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mardi 9 février 2016

Un peu de sexe avec Fabrice Hadjadj

Voici une nouvelle conférence de Fabrice Hadjadj, tentons de parler de différence de sexes d'un point de vue aussi bien de croyant que de profane. Cette conférence a été tenu lors d'une conférence de carême passée. Cela tombe bien, cette année il commence demain. Qu'il vous soit bon.

 



Mâle et femmes à son image



Il y a deux tentations. La tentation de la chair et la tentation du mépris de la chair. Chair sans esprit, esprit sans chair.


Introduction, Le charnel nous parait loin de l'esprit. 
Il ne faudrait pas en parler en temps de Carême ? Non, parlons-en ! Hadjadj voit deux raisons.

1 Nous acquiesçons au bavardage actuel. Le monde moderne se croit libérateur de la sexualité alors qu'il est anti-sexuel. Il appelle sexe ce qui est sa dégradation consumériste, non plus acte engageant toute la personne. Il peut séparer les sexes, le corps et l'âme, et être séparé de toute question d'engendrement.
Acte de jouissance consommateur avec sentiments publicitaires. Éclatement contre recueillement, divertissement mais non rencontre. Signe d'angoisse et de désorientation. Perte d'espérance. Pourquoi s'ouvrir à la vie ?...

2 Mauvaise conception du carême.
Carême est aussi pour développer la maîtrise de soi, mais cela peut seulement agrémenter son estime de soi ou pour son orgueil.
Il existe aussi une mortification moderne, régime, exercice, soirées, discipline de winner.
Mais au final pourquoi cette mortification ?
Dans la foi, c'est pour recevoir la vie en abondance. L'essentiel est dans le retour à la mort et à la résurrection. Pénitence dans la peine mais dans le repentir.
Si carême est retour à l'origine, il est convenable de parler de sexualité.



Être à l'image de Dieu se rapporte à l'union de l'homme et de la femme 

Il lit le texte de la genèse: humour et code génétique.

 Le second récit de la Genèse joue avec les singuliers et les pluriels du nom de Dieu et des hommes, signe de la Trinité.  L'homme trouve son unité seulement dans la communion. Ambivalence, parallèle grammatical, humain et image de Dieu, unité dans la pluralité, d'autant plus singulier qu'il rentre dans une communion.

Hadjadj signale le paradoxe suivant : Ce qui nous est invitation à dominer les bêtes est pourtant ce qui nous rattache à eux, c'est à dire être "mâle" et "femelle". Les chrétiens ne prêchent pas un dualisme mais incarnation et Paul ne cesse de nous inviter à nous méfier de la débauche et du puritanisme (corps, temple de l'Esprit), ne jamais séparer la chair et l'esprit. 

L'homme est à l'image de Dieu par sa sexuation. Pour défendre cette thèse, Hadjadj va partir des points ci dessus pour ensuite noter quelques préambules pour ensuite attaquer le vif du sujet.

1 La sexualité humaine est sexualité consciente de la mort.
Pas de réflexe. Il y a une sexualité humaine. Je ne suis pas une esprit qui pilote un corps humain. Ce n'est pas une sexualité animale à diriger vers la raison. Il y a une sexualité humaine contre la sexualité animales.
Engagement sexuel est engagement de personne et non déterminisme bestial dont devrait s'excuser notre âme.

2 Sexualité religieuse en elle même
Le rite remplace le rut
Dans toute société traditionnelle, la sexualité n'a rien de brutale, elle est ritualisé, on s'unit aux esprit, grand prêtre, grands rituels. Cela est vrai aussi pour notre époque.
Mais le seul rituel restant est la consommation. La sexualité est devenu acte consumériste.
Nous ne voulons pas la survie. 
La chair a besoin d'arche, besoin de l'espérance, pour s'épanouir. Pour quoi sinon? Aujourd'hui, nous ne voulons que la survie, que chaque être soit pour la félicité.
Pourtant ne plus voir l'arche d'alliance est aller vers la logique castratrice. C'est la  logique de la libération sexuelle qui est castratrice. Réduire la vie sexuelle à un acte de divertissement est le signe d'une fuite devant le désespoir.
Les parents, homme et femme, sont les témoins de l'espérance, de l'anticipation de la vie céleste.
Jésus est la pour accomplir cette arche. Pas en exemple mais en manière de finalité. Époux de toutes les âmes, dans l'arche de son corps, il permet la sexualité de s'accomplir. Malgré le déluge, on peut aller au delà du superficiel, joie et donner à la vie qui va vers la gloire de la résurrection.

