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samedi 18 mars 2017

Magnifique exemple d'illusion libérale

J'aimerais vous faire partager ce petit article très édifiant de Nicolas Bouzou. Il est très représentatif d'une certaine justesse libérale accompagnée de ces grandes illusions. Il aimerait donner un nouvel élan au progressisme dans sa version libérale.
Cet article me permet de reprendre certains articles passés pour résumer ce que je vois comme des gentils impasses orgueilleuses.

Bref résumé et deux citations :

Nous connaissons une mutation techno-technologique en cours, création destructrice sans précédent. Elle n'est pas indépendant à la montée de la violence dans le monde. Perte de repère, blessures narcissiques. Copernic, Darwin. Le fondamentalisme est en réaction à la science qui sécularise.
"Aujourd'hui, l'intelligence artificielle, les nanotechnologies, la génétique, les énergies propres ou la révolution spatiale nous font de nouveau basculer dans un nouveau monde qui tue l'ancien, celui des agendas papiers, de la voiture à essence et des stations-services, de la médecine clinique et du salariat."
D'immenses questions d'éthique arrivent. Ces périodes Schumpeteriennes renforcent le conflit entre les prétendant à une société ouverte et les autres et qui de fait s'allient avec les fondamentalistes religieux et nationalistes.
Dans l'histoire, il y a des déclencheurs et des facilitateurs, mais sur le temps long, les périodes de violence correspondent à des périodes de destructions créatrices.
Tout est toujours une histoire de blessures narcissiques d'un monde en changement. Il n'est point trop question ici de pauvreté mais de refus de l'ouverture et du modernisme. Le terrorisme peut se greffer sur n'importe quel récit qui considère le monde tel qu'il est comme un bateau qui coule. Non améliorable et non aimable. Il partage l'idéologie du c'était mieux avant.
"c'est à nous, les progressistes et les libéraux modérés, de la faire mentir et de bâtir le récit philosophique confiant du monde qui vient, pour contribuer à faire reculer la violence."
Quelques commentaires.
Il y a beaucoup de choses résumées en quelques lignes de cet article. Certes ce n'est qu'un tout petit papier et n'est pas Baverez qui veut mais je suis effaré par le manque de perspective historique, et de non questionnement de l'économie, de la religion et son manichéisme qui lui permet de classer les bons et les gentils par une méthode limitée et anti-religieuse de principe, elle ressemble au méthode mafieuse des défenseurs de la mondialisation. Nous n'avons pas le choix, et tout questionnement de principe sur le bien fondé du progrès est un fondamentalisme, un terrorisme, un homme marqué par l'humiliation narcissique.

Comment discuter ?

Puis je proposer des points de discussion  pour initier un débat.

La violence de l'économie
A Crise de foi
a partir de ce document, j'aimerais interroger Bouzou sur la fin de l'économie. Devons nous la servir ou est elle au service de la population ? Ne voit il pas l'ambivalence de l'économie ? 
Il la voit, il l'appelle la destruction créatrice de Schumpeter, l'ambivalence est dans le mot même, mais celle-ci est montrée pour mieux l'ignorer. Il faut accepter cette violence pour ce qu'elle apporte. État d'esprit d’idolâtre, soyons prêt à tout ce que nous dicte l'idole. Sacrifions, ce qui est à sacrifier. Symbole d'une cléricature qui veut faire le bien du monde entier sans se faire frère.
Bouzou ne voit pas qu'il dit que l'économie est la violence et la barrière des hommes pour contenir la violence. Il avoue la sacralité de l'économie, bonne violence institutionnalisée. Nous vivons la mise en doute de cette violence institutionnalisée. On peut s'effarer devant un monde qui ne croit plus en rien et devenir fondamentaliste, c'est un risque, on peut aussi comme Mr Bouzou jouer au grand prêtre naïf. Croyons, croyons et ne soyons pas méchant. Il aimerait faire revivre la grande flamme du progressisme.

B Déchainement mimétique
Relisons cet article interne
Bouzou est surpris par le déchainement des violences, il parle de blessures narcissiques. C'est très intéressant. Il parle en quelque sorte du ressentiment métaphysique et du ressentiment des looser face aux avancées du progrès. C'est, dit-il, ce que nous avons toujours vu.
Il y a deux choses. Il y a en effet le mimétisme des looser dont il ne voit pas qu'il est le winner. Soyez du bon coté, camarade, dans la folie mimétique moderne de l'appropriation des signes extérieures de succès et d'ouverture. 
Il y a ensuite une lucidité sur le fait que le mouvement progressiste tue les idoles humaines (même si sa version des découvertes galiléenne et copernicienne est une image d’Épinal confortable mais dont il évacue toute subtilité philosophique, voir ici pour les plus courageux). Il demande finalement à ce que les hommes se rendent à la vérité démystificatrice de son progressisme efficace et technologique. Illusion, il surfe sur la vague démystificatrice et joue le bon rôle du progrès sans voir l'ambivalence et en quoi, il est lui même mystifié. Face aux passions de l'inégalité, Bouzou demande aux personnes de prendre leur responsabilité et de penser comme lui au lieu d'être blessé narcissiquement. Je suis un winner, faites comme moi, bande de looser. Mensonge romantique qui part de la vérité du ressentiment et du déchainement mimétique dont il est le grand prêtre. Peut on jouer un jeu idiot, le gagner et reprocher au perdant de ne pas être vainqueur ? C'est le jeu de Mr Bouzou. Il croit à un grand mouvement progressiste croyant que tout le monde acceptant les règles du jeu, il n'y aura plus de ressentiment sur la justice. Bouzou comme tout bon progressiste ignore le risque d'anomie qu'il voit  sans en voir la responsabilité de ce qu'il promeut.

