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samedi 18 mars 2017

Magnifique exemple d'illusion libérale

J'aimerais vous faire partager ce petit article très édifiant de Nicolas Bouzou. Il est très représentatif d'une certaine justesse libérale accompagnée de ces grandes illusions. Il aimerait donner un nouvel élan au progressisme dans sa version libérale.
Cet article me permet de reprendre certains articles passés pour résumer ce que je vois comme des gentils impasses orgueilleuses.

Bref résumé et deux citations :

Nous connaissons une mutation techno-technologique en cours, création destructrice sans précédent. Elle n'est pas indépendant à la montée de la violence dans le monde. Perte de repère, blessures narcissiques. Copernic, Darwin. Le fondamentalisme est en réaction à la science qui sécularise.
"Aujourd'hui, l'intelligence artificielle, les nanotechnologies, la génétique, les énergies propres ou la révolution spatiale nous font de nouveau basculer dans un nouveau monde qui tue l'ancien, celui des agendas papiers, de la voiture à essence et des stations-services, de la médecine clinique et du salariat."
D'immenses questions d'éthique arrivent. Ces périodes Schumpeteriennes renforcent le conflit entre les prétendant à une société ouverte et les autres et qui de fait s'allient avec les fondamentalistes religieux et nationalistes.
Dans l'histoire, il y a des déclencheurs et des facilitateurs, mais sur le temps long, les périodes de violence correspondent à des périodes de destructions créatrices.
Tout est toujours une histoire de blessures narcissiques d'un monde en changement. Il n'est point trop question ici de pauvreté mais de refus de l'ouverture et du modernisme. Le terrorisme peut se greffer sur n'importe quel récit qui considère le monde tel qu'il est comme un bateau qui coule. Non améliorable et non aimable. Il partage l'idéologie du c'était mieux avant.
"c'est à nous, les progressistes et les libéraux modérés, de la faire mentir et de bâtir le récit philosophique confiant du monde qui vient, pour contribuer à faire reculer la violence."
Quelques commentaires.
Il y a beaucoup de choses résumées en quelques lignes de cet article. Certes ce n'est qu'un tout petit papier et n'est pas Baverez qui veut mais je suis effaré par le manque de perspective historique, et de non questionnement de l'économie, de la religion et son manichéisme qui lui permet de classer les bons et les gentils par une méthode limitée et anti-religieuse de principe, elle ressemble au méthode mafieuse des défenseurs de la mondialisation. Nous n'avons pas le choix, et tout questionnement de principe sur le bien fondé du progrès est un fondamentalisme, un terrorisme, un homme marqué par l'humiliation narcissique.

Comment discuter ?

Puis je proposer des points de discussion  pour initier un débat.

La violence de l'économie
A Crise de foi
a partir de ce document, j'aimerais interroger Bouzou sur la fin de l'économie. Devons nous la servir ou est elle au service de la population ? Ne voit il pas l'ambivalence de l'économie ? 
Il la voit, il l'appelle la destruction créatrice de Schumpeter, l'ambivalence est dans le mot même, mais celle-ci est montrée pour mieux l'ignorer. Il faut accepter cette violence pour ce qu'elle apporte. État d'esprit d’idolâtre, soyons prêt à tout ce que nous dicte l'idole. Sacrifions, ce qui est à sacrifier. Symbole d'une cléricature qui veut faire le bien du monde entier sans se faire frère.
Bouzou ne voit pas qu'il dit que l'économie est la violence et la barrière des hommes pour contenir la violence. Il avoue la sacralité de l'économie, bonne violence institutionnalisée. Nous vivons la mise en doute de cette violence institutionnalisée. On peut s'effarer devant un monde qui ne croit plus en rien et devenir fondamentaliste, c'est un risque, on peut aussi comme Mr Bouzou jouer au grand prêtre naïf. Croyons, croyons et ne soyons pas méchant. Il aimerait faire revivre la grande flamme du progressisme.

B Déchainement mimétique
Relisons cet article interne
Bouzou est surpris par le déchainement des violences, il parle de blessures narcissiques. C'est très intéressant. Il parle en quelque sorte du ressentiment métaphysique et du ressentiment des looser face aux avancées du progrès. C'est, dit-il, ce que nous avons toujours vu.
Il y a deux choses. Il y a en effet le mimétisme des looser dont il ne voit pas qu'il est le winner. Soyez du bon coté, camarade, dans la folie mimétique moderne de l'appropriation des signes extérieures de succès et d'ouverture. 
Il y a ensuite une lucidité sur le fait que le mouvement progressiste tue les idoles humaines (même si sa version des découvertes galiléenne et copernicienne est une image d’Épinal confortable mais dont il évacue toute subtilité philosophique, voir ici pour les plus courageux). Il demande finalement à ce que les hommes se rendent à la vérité démystificatrice de son progressisme efficace et technologique. Illusion, il surfe sur la vague démystificatrice et joue le bon rôle du progrès sans voir l'ambivalence et en quoi, il est lui même mystifié. Face aux passions de l'inégalité, Bouzou demande aux personnes de prendre leur responsabilité et de penser comme lui au lieu d'être blessé narcissiquement. Je suis un winner, faites comme moi, bande de looser. Mensonge romantique qui part de la vérité du ressentiment et du déchainement mimétique dont il est le grand prêtre. Peut on jouer un jeu idiot, le gagner et reprocher au perdant de ne pas être vainqueur ? C'est le jeu de Mr Bouzou. Il croit à un grand mouvement progressiste croyant que tout le monde acceptant les règles du jeu, il n'y aura plus de ressentiment sur la justice. Bouzou comme tout bon progressiste ignore le risque d'anomie qu'il voit  sans en voir la responsabilité de ce qu'il promeut.

C Le religieux comme source de la violence.
Derrière toutes les illusions invoquées, partout en filigrane, demeure la thèse que la religion, obscurité, est la source de toute la violence.
Tous les progressistes, ici, se donnent la main, du plus grand souverainiste au plus grand mondialisateur. Ceci est bien résumé ici en anglais. ou sur cette image.

Il est intéressant de relire cet article interne (encore !?). Il propose une histoire schématisée du progressisme et montre les dangers du post modernisme. C'est encore un part de vérité de Bouzou, oui, le fondamentalisme est en effet un tentation moderne, mais il ne voit pas que les modèles qu'il donne en exemple sont aussi une tentation moderne. Le technicisme ou le post humanisme qui est une manière comme l'autre d'oublier l'homme.

L'humanisme de Bouzou n'est pas désirable, son ennemi est le notre mais son argumentation manichéenne ne voit pas qu'il peut être, lui-même son frère jumeau. Certes, Bouzou n'est pas ce qui semble le plus dangereux à court terme, n'est il pas une queue de comète d'une ancienne et vieille illusion ?
Une ancienne illusion qui a pu pouvoir prendre sur elle, l'origine de tout progrès sans voir qu'il n'existait qu'un seul progressisme, celui du progrès de l'accueil de la révélation du Christ dans les cœurs. Naïf ? Je ne crois pas.

mardi 9 février 2016

Un peu de sexe avec Fabrice Hadjadj

Voici une nouvelle conférence de Fabrice Hadjadj, tentons de parler de différence de sexes d'un point de vue aussi bien de croyant que de profane. Cette conférence a été tenu lors d'une conférence de carême passée. Cela tombe bien, cette année il commence demain. Qu'il vous soit bon.