3 Une relation non utilitaire
Comment penser la domination de l'homme sur la nature
Pas avec puissance. Faire sentir sa puissance est signe de la faiblesse.

L'homme bâtit une arche pour la nature et cela se retrouve dans la relation homme femme. il domine car il s’élève à l'ordre de la grâce, contemplation et compassion.
Sanctification du shabbat? Si homme et femme ressemblent à Dieu c'est que leur relation n'est pas seulement utile. C'est du travail mais aussi du sabbat. Amour de l'autre pour lui-même. L'un contemple l'autre et rend grâce au créateur. (Tous les arts s'enracinent de l'émerveillement devant la femme.) Adam à l'image de Dieu par son intériorité de relation pour la donation et l'hospitalité (arche)




et donc  enfin

Mâle et femelle sont les différences exemplaires car elles sont d'abord des noms de relations.
Le masculin est féminin parce qu'il est tourné vers le féminin et inversement.
Toute tentative de refus pour lui de s'identifier par rapport à la relation à la femme conduit à l’efféminement ou au machisme. Inversement, le féminisme devient machisme intériorisé avec des êtres en concurrence au lieu de les voir en relation.
Virilité : pas la bière mais bâtir une arche pour une femme.
Féminité, pas les cosmétiques mais ménager demeure pour un homme.
Ces noms de relation convergent vers la parentalité (charnelle ou spirituelle)
Jeux entre les deux premiers récits de la Genèse. Contradiction qui n'en sont pas. La lettre ne tue pas.
L'homme cherche à s'accomplir dans les relations. Il voit les animaux, il les nomme avant tout (vocation poétique). Mais il cherche une aide.

L'altérité ?
Dieu fut potier pour l'homme, bâtisseur pour la femme. Il ne nomme pas la femme, il chante une louange. C'est ma propre chair... Le femme le conduit hors de lui-même. Rien ne vaut le corps féminin en terme de construction. Elle est un coup d’arrêt à sa volonté de puissance. C'est la différence radicale, création de la femme, n'est pas clonage, mais avènement de ce qui est plus proche et le plus loin.
Invitation à aventure inédite. (amour de Dieu, du prochain et de soi deviennent indissociable)

Rien d’idyllique, aventure qui est un drame. Itinéraire vers Dieu. (Quitter, s'attacher, devenir un)
Croix, arche divin.

Conclusion
La sexualité humaine ne veut pas que le plaisir sensuel isolé égoïste mais veut la joie de la communion et de la fécondité dans l'espérance. Pour ces deux êtres blessés par la mort et le péché, elle exige que nous communions par nos plaisirs mais aussi dans nos angoisses, nos faiblesses, notre nullité. Or une telle communion n'advient en plénitude qu'a travers la croix de l'amour avec orgueil mis à mort, accueil de l'autre en tant qu'autre, qui est de lui pardonner et de se laisser pardonner pour entrer dans une vie qui surpasse tous nos projets


La morale sexuelle chrétienne est mystique. Elle barre des impasses pour ouvrir un chemin inimaginable à travers les eaux.

C'est la prétendue libération sexuelle qui est répressive avec ses mots restrictifs et frileux. Sexe comme un programme ou chacun jouit à part.
La sexualité n'exige pas de préserver mais de se donner
Ne nous enfermons pas dans un planning mais ouvrons à l’événement de la vie
L’Église n'impose rien, elle ne fait que révéler l'ordre de la réalité et donc la nature profonde la sexualité humaine.

lundi 13 avril 2015

Les fiancés de Manzoni


Nous sommes en Italie, dans le royaume de Milan sous domination espagnole, près d'un bras du lac de Côme, dans la campagne au début du XVIIe siècle. De pauvres mais fiers fiancés, Renzo et Lucia, préparent leur mariage. Malheureusement, le curé local froussard fait tout pour s'esquiver. En effet, il a reçu des menaces de la part d'un grand seigneur local aux trois quarts bandit. Dans cette situation, les fiancés devront fuir la menace de séparation ou de séquestration aidés en cela par le bon frère Christophe. Ils se sépareront et connaîtront de multiples aventures à Milan et autour dans une région subissant les contrecoup de la terrible guerre de trente ans. La région connaîtra le pillage, la crise économique, l'insécurité, la peste. Les fiancés se retrouveront ils ? pourront ils se marier et être heureux ?

Alors un simple roman historique de la part d'un écrivain du XIXe ?
On pourrait le dire et s'arrêter ici, mais il y a ici plus ambitieux.