C Le religieux comme source de la violence.
Derrière toutes les illusions invoquées, partout en filigrane, demeure la thèse que la religion, obscurité, est la source de toute la violence.
Tous les progressistes, ici, se donnent la main, du plus grand souverainiste au plus grand mondialisateur. Ceci est bien résumé ici en anglais. ou sur cette image.

Il est intéressant de relire cet article interne (encore !?). Il propose une histoire schématisée du progressisme et montre les dangers du post modernisme. C'est encore un part de vérité de Bouzou, oui, le fondamentalisme est en effet un tentation moderne, mais il ne voit pas que les modèles qu'il donne en exemple sont aussi une tentation moderne. Le technicisme ou le post humanisme qui est une manière comme l'autre d'oublier l'homme.

L'humanisme de Bouzou n'est pas désirable, son ennemi est le notre mais son argumentation manichéenne ne voit pas qu'il peut être, lui-même son frère jumeau. Certes, Bouzou n'est pas ce qui semble le plus dangereux à court terme, n'est il pas une queue de comète d'une ancienne et vieille illusion ?
Une ancienne illusion qui a pu pouvoir prendre sur elle, l'origine de tout progrès sans voir qu'il n'existait qu'un seul progressisme, celui du progrès de l'accueil de la révélation du Christ dans les cœurs. Naïf ? Je ne crois pas.

samedi 15 octobre 2016

Cassiodore et Boece par Benoit XVI.

Cette interview de François Taillandier sur sa dernière série de livre est intéressante, c'est une invitation à plonger aux racines historiques de notre monde, le démantèlement de l'empire romain. La confrontation d'un empire en destruction et l'arrivée massive de nouveaux peuples puissants. Il invite à une connaissance approfondie de la vie de ces hommes de leurs questions tragiques, de leur point de vue sur la vie.
Cette Europe du V au Xe siècle nous est tout à fait inconnue. Nous avons là une boite noire que nous ne voulons pas trop regarder, les questions y sont passionnantes. Il n'y a pas de siècle où les questions des hommes et la manière de voir l'histoire et leur "théologie" soit essentielles.
Taillandier parle de deux témoins de cette époque Boèce et Cassiodore. Il y évoque aussi une conférence de Benoit XVI. je l'ai retrouvé ici.

Qu'y dit il ? Il présent ce deux auteurs.
Il présente Boèce (480-524) comme témoin de la fin de l'empire, et homme voulant propager la culture gréco-latine chez les nouveaux maitres "barbares", dire la foi chrétienne dans le langage greco-latin. Il serait le dernier sage de l'antiquité et premier homme du Moyen-Age. Honnête homme politique et complet. Il fut malgré tout condamné à mort pour délit d'opinion par Théodoric. Il écrira en prison "la consolation de la philosophie " où il en appelle à la sagesse, à la découverte des vrais biens contre la mondanité, à découvrir l'espérance, le dialogue avec Celui qui sauve et se souvenir des grands auteurs.
La philosophie est recherche de sagesse et découverte du bonheur dans sa propre intériorité. La prospérité peut être mensongère, la mauvaise fortune est tamis des rapports humains authentiques. Lisons tous les événements avec espérance. Recherchons des vertus et ayons la certitude de la présence du juge qui voit dans le secret et qui sait.
Boèce, martyr de la foi et porte d'entrée pour la contemplation du Christ ressuscité selon Benoit XVI.



Cassiodore 485-580, était un homme engagé dans la politique et la transmission culturelle. Il ne veut pas laisser tomber dans l'oubli le meilleur du patrimoine culturel humaniste de l'empire romain dont il a la conscience de la mort et de sa disparition définitive. Il travaille avec les nouveaux venus, tente toutes les rencontres culturelles et de dialogue. Il n'a pas réussi à créer la synthèse de la tradition romano-chrétienne d'Italie et de la nouvelle culture Gothique mais il était convaincu du caractère providentiel du mouvement monastique auquel il a consacré toute la fin de sa vie. Il fonda le Vivarium pour conserver les grandes œuvres. Recherche d'équilibre entre la prière, le travail intellectuel, la charité, la vie sacramentelle et paroissial.
Lucidité sur les sollicitations du monde et de ses attraits, importance de la préservation de la rectitude de la foi.
Benoit XVI finit par dire :
Nous vivons nous aussi à une époque de rencontre des cultures, du danger de la violence qui détruit les cultures, et de l'engagement nécessaire de transmettre les grandes valeurs et d'enseigner aux nouvelles générations la voie de la réconciliation et de la paix. Nous trouvons cette voie en nous orientant vers le Dieu au visage humain, le Dieu  qui s'est révélé à nous dans le Christ.

Par bien des aspects, ce texte, écrit la même année, peut être relié au discours des bernardins. En revenir à la recherche de Dieu quand tout semble menacé.

Sur cette époque, il faut écouter aussi Michel Rouche sur la violence archaïque de cette époque, comment le levain chrétien se retrouve dans une pâte différente et difficile à contaminer.





vendredi 1 janvier 2016

René Girard sur le malentendu anti-religieux moderne

Belle année 2016 à vous.
J'ai retrouvé cette citation en re-parcourant "Achever Clausewitz" de René Girard. Elle me semble parfaite pour illustrer certains débats sur le religieux et surtout l'esprit du temps : 