 



Mâle et femmes à son image



Il y a deux tentations. La tentation de la chair et la tentation du mépris de la chair. Chair sans esprit, esprit sans chair.


Introduction, Le charnel nous parait loin de l'esprit. 
Il ne faudrait pas en parler en temps de Carême ? Non, parlons-en ! Hadjadj voit deux raisons.

1 Nous acquiesçons au bavardage actuel. Le monde moderne se croit libérateur de la sexualité alors qu'il est anti-sexuel. Il appelle sexe ce qui est sa dégradation consumériste, non plus acte engageant toute la personne. Il peut séparer les sexes, le corps et l'âme, et être séparé de toute question d'engendrement.
Acte de jouissance consommateur avec sentiments publicitaires. Éclatement contre recueillement, divertissement mais non rencontre. Signe d'angoisse et de désorientation. Perte d'espérance. Pourquoi s'ouvrir à la vie ?...

2 Mauvaise conception du carême.
Carême est aussi pour développer la maîtrise de soi, mais cela peut seulement agrémenter son estime de soi ou pour son orgueil.
Il existe aussi une mortification moderne, régime, exercice, soirées, discipline de winner.
Mais au final pourquoi cette mortification ?
Dans la foi, c'est pour recevoir la vie en abondance. L'essentiel est dans le retour à la mort et à la résurrection. Pénitence dans la peine mais dans le repentir.
Si carême est retour à l'origine, il est convenable de parler de sexualité.



Être à l'image de Dieu se rapporte à l'union de l'homme et de la femme 

Il lit le texte de la genèse: humour et code génétique.

 Le second récit de la Genèse joue avec les singuliers et les pluriels du nom de Dieu et des hommes, signe de la Trinité.  L'homme trouve son unité seulement dans la communion. Ambivalence, parallèle grammatical, humain et image de Dieu, unité dans la pluralité, d'autant plus singulier qu'il rentre dans une communion.

Hadjadj signale le paradoxe suivant : Ce qui nous est invitation à dominer les bêtes est pourtant ce qui nous rattache à eux, c'est à dire être "mâle" et "femelle". Les chrétiens ne prêchent pas un dualisme mais incarnation et Paul ne cesse de nous inviter à nous méfier de la débauche et du puritanisme (corps, temple de l'Esprit), ne jamais séparer la chair et l'esprit. 

L'homme est à l'image de Dieu par sa sexuation. Pour défendre cette thèse, Hadjadj va partir des points ci dessus pour ensuite noter quelques préambules pour ensuite attaquer le vif du sujet.

1 La sexualité humaine est sexualité consciente de la mort.
Pas de réflexe. Il y a une sexualité humaine. Je ne suis pas une esprit qui pilote un corps humain. Ce n'est pas une sexualité animale à diriger vers la raison. Il y a une sexualité humaine contre la sexualité animales.
Engagement sexuel est engagement de personne et non déterminisme bestial dont devrait s'excuser notre âme.

2 Sexualité religieuse en elle même
Le rite remplace le rut
Dans toute société traditionnelle, la sexualité n'a rien de brutale, elle est ritualisé, on s'unit aux esprit, grand prêtre, grands rituels. Cela est vrai aussi pour notre époque.
Mais le seul rituel restant est la consommation. La sexualité est devenu acte consumériste.
Nous ne voulons pas la survie. 
La chair a besoin d'arche, besoin de l'espérance, pour s'épanouir. Pour quoi sinon? Aujourd'hui, nous ne voulons que la survie, que chaque être soit pour la félicité.
Pourtant ne plus voir l'arche d'alliance est aller vers la logique castratrice. C'est la  logique de la libération sexuelle qui est castratrice. Réduire la vie sexuelle à un acte de divertissement est le signe d'une fuite devant le désespoir.
Les parents, homme et femme, sont les témoins de l'espérance, de l'anticipation de la vie céleste.
Jésus est la pour accomplir cette arche. Pas en exemple mais en manière de finalité. Époux de toutes les âmes, dans l'arche de son corps, il permet la sexualité de s'accomplir. Malgré le déluge, on peut aller au delà du superficiel, joie et donner à la vie qui va vers la gloire de la résurrection.

3 Une relation non utilitaire
Comment penser la domination de l'homme sur la nature
Pas avec puissance. Faire sentir sa puissance est signe de la faiblesse.

L'homme bâtit une arche pour la nature et cela se retrouve dans la relation homme femme. il domine car il s’élève à l'ordre de la grâce, contemplation et compassion.
Sanctification du shabbat? Si homme et femme ressemblent à Dieu c'est que leur relation n'est pas seulement utile. C'est du travail mais aussi du sabbat. Amour de l'autre pour lui-même. L'un contemple l'autre et rend grâce au créateur. (Tous les arts s'enracinent de l'émerveillement devant la femme.) Adam à l'image de Dieu par son intériorité de relation pour la donation et l'hospitalité (arche)




et donc  enfin

Mâle et femelle sont les différences exemplaires car elles sont d'abord des noms de relations.
Le masculin est féminin parce qu'il est tourné vers le féminin et inversement.
Toute tentative de refus pour lui de s'identifier par rapport à la relation à la femme conduit à l’efféminement ou au machisme. Inversement, le féminisme devient machisme intériorisé avec des êtres en concurrence au lieu de les voir en relation.
Virilité : pas la bière mais bâtir une arche pour une femme.
Féminité, pas les cosmétiques mais ménager demeure pour un homme.
Ces noms de relation convergent vers la parentalité (charnelle ou spirituelle)
Jeux entre les deux premiers récits de la Genèse. Contradiction qui n'en sont pas. La lettre ne tue pas.
L'homme cherche à s'accomplir dans les relations. Il voit les animaux, il les nomme avant tout (vocation poétique). Mais il cherche une aide.

L'altérité ?
Dieu fut potier pour l'homme, bâtisseur pour la femme. Il ne nomme pas la femme, il chante une louange. C'est ma propre chair... Le femme le conduit hors de lui-même. Rien ne vaut le corps féminin en terme de construction. Elle est un coup d’arrêt à sa volonté de puissance. C'est la différence radicale, création de la femme, n'est pas clonage, mais avènement de ce qui est plus proche et le plus loin.
Invitation à aventure inédite. (amour de Dieu, du prochain et de soi deviennent indissociable)

Rien d’idyllique, aventure qui est un drame. Itinéraire vers Dieu. (Quitter, s'attacher, devenir un)
Croix, arche divin.

Conclusion
La sexualité humaine ne veut pas que le plaisir sensuel isolé égoïste mais veut la joie de la communion et de la fécondité dans l'espérance. Pour ces deux êtres blessés par la mort et le péché, elle exige que nous communions par nos plaisirs mais aussi dans nos angoisses, nos faiblesses, notre nullité. Or une telle communion n'advient en plénitude qu'a travers la croix de l'amour avec orgueil mis à mort, accueil de l'autre en tant qu'autre, qui est de lui pardonner et de se laisser pardonner pour entrer dans une vie qui surpasse tous nos projets


La morale sexuelle chrétienne est mystique. Elle barre des impasses pour ouvrir un chemin inimaginable à travers les eaux.

