vendredi 18 janvier 2013

Freud et Girard, quelques éléments de réflexion

Nous avons tous une connaissance diffuse de Freud... Personnellement, je fus toujours attiré et horrifié par les conséquences de sa pensée. Le sentiment que la psychologie tient la vérité par le petit doigt mais ne l'embrasse pas.
Je voudrais soumettre quelques études ci-dessous. Des fiches de lectures de Scriptoblog (Jeff Carnac beaucoup...) et une critique de Jérémy Marie.

J’ai lu la violence et le sacré, il y a trop longtemps…Je devrais le relire mais entre temps, j’ai trouvé des petits éléments qui me permettent de confronter René Girard et Sigmund Freud. Onfray, mine de rien, sera un des fils directeurs, il permet probablement de voir ce que peut être un extrême inverse de Freud et de concevoir un juste milieu girardien.

Que croire quand nous pensons qu’Œdipe est une victime sacrificielle ? Que faire quand nous prenons au sérieux la phrase de Jésus sur la croix ? « Pardonne leur seigneur, il s ne savent pas ce qu’ils font ». Comment résister quand nous pensons comme Girard dans un texte paru dans géométrie du désir (P218) « La sexualité n’est pas, comme le croyait Freud, le principale ressort de notre existence, mais un miroir qui la reflète en totalité. C’est ce miroir que nous tend le roman contemporain. Et nous y voyons apparaître, de plus en plus nettement, l’échec de l’entreprise prométhéenne. »



Oui, Girard, me semble au tout début de mes recherches ce qui peut libérer l’intuition freudienne, l’épurer, la concrétiser…

Quelques extraits…


Extraits Fiche de lecture d’Onfray, crépuscule des idoles sur scriptoblog

Onfray accuse Freud d’avoir plongé l’esprit occidental dans un rapport magique au monde. Sa philosophie est caractérisée par une dénégation inconsciente du corps, dont le primat accordé au psychisme n’est que le masque. Ce déni du corps traduit, en profondeur, un refus de l’incertitude, une volonté obstinée de ne pas concéder à l’humain sa part de mystère : l’inconscient freudien est une pure abstraction, qui se révèle par des phénomènes que l’existence de cette abstraction permet de relier arbitrairement. Le discours freudien est donc celui d’une reconstitution artificielle d’un monde parallèle, où le pouvoir du mage transcende les limites de la connaissance humaine. C’est une pensée magique, et, plus grave, c’est le point de départ d’un univers sectaire : le monde freudien, déconnecté du réel, fournit en réalité un placebo à des malades eux-mêmes atteints d’une semblable déconnexion. Le psychanalyste ne guérit pas, il cautionne la maladie, il la rend acceptable par son patient. Fondamentalement, c’est de la magie noire.

Cette magie, explique Onfray, est dangereuse parce qu’elle repose sur un ensemble de mythes agissants. Si vous vivez dans un monde où l’on vous dit que tout est sexe, au bout d’un moment, dans votre esprit, tout sera effectivement sexe (surtout si ce discours vous libère d’un puritanisme étouffant). Si vous vivez dans un monde où l’on analyse toute relation comme perverse, alors toute relation deviendra effectivement perverse (surtout si vous vivez dans un monde dont les structures socio-économiques sont réellement perverses). Et si en plus, vous vivez dans un monde où les tenants des thèses en question pratiquent l’intimidation à l’égard de quiconque ne partage pas leurs certitudes, vos réflexes d’obédience viendront renforcer l’impact pathogène du discours sectaire dans lequel votre société est enfermée. Ne perdons pas de vue qu’à travers le Comité Secret de la Société psychologique et ses ramifications à travers toute l’Europe, la psychanalyse s’est, très tôt, organisée comme une franc-maçonnerie particulièrement sectaire, dont les affidés chassaient en meute – d’où la dictature intellectuelle des milieux freudiens dans les intelligentsias.

Sous cet angle, on sort de la lecture d’Onfray avec en tête une hypothèse : Freud se rattache peut-être à la catégorie des faiseurs « d’horribles miracles », pour parler comme René Girard – il crée une peste, la répand dans la société en jouant sur les mimétismes, et se vante ensuite de pouvoir guérir du mal qu’il a lui-même créé. C’est en effet ainsi, explique Girard dans « Je vois Satan tomber comme l’éclair », que procédaient les thaumaturges du paganisme tardif – dans les catégories chrétiennes, Freud serait donc un faux prophète, un antéchrist.



