaires. Comment peut on justifier l’élimination totale de l’eschatologie, et ce même dans la liturgie ?"

Nihilisme et Apocalypse
Girard répète que jamais l'humanité ne fut dans un tel danger qu'elle ne l'est aujourd'hui:

"C’est la grande leçon de la formule de Karol Wojtyla : « La culture de la mort ». C’est sa plus belle formulation linguistique. Elle va très bien avec l’autre grande formule, de Joseph Ratzinger, la dictature du relativisme. Ce nihilisme de notre temps peut être aussi appelé déconstruction, ou simplement 'théorie'. Mais ce nihilisme est transformé en une respectable théorie philosophique et ensuite, tout devient frivole, tout est jeu de mots, tout est blague. Ainsi on peut commencer avec la déconstruction du langage, mais ensuite on finit avec la déconstruction de laboratoire de l’être humain."


Avec cette perte du respect pour la vie humaine, la déconstruction du corps est l’autre idée que Girard récuse:

"Elle vient des mêmes gens qui, d’un coté, veulent prolonger la vie infiniment, et maintenant, d’un autre coté, disent que le monde est surpeuplé."

Le critique littéraire Georges Steiner a écrit que même l’athéisme est métaphysique, Girard commente:

"Assurément, Steiner a toujours des idées merveilleuses. G.K. Chesterton dit que le monde moderne est remplie d’idées chrétiennes devenues folles. Même les lumières ont été un produit du Christianisme. Prenez une figure comme Voltaire, un exemple de mauvaise lumière qui a contribué à la déchristianisation de la France. Mais tout de même, Voltaire a toujours défendu les victimes, et fut en cela un grand chrétien, même sans le savoir. C’est pour cette raison que je dis qu’une mauvaise interprétation de la doctrine chrétienne est encore pire quand elle vient de l’extérieur de la tradition. Le Christianisme continue de nous proposer une explication convaincante et fascinante du mal humain. Mais nous perdons la dimension apocalyptique du Christianisme par laquelle les gens deviennent conscients qu’aucune société sans religion ne peut survivre. Le romantisme chrétien a oublié que la religion chrétienne a eu comme principale réalisation le désamorçage de la violence sacrificielle. Aujourd’hui, la religion chrétienne est plus réaliste que l’optimisme scientifique. Science qui créé l’homme pour le tuer. Ainsi l’Apocalypse n’est plus la colère de Dieu mais plutôt la colère de l’homme sur lui-même. L’apocalypse n’est pas derrière nous mais se tient face à nous. L’apocalypse n’a pas été écrite pour Dieu mais pour l’homme. Les chrétiens fondamentalistes actuels croient en l’apocalypse mais dans un mauvais sens ; ils croient que Dieu punira l’homme, pas que l’homme se punira lui-même. Aujourd’hui, nous devons avoir de la considération pour l’Apocalypse, pour ne jamais oublier que la violence est chez elle (indigenous)chez l’homme."

Il manque à’Islam quelque chose d’important : la Croix
Le discours de Ratzinger à Ratisbonne était décisif selon Girard :

"Le défi lancé par Ratzinger contre le relativisme est salutaire, non seulement pour les catholiques mais aussi pour les laïcistes. Je vois Ratzinger comme un signe d’espoir pour l’Europe. C’est un pape très similaire, mais aussi très différent de Jean Paul II. Wojtyla était inarrêtable ; il voulait toujours être vu et écouté. Benoit XVI veut plutôt pacifier les gens ; c’est un grand professeur de réflexion et de modestie. La religion chrétienne, la plus grande révolution de l’histoire humaine, est la dernière à nous rappeler l’utilisation correcte de la raison. C’est un défi qui transporte avec lui le concept de culpabilité. Pendant longtemps, l’Europe a décidé que les allemands devaient être les bouc-émissaires pour la seconde guerre mondiale ; il était impossible d’attaquer le communisme et le nazisme. Une fois que la mort de Dieu était déclaré, accompagnée avec la fin de la possibilité pour le mot "lumière" d’avoir un quelconque sens religieux, il devait s’élever un « anti Dieu », une contre divinité : le communisme. Je suis d’accord avec la thèse d’Ernst Nolte sur l’affinité entre nazisme et communisme. Chaque régime totalitaire commence par la suppression de la liberté religieuse. Aujourd’hui, cette contre divinité anti-vie est relancé par le scientisme."