La religion chrétienne montre le caractère central du religieux dans la genèse de la culture. C'est le christianisme qui est la vraie démystification du religieux, parce qu'il dénonce l'erreur sur laquelle le religieux archaïque est fondé : l'efficacité du bouc-émissaire divinisé. La Révélation prive les hommes du religieux, et c'est cette privation qui se manifeste autour de nous de plus en plus, dans l'illusion naïve d'en avoir fini avec lui. Ceux qui croient en cette défaite du religieux le voient aujourd'hui réapparaître en tant que produit de leur démystification même : mais un produit souillé, démonétisé, affolé par la révélation dont il a été l'objet. C'est cette perte du sacrificiel, seul système à même de contenir la violence, qui ramène cette violence parmi nous. L'anti-religion actuelle cumule une telle masse d'erreur et de non-sens au sujet du religieux, qu'on peut à peine en faire la satire. Elle sert la cause qu'elle croit desservir, et défend secrètement l'erreur qu'elle croit détruire, affolant le religieux sans parvenir à le maîtriser. En cherchant à démystifier le sacrificiel, la démystification actuelle fait donc beaucoup moins bien le travail du christianisme qu'elle croit attaquer, car elle le confond toujours plus avec le religieux archaïque.
Achever Clausewitz p334


Comme le dit René, il n'y a plus de quoi rire. Nous nous trompons grotesquement. Nous sommes plus chrétien que nous le croyons et pas autant qu'il le faudrait. Cet entre-deux crée notre malheur et notre folie.
Que faire ?


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lundi 2 février 2015

La marque du sacré de Jean Pierre Dupuy - post global et final

Voici le menu de ce livre dont j'ai pris la peine de m'arrêter à chaque chapitre qui sont autant d'essais convergents vers quelques idées percutantes et essentielles.
Nous sommes des êtres religieux, tous nos comportements, même les plus laïques et obligatoires, nous le montrent si nous portons un peu d'attention. Mais de plus, Dupuy se paie le luxe de démontrer comment nous créons nos dieux. Tout est question d'auto transcendance ou Satan expulse Satan comme dirait Jésus. Le collectif humain a la capacité de créer leur propre extériorité. Le mal se met à distance de lui-même pour se contrôler et prendre la figure du bien.
Nos époques vivent la fin de la distinction entre la bonne et la mauvaise violence, nous sommes à la recherche désespéré d'un point extérieur.
Les rationalismes contemporains n'arrivent plus à appréhender la forme de l'auto transcendance et cela ne fait qu'un avec la dénégation qui les constitue : le refus d'admettre que les rationalités qu'ils mobilisent s'enracinent dans l'expérience du sacré. Cette erreur nous rapproche de la catastrophe ou de la révélation qu'elle constitue...
La science du religieux est la science la plus aboutie de la connaissance humaine...










jeudi 23 octobre 2014

La lotterie de Babylone 4ème chapitre de La marque du sacré de Jean Pierre Dupuy


Et ici, la somme des chapitres....


Continuons notre lecture de la marque du sacrée (après ceci, cela et encore)
Cette fois, Dupuy s'attaque au politique, au vote et à la démocratie. Oui, oui, pour vous aussi, dit Dupuy, nous pouvons retrouver (malgré vos qualités, votre respectabilité et donc aussi votre morgue...) vos racines profondes dans le religieux et le rituel. Vous ne cessez de buter dessus sans les voir.

 
Nous avons en tête la phrase de Tocqueville pourtant aussi :

"pour moi, je doute que l'homme puisse jamais supporter à la fois une complète indépendance religieuse et une entière liberté politique ; et je suis porté à croire que s'il n'a pas la foi, il faut qu'il serve, et s'il est libre, qu'il croie"

Dupuy défend la thèse suivante : on échappe pas à la logique de l'extériorité or le hasard y joue un grand rôle.

En effet, dans les sociétés traditionnelles, la détermination du bouc émissaire a une grande composante de hasard, non pas aléa moderne comme incertitude réglée mais hasard perçue comme décision d'une extériorité. L'auto-transcendance que produit le hasard a partie liée avec la façon dont les hommes auto-extériorisent leur violence sous la forme du sacré. En passant du hasard à l'aléa, on a cru passer du sacré au calcul, de l'irrationnel au rationnel.

Mais prenons le cas de la philosophie morale sur le choix du sacrifice de l'innocent (ex Le choix de Sophie, William Styron), un pervers nous fait choisir de sacrifier entre deux personnes sinon il tue les deux. Il faut choisir de choisir, l'aléa n'a pas la capacité d'extériorisation. Il en est de même pour les cas d'adoption ou les couples cherchent la reproduction du hasard de la loterie biologique.

Dupuy pense que le vote engendre un hasard légitime et porteuse de sens et productrice d’extériorité et de transcendance. Quand bien même la politique moderne est la recherche de l'immanence mais il ne font que croire de s'affranchir de la transcendance.
Avant tout, notons trois paradoxes logiques du vote et de la volonté générale de Rousseau.

1
On peut avoir l'image de la volonté générale comme la synthèse des volontés personnelles. Or elle entre toujours en rivalité, elle se dressent contre toute les autres, cette synthèse est impossible (K.Arrow). Mais il faut voir que c'est ce qui sauve la démocratie, sinon, il ne suffirait d'un grand ordinateur qui la calcule. La démocratie permet de changer la volonté particulière qui prend le rôle de la volonté générale. Or c'est parce que tous savent que la volonté des gouvernants n'est rien d'autre que leur volonté particulière, que le mythe de la volonté générale peut être préservé.

2
Avec le décompte des voix, la politique instaure le quantitatif comme avec le prix dans l'économie, elle instaure les analyses et prévisions. Qu'en est il de la différence entre sondage et élection ? Le sondage a, en effet, en plus une influence sur les sondages. La scientificité du sondage donne à croire que le vote est rationnelle mais non donc... La pratique du vote tranche certes, mais elle ne fait que décider dans l'indécidable...