C'est la prétendue libération sexuelle qui est répressive avec ses mots restrictifs et frileux. Sexe comme un programme ou chacun jouit à part.
La sexualité n'exige pas de préserver mais de se donner
Ne nous enfermons pas dans un planning mais ouvrons à l’événement de la vie
L’Église n'impose rien, elle ne fait que révéler l'ordre de la réalité et donc la nature profonde la sexualité humaine.

jeudi 4 juin 2015

Puisque tout est en voie de Destruction - Hadjadj

Dans son dernier livre, "Puisque tout est en voie de destruction", Fabrice Hadjadj recueille quelques dernières conférences données en France, quelques articles au départ confidentiels. Il y a une merveilleuse conférence parmi celles-ci. Éduquer à la fin du monde.
Dans cette conférence, il y a une partie qui synthétise à merveille une des ambitions de ce blog (de plus en plus paresseux, pardonnez-moi) : l'appréhension de l'apocalypse. (et non du millénarisme...)
La fin du monde à l'origine de l'éducation chrétienne.
La fin du monde se trouve à l'origine du christianisme (c'est d'ailleurs cela qui le rendait si scandaleux aux yeux des païens, lesquels croyaient à l'ordre immuable et référentiel du cosmos). La destruction de toutes choses est même l'horizon sous lequel se déploie son éducation. Qu'on écoute la seconde épître de Pierre : Puisque tout est en voie de destruction, voyez quels hommes vous devez être, vous qui attendez avec tant d'impatience la venue du jour de Dieu (2P3, 11. 12). "Voyez quels hommes vous devez être", il s'agit bien de devenir homme, il s'agit très exactement d'éducation. Et ce devenir homme n'a pas pour critère la voie de progrès, mais la voie de destruction.
Il n'y a toutefois pas ici la destruction seule. Il y a aussi la "venue du jour de Dieu" (ce qui est encore plus destructeur pour l'orgueil). Afin de dire cette ambivalence, tout ensemble le versant de ténèbres, le versant de lumière, la double croissance de l'ivraie et du bon grain, nous avons un mot : apocalypse. Il signifie étymologiquement "révélation". Il s'est mis à désigner couramment la "dernière catastrophe". L'apocalypse n'est pas ce qui stérilise ou rend triste. C'est le principe de la fécondité et de la joie du fidèle. C'est parce que la fin du monde est imminente qu'il faut commencer quelque chose dans le temps, quelque chose qui n'est pas du temps.
Que veut dire Apocalypse ? A travers le désastre, l'astre d'en haut qui vient nous visiter. A travers la prolifération de la mauvaise herbe, la moisson toute proche. A travers la mort temporelle, la vie éternelle. L'apocalypse annonce le triomphe de la charité parmi les tribulations. Et c'est pourquoi elle nous ordonne de participer à ce triomphe. Tout en nous dégageant du monde, de ses pompes, de ses prestiges, de ses "valeurs", elle nous engage dans le monde, à y faire luire la charité qui ne passe pas. 


Vaste programme....

mardi 25 février 2014

La joie du paradis Hadjadj



Encore un document intéressant de Hadjadj
Fabrice Hadjadj se confronte à l'injonction de Nietzsche. Les chrétiens refusent le monde tel qu'il est ! 
Ils se réfugient dans un monde qui est ailleurs qui est tout sauf l'"ici et le maintenant". Les chrétiens se situent dans le ressentiment.
Pourtant Hadjadj note que le nom de Dieu est "je suis celui qui est". Or qui d'entre nous peut revendiquer sa présence à lui-même, aux autres, au monde. Nous sommes là aussi où ce que nous avons à être, mais pensons toujours au devenir ou au passé. Réclamer l'ici et maintenant, c'est réclamer l'éternité, c'est réclamer Dieu. Hadjadj souligne la difficulté de la présence à l'autre. Il faudrait avoir la capacité de connaissance de l'autre, il faudrait le voir dans sa source, dans Celui qui l'a créé.
La souffrance et le péché nous empêchent aussi d'être présent. Nous ne voyons plus la création et nous nous rêvons chef d'orchestre autonome.

A l'opposé de l'homme pêcheur, il y a le saint, qui a la plénitude de la présence à soi-même et aux autres car présent à la source de toute chose, présence reçue de Dieu. Être saint c'est avoir un sens aigu de la réalité. Et donc, le ciel n'est pas le lieu de la fuite, il est claire vision de l'ici-bas. Ceci explique aussi la douleur du saint quand il est dans la joie. Joie et douleur de l'avant gout du paradis qui se dérobe, auquel nous n'arrivons pas à répondre.

Notre expérience du paradis ne vient pas de nos ressentiments mais de l'expérience de l'amour. Le baiser aussi symbole de la dévoration montre bien la promesse d'un amour que l'on aimerait garder jusqu'à l'ingestion.
Bref le paradis est la source de tout lieu et non une projection inopportune. Ici et maintenant, nous avons à vivre la plénitude de la présence.

Refus de la joie
Rappel d'Hadjadj sur le refus de certains anges à la joie de Dieu. Il parle ensuite de la violence du paradis tel que Dante l'annonce, activité débordante de justice.
La joie nait d'une rencontre inattendue qui s'oriente vers une communion.
La joie est rencontre donc si je suis seul, la joie donnée à soi même devient l'onanisme.
La joie est ouverture à l'autre qui nous déstabilise. L'allégorie de la vérité du Bernin en est l'image. La violence de la joie peut nous effrayer, Il nous faut l'humilité de reconnaitre nos fausses pudeurs, notre contentement, notre orgueil. Le démon a-t-il supporté de devoir recevoir sa joie de quelqu'un. Signe de maitrise de sa vie, le damné veut dicter sa loi. Celui qui veut donner sa vie sans recevoir. S'envoyer au ciel par soi même, toujours descente en enfer....

Il faut aussi accepter que cette joie n'est pas seulement accordée aux majors de la foi. Joie reçue que pour être communiqué.
Le Christ était le témoin de la Joie qui brise l'orgueil, l'homme qui contrait nos plans et que l'on crucifie donc.
Tout semble revenir au plus complet malentendu sur la gloire. La recherche humaine de gloire (voir article Racine et Girard) humaine est la recherche de la gloire divine autonome que Jésus transforme en gloire de la croix. Jésus sacrifie toute notion de prestige glorieux pour la joie. La gloire est la vie divine, la vie dans la Trinité, la vie en état d'offrande. La gloire devient la vie dans la grâce.

La gloire des corps
La Grâce n'enlève jamais rien à ce qui est humain, elle guérit et perfectionne. La résurrection des corps est spécifiquement chrétienne. Affirmer la subsistance de la personne implique aucune exclusion et surtout pas pour l'homme, corps et âme. De même, il faut se méfier des pensées qui opposent don à Dieu et à l'humanité, c'est en devenant plus homme encore que l'on devient saint. Nous voulons faire de Dieu une idole, une super créature, elle fascine, elle confisque, elle veut se distinguer et se mettre à coté des autres créatures. Au contraire de Dieu source de toute créature. Refusons le schéma concurrentiel "Dieu et homme" en toutes circonstances. On n'oublirait par exemple que se rapprocher des hommes, c'est aussi se rapprocher de la source. Admirons la création et même dans le prochain, pauvre et blessé Je trouverai ainsi mieux ma propre source, ma propre personnalité et approcherai l'élimination de mon orgueil. Dieu, principe de notre communion.
A la lumière de cette foi, tout est digne d'être connu et de nous parler de notre source. Nous devenons créatif.