Girard confirme que l’exaltation de l’homme comme contre divinité rejoint le sens de la phrase d’Henri de Lubac, si souvent mal utilisé (comme si elle était au contraire un idéal): l’athéisme humaniste

"Je fus honoré par son amitié. Quand il fut accusé de n’être pas chrétien, de Lubac dit que tout ce qu’il avait écrit fut juste et qu’il n’y avait rien d’hérétique en eux. La grande crise démographique de l’occident est un des nombreux éléments de la paralyse apportée par "l’athéisme humaniste". L’idéologie de notre temps est hostilité contre la vie elle-même. La culture moderne maintient que toute la mythologie, qu’elle soit jeune ou vieille, est affirmation de la vie ; d’un autre coté, elle maintient que la religion est reniement de la vie. Mais la vérité est exactement l’opposé. Le nouveau dionysisme de la culture moderne a un visage mortel et violent. Parmi les premiers à le comprendre, il y a eu Thomas Mann. Désormais ce qui domine aujourd’hui est une forme de nausée existentielle hérité du spleen romantique."

Nous sommes si ethnocentriques, dit Girard, que nous pensons que seuls les autres peuvent avoir le droit de clamer la supériorité de leur propre religion:

"L’islam conserve une relation avec la mort qui me convainc que cette religion rate absolument le combat contre les anciens mythes. La relation de la mystique islamique avec la mort rend la mort encore plus mystérieuse. L’Islam est une religion de sacrifice. Le chrétien, cependant, ne meurt pas en vu d'être imité. Nous devons nous rappeler les mots du Christ à Paul : Pourquoi me persécutes-tu ? Dans le Christianisme, qui détruit toutes les mythologies, il existe une dialectique constante entre la victime et le persécuteur ; En islam, cela n’existe pas. L’Islam élimine la victime problématique. Dans ce sens, il y a toujours eu un conflit entre le Christianisme et l’Islam. En Islam, la chose la plus importante manque, la croix. Comme dans le Christianisme, L’Islam réhabilite la victime innocente, mais elle le fait comme un militant. La Croix, au contraire, met une fin aux mythes anciens et violents. La Croix est le symbole de l’inversion de la violence, de la résistance au lynchage. Aujourd’hui, la Croix s’oppose au sacrifice dionysiaque des nouveaux mythes. Le Christianisme, se différenciant de l’Islam, interdit le sacrifice."

René Girard a toujours choisi de ne pas parler de choses faciles ou accommodantes:

"J’ai été, même ici en Amérique, plus ostracisé. Aujourd’hui, je pourrais moins me soucier de ce que les autres disent de moi. Nous ne devons pas nous rendre à la séduction ; il y a beaucoup à apprendre du passé. Je relis souvent l’histoire de Joseph dans l’ancien Testament car elle est la plus belle exemplification du Christianisme. Je me suis marié en 1951 ; J’ai neuf petits enfants et trois enfants. Ma femme est protestante, et ne s’est jamais convertie au catholicisme. » A ce moment, un de ces nombreux rires séraphiques de cet homme rigoureux et droit sort.