-Le mouvement historique
Ce livre présente les événements historiques vécues par le nord de l'Italie au XVIIe, les conflits entre rois qui dégénèrent en conflits princiers qui dégénèrent en guerre entre royaume. Les Royaumes se concentrant sur leur guerre, l'économie et la sécurité de l’État s'en ressentent. Explosion des lois, signe de l'anomie, la crise indifférenciatrice n'est plus loin. Nous croiserons dans le roman, une horde de mercenaires allemands de l'empire semant la détresse et le pillage partout où ils passent. Cette guerre provoque la prise de pouvoir dans les faits par les "braves", chevaliers négatifs vivant de rapine, de leur force, de mauvaises actions, une mafia quasi institutionnalisé, bien habillée et à cheval. Les troubles créeront une crise alimentaire et une crise politique à Milan. Mélangeons tout cela, la peste arrivera aussi avec ses terribles malheurs et sa désolation.

Les mouvements de foule
Oui, la foule est une héroïne. Nous la voyons d'abord quand Renzo arrive sur Milan et se trouve influencé par une foule dans sa colère contre les boulangers milanais et l'administration de la ville. La foule est merveilleusement présentée, sa recherche de bouc émissaire, sa contagion, sa réduction à une pensée et au meurtre. Manzoni décrit avec force et finesse ses mouvements, ses pensées, son élan, comment elle se nourrit et s'élance, on trouvera le même phénomène au moment de la peste quand Renzo se fera poursuivre par des milanais persuadés d'avoir rencontré un bandit facilitant la transmission de la peste. Le livre déploie tout le long une description encyclopédique et juste des mouvements mimétiques d'une société de l'avènement de la crise économique aux recherches de bouc-émissaires lors de la peste ou encore lors d'une crise économique. Toutes les crises économiques d'hier et d'aujourd'hui sont ici décrites dans les mouvements de foule milanais . Quelle précision et quelle justesse !
Le mouvement de l'âme
Les héros de Manzoni ne sont pas les pantins ou les ingrédients pour nous faire découvrir les lois de l'histoire ou la loi des foules, il nous permet de sentir les aventures vécues par des petits points dans l'univers. Il montre comment les décisions, les caractères, les réactions face à la foule de ces points font l'histoire et donne un sens à ce qui à priori n'en a plus. Il rend hommage à l'humilité de ce jeune couple humble dans ce village humble du conté de Milan. Leur mariage tellement attendu est l'attente du livre, sa raison d'être. Un homme et une femme pourront ils s'embrasser et se lier et fonder un foyer ? Telle est la question la plus importante pour Manzoni, le reste de la détresse humaine n'est ici que les embuches mis au milieu du chemin de l'homme vers la communion humaine et divine. Naturellement, Manzoni montre le conflit de l'homme avec le péché originel. Il dresse le portrait de monstres et de saints (Don Chistophe, l'evèque Charles de Boromée) qui sont tous finalement des hommes ballotés entre les deux horizons. Nous voyons des conversions magnifiques, des portraits subtiles de personnages secondaires, une science profonde du christianisme, nous voyons aussi Renzo vivre un grand chemin qui le mène vers son humanité. Tout se joue à l'infra humain, au niveau de l'intimité, de la conversion au Christ. Pardon, amour, humilité, sacrifice de soi, courage, force, bonté, résistance à la foule. Tous les événements historiques ne sont que les paysages extériorisées des cœurs de la population. Le talent de Manzoni est aussi de montrer comment le mouvement du cœur intime est celui qui influence les mouvements de la foule, du monde et de l'histoire. Les saints sont ceux qui marchent en opposition et qui rendent possible la marche de l'amour, et le oui d'un couple heureux. 
Ce livre est bouleversant.



Plus bas un exemple de subtilité sur le personnages de Manzoni

mercredi 4 février 2015

Delerm au dejazet

Quelle belle soirée...