Béatitude dans la passivité ? Alors que ciel est le lieu de l'activité et avec notre corps. Nous imitons avec notre désir mais aussi avec notre corps.
Notre corps nous permet ici bas de remonter du sensible à l'intelligible. Dans la vision béatifique, on passera de l'intelligible au sensible. On pourra manifester à travers nos corps tout ce que l'on aura reçu. Ainsi notre vocation nous appelle à la célébration, à une louange inventive. Avec leurs corps, les bienheureux produiront des œuvres de louange, seront saisi d'une œuvre de poésie généralisé, ce qui nous est si difficile maintenant. Quand entrerons nous dans la vie dont nous percevrons en permanence la poésie ? C'est la question qui est au fond de notre coeur. C'est cela notre attente du ciel !

mardi 19 novembre 2013

Le sabbat par Fabrice Hadjadj

Retranscription d'une conférence passionnante de Hadjadj. Le thème est la sabbat. Il montre en quoi le sujet est la technique et la terre. En utilisant trois références bibliques, il montre en quoi cette notion du Sabbat contient une sagesse divine sur les hommes, leur activité, et la connaissance de Dieu.
Il en profite pour dessiner notre monde moderne prise dans les filets de l'exploitation par le travail, par la folie de la maîtrise de la maîtrise.



A partir de la genèse où l'on voit que le jour le plus important, c'est le jour du désistement, la finalité n'est pas le travail mais le septième jour, c'est le jour où nous imitons Dieu, où nous sommes réceptifs à lui, où nous voyons que nous ne sommes pas créateurs de l'univers. Apprentissage de la réceptivité. Le but du jeu est de sortir de la logique de la maîtrise.



Au coeur de l'exode, Hadjadj souligne le lien entre le respect du Sabbat et le respect du aux parents. La vie est reçue de Dieu et de nos pères, c'est dans cette commune attention que se retrouve le gout pour la vie. 

Le temps pour Dieu et le temps pour la famille est le temps intérieur qui nous évite de sombrer dans le monde extérieur et l'activisme
La genèse cadre l'exercice du Sabbat et son état d'esprit. Tous les 7 jours, tous les 7ans, l'année après tous les 7 fois 7 ans (jubilé). Sans oublier l'abandon de la bordure des champs. Tout cela n'est pas un travail en vue d'une productivité mais un désistement. C'est une invitation à la miséricorde en souvenir de la terre qui vient de la miséricorde de Dieu. Le jubilé est aussi une possibilité de la remise à zéro des compteurs. Une fois par génération. Le sabbat est une invitation à ne pas aller sur une terre en conquérant. Le sabbat source de la bénédiction car barrière de toute possession et exploitation.


Bref, la terre est un don, elle n'est pas une demeure définitive que je me dois de m'approprier. La terre et les hommes ont besoin d'un sabbat. Notre rapport à la terre  doit être apocalyptique. C'est ce qui permet un rapport juste face à la terre. Il faut penser les risques et la possibilité de jugement. Il faut travailler la terre comme un don à contempler avant tout. Dans les textes apocalyptiques, il y a toujours une intrication entre la technique et la nature, ils ne sont pas séparables. la technique peut nous échapper si nous n'avons pas fait le désistement.

L'objectif n'est pas dans la meilleure gestion de l'exploitation de la terre et faire de la terre le lieu du repos dans la communion. Loin de tout malthusianisme, éloignons nous de ce grand système d'exploitation par le travail que nous avons créé où le travail, la terre, la famille perd tout son sens. Retrouvons le sens miséricordieux du Sabbat. Dessaisissement, justice et charité. 



En bas, lecture au fil de l'article :


vendredi 26 juillet 2013

Hadjadj contre la "saine famille" de Michel Serres


Dans un article récent, Fabrice Hadadj réagit et contredit l'article de Michel Serres paru dans le magazine "Etude" sous le titre "La saine famille". Disputatio à quelques semaines d'écart pour éclaircir la nature de la Sainte Famille et la légitimation ou non du mariage homosexuel par la théologie catholique. Ces deux articles sont payants encore, je ne peux vous les mettre à disposition.
Parmi les catholiques, sans en connaître la proportion, il y a une séparation sur ce thème (dont voici deux exemples, ici et là), ces articles ne reprennent pas tous les arguments entendus, ils touchent plus particulièrement la délicate question de la défense de la famille "naturelle" et des liens du sang malgré tout.

Ici, Hadjadj fait oeuvre de santé publique en luttant contre les fausses évidences de notre temps. Les liens charnels, en plus d'être complétés et sanctifiés par le Christ dans ses liens avec Marie et Joseph, sont pris en exemple et utilisés par le Christ pour donner naissance à la fraternité universelle en lui, et non l'inverse. Ce n'est pas la fraternité universelle qui légitimerait les liens de sang.
Évitons tous les universalismes désincarnés qui, croyant offrir la paix au monde, éloignent de l'amour véritable qui est don reçu et, d'une certaine manière, toujours engendrement.
Les tendances modernes ne sont qu'un réchauffement de la gnose chrétienne méprisant l'incarnation, mettant en opposition la grâce et la nature, alors que cette première élève et guérit la seconde.
Cette gnose, en plus d'être une erreur est un chemin de fausse sagesse, de violence et d'indifférentiation, ne rendant hommage ni à Dieu, ni à l'homme.

In fine, la famille naturelle est l'icone de l'amour surnaturel. Saurons nous la protéger et l'honorer ?

Ci dessous, voici un résumé du texte de Fabrice Hadjadj.



Thèses de Michel Serres,
Serres prétend fournir un point de vue proprement théologique à la question du mariage homosexuel.
La thèse essentielle de Serres est que la Sainte Famille chrétienne déconstruit la famille naturelle. Il faudrait en tirer, alors, les conséquences.
En effet, en celle ci tout y est surnaturel, anormal, Il y aurait de la GPA dans l'annonciation, Joseph ne serait qu'un père adoptif. Les revendications homoparentales sont donc évangéliques.
Serres reproche à l'Eglise, dans ce débat, de se positionner sur des arguments anthropologiques et de refuser l'observation de l’Évangile.
Ensuite, Serres part des analyses de Francis Fukuyama sur le refus du moyen Age chrétien du mariage des hommes destinés à la prêtrise. Fukuyama pense que ce refus venait du désir d'empêcher la création de dynasties catholiques puissantes. Le célibat ne fut donc pas pour le "Royaume" mais contre les royautés dynastiques et surtout contre tout lien du sang.

Hadjadj diagnostique (en plus de la fragilité des arguments) un mépris de l'incarnation. Que sont devenus la généalogie des Évangiles ? Qu'est devenu le cousin Jean Baptiste ? La sainte famille refuse les liens de sang ?

Serres oppose les liens de sang raciaux, tribaux et excluant avec les liens choisis, liens libres et individuels, par amour. (ne parlons pas de la triade féminine perçue par Serres)

En quoi Serres est hérétique et est dans l'erreur par sa conception de la grâce.