"J’ai un fils dans le business ; ma fille est peintre ; et mon autre fils est avocat. Concernant les Etats-Unis, j’aime ses grands paradoxes, elle a en elle-même la plus efficace protection contre tous ses pires aspects – des protections que l’Europe ignore. Ici, aux Etats-Unis, je reconnais la véritable indépendance. Je suis entouré par la vie."
 Sur son propre statut d'intellectuel, un de ces soi-disant "castrateurs de sens":

“Le moins que je puisse faire est de penser que c'est le moment du silence, mais d'un silence rempli de sens.”

mercredi 7 novembre 2012

Hadjadj et la raison - Clownerie, contemplation et corps

Après un premier post sur Fabrice Hadjadj, j'ai écouté cette conférence donné à Rimini à une rencontre de communion et libération. Mouvent catholique et intellectuel, très présent en Italie et à peine connu en France. 
Le thème est "les images de la raison". Il va finalement peu développer le concept d'images qui appelait probablement les notions d’idolâtrie et de rationalisme. Mais son développement sur l'enfant, le clown, le rationalisme athée, le cri et la raison du corps sont originaux, vivifiants et très lumineux. A la fin son appel à la raison comme contemplation des visages et à la croissance de la raison comme étonnement à ce qui est est plus que convainquant et rejoint l'otium de Fumaroli. 

Donc.. Raison qui nous rend clown, qui est plus proche de la contemplation et de l'étonnement que de l'opération ou d'un quelconque travail d'adaptation au combat de la vie. Cri de l'injustice, signal majeur de la raison connaissant sa source bonne. Raison à retrouver dans l'unité de notre corps et de notre âme. Sexualité, exemple du lieu de cette unité.



Intro
Le titre de la conférence "image de la raison", montre  que la raison ne se connait pas tout de suite elle-même.   nous sommes des êtres de sens, de perception. Nous faisons l'expérience par notre sensibilité que notre raison se connait elle-même, C'est une connaissance lente et difficile.  C'est donc par des images et non des concepts que nous allons approcher d'elle.

Qu'est ce que l'on connaît avec la raison et l’intelligence humaine, quel est son objet formel ? Nous devenons bête face à cette question. Cette bêtise est le signe de notre raison. Si nous étions des animaux, nous réagirions automatiquement et aboierions la bonne réponse sans penser. (Aristote, "je suis un animal doué de raison.) L'animal agit par instinct, nous, nous devons raisonner, poser des questions, trouver des maîtres, nous tromper....

La raison est ce qui vous distingue et pourtant nous ne savons pas ce que l’on connait par la raison… Le fonctionnement des choses à produire des machines ? Cela est l'image de notre époque : Pouvoir technique, comment cela marche pour créer des trucs qui marchent. Par exemple l’éducation affective, c’est le préservatif.
Pour contrer cette image, il faut reconnaître que ce que connait la raison c’est "pourquoi cela ne marche pas." Le tragique des choses. Le rire (comme la tristesse) sont le signe de la raison. Quand elle saisit le comique de l’existence, quand face à ce qui dépasse, elle va plus loin que réduire ce qui marche à des mécanismes.
Bref la raison nous fait entrer dans un drame, de prendre conscience de celui-ci. Comme le tigre est splendide, nous, nous sommes maladroits, cette maladresse est le signe de notre raison. De ce fait, la raison  est plus la capacité du clown que celui de l'ingénieur. 

I Première image, le visage de l'enfant signe de l'étonnement et de la contemplation
La raison est ce qui rend la vie plus étonnante et étonnée. Pour Hadjadj, la première image de la raison est le visage de sa petite dernière quand sa raison s'éveille et se déclare. Pourquoi le cerveau, les religieuses, pourquoi le bébé dans le ventre, pourquoi la mort. Le petit enfant pense que les parents sont capables de répondre. Mais les parents sont  préoccupés par la raison sociale et utilitaire… Ils ont cessé de se questionner, perdus leur élan contemplatif. 