3
Quelques pierres ne constituent pas un tas.
Sauf en cas de vote égalitaire entre deux camps, il est inévitable de conclure que le bulletin déposé dans l'urne par chaque électeur a un effet nul. Le résultat n'aurait pas changé si je n'avais pas voté. L'électeur rationnel ne devrait pas voter. Les arguments pour aller voter ont une dimension magique (En votant, j'influence), tout comme les arguments des politologues français croyant que l'élection américaine se jouât sur les votes de quelques floridiens. Ou bien encore la tentative de reconnaître un sujet collectif.

Le vote est un paradoxe et Dupuy se tourne sur les élections américaines 2000 pour nous le confirmer.

On ne peut voir, nous dit il, les votes entre Bush et Gore comme des valeurs déterminées que l'on peut approcher. La marge d'erreur a été plus grande que le seuil critique entre les deux bonhommes. La décision dépendait de cela même qui échappe à l'observable. Une cause si petite déterminait un résultat considérable. Aux USA, un petit transfert de voix peut bouleverser un état qui peut bouleverser l'équilibre entre les grands électeurs qui votent à l'unanimité dans un état.

Cet incident et cette procédure peut être scandaleuse si on pense que le vote doit être rationnel et révéler la volonté générale mais pas autant que cela si on pense la procédure comme un moyen de renvoyer la décision à une instance qui échappe aux choix individuels. Paradoxe de la démocratie, perdu dans la multitude, l'individu ne voit pas l'influence de son emprunte sur le groupe, mais le point où arrive cette situation comme en 2000 aux USA est celui où la procédure semble arbitraire.

La démocratie moderne ne ressemble jamais autant à ce qu'elle ambitionne d'être que lorsqu'elle devient indiscernable d'une gigantesque loterie.

Chacun se demandant s'il va voter ou non, se fixe sur le cas, (possibilité infinitésimale) où sa voix ferait basculer le vote d'un camp dans l'autre. Pouvoir qui serait aussi phénoménal qu'insignifiant puisqu'il n'y aurait pas de différence pour ce qui est du résultat global avec le fait de tirer à pile ou face. Ne sommes nous pas dans le cas où le hasard a un sujet, nous retrouvons l'auto transcendance où le peuple transcende l'individu ? Comprenons, le vote et le rituel dans leur rationalité.

Exemple de l'élection américaine : première phase, crise d'indifférenciation, qu'est ce qui les différencient ? Plus ils se ressemblent, plus leurs différences sont petites et illusoires. Ensuite la nation se rassemble en un mouvement cathartique autour du vainqueur. Le je ne sais quoi a suffi d'en faire l'intégrateur de la nation. Les rituels d'un traité de paix joue la guerre puis la non guerre + sacrifice. Le vainqueur sera immolé. Souverain ou martyr, différence apparemment considérable mais la similitude du choix des deux reste troublante.

La crise de l'Amérique est que la violence qu'il s'agissait de nier a occupé pendant longtemps toute la scène en l'absence d'une solution cathartique qui n'arrivait pas. (media au langage religieux). Il fallait réaffirmer une foi. celle du pouvoir nourricier de la constitution, du règne de la loi et la grandeur d'un système. qui place la loi au dessus des hommes. Peur de la perte de légitimité du système. Le rite joue avec le feu. en jouant l'affrontement pour mieux le dépasser. Risque que la fête tourne mal et que l'incendie embrase tout. Des voix demandaient que les candidats rivaux sacrifient leur ambition pour défendre l'idéal. La victime consentante serait le vainqueur dans l'ordre symbolique et peut être à l'avenir, dans l'ordre réel.

Pour un rapprochement de l'anthropologie et de la philosophie politique


la démocratie est essentiellement rituel dont l'efficacité dépend prioritairement de la participation unanime et du respect scrupuleux des formes.
Paradoxe, le suffrage universel est le moment où la souveraineté populaire devait se manifester mais où aussi l'individu social est converti en unité de compte. Ceci n'est pas, non plus, possible sans dissolution des liens.
Il y a un rapprochement à faire entre la démocratie et la désagrégation conflictuelle de la communauté et en même temps, acte de collaboration sociale. Dans le carnaval encore, le comble du holisme et le comble de l'individualisme apparaissent comme ne faisant qu'un.

Répétons (aussi avec Gauchet) :
La division de la société d'avec elle même (logique du sacré) est importée à l'intérieur de la société. On a pensé que l'intériorisation de la coupure entre la société et son Autre allait entrainer une réappropriation totale de l'être collectif. C'est l'histoire des sociétés démocratiques et de leur prise de conscience de leur fragilité constitutive. (deal irréalisable et dangereux. )
L'absolue souveraineté tendrait paradoxalement à engendrer son contraire...
Un corps politique ne pourrait donc être sujet de lui-même qu'à la condition d'accepter que les instruments dont il se dote pour mettre en acte sa souveraineté le dépossèdent de celle ci dans une certaine mesure. Avant, pouvoir incorporé désormais le lieu du pouvoir devient un lieu vide, on ne peut plus se l'incorporer (sans devenir fou et faire plonger la société avec), il y a compétition réglée et institutionnalisation du conflit.