J'ai trouvé cette vidéo un peu par hasard, elle m'a permis de voir l'évolution de Vincent Delerm que j'ai toujours suivi avec intérêt. Je n'avais pas suivi la sortie de son dernier album, je suis heureux de l'avoir découvert ici (environ les premières 40 min du spectacle.)
C'est une méditation sur le couple après les années de passion, de choix, d'installation, d'effervescence. Que reste t-il d'un couple quand, après des années, les rivalités, les médiateurs ont pu s'en aller ? Que se passe t-il après la passion ? Delerm répond : il y a la contemplation du mystère ! Mystère de l'homme, de la femme et des deux ensemble dans la fidélité...
Toutes les chansons sont des méditations intimes de Vincent Delerm. Elles ont parfois la forme brumeuse du souvenir et de la sensation. Sensation ? Oui, c'est aussi le maître mot de l'art de Delerm. Capter des sensations et les faire résonner dans la tête de l'audience dont il suppose qu'elle est proche de lui soit par génération ou par humanité. Plusieurs chansons ne témoignent-elles pas de la science mimétique de Delerm ? "Joe Montana", "la natation synchronisée" ou encore "maintenant on s'en fout" (absente de ce spectacle). Je suis vous... Mon autonomie est très relative. C'est, je crois, une grande sagesse de cet auteur...
Face à ce constat, Delerm est en pleine recherche d'authenticité. Que faire puisque mes sensations, mes expériences intimes, mes gouts et mes dégouts (ainsi que tous les vôtres, ne soyez pas dupes) naissent à partir de vous ? La tentation est forte au doux désespoir faussement humble, certaines de ces chansons vont vers une triste fatalité charmante de notre hétéronomie. "Voila, c'est ainsi et je le constate avec tristesse et empathie."
Pourtant quand il médite sur le couple (et le sien...), je crois que Delerm vit une "tentation" spirituelle.
Que découvre t-il dans ses méditations ?
Il s'émerveille du couple (voix off de la fille disant, c'est incroyable ! pourquoi cet homme et cette femme, là et un troisième personne qui puisse naitre, pourquoi lui, pourquoi elle ? On ne sait pas.)
Il médite sur la différence entre l'homme et la femme, comment cet étonnement se transforme en accueil... 
Il s'émerveille de l'homme. Où est notre vie d'avant, quand tu étais avec d'autres garçons, quand je faisais la bringue en Angleterre, quand nous étions un jeune couple juste avant l'arrivée des enfants ? On découvre et on s'approprie en douceur les souvenirs d'enfance de l'autre ou ses récits ("et le soir où tu as" est une chanson qui me bouleverse à chaque fois.) Comment finit cette méditation ? Embrasse moi ! 
Nous ne savons pas combien cela va durer (nous le saurons que sur le grand plongeoir...) Cette déclaration d'amour aux harmonies claires et nuancées est belle et désirable. Delerm semble dire qu'après la passion, il y la découverte d'un mystère qu'on ne peut saisir, c'est l'aventure d'une vie. C'est ainsi que prend tout son sens le titre de l'album et de sa chanson phare. Les amants parallèles. Ces deux personnes qui restent ensemble parallèlement sans se confondre  (faux rêve de l'amour fusionnel) mais qui (définition mathématique) se rencontreront à +∞. La possibilité d'un amour authentique...
C'est ici qu'est l'authenticité, dans ma découverte éternelle de l'infini mystère de la femme avec qui je me suis engagé... Delerm ne redécouvre t il pas la dimension sacramentelle de l'union d'un homme et d'une femme ? Comment fera t il pour que sa prochaine étape ne soit elle pas une rencontre mystique ?

La suite du concert reprend des chansons du passé, toujours sur les thèmes de la confidence et de la sensation... entre autres...



13.40 Football américain
16 amants parallèles
19 le grand plongeoir
22 et la fois où tu as...
30 La différence dans un couple
33 Attention entre deux étrangers et le couple, le matin quand on est enfants
35 embrasse moi même si la nouveauté est loin
39 relation intime avec son public... règle...
46 Trintignant
51 Il y a temps pour tout
55 baiser Modiano
59 enfants étonnants
1.06 Natation synchronisé
1.13 Les filles de 73
1.19
1.22 Birkin Johnny Jane

lundi 19 août 2013

Eric Zemmour sur le féminisme, la virilité et le couple


Sur une video datant de la parution de son livre, le premier  sexe, Zemmour diagnostique un malaise dans la modernité sur la question de la différence des sexes. Plus que cela, il voit aussi un terrorisme intellectuel.
Selon lui, il nous est imposé, peu a peu, indifférenciation des sexes et ses conséquences. Tout le monde, hommes ou femmes, peut tout faire, l'égalité des sexes (bien mal définie) est une obligation historique et même la personnalisation d'un certain progressisme auquel il ne reste plus grand chose... Qui ne pense pas ainsi est un macho (ce qui est devenu aussi infamant que facho) donc un homme violent contre les femmes. C’est un qualificatif qui vise la mort sociale. L’indifférenciation est en chemin... 