Quand les enfants posent leur questions, les parents voient leurs édifices se fissurer. Joie et angoisse de voir que l’enfantillage soit plus profond que leur activité de grandes personnes affairées. L'enfance peut être la rationalité à l’état pure, cherchant sens de toutes choses, cherchant les causes premières. Image de la  rationalité joyeuse de l’intelligence. Ce n‘est pas de l’absence de solution que le monde meurt mais de désir  de solution finale. Le totalitarisme est l'effort plein de bonnes attentions pour régler les problèmes humains, élimine ce qui fait drame et reste immaîtrisable, on élimine l’inefficacité et représente le surnaturel dans l’histoire, nous croulons sous  des solutions en tous genres. 
Pour sortir de la crise, on ne parle que de redoublement d’efficience et donc de redoubler l’exclusion de ce  qui est faible et fait primer l'avoir sur l’être. On pense alors que cette efficience est rationalité. Alors que la raison est d’abord sabbatique. Elle s’exerce le jour du repos, elle est "receptabilité" active et gratitude devant le fait de l’existence. Avant d’agir, elle contemple. Nous faisons toujours l’inverse. Dieu plante des arbres dans l’Eden, leurs fruits sont beaux et bon à manger. Lorsque la femme tend la main vers le fuit, elle dit qu’il était bon et beau. Elle mange avant de voir. Tout est inversé, on agit avant de contempler, l’efficacité précède la réceptivité, la volonté de puissance l’emporte sur le sens de gratitude.  Mais qu’est qu’une action qui n’a pas connu la grâce d’exister ? Une action qui se fait complice du néant. Qu’est ce qu’une action qui n’a pas reconnu l’ordre objectif du bien ? Ne donnons pas seulement ce dont l’autre a besoin, mais reconnaissons que l’autre est une merveille. 

Nos actions souvent favorisent le désordre malgré les bonnes intentions, on reste obsédé par la maladie et nous oublions le visage. Aider avant d’avoir admiré, c’est tomber devant une aide narcissique  et perd la finalité originelle. Nous n’avons pas besoin de solutions expéditives mais de poser les bonnes questions, de poser des yeux contemplatifs avant de jeter des mains prédatrices. 

Aristote a dit : le commencement de la spéculation se trouve dans un émerveillement enfantin. Comme devant un spectacle de marionnette. Toute les sciences commencent par l’émerveillement que les choses sont ce qu’elles sont, telles les marionnettes qui se meuvent d’elle même au regard de ceux qui n’ont pas évalué les causes. La raison s’étonne devant Polichinelle et cherche la main invisible qui l’anime. Il faut remarquer, l’émerveillement n’est pas quelque chose d’exceptionnelle que les choses sont telles qu’elles sont.  On s’étonne d’un gros nez ou d’un nez unique, mais la raison dans sa fraicheur s’étonne que les hommes aient un nez. (Chesterton) Après pourquoi ce nez ? Il faut  revenir vers la physiologie, l’esthétique, puis remonter vers la cause première, le nez vient d’une liberté divine, de la très haute fantaisie du créateur, chaque nez devient improbable comme un nez de clown, chaque nez a été fait pour la joie et par la joie.

II La raison athée, image trompeuse de la raison
Pour la raison athée, la ligne de partage entre la foi et la raison correspond a celle qui sépare le théisme et l’athéisme. On retrouve l’idée que la raison est démystificatrice et centrée sur elle-même car existence de Dieu est irrationnelle et hors de l’intelligence la foi devient opinion privée.
C'est une contradiction et un mépris de la raison .

1 En abandonnant le religieux vers l’irrationnel, elle favorise le fondamentalisme, car champs religieux n’est plus susceptible de la recherche rationnelle, elle se fait complice du fidéisme délirant. Rationalité reste dans l’étroite cloison de l’athéisme, et quitte le questionnement sur Dieu.