Serres commet une erreur gnostique en mettant en contradiction le Dieu créateur et le Dieu rédempteur. En effet, il oppose Grâce et nature. Le surnaturel entre en concurrence avec le naturel et le culturel. La grâce chasserait l'ancien par le neuf (à l'encontre de Mt 13,5, du trésor sort du neuf et du vieux). Cette logique de la mode est aussi suggérée par le reproche fait à l'Eglise de s'appuyer sur des arguments anthropologiques. Or si l’anthropologie et la théologie diffère cela signifierait que l'incarnation de Jésus serait bancale et qu'il y aurait contradiction entre raison et foi. Le verbe incarné n'éclairerait pas vraiment le mystère de l'homme. Problème...

Serres voit aussi dans cette sainte famille une brisure avec l'ancien testament. Ce qui était exclusion tribale juive devient inclusion à tous.
C'est d'abord une vision étroite de l'élection juive qui oblige plus qu'elle n'exclut. (même si privilège, il y a) Puis, cela confirme la tendance gnostique de la pensée de Serres, qui voit dans la matière un piège créé par une entité mauvaise pour piéger les hommes destinés à être pur esprit. Dualisme de la liberté contre la nature, de la chair contre l'esprit, des liens de sang contre les essors de l'amour. Serres devient disciple de Valentin et Marcion.
Contre les cathares, Saint Thomas d'Aquin répétait : La grâce ne détruit pas la nature, mais l'achève, la comble.
La grâce complète la nature de l'homme. Elle l'affermit dans sa propre nature et la tire vers le surnaturel. Elle l'élève et la guérit. (Mathieu 5, 17, pas venu abolir mais accomplir.) Plus le Christ divinise, plus il humanise. Les deux vont ensemble. Tout homme est appelé à être greffé sur l'olivier franc.

Certes, le naturel humain est introuvable. Quelques fois réduit au  biologique et à l'animal ou bien en un ensemble d'invariants transculturels que l'on continue de chercher. Certains alors souhaitent le rayer de la carte. Car, en effet, la famille naturelle comme la raison, ne se trouve que rarement à "l'etat naturel". Mais la grâce ne vient pas renverser une nature perverse, elle vient guérir une nature blessée. L'affirmation du naturel est toujours un combat. Surtout quand la raison devient utilitariste... La "famille naturelle" devient autant trésor de la culture que don de la nature.

Amour de sang / Amour de charité

Mais pourtant le Christ ne nous a-t-il pas appris à aimer universellement quelle que soient nos identités non choisies ? Certes, cet amour dépasse les promiscuités mais il ne les défait pas.
De même, tout lien d'adoption se fabrique à partir d'un lien de sang préexistant. De même encore, la famille naturelle demeure l'analogie majeure pour exprimer le Royaume.
De même toujours, c'est au prix de son sang qu'il rachète tout homme et fait d'eux des frères. C'est par ce lien de sang tant honni par Serres que Jésus justifie la fraternité humaine, plus encore cette fraternité n'est pas un choix, une décision individuelle mais un fait auquel nous devons consentir et qui est difficilement choisissable vu le nombre d'enquiquineurs....
il y a un écart entre la fraternité chrétienne et "l'universalisme philanthropique, volontariste et plein de bonne conscience".
Pourquoi Serres a la certitude que les liens de sang seraient le principe de la violence et les liens adoptifs, choisis, les prodromes d'une civilisation de bonté ? Or les liens individuels purs sans lien de parenté est proche de la situation totale d'indifférentiation et donc propice à la guerre du tous contre tous.
N'est ce pas non plus dans ces horribles liens de sang que l'on peut découvrir l'amour le plus universel et l'amour sans condition, sans arbitraire, sans performances. L'adoption prend modèle sur cette parenté et non sur un marché des orphelins.
la charité trouve son analogie première dans les amours familiales les plus charnelles. Le Dieu qui veut nous ouvrir à l’amour inconditionnel de chaque visage savait ce qu’il faisait lorsqu’il créait l’homme et la femme : comment y aurait-il meilleure preparatio evangelica que ce qui procède des sexes ?

Les liens familiaux dans l'Evangile
Le terme adoption est utilisé par Saint Paul pour parler de notre vocation d'enfant de Dieu. Adoption qui nous permet de percevoir l'héritage divin. Cela est si proche de la filiation par engendrement que Saint Jacques préfère utiliser ce lexique. (Jc 1, 18)

Il ne faut pas diminuer, non plus, la paternité de Joseph. C'est de lui que Jésus retire sa généalogie. Jésus n'a pas d'autre homme pour père, Jésus est le fils de sa future femme légitime (et quelle légitimité!). Ce n'est pas de la nature qu'il tient sa paternité mais de l'auteur de la nature.Sa paternité est donc plus que naturelle.

Serres prétend aussi que Marie n'est pas absolument la mère, alors qu'elle est la mère absolument.
L'annonciation n'est pas vraiment un "choix individuel par amour" mais est le couronnement de l'ancien testament. Marie, nouvel Ève, qui ne dit pas "j'ai acquis un homme de par le Seigneur" (Gn 4,1) signe d'une possessivité étouffante qui explique souvent la stérilité débutante des matriarches, sevrage pour mieux accueillir le don du Tout Autre. Marie est le symbole extrême de cet accueil. L'annonciation est le contraire d'un planning, d'une PMA ou d'un GPA, d'une volonté démiurgique et de fantasmes de papa-maman.
Quel est, alors, le sens de l'Annonciation pour la famille naturelle ? Hadjadj répond :
Non pas défaire les liens du sang, mais rappeler, selon la constante affirmation juive, que le sang, c’est la vie, et que la vie ne nous appartient pas, qu’elle est mystère dans sa source et dans son embouchure, et que nous ne saurions avoir sur elle la mainmise sans la détruire.


Conclusion

La saine famille de Michel Serres ne vas pas dans la direction de la sainteté mais d'un certain hygiénisme psychologique, d'une normalisation technique et illusoire de la parenté. Rien ne remplacera l'accueil de ce qui nous est donné (malgré ses bêtises, ses péchés, ses faiblesses). Ce n'est pas en choisissant sa famille que l'on arrête ses névroses. C'est imaginer une cure radicale à nos maux intimes venant de la furie ténébreuse des sexes.
En croyant "rationnaliser" les relations, on va contre la révélation pour qui la famille "naturelle" est l'icone du surnaturel. La différence des sexes est cette ouverture folle au mystère d'amour constitutif de notre vie. Mystère si souvent broyé par non reconnaissance de l'amour et différence souvent reniée par l'orgueil du refus de l'insupportable fait.

jeudi 16 mai 2013

Maffesoli et la post-modernité

J'ai trouvé cette vidéo fascinante de Mr Maffesoli. Permettez moi, un résumé et quelques commentaires.

Maffesoli s’entretient à propos de son dernier livre appelé "Apocalypse". Il préfère retenir de cette notion la révélation d’un monde qui entre en décadence et il veut percevoir ainsi l’émergence d’un monde nouveau. Pour lui, nous voyons clairement la fin de la modernité et l’arrivée progressive de la post-modernité, d’où la perception apocalyptique du peuple. Il approuve ce changement. La modernité, (en gros) c’est le tripode, raison, travail, progrès. Cela implose et la postmodernité emprunte à la pré-modernité. La flèche du temps s’amenuise, nous revenons à la spirale et à l’éternel recommencement. Car Maffesoli voit la fin de l’influence chrétienne et le retour du paganisme dans cette apocalypse. Celle-la même ne se fait pas progressivement, mais par saturation (philosophie orientale) décomposition et recomposition. Mais cela prend du temps, d’abord secret, discret et affiché. Il y a le signe du romantisme, du dadaïsme, du design et enfin de l’architecture qui lance le nom de post-modernisme. Tout est citation et patchwork, différence et enracinement. le sens et la direction n’existe plus vraiment. Les révolutions juvéniles arrivent et les années 80 en sont le signe éclatant.