Écoutons Lucien Scubla en lien avec Hocart, "Si volonté générale est inaliénable, nul ne saurait en être le détenteur ; si la volonté générale ne saurait être représentée, rien ne saurait en être le représentant pas même le peuple unanime. Le chef de l'état occupera un lieu inviolable et comme le roi ashanti qui siégeait sous un tabouret d'or sur lequel nul ne pouvait s'asseoir, placé sous la protection de la Volonté Générale mais ne pouvant s'identifier à lui. Gardien d'une place vide que nul ne saurait s'occuper. Cette place vide est la substance invisible autour de laquelle se structure l'ordre social et politique. Personne ne peut parler en son nom.
Anecdote, pour finir, d'une tribu africaine Gura. Ne voyant pas des hyènes féminines, deux tribus se battent sur l'existence de celle ci. Compétition de chasse intervient pour déterminer cela. La tribu qui a le plus chassé de biches a gagné et permet de déterminer le fait. On peut voir ce rite comme un chainon entre le sacrifice humain rituel et la symbolisation à son extrême par le bulletin de vote. Pas plus raisonnable de compter les biches que les bulletins, mais dans les deux cas, l'essentiel est la participation au rite unanime garantissant l'efficacité des deux. 
Mais qui dira le sexes des hyènes ?
Et sur les dangers qui se rapprochent ?
La sagesse est elle du coté du plus grand nombre ?
Plus bas, résumé au fil de la lecture

lundi 6 octobre 2014

La religion, nature ou surnature ? La marque du sacré Jean Pierre Dupuy

Et ici, la somme des chapitres...

Je continue mon exploration du livre de Jean Pierre Dupuy, la marque du sacré...
Troisième chapitre

Dans ce chapitre, notre cher auteur s'en prend aux cognitivistes, les scientifiques anti religieux, recherchant à faire table rase de l'homme religieux en en montrant l'inanité. Il est dur avec eux mais il en profite surtout pour montrer la pertinence du religieux et du christianisme. Arrêtons de balayer le religieux d'un revers de main !!!!
A ce propos, Il en profite pour clarifier sa situation. Il n'est pas pratiquant et pas vraiment croyant. Mais il pense que le christianisme est une épistémologie qui en sait plus sur l'homme que toutes les sciences sociales réunies. 
On peut lui reprocher cette position ambiguë mais ne nous rend il pas un service énorme en martelant tout le long de ces chapitres notre impossibilité de nous écarter du sacré et de nous comprendre à l'extérieur de lui.... Son dernier passage sur le débat Durkheim - Brunetière est très intéressant, il nous permet d'appréhender toujours un peu plus le libéralisme comme tentative illusoire mais séduisante d'accomplir le christianisme sans son aide et de sacrifier d'autant mieux l'homme qu'on croit le mettre comme fidèle et dieu de cette religion de l'individualisme...


Mais, au fait, pourquoi être religieux ?

On ne peut parler du religieux qu'en s'y embarquant, 
nous en sommes traversés même quand nous ne le savons pas. Les cognitivistes ne le voient que comme un obstacle où ils font naufrage... Le message chrétien est science humaine et la condition de possibilité de toute science humaine, de plus elle tue doucement toutes les autres religions. Les cognitivistes veulent en faire une religion comme les autres mais lui réserve au final toujours un sort spécial. Ils développent ce qui leur semblent absurdes. Mais ils oublient la Passion, au moins Nietszche n'oubliait pas la Passion, Dieu est mort, et c'est nous qui l'avons tué. L'incroyable, ce n'est pas que les êtres surnaturels font des choses incroyables, c'est qu'une religion se soit reconnu dans un Dieu qui fut la victime d'un lynchage collectif. Le monde a retenu cette histoire et a été façonné en retour. C'est une histoire humaine où on peut se reconnaître. Les cognitivistes sont coincés.


Le religieux est effervescence sociale non collier de concepts
Ce n'est pas un système d'idée. Ils ne cessent de se poser la question de savoir comment l'évolution a t elle laissé passer cette absurdité. Ils oublient que la foi est bâtie par le groupe et dans l'action. Ils oublient la crainte de l'ordre social. Ils ne voient pas comment la violence comme pharmakon, poison et remède est l'énigme centrale du religieux.

Dupuy résume un petit peu Girard, la théorie du bouc émissaire et affirme : l'histoire de l'humanité est l'histoire de l'évolution des systèmes sacrificiels. Les mythes et les rites masquent la violence du religieux pour mieux contenir la violence sociale.
Manifestation d'un choix collectif, le sujet collectif dissout au plan moral la question de la responsabilité. Le sujet collectif , dans un premier temps met en scène la rivalité pour ensuite la transcender et faisant émerger une entité en surplomb, garant de l'ordre social.

Dupuy note l’étrangeté de la forme circulaire de la logique sacrificielle : le dieu émane de la victime mais il faut qu'il ait encore toute sa nature divine au moment où il entre dans le sacrifice pour devenir victime lui-même.

Notre cher Jean Pierre fait ensuite un paragraphe proche de celui de Gil Bailie pour inviter nos âmes modernes à reconsidérer le christianisme. Le savoir chrétien est partout, la connaissance du bouc émissaire travaille le monde mais ses effets sont redoutables, que peuvent faire les sociétés si on leur enlève les béquilles sacrificielles ? Pour comprendre la religion il faut avoir méditer le verset suivant : Matthieu 10, 34-39 Je ne suis pas venu apporter la paix, je suis venu apporter la glaive.


Dupuy finit par une lecture très intéressante du débat entre Durkheim et Brunetière lors du débat sur le capitaine Dreyfuss. Durkheim affirme que l'individualisme est une religion (d'origine chrétienne), une religion compatible avec la communauté humaine ou l'homme est le fidèle et le dieu. Durkheim avoue que le libéralisme veut accomplir les promesses du christianisme, la religion de l'individu est tout ce qui peut retenir les hommes les uns les autres. Mais Durkheim, et sa sociologie,  se sépare du christianisme. Il défend l'homme in abstracto, il est moins blessé par la blessure de l'homme concret que par l'atteinte d'un homme universel. Ce dernier et les grandes idées peuvent devenir des idoles, pour le christianisme la brebis égarée est la plus importante au risque de mettre en danger les quatre vingts dix neuf autres. Il est le ferment mortel qui a vocation de détruire toutes les puissances. Durkheim ne voit pas la dimensions épistémologique du Christianisme et les cognitivistes ne voient pas, à l'inverse de Durkheim, que c'est le sacré qui a engendré les cultures humaines.