Pourquoi ? Que s’est il passé ? Zemmour pense que les hommes ne veulent plus autant de responsabilité. La virilité, l’identité des hommes face à la guerre s’est transformée depuis 14-18, de plus le capitalisme veut des consommateurs, des individus interchangeables et manipulables et non des hommes critiques et producteurs. Il ne faut pas oublier les féministes et les lobby gay travaillant dans cette direction.

Cette indifférenciation rencontre un autre phénomène, l’instauration du couple roi. Il n’y a plus l’intérêt de la famille. C’es aussi pour cela qu’il y a tant de divorce, le couple a été sur-investi au point qu’il ne peut répondre à toutes les attentes...

Tout est chamboulé, les hommes sont terrorisés et les femmes avouent à demi mot leur malheur de ne plus compter sur les hommes.

Zemmour s’insurge contre la supercherie féministe. L’invention de la femme victime et oubliée d’une société machiste est une illusion née de bourgeoises voulant avoir les premiers rôles de intelligentsia, refusant la différence sexuelle et refusant le génie masculin comme il est présenté dans l’histoire. Génie que Zemmour explique par la capacité de transgresser.

Enfin, il pense que toutes ces folies conduisent à imposer le désir féminin à l’homme, celui qui réconcilierait désir et amour. Déjà, l’homme du 19ème a recréé le mariage de convenance et le bordel.

Les conséquences de ce chamboulement peuvent être la soumission des hommes (et le malheur des femmes) ou bien la virilité humiliée et "ressentimentale" que Zemmour voit dans le porno actuel et dans un machisme chaotique de banlieue. Revanche....



Quelle virilité pour les hommes d'aujourd'hui ?





Comment ne pas penser à ce poeme de Vigny après écoute de la vidéo....

La Femme est à présent pire que dans ces temps
Où voyant les Humains Dieu dit : Je me repens !
Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
La Femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome,
Et, se jetant, de loin, un regard irrité,
Les deux sexes mourront chacun de son côté.


Comment ne pas partager cette impression de malaise sur cette question. Malaise ressenti par nos expériences personnelles, nos observations sur le militantisme de l’indifférenciation et nos propres doutes inavouables de génération de chrétiens féminisés. C’est en cela que je peux me sentir proche de Zemmour. Je crois qu’il cible de vrais problèmes. L’indifférenciation (donc), la recherche de la virilité perdue, le divorce de masse, la différence des désirs....


Mais, si j’aime entendre un avis aussi tranché, je ne partage pas toujours l’avis de Zemmour sur ces questions.

En particulier sur la question du couple. Zemmour regrette ces couples féminisés où l’homme s’astreint ou fait semblant de s’astreindre à une fidélité qui n’est pas faite pour lui. Les chrétiens aurait créé ce mariage d’amour et de fidélité par folie et par intégration forcée de valeurs féminines dans le couple. Nous en vivons le drame aujourd’hui, où tout n’est que déception par attente démesurée. Zemmour semble dire que le couple bourgeois balzacien (avec une danseuse quelque part) fut une victoire des hommes dans ce rapport de force éternel. Zemmour ne se révèle-il pas un continuateur de la guerre des sexes ? Il analyse l’indifférenciation actuelle comme une hubris féminine malheureuse qui imposerait son désir et sa sécurité aux hommes.

Le couple d’amour serait donc une légende dangereuse.

C’est bien sur très éloignée de la perspective catholique. Le couple homme-femme aimant est image divine. Le désir partagée dans l’amour, signe divin. Tout amour humain prend modèle de l’amour de Dieu pour son peuple puis Son Eglise. Rencontre, désir partagé et communion. Cela ne se fait pas sans malentendu, piège, désillusion, pardon dans notre humanité blessée. On ne peut pas reprocher aux jeunes générations de croire que dans l’amour du couple se trouve ce qui vaut d’être vécu. On peut regretter de voir qu’il ne comprenne pas la vertu de chasteté, de séparation (à propos de ce terme, je me réfère toujours à ce texte). Quand au désir masculin, il doit apprendre la frustration....

Ensuite, le génie des hommes seraient la capacité de la transgression. Je ne suis pas très sensible à cette particularité masculine. Si transgression veut dire plus grande capacité de violence, cela me semble juste. Ou bien l'homme, contrairement à la femme ne veut pas être le bon élève, il veut devenir prof à la place du prof... Mais Zemmour ne développe pas la notion de complémentarité des sexes, ni leur sens. Dans cette relation de complémentarité qui symbolise la réconciliation entre Dieu et sa créature, la femme est le symbole de l’humanité dont elle fait partie et l’homme est le symbole de Dieu qu’il n’est pas.