Intéressé par la décadence romaine, il dit que c’est un temps de prolifération de loi et donc d’absence de légitimité naturelle. Les anomies (hors la loi) se développent, parmi eux les chrétiens qui par la communauté des saints et le lien entre les communautés prennent la place libre. Aujourd’hui, à la fin de la civilisation judéo chrétienne, ce sont les communautés, les tribus, les club qui par internet deviennent la communauté des saints des temps à venir.

Barbarie ou synesthésie

Maffesoli accorde que nous vivons en décadence mais c’est la chute d’un enfant qui va se relever. Contrairement aux intellectuels (toujours moraux et qui disent non à la réalité) Maffesoli veut croire en la réalité humaine. Nos temps troublés appellent pour lui à un nouvel ordre qui reposera sur Dionysos  Il y aura probablement de la violence mais elle sera limitée et sera à la source d’un nouvel ordre qui ne cherche qu’à s’éveiller, loin de toute morale mais non de l’éthique qui est le ciment de la société. Oui, réinvitons Dionysos, ce métèque ambiguë fascinant qui apporte la violence ritualisée, symbole du désordre refondant l’ordre. Ce chaos n’effraie que l’intelligentsia et les technocrates. Le peuple connait la « sagesse diabolique »

Cette vidéo est fascinante car elle est merveilleusement honnête. Elle discute avec Hadjadj et Girard.
Avec Hadjadj car ils s'accordent sur la mort de la modernité d'inspiration chrétienne, Mais quand Hadjadj s'effraie de l'arrive de la postmodernité niant l'homme, Maffesoli se réjouit de cette décadence et de l'arrivée de ce postmodernisme païen  signe de lendemains vivifiants. Je crois que Maffesoli a raison quand il dit qu'il accepte la réalité. Il y a un coté, je dis ce que j'observe mais il a du mal à cacher sa joie de la mort du progressisme et du modernisme classique et se réjouit aussi de ce postmodernisme dionysiaque qui sera symbole de vie, de désordre et d'ordre qui viendra après la décadence.

Ensuite, avec Girard, car cet homme choisit Dionysos explicitement (cela est même incroyable de clarté), c'est un paganisme assumé. Oui, il faudrait un bon petit sacrifice de Penthée, que le désordre de l'anomie de notre temps se transforme en violence, en sacré et la grace du bouc émissaire fera son travail. Vivement les temps nouveaux....

Trois personnalités se révèlent donc. Dionysos, Penthée et le Christ.
Penthée est (comme le dit Maffesoli) le technocrate, l'homme de l'organisation, de Babel, de la gestion humaine. Celui qui ne pense pas religieux mais qui pense ordre mais qui dans son ignorance du religieux ouvre la porte même aux religieux et au sacrifice que Dionysos conduira. Dionysos est l'homme du sacré et du sacrifice du bouc émissaire, du désordre fondant l'ordre. Jésus est l'homme qui dénonce le travail de Dionysos et le rend petit à petit inopérant.
Aujourd'hui, Penthée règne. Bien entendu il rend l'homme malheureux car l'homme ne se gère pas. Penthée est peut être une préfiguration du moderne. C'est à dire du chrétien déchristianisé. Mais là où Maffesoli appelle à son meurtre sacré, Girard dit que cela ne peut plus marcher. Qui aura raison ? C'est ici que le terme d'apocalypse prend tout son sens. Est-elle cette synesthésie païenne, le symbole d'un nouveau cycle ? ou bien le signe de l'accouchement de cette humanité définitivement privée de ces béquilles sacrificielles ?

Dionysos se meurt, survit ou se déchaîne ?
Ou bien Maffesoli ne passe-t-il pas complètement à coté de l'apocalypse qui est chrétienne par nature et nécessite la flèche de l'histoire qu'il récuse...

mercredi 8 mai 2013

Ayn Rand

Avez-vous entendu parler de Ayn Rand et du libertarisme américain ? Ils ont apparemment une influence solide aux Etats-Unis (souvent sollicités par les républicains dans une partie de leur mythologie) mais sont pratiquement inconnus en France.
Faisons connaissance ? Egoïsme vertueux ?
Je pense qu'Ayn Rand est moins la fondatrice d'une philosophie qu'une libératrice de pensée philosophique implicite dans une culture ou dans un système humain particulier. Libératrice laissant place à un culte très particulier....
Mais le personnage est fascinant, juive russe bourgeoise émigrée dans les année 20, furieuse du traitement et de l'expérience communiste et des étoiles pleins les yeux des stars, des films américains qu'elle a étudiés en profondeur et pour qui elle travaillera comme petite main des studios et enfin en tant que scénariste.
Puis elle écrira ses livres les plus célèbres (Atlas Shrugged, la vertu d'égoïsme) qui deviendront les étendards de l'objectivisme, du libertarisme... 
Plusieurs manières d'en parler. Soyez égoïste,  c'est la meilleure manière de travailler pour le bien global ? Individualisme roi ? Ce n'est pas, bien sur, si simple.
Ici, on trouve, un résumé de la philosophie Randienne par elle-même.


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1. Métaphysique : la réalité objective
2. Epistémologie : la raison
3. Ethique : l’accomplissement de soi
4. Politique : le capitalisme

Si vous déteniez ces concepts dans une totale cohérence, comme la base de vos convictions, vous disposeriez d'un système philosophique complet pour orienter le cours de votre vie. Mais les maintenir avec une cohérence totale, les comprendre, les définir, les prouver et les appliquer, exige des heures de réflexion.
Ma philosophie, l'objectivisme, soutient que :

1. La réalité existe comme un absolu. Les faits sont les faits, indépendamment des sentiments humains, des souhaits, des espoirs ou des craintes.

2. La raison (la faculté qui identifie et intègre les éléments fournis par les sens de l'homme) est le seul moyen de percevoir la réalité, sa seule source de connaissance, son seul guide d’action et son seul moyen de survie.

3. Tout homme est une fin en lui-même, et non un moyen pour les autres. Il doit exister pour lui-même, et non se sacrifier pour autrui, ni sacrifier autrui à lui-même. La poursuite de son intérêt rationnel ou de son propre bonheur est le plus haut but moral de sa vie.

4. Le système politico-économique idéal est le capitalisme de laissez-faire. C'est un système dans lequel les hommes se considèrent entre eux, non comme des victimes et des bourreaux, ni comme des maîtres et des esclaves, mais comme des commerçants, par des échanges libres et volontaires, dans leur intérêt mutuel. C'est un système dans lequel aucun homme ne peut obtenir quelques chose des autres par le recours à la force physique, et dans lequel aucun homme ne peut user de la force physique contre les autres. Le gouvernement agit seulement comme une agence de protection des droits, il n’utilise la force physique que pour des représailles et seulement contre ceux qui prennent l'initiative de son usage, tels que des criminels ou des envahisseurs étrangers. Dans un système de capitalisme intégral, il devrait y avoir (mais, historiquement, cela n’a jamais existé) une séparation complète de l'Etat et de l'économie, de la même manière et pour les mêmes raisons que la séparation de l'État et l'Eglise.
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C'est très curieux. Je suis tout à fait d'accord avec les deux premiers concepts et suis paniqué par les propos des deux suivants et par l'innocence avec laquelle elle les expose.