Ci dessous quelques notes au fil de la lecture

samedi 9 novembre 2013

La religion pour la démocratie - Marc Lambret

Apologie Chrétienne moderne, le père Marc Lambret, dont j'ai déjà quelquefois parlé sur ce blog, tente de renouer le dialogue avec la modernité. Pourquoi ce qu'il nous reste de mieux à faire est de prendre le risque de la foi chrétienne ?




Après avoir dessiné un tableau d'une situation de crise culturelle et humaine, Marc Lambret dessinera plus précisément le tableau de la France moderne. D'abord, il souhaite briser les mauvais réflexes intellectuels de notre temps:

- Il réhabilite le terme "religieux" (il n'y a pas de terme plus noble pour un homme). L'être, c'est être responsable vis à vis de la vie, c'est l'homme qui veut être digne de vivre selon sa conscience. Les grandes religions sont les grandes traditions humaines qui sont les plus exigeantes avec ce sens de la responsabilité et de conscience. La religion est rationnelle, elle place au cœur de sa recherche le sens, la justice, le bien et le mal pour l'humanité.



- Dieu ? Considérons le d'abord comme notre grand point d'interrogation, notre grand inconnu, pourquoi l'enlever de l'équation ? De toute façon, tout dépend de nos actes. Pourquoi faire des actes bons ? 
Ils sont toujours le fruit de notre perspective de sens pour une humanité responsable. 

-Notre influence biblique, paradoxalement, ne nous permet plus de réfléchir le sens religieux universel. Les humanités grecs et latines sont pourtant, en quelque sorte, le trésor de la "religion" (souvent sans dieu) des anciens. Nous sommes les fruits de l'originalité biblique d'un Dieu d'alliance. C'est notre chance et notre difficulté de penser l'universalité religieuse qui n'est pas un détail accidentel des homo sapiens mais ce qui en eux est essentiel pour survivre et s'instituer.

-L’agnosticisme est un rationalisme refusant toute métaphysique. Pourtant la science ne peut pas aller jusque là et le doute de cette école n’atteint jamais leur propre scepticisme. L’agnostique ferme des chemins, ce qui peut lui rendre absurde la réalité du beau, du bon et du vrai. Cet agnosticisme se pose des questions limitées sur la violence antithéiste du XXeme siècle. L’athéisme humaniste part d’un bon je-ne-sais-pas, mais le flou et l’incohérence domine sur tout ces sujets.
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Lambret propose ensuite une thèse originale qui découle de la première partie du livre : les français ont une religion. C’est la religion de la démocratie. 
La laïcité est devenu un pilier de la concorde nationale avec pour but d’empêcher toute violence entre religion et pouvoir. Reconnue par l’Eglise catholique comme séparation entre pouvoir politique et religieux. (JPII et droits de l’homme, La congrégation pour la doctrine de la foi a pu défendre cette laïcité car elle respecterait au mieux les vérités procédant de la connaissance naturelle des hommes.) Il nous faut désormais coopérer pour trouver ce qui est bon pour la nature humaine. Et c’est ce que recherche notre époque moderne après les terribles guerres du XXème et le vide laissé par les traditions religieuses. Habermas et Rawles, les deux grands théoriciens sociaux pensent que la démocratie se suffit à elle-même, les religions peuvent servir pour les moments les plus sensibles et intimes mais la structure démocratique suffit pour le chemin de concorde humaine, nous sommes aussi le sommet de l’émancipation par les lumières et la raison. Mais  les événements leur donnent tort, il n’y plus que crainte, peur de l’avenir, nous sommes redevenus des païens pessimistes et raisonnables. Cette religion de la démocratie qui veut utiliser toutes les autres pour son ordre se rend compte malgré tout qu’elle ne peut pas prendre le pouvoir liturgique total (au mieux, elle n’est pas crédible, au pire, elle est dangereuse). 
Pourtant, l’espérance demeure, les gens veulent toujours changer le monde…. Oui, nous avons développé notre raison au point de croire que notre capacité de maîtriser et diriger notre raison était sans borne. Hubris ! (né de la perspective inouïe de la révélation du Christ et surtout de la sécularisation des doctrines)


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Le père Lambret souligne aussi nos problèmes de rationalité par notre refus de la notion d'autorité.
La raison est la capacité de nous rendre à la vérité en groupe, d’énoncer la réalité, de s'en approcher. La raison naît du dialogue et de l’annonce d’argument. Lambret tente de nous montrer en quoi ceux là sont toujours d’autorité. L’autorité est créatrice de sens tout en étant soumise à la réalité. La critique est intérieure à la confiance. Le fait est toujours consensus.
C'est en cela que la démocratie est un beau programme, tout homme est digne de participer à la loi et elle permet le dialogue le plus fructueux possible. La démocratie est la structure fait pour cet espoir de vérité, mais l'absolutiser n'aide en rien. L’homme a gardé les promesses du bonheur démocratique et entrevoit aussi un processus destructeur.  