Mais maintenant, je dois laisser la parole au père Marc Lambret et prendre deux extraits de deux conférences données autour de ce sujet. Ces extraits comme ces conférences me semblent lumineuses sur cette question.







Dans l’attente du salut, par la grâce prévenante de Dieu, l’homme n’a pas oublié tout à fait le bonheur de la vie et celui qui en est la source : il garde au cœur la recherche de son créateur et le goût du bien, c’est-à-dire de l’amour. En particulier, il ne cesse de poursuivre le bonheur de s’aimer, homme et femme, lorsque chacun est ce qui peut absolument combler l’autre de joie, et que chacun s’y emploie de tout son être, sans restriction ni calcul, et que le plus grand bonheur de chacun est de rendre l’autre heureux.


La dégradation et la perversion de cette situation advient lorsque chacun se met à craindre et jalouser le pouvoir qu’a l’autre sur lui. Tel est le sens profond de l’expression : ils virent qu’ils étaient nus. Avant la transgression, l’homme et la femme étaient "nus sans se faire pâlir", c’est-à-dire qu’ils étaient à la fois puissants (autre sens de arum) et vulnérables (sens figuré de la nudité) sans que chacun n’inspire à l’autre de la peur ou de l’envie, parce qu’il n’y avait entre eux que confiance. C’est la rupture de cette même confiance entre Dieu et eux de leur côté qui se répercute dans leur relation mutuelle. De même que l’homme se met à craindre et à envier le pouvoir créateur de Dieu, au lieu de l’accueillir en toute confiance puisqu’il est toute bienveillance, de même l’homme et la femme se mettent à craindre et envier chacun le pouvoir de l’autre sur lui, précisément en rapport avec la procréation, le pouvoir de donner la vie. C’est ce pouvoir qui donne toute son importance réelle et symbolique à l’acte sexuel, et l’on ne cesse de désirer l’exercer, d’une part pour vérifier qu’on possède bien le sien, le pouvoir de son propre sexe, et d’autre part pour tenter de capter et d’acquérir, en quelque sorte, celui de l’autre. On voit bien que ce désir est, de soi, insatiable. Il ne peut bien se réaliser que dans l’alliance conjugale où, sur une parole échangée, chacun accepte d’être tout entier pour l’autre, librement, exclusivement et pour la vie.


La différence sexuelle est l’inscription dans notre humanité de son origine divine et de sa vocation à être "épousée par Dieu" et ainsi divinisée. La perturbation du bonheur qu’il y a à être homme et femme et à s’aimer mutuellement comme tels est le signe et la conséquence du péché qui est entré dans le monde, entraînant avec lui la mort. La réussite de l’amour conjugal est un signe par excellence du salut, c’est pourquoi le mariage des baptisés, sanctifié comme tel, est un sacrement de la nouvelle et éternelle Alliance en Jésus-Christ.



Donc la masculinité et la féminité sont des signes complémentaires portés par l’humanité, des signes essentiels, qui disent d’où nous venons et où nous allons et sans lesquels il n’y a plus d’humanité : si ces signes venaient à disparaître avant l’avènement plénier de la réalité qu’ils annoncent, l’humanité serait informe et dépourvue de visage comme de sens. En même temps ce ne sont que des signes, au sens où, hommes et femmes, nous sommes l’humanité que représente le signe de la femme ; et au sens où, par les hommes et par les femmes, Dieu réalise son projet d’amour sur l’humanité, puisqu’il nous fait participer à son propre acte divin de réalisation de son dessein, ce dont la virilité est le signe.


Comme signes, ces signes de la féminité et de la masculinité, pour essentiels qu’ils soient, sont certes à garder et à cultiver, mais non pas à adorer ni à absolutiser. Et, comme signes portés par les uns et par les autres, ils sont signes pour tous. Ils ne sont donc sûrement pas non plus à accaparer. Les hommes n’ont pas à accaparer le signe de la masculinité, pas plus que les femmes n’ont à accaparer celui la féminité. Mais la tentation n’est pas la même dans les deux cas, car, si la femme porte le signe de l’humanité qu’elle est, l’homme porte le signe de Dieu, qu’il n’est pas. Il est bien naturel que l’on désire plutôt accaparer ou revendiquer le signe de Dieu que celui de l’humanité.