En effet, elle commence comme saint Thomas d'Aquin et finit en guide capitaliste pour winneur épris de réussite et d'accomplissement de sa vie.
Elle commence très simplement et sainement. Partons de la réalité, faisons confiance à nos sens c'est la seule manière qui nous a été donné d'appréhender la réalité. Tout homme est une fin en lui-même. Ici encore, je suis d'accord et rien, ni aucune idéologie doit utiliser l'homme comme un outil ou comme la part d'un rouage. Nous sentons ici, la légitime révolte d'une femme qui a vu la naissance du régime communiste en Russie. "La poursuite de son intérêt rationnel ou de son propre bonheur est le plus haut but moral de sa vie." Ici encore, comment ne pas être d'accord aussi ? Comment aller contre l'intuition générale que nous sommes faits pour le bonheur et que même les actes les plus masochistes sont tendus vers ce concept si difficile à définir...

Finalement mon désaccord avec Rand se trouvera sur la manière d'atteindre son propre bonheur. Pour elle, tout se passera sur le refus du sacrifice de soi et par le régime capitaliste le moins contraignant possible. Il n'y a plus de violence car il n'y a plus ni esclave, ni maître, ni victime, ni bourreau et un Etat réduit à minima.



Premièrement, il est difficile de ne pas voir dans les théories de Rand, un négatif du communisme qu'elle hait trop pour ne pas l'imiter. La violence (et donc pour les deux, grâce à l'égalité) se résorbera dans une société sans classe, prolétarienne pour les communistes et entrepreneuriale pour Ayn Rand.

Si dans un cas, par contre, il faut mettre en avant la dimension sociale de l'homme et brimer l'individu, Rand fera l'inverse, il faut brimer tout sens de communauté et magnifier l'individu.

Bref, nous sommes encore face au syndrome de la pièce maléfique, aux frères jumeaux mimétiques s’entre tuant.
Mais dans les deux cas il y a une recherche d'égalité forcenée, l'une trouvée sur les modèles du travailleur manuel pauvre et solidaire et de l'autre sur le self made man autonome, prospère et responsable.

Dans les deux cas, les systèmes ne voient pas que cette uniformisation n'est pas possible (et même pas souhaitable) et que face à cette réalité, nous nous retrouvons avec une guerre de classe épique où tout sens de la dimension sociale de l'homme est brutalisé.

Comment ne pas voir la séduction et l'influence de Rand (ou de ce que Rand a théorisé) dans notre monde
Ne vivons nous pas tous dans notre occident moderne, non dans le paradis du self made man mais dans le mythe de celui-ci. Livre de développement personnel, carriérisme, culte de la célébrité.... Qui est épargné ?

Toute cette culture, ne nous rend que plus visible le kitsch de ce mythe. Le culte de l'individualisme soit disant rationnel et autonome n'est d'abord qu'une illusion. Quels sont les critères de ce succès et du bonheur ? Le dollar, les sourires, l'auto-satisfaction ? En cherchant la réalisation de soi, nos contemporains ne finissent ils pas à célébrer le vide ? C'est cette célébration dont Hadjadj se moque avec raison et y voit le socle de bien des malheurs. (Fuyons les winneurs, ce sont les pires loosers...) Nos contemporains ne sacrifient ils pas le monde sur les autels du dieu dollar et d'une image de soi, une icone sacrée faite pour être regardé par les autres.

Les autres justement.... On ne les évite jamais....

Et le sacrifice ? Non plus.

C'est encore une autre erreur de Rand, de croire qu'il existe une place sans sacrifices. (erreur si tentante où même Girard est tombé à une époque.)
C'est le thème de cet article de Thierry Paulmier, paru il y a quelques années.

L'article est très intéressant mais il absolutise trop à mon gout la différence des deux sur la question du sacrifice. Rand ne prône pas le sacrifice des autres pour l'amour de soi. Elle a été traumatisé par le phénomène sacrificielle communiste "altruiste" et a pensé un monde non sacrificiel basé sur le thème de l'egoisme vertueux. Cela finit en sacrifice des autres car elle pense avoir trouvé un lieu non sacrificiel....

En pensant à Rand, je pense plutôt à ce grain de blé qui refuserait de mourir.

Après ma note sur Quignard, je vois des liens évidents entre les deux auteurs. Toute idée, même subtile, de communauté chez l'homme est un liaison directe avec le sacrifice. Oui, il y a de bonnes idées pour le croire.

C'est ici qu'en tant que Chrétien, on peut se sauver de la relation entre solidarité et violence. L'eucharistie ne nous invite t elle pas à cette communion de l'humanité réunie avec l'agneau ?
L'Eglise comme ce qui préserve et sauve l'individu et la communauté humaine, ce qui fait de nous des individus non vains et une communauté non violente....




samedi 20 avril 2013

Fabrice Hadjadj - l'inévitable certitude

Je me suis arrêté sur cette conférence de Fabrice Hadjadj prononcée à Rimini lors d'une rencontre de l'association catholique Communion et libération.
Il reprend le thème de cette rencontre, la certitude. Il en profite pour développer sa réflexion autour de la vérité, de la nécessité pour nous de certaines certitudes pour vivre et de faire une généalogie de nos temps post modernes incertains et chaotiques. Que nous reste t il ?
Il nous faut de nouveau accepter de ne pas être à l'origine de son être. Accepter la matérialité spirituelle de celui-ci et de son engendrement, la métaphysique cohérente, l'horreur de notre mort et enfin que la vie est don à transmettre et que notre angoisse est signe de la source du don...
Face à la mort des idéologies, l'absurdité apparente du renouvellement des générations, soyons des explorateurs du royaume de Dieu, des hommes remplis de la certitude apocalyptique. De l'au-delà de toute idéologie, pourra revenir la certitude du consentement à la réalité comme chemin vers notre créateur et l'acceptation de notre nature faite pour la transmission et le don....