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Faisons le point sur le sécularisme qui a conduit cette transformation.
Jamais l’expression aller dans le mur a été autant répétée, signe de la perception de la linéarité historique des modernes et des inquiétudes sur la perte d’horizon de ceux-ci. Le rêve de maîtrise est devenu obsession impossible. La rationalisation et l’autonomie du droit ont eu des conséquences incroyables. La légalité a pris le pas sur la légitimité. Or, la complexité de la loi et de la technique nous isole, notre conscience est désarmée, nous avons quitté l’arbitraire à une servitude que nous parons de notre assentiment. Nous sommes rouages. Nous vivons leur étourdissement et leur incompréhension. Parallèlement notre abandon de la métaphysique ne nous permet plus de réfléchir la fin de l’homme. Pourtant nos décisions ont toujours des bases anthropologiques et métaphysiques. Mais nous avons perdu la sagesse et nous nous croyons  affranchis des conditions d’origines de l’humanité. Comment ne pas voir que l’humanité n’est jamais dans le dépassement  de la religion et que celle de la démocratie est trop faible et qu'elle nous empêche de vivre intelligemment la période de crise, même si venant d'un cadre pouvant être fructueux.


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Et si nous étions chrétiens ?
Enfin, Lambret nous montre que ce que la société garde de sa foi chrétienne est très faible mais que ce petit reste est souvent meilleur que ce que tente d’apporter la nouvelle religion démocratique. Le Christ nous a conduit vers des sommets lumineux où nous ne pouvons revenir sans lui. C’est la crise de la sécularisation. (exemple du mariage, malgré les malheurs du couple, les gens veulent se marier à l’Eglise.)
Lambret nous invite à redécouvrir la beauté et la rationalité des sacrements chrétiens, et tout spécialement du mariage qui se fonde par deux baptisés qui veulent aller au bout de la logique du Salut par le Christ et de la recréation du monde dont le baptême est le sacrement. Ce mariage est le symbole de l’alliance entre Dieu et les hommes. Alliance non sans chute mais toujours avec proposition de réconciliation.
La foi catholique, encore est un scandale car elle propose de sauver toute l’histoire humaine, chaque homme doit être arraché du néant. Tout cela viendrait de Jésus, fils de Dieu incarné qui a fait de sa vie un sacrifice pour la rédemption et le salut du monde. Toute le crédo peut être tourné en dérision en rengaine mais il y a ici une force comme il n’y en a nulle part ailleurs, Jésus est l’accomplissement inattendu de nos désir d’union d’amour universel. 

Bref Lambret montre combien nous avons à gagner à prendre au sérieux la proposition chrétienne. Arrêtons avec nos fausses religions, nos idolâtries, redevenons rationnel et embrassons ce qui nous permet de voir juste sur la réalité, nos expériences, nos relations et nos espoirs, embrassons le Christ. Sa parole et son corps sont le lieu surprenant mais véritable de notre communion .


Résumé du livre par chapitre :

dimanche 22 septembre 2013

Saint Philippe comme Saint Patron de l'Evangelisation moderne

Avant d'écrire cette note je pensais que le Philippe des Évangiles et celui des actes des apôtres étaient le même... Il semble que non, après de légères recherches il y aurait l’apôtre (dont on a retrouvé la tombe il y a peu) et le diacre.
Mais bon, pendant un instant, regroupons les et tentons de trouver les caractéristiques principales de mon Saint Patron et tentons de définir cet apôtre relativement discret et dire pourquoi ce blog tente humblement de marcher sur ses pas.

Tout d'abord, il est présent à quatre passages dans l’Évangile de saint Jean. (1, 29-57 ; 6, 5-7 ; 12, 20-28 ; Jean 14, 8-...)

plusieurs éléments apparaissent,  traînant avec les disciples de Jean Baptiste, Jésus le rencontre directement. Peu après il fait le lien entre Nathanaël et Jésus. Pour cela, il utilisera les mêmes mots que Jésus. Viens et voit. Il refera le lien avec Jésus dans le chapitre 12 entre les grecs et Jésus. (tout en passant par André.)

Par deux fois aussi, il est le "boulet". Il est celui qui ne prend pas la mesure de celui qu'il a pourtant suivi. Il semble paniqué d'abord avant le miracle des pains. L'argent ne suffira pas pour tous ceux qui ont suivi le Christ. (métaphore filée de l’Évangile entre l'argent et Jésus Eucharistie....). A la table du dernier repas, il demande à Jésus de voir le Père. Jésus est atterré.... Mais enfin Philippe, qui m'a vu, a vu le père...

Sous réserves donc, Philippe revient aux actes des apôtres. Il évangélise la Samarie (Actes des apôtres 8, 5) puis évangélisera le fameux eunuque éthiopien. (Actes des apôtres 8, 26). Je lis actuellement la violence révélée de Gil Bailie qui fait une magnifique lecture de cet épisode.

Pour Bailie, cette conversion de l'eunuque éthiopien montre la capacité révélatrice de la croix auprès de personnes éloignés de toute tradition judéo-chrétienne.
Cet homme cultivé lit Isaïe, l'extrait du serviteur souffrant (Isaïe 52,13-53,12). Passage s'approchant de ce que Philippe vient de vivre à la crucifixion de Jésus. Ce passage dénonce la violence et lui dénigre toute justification religieuse.
La rencontre de l'homme qui vient d'être témoin de la passion et celui qui connait la violence mythique fait des étincelles auprès de la Bible ouverte. Si l'éthiopien demande le baptême nous comprenons qu'il a été touché au cœur de sa vie et de son expérience. Comme Philippe, nous sommes appelés à utiliser la croix pour comprendre la Bible et pour comprendre le monde qui nous entoure et pouvoir faire vivre en chacun la révélation chrétienne.