2 elle la méprise car face au mystère du mal, cette image de la raison perd confiance en la raison ou la piège et démolit son dynamisme. Croire en la raison pour atteindre le réel, suppose de croire qu’elle est bonne dans sa source, bonne à la base, qu’elle n’est pas le produit du hasard ou d’une adaptation pratique. Comme pour le darwinisme, la rationalité ne peut être qu'une adaptation pour une lutte de la vie. La raison n’est plus ouverte sur les choses elle-même mais un moyen de les connaitre pour nos moyens matériels, donc enfermé dans le monde subjectif de la survie individuelle, elle n'est plus contemplative mais opérative et technicienne. Si on ne croit pas en une providence, difficile de croire à la bonté de la raison humaine, bricolage à dépasser par neuro sciences etc… La raison est donnée par la nature, quand puissance de calcul devient vite dépassé par les machines, on lui préfère une machine plus performante. Mais on se trompe sur la nature de la raison. 


Comment se fait il que le monde soit intelligible ?
Remarque d’une collègue communiste mais logique. Je lui disais que l’intelligence pouvait connaitre le réel, sinon intelligence n’est pas, elle disait qu'on ne pouvait élucider la nature de la relation entre la raison et les choses, on ne peut pas dire si elle connait les choses en elle-même. Alors, si l’intelligence peut vraiment connaitre le réel, il faudrait affirmer l’existence de Dieu. C‘est à dire d’un esprit qui aurait coordonner notre intelligence et les choses. Alors, si l’intelligence connait le réel, la connaissance est toujours un évènement.  Car la moindre connaissance suppose la fraternité entre ma raison et les choses, cela nécessite une coordination externe. Cela a été vu par François d’assise. Einstein a dit que ce qui est vraiment mystérieux, ce n’est pas que le monde soit inintelligible, c’est qu’il le soit qui l’est. La lisibilité du poème du monde (physicien) nous laisse entrevoir le poème invisible. La raison est résonance avant d’être raisonnement, capacité d’accueillir dans mon être, d’autres êtres sans les déformer, ni les absorber. 

Accueillir la couleur, les effets des êtres, mais leurs êtres même, leur saveur profonde. Dès que le savoir perd le sens de la saveur, il se détache de la vie et voudra la réduire à des abstractions creuses et tronquées. 
L’élan de la raison qui découvre cette résonance la conduit à chercher la vérité non seulement dans la démonstration mais aussi le témoignage.

III Raison comme cri face au mal

Raison est un cri. La raison est le principe de notre cri devant l’injustice et qui réclame la justice. Notre raison se heurte au mystère de mal ; Prétendre le comprendre à partir de la rationalité humaine est scandaleux. En ayant parlé après l'harmonie et l'émerveillement, n’est ce pas scandaleux aussi ?
Au contraire, les horreurs ne sont si horribles que sur le fond de cette harmonie brisée si nous n’avons pas vu la beauté du monde, les horreurs n’apparaissent pas aussi horribles. Si nous n’avons pas vu les joies de la vie, la mort et l’injustice ne nous apparaît pas si horrible. Le mal présuppose la splendeur de l’être. Mais nous n’y comprenons rien. Cette détresse pousse la raison à ouvrir un chemin au cri de la détresse, à l’appel d’un sauveur, à passer sans cesse de la gratitude à la supplication.