Intro
Certitude comme base du savoir et du sens de la réalité
Nous vivons dans un monde sceptique et relativiste,  la mode est de dénigrer la certitude.  Totalitaire, rigide, intolérante, statique comme le minéral et donc symbole de la mort car le vrai vivant évolue, meurt et renaît sans cesse. Mais ce n’est pas viable, paradoxe dans les termes
Car il faut voir la certitude comme ce qui permet d’avancer comme une terre où on met ses pas. (Aristote associe le doute à la chaine). Inévitable. Car elle permet d’avancer, je ne suis pas un autre. L’incertitude ne peut être une finalité. La certitude n’est ni arrogance, ni auto suggestion. Elle est basée sur une évidence non construite. C’est le sens de la réalité, elle est donc inévitable et un peu effrayante en cela, il faut savoir s’y préparer. (Humiliation pour l’orgueilleux, bénédiction pour l’humble)

1A Certitude au temps de la modernité
Il y a toujours eu des incertitudes depuis le péché originel, mais quelle est la spécificité de notre temps ? La Modernité fut le temps de nouvelles certitudes après la rupture avec les anciens. Mais le culte du récent devient culte de la mode, c'est-à-dire de ce qui sera démodée.
Avant tout cela on pouvait croire à un âge d’or, nous étions tournés vers le cosmos et la nature, le christianisme nous a alors tourné vers l’homme. Comme on arrach les roses du rosier pour la mettre dans un vase, la modernité a coupé les idées chrétiennes de leur racine. Désormais la rose ne sent plus très bon…  La modernité a séparé les valeurs de Dieu. (Exemple de l’oncle Kolia dans docteur Jivago de Boris Pasternak.) Reprise des idées de personne, de liberté, de la vie comme sacrifice pour mieux les couper et les isoler. Tout cela en vue de l’énergie vitale et non du royaume des cieux. Belle générosité de la modernité fondée sur la croyance aux progrès. Elle fonde des certitudes à notre mesure. Certitude du pouvoir de l’homme d’établir un royaume de justice et de paix, et de vaincre la mort par ses moyens.

1b Certitude au temps de la postmodernité
 Mais nous vivons l’effondrement du progressisme et de l’humanisme.  On a multiplié les morts et les drames historiques. L’humanité ne va plus vers son progrès mais vers son propre anéantissement. C’est alors qu’arrive le postmodernisme, le temps de l’incertitude et de la dislocation. L’angoisse de la mort collective nous désarçonne. Quel avenir ? Dégout de la réussite bourgeoise, il faut du divertissement et du facile. L’appel à la tradition et à un nouvel humanisme sonne creux. Le post humanisme vient avec trois tentations qui ont plus à la mode selon le temps  (le diable joue avec  pour nous abuser et nous cacher la réalité.) C’est le technicisme, l’écologie et le fondamentalisme. Ce sont trois manières d’abandonner l’homme. La modernité prenait des éléments du christianisme pour les assécher  mais la postmodernité disloque la révélation du logos incarné (accord entre raison et foi, naturel et surnaturel, chaire et esprit. La modernité essayait de rendre immanente l’espérance chrétienne. Le postmodernisme propose de nouvelle transcendance  et de nouveaux paradis à partir de trois bonnes choses, la technique, l’écologie et la religion.




Face à cette dislocation, l’homme sensé qui s’intéresse à l’homme et au réel comme donné doit reconnaître l’équilibre du bien fondé de la révélation du logos incarné. Ces temps dramatiques doivent réveiller en nous notre cicatrice de la verticalité. Face à la destruction des espoirs mondains, il faut savoir traverser l’espérance et s’ouvrir à l’espoir théologale.
Liszt : Si nous n’arrivons pas à être heureux, est ce peut être parce que nous valons plus que cela.
Ici, Liszt a l’intuition de la croix, croix présente au bout de nos fausses espérances et signal que nous hommes fait pour le bien-être mais pour l’être bon. Pas pour le confort mais la joie déchirante de l’offrande. (méditation sur le bon larron, homme qui fait tout pour fuir Dieu mais y arrive à la fin. Dieu se sert de nos errances pour inventer un chemin unique à chacun.) Le paradis est inimaginable et nous ne tentons seulement de retourner à un paradis illusoire du passé. Il nous faut traverser  le péché et la mort.
Après tout cela, quelle certitude nous reste t-il ? Repartons du plus simple et du plus concret. Là où est le plus simple et le plus mystérieux. L’homme agité (le révolutionnaire) est l’homme qui manque de capacité à sentir la beauté des choses telles qu'elles sont. L’homme est né pour vivre, non pour se préparer à vivre.

2 Quelle est alors la certitude qui nous permet de percer tous les modernismes ?
Existence décrit une expérience, existere, se tenir hors, provenir et aller vers. Je suis, mais je ne suis pas l’origine de mon être. Je l’ai reçu pour l’offrir. Justement, la maturité est le moment où l’on peut s’offrir. Quel en est le signe ?  Aristote dit que la fin de la croissance commence avec la capacité à engendrer, l’aptitude à donner la vie là même est son accomplissement.
Mais quelle est l’origine ? Hasard ? Mais alors d’où vient l’esprit ? De la matière ? Enfin si on comprend que son origine est un grand esprit, pourquoi la mort ?
Les matérialistes essaient de conclure et de nous convaincre que notre pourrissement et la décomposition du visage aimée est la juste normalité. Ils se consultent en occultant le drame de la vie. Ils se persuadent que la mort n’est pas un scandale.
Les spiritualistes, eux disent que la mort n’est rien puisque notre esprit est prisonnier.  La mort sera une délivrance… Mais notre séparation du corps et de l’âme est un arrachement, des deux morts
Au moment où  je vois la vie comme merveilleuse, la mort, l’injustice, le mal me pose la question de l’intention du créateur.
Si la maturité se signale par la possibilité de donner la vie, nous pouvons remarquer, sauf à être automatique, que l’homme a besoin de raisons pour donner la vie, or, notre époque ne permet plus les demis raisons. Nous sommes dernièrement passées des politiques natalistes, la volonté de rester dans les mémoires des hommes. Mais que faire quand les idéologies explosent et que les stèles paraissent absurdes, pourquoi alimenter un charnier voué à l’oubli.
Paradoxe, nous sommes fait pour donner la vie mais nous n’en voyons plus les raisons. La réponse juive est aussi spirituelle que charnelle, la circoncision et cette inscription sur le sexe de la promesse divine. Signe de l’alliance et marque de la promesse divine. Le signe dit : vas y, l’enfant ne sera pas un enfant du pharaon mais un enfant de Dieu. Tout enfant est Moise, il vit un temps de catastrophe, jeté à l’eau et être pourtant libérateur mais les parents ont fait confiance. La circoncision et de fait, une prophetie des stigmates du ressuscité
Donc nous sommes fait pour le don et nous sommes entourés d’obscurité pour trouver l’espérance du don. Nous devons nous faire éclaireur (cantique de Zacharie). Dégageons des voies inespérées. Nous croyons au nouveau monde mais il n'y a pas de carte mais la croix du Christ est la boussole.
Sans obscurité, nous serions les produits de l’œuvre de Dieu et non ses coopérateurs. (mais l’obscurité a surement d’autres raisons d'etre….) On pourrait critiquer le créateur mais il faut le louer. Nous sommes au désert, mais il faut malgré tout aplanir les chemins. Notre angoisse est le signe que nous sommes fait pour la joie . Car s'il n'avait pas de joie en nous, nous ne pourrions avoir l’angoisse, la sécheresse est le signe que nous sommes fait pour la source et en être canaux pour les autres…
Il faut aussi rejoindre les gens de l’obscurité
Notre certitude est apocalyptique ( ce terme concentre mon discours, dit Hadjadj.)
La certitude de l’existence est une certitude apocalypitque. Mot apocalypse n’est pas catastrophe mais révélation. Après dépassement de désespoirs, dépouillés des certitudes  de la modernité et des incertitudes de la post modernité, il reste que cela… une immense certitude d’apocalypse, c’est à dire la nécessité d’une espérance qui traverse la nuit obscure, c'est-à-dire une exigence d’une vie qui se donne plus forte que la mort. La nouveauté d’une expérience féconde qui manifeste la gloire à travers la croix, qui porte une révélation au cœur de la catastrophe