Extrait fiche La route antique des hommes pervers de Girard par Scriptoblog

Comment s’est déroulée la chute de l’idole Job ? Girard résume sa théorie mimétique : l’idole a été ce que les idolâtres avaient envie d’être, par admiration, et ils sont entrés en concurrence dans l’admiration ; pendant longtemps, ils ont vénéré l’idole pour être elle par délégation, et ils se sont détestés parce qu’ils se faisaient concurrence ; puis, à la première erreur, ils ont fait chuter l’idole pour être elle à la place d’elle, et se sont réconciliés dans son sacrifice. Ainsi, l’instinct de mort et l’instinct de plaisir, le thanatos et l’éros, ont la même origine. Le péché d’idolâtrie ne s’est donc pas « sublimé », au sens de Freud, mais bel et bien confondu avec la pulsion de mort. Girard, à sa manière, rejoint la remarque de Jung sur le « mariage avec l’ombre » - Girard, lui, parle d’un « orgasme naturel de la violence », qui constitue « la première des techniques et leur mère à toutes, la technique du bouc émissaire ».

Extrait fiche Violence et sacré de Girard par Scriptoblog

La fin de « La violence et le sacré » est consacrée à une critique du freudisme. Pour Girard, Freud, par son pansexualisme, s’est dissimulé à lui-même le caractère mimétique du lien père/fils, pour centrer l’ensemble de la psychanalyse sur le complexe d’Œdipe. Girard répond : le fils veut être le père à la place du père, et désirer ce que désire le père ; et la mère, au final, n’est dans cette relation principale fondatrice qu’un objet de désir parmi d’autres. Et le fils ne peut pas avoir conscience, dans la petite enfance, du fait que cette identité de désir fonde une rivalité. Ainsi, fonder l’ensemble de la psychanalyse, comme le fait Freud, sur la seule question du désir incestueux revient à mettre en avant un élément parmi d’autres, qui, dans la psyché, ne se distingue au départ en rien des autres. Et Girard de conclure qu’il faut désormais construire une autre psychanalyse : celle des rivalités mimétiques, au sens large, au sein desquelles le complexe d’Œdipe n’est qu’un des éléments structurants, parmi d’autres – une psychanalyse, aussi, qui restituera le désir possessif fils/mère au sein d’un autre désir, mimétique celui-là : fils/père. Une psychanalyse, enfin, qui permettra, en comprenant à quoi servent les interdits, de sortir de la conception issue du freudisme, conception selon laquelle la dissolution de la violence passe par la dissolution des interdits – alors que, explique Girard, c’est exactement le contraire.

Encore une fois, il est impossible ici d’entrer dans le détail de l’exposé final de René Girard. Le texte est si dense qu’il faudrait le recopier, on ne peut pas le synthétiser sans le trahir. Et comme il est fort long, on ne le citera pas. On incitera plutôt le lecteur de cette courte note à se reporter à l’ouvrage source, en se souvenant que l’enjeu réel du travail de Girard est énorme : il s’agit de libérer la religion du Fils de l’emprise perverse exercée par la religion de la Mère.



Œdipe mimétique de Mark Anspach vu par Jérémy Marie tel que je l’ai trouvé sur Amazon

Voilà un subtil ouvrage. Claude Tresmontant disait "La clarté est l'honneur de l'intelligence" et ce livre remplit cette maxime à la lettre, à la manière d'un décryptage policier du mythe oedipien. Plus qu'une analyse ou une synthèse brillante qui en finit une bonne fois pour toutes avec le complexe de Freud, il s'agit-là d'une vraie composition qui prend tout son sens à la fin.
Le lecteur gravit les échelons - Girard accompagne et Anspach assure la montée. Il va plus loin que Girard dans le domaine du complexe dit "oedipien". Tout d'abord, quelques précisions nécessaires : Girard n'a jamais voulu faire de la théorie mimétique un "système" :
"Loin d'être encyclopédique au sens de Hegel, Marx et autres constructeurs de système du XIXe siècle, ma thèse déconstruit la culture humaine, en un sens plus radical que celui des déconstructions linguistiques."

Le problème oedipien, dans ce cas de figure, va beaucoup plus loin que d'apparents petits problèmes universels humains. Anspach rappelle Cuddily qui "soutient que tout le discours psychanalytique sur le refoulement des pulsions cachées peut être lu comme une sorte d'allégorie de l'expérience du juif contraint à déguiser son identité s'il veut "passer" dans le monde des "manières" chrétiennes"
Il y a de fait de superbes intuitions sur le "ça" ; au cri de "sale juif !", Freud répond "sale chrétien !"
Oedipe et Judas sont une seule et même personne, ici.

"En postulant l'universalité du complexe d'Oedipe, Freud a rendu universel le rôle du bouc émissaire, faisant des juifs et des chrétiens à la fois des parricide incestueux."

Il y a le livre de Onfray et il y a le livre de Anspach. Il y a la critique de Freud qui entend retourner au panthéisme grec sans le (sa)voir et il y a l'Oedipe mimétique. D'un côté, ceux qui cassent un mythe pour en secréter d'autres sans s'en rendre compte, possédés par un athéisme littéraire ; de l'autre, ceux qui en comprennent la substance pour en corriger les vilaines bêtes.
Lisez les deux et choisissez... en "conscience".

Pour la bonne bouche....
Freud, Jung et Girard sur Scriptoblog encore...

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