Après ce tour d'horizon, je distingue un Saint Philippe curieux et un modèle qui m'est particulièrement montré. Chemin relationnel vers le Christ, un garçon pouvant être à coté de la plaque, (symbole du chrétien croyant connaitre le Christ, mais dont la conversion est sans cesse nécessaire) mais malgré tout un modèle d'évangélisation moderne. Il révèle l'impuissance de l'argent à combler les hommes,  il aide les gens à lire leur vie et le monde grâce à la lumière de la croix.

dimanche 8 septembre 2013

Camille Tarot sur le sacré

J'apprécie beaucoup la clarification et la perspective historique qu'apporte Camille Tarot, professeur de sociologie. Il parle ici succinctement de son livre (le symbolique et le sacré, théorie de la religion) et finalement de sa longue expérience de la haute tradition française universitaire sur son interrogation sur le sacré, il essaie de dérouler le fil de cette histoire et désigner les pièges sémantiques. on peut regretter un manque de nuance dans sa réhabilitation du sacré mais son travail me semble très important.

Il souhaite avertir que la question du divin est secondaire dans un premier temps (très intellectuelle finalement), il y a d'abord dans les sociétés, la distinction entre  le sacré et le profane, le pur et l'impur qui a été perçue de manière variée
Il présente Durkheim comme le grand prophète de Girard, prophète non écouté avec son intuition de l'objectivité de la présence de la religion. Faire confiance aux primitifs et principalement à leur pragmatisme. Il pense que Girard marche sur ses traces (ainsi que celles de Mauss) à partir de sa théorie du désir mimétique
Il y eut ensuit l'influence protestante et neokantienne d'Otto privilégiant la piste symbolique du sacré amenant petit à petit la structure familiale et sociale de Levi-Strauss. N'oublions pas la perspective économique ou matérialiste. Toutes celles-ci refusent à la religion un rôle centrale ou explicatif global.

Tarot développe la thèse Girardienne qu'il trouve très convaincante (Mais ne veut pas pour autant sacrifier la dimension symbolique). Il pense que le sacré est un système de protection, un régime de séparation qui permet l'interaction. Le sacré est ce qui protège le profane ou ce qui doit être protégé lui-même. Que l'on sacralise l'homme ou le lion, on peut mettre en cage les deux si l'on veut au choix protéger le sacré de l’extérieur et le mettre en cage ou préparer des cages contre ceux qui peuvent l'attaquer, selon ce que l'on considère pur ou impur.
Tarot, ensuite, nous conseille de lire Dupuy et les marques du sacré pour se convaincre que si la structure du religieux s'est éclipsé dans notre société moderne (Mondanisation du Christianisme ?), il a existé de nombreux ersatz de sacré, le plus évident est l'économie et sa capacité de contenir la violence.

Mais arrivons nous vraiment à contenir l'économie ? Tout est il échangeable à l'infini ? N'est ce pas un chemin de destruction? Face au risque de destruction qui a toujours inquiété les hommes et que nous ne réfléchissons plus malgré une économie de plus en plus poison et non médicament.... Ne faut il pas retrouver la préoccupation de l'apocalypse, notamment par le rite du catastrophisme éclairé. (rite car : croire sans y croire tout en y croyant).
Il faut se préoccuper du sacré pour comprendre ce qu'il contient, ce que l'on veut protéger, arrêter de se moquer des rites tout en se méfiant de sa tendance à la violence.
J'aime beaucoup la conclusion de tarot, le sacré est l'inverse de la différenciation des sociétés et même encore de l'indifférence. Le sacré est l'opposé du nihilisme. 

Revenons à la raison par le religieux, l'instance de base de notre monde et de son appréhension.... Après cela, il suffit de ne pas se tromper de religieux.... 


On trouve la vidéo ici:

Résumé plus détaillé de la vidéo :



lundi 5 août 2013

Verlinde et les nouvelles religiosités

Je n'aime pas aborder ce sujet. Je crois qu'il faut le faire le moins souvent possible ou alors avec discrétion et attention. Je fus alors heureux de rencontrer cette vidéo du père Verlinde.Les expériences occultes, les religions orientales emportent avec elles des expériences, des sciences que les théologiens chrétiens prennent avec des pincettes sans avoir réponse à tout (cette émission en est le signe).
Malgré tout, elle remet certaines idées en place et surtout certaines choses que nous avons tendances à oublier sur notre foi. Dieu créateur, Dieu personnel, Homme création et non émanation. Possibilité du réel. Possibilité de l'existence de différents plans occultes avec entités. Mais celles-ci, quoi qu'il en soit, auraient vocation à plier genou devant le Seigneur et à l'adorer, comme toutes les créatures...
Présentation
 Le père Verlinde a une longue expérience des nouvelles religiosités. Parti à 20 ans vers l'Himalaya,il a vécu 4 ans dans un hashram de méditation transcendantale. Il y vécut malgré tout une première conversion à la personne du Christ. De retour en France, il se plonge dans des groupes ésotériques christiques mais non chrétiens. Il a alors vécu une seconde conversion qui l’a conduit au séminaire puis à reconnaître une vocation monastique. Il est frère de l’ordre nouveau de saint joseph affilié au cisterciens. Il s’est spécialisé dans la reconnaissance d’un point de vue chrétien des nouvelles religiosités orientales, occultistes et ésotériques.



I Base des nouveaux courants

Pour les différencier d’avec la perspective chrétienne. Il prend trois sujet. L'image de Dieu, le cosmos et l’homme.

A Dieu ?
Chez les chrétiens, il est personnel, transcendant et créateur. Nous séparons par exemple la nature (création) et Dieu. Le monisme oriental distingue Dieu en tout ce qui se manifeste. Tout est émanation du divin. Le tao (cercle ou le blanc et le noir se distingue et se marie) représente ce divin ou les énergies différenciées créent la pluralité du monde par leur interaction. (on retrouve cette idée dans l’hindouisme). Dieu est énergie primordiale. L’énergie se manifeste comme esprit qui va évoluer en matière. Pas de dualisme. La matière est la concrétisation de l’esprit qui est unique et que partage Dieu est les hommes. Chez les