IV raison et corps humain

Une image de la raison donnée par notre temps est la capacité spirituelle indépendante et indifférente au corps sexué. Un tel spiritualisme est très présent aujourd'hui, par exemple dans le consumérisme et le gender. Le corps se réduirait au biologique, le sexe étant une détermination matérielle. Chacun par ce qu’il serait une raison spirituelle et une conscience libre, chacun peut modifier le matériel du corps à sa guise.
Ainsi, notre société n’est pas matérialiste mais plutôt spiritualiste, mais un spiritualisme avorté, qui ne s’ouvre pas au véritable esprit. Sous des dehors d’hyper sexualisation, c’est une société de haine du corps tel qu'il peut être donné par la nature. Les mots nous trompent. Le sexe est devenu la négation de la sexualité ; Et ce qui est montré comme sa répression, comme l’affirmation la plus haute de ce qu’est la sexualité. (il cite son dernier livre, "la profondeur des sexes") Eglise contre le sexe ? Non pour a fond, experte même. Libération sexuelle est pour ? Non contre ! La preuve, le mot paradigmatique de l’accomplissement sexuel est le mot préservation, accomplissement, dans le latex, l’industrie, l’inquiétude d’avoir un enfant… La rencontre sexuelle d’un homme et d’une femme, qui devrait être une plénitude de l’offrande pour que la semence puisse semer, devient une rencontre embarrassante. Date ? Pilule ? Hostie du préservatif. Comment ne pas voir que c’est haïr le sexe dans sa sexuation, dans sa fécondité, dans son union et sa communion. Pasolini, avait aperçu cela. Après « trilogie de la vie », il crut à la libération sexuelle, mais dans Salo, la libération sexuelle se découvre fasciste et consumériste. Libéralisation  du divorce, de l'avortement et de l'industrie pharmaceutique. Pasolini a compris que c’était réduire la sexualité à un acte de consommation. La chaire n’est plus vu dans son ordre, sa beauté, sa bonté providentielle. Elle devient comme un matériel qu’il faut manipuler à sa guise selon ses caprices. La société n'est pas matérialiste  Pour l’être il faut croire en Dieu, qui a créé la matière, en son ordre, notre corps a quelque chose à dire, que notre corps et chaire  est aussi spirituel que notre esprit car tous deux viennent du même esprit créateur, mon corps est comme l’ânesse de Balam.
Balam sur son chemin va pour maudire Israel, son ânesse voit un ange exterminateur sur le chemin et ne veut plus avancer. Il la frappe à mort et soudain une voix lui dit ce que l’ânesse a vu et qu'elle a résisté pour lui. Notre corps est un guide spirituel. Si nous nous opposons aux déterminations de notre corps, nous devenons schizophrène, dualiste et suicidaire. La raison est toujours incarnée, charnelle. Elle se manifeste dans la gloire du corps. (Titien, Veronese) ou dans la charité incarnée de Mere theresa plus que dans un dossier administratif.

Conclusion

La raison est d’abord contemplative plutôt qu'opérative. Elle s’accomplit mieux dans la défaillance de la louange que dans la maîtrise trop sure d’elle-même car la raison est là pour rayonner dans un corps agissant par amour.
On peut faire le lien avec le mot grec Logos, parole et pensée. Or logos est le nom propre d’un personne divine, le fils. Il est le logos fait chaire. Ce que dit le catholicisme c'est que la raison par excellence est filiale et va à l’écoute d’un père et se manifeste d’abord dans le visage du crucifié ressuscité. Pour le chrétien, la raison n’est pas abstraite et idéologique, elle est toujours personnelle et désigne de la personne non ce qui la dissout dans un système mais ce qui l’ouvre à  la communion avec les choses et les autres.
La raison est connaissance et affirmation d’une loi mais Moïse en redescendant du Sinai avait un visage rayonnant. La vérité se manifestait dans sa vie et s’accomplissait dans un amour. Dante : "Amour qui résonne dan mon esprit..." (il convivio) chant repris par Casella à l’entrée du purgatoire. La purification de toutes les images de la raison implique de prendre conscience de cette rationalité amoureuse.
L’image la plus pure de la raison n'est pas dans la théorie ou discussion sans fin ou la maîtrise des forces de la nature. C’est toujours un visage que l’amour fait rayonner.


Merci Mr Hadjadj.

A propos de visage à faire rayonner, difficile de ne pas penser à l'ouverte de la flute enchantée de Mozart tournée par Bergman. Le visage de sa fille puis le visage des hommes du monde entier. A contempler, mais nous manquons de temps malheureusement à mesure que le rythme s'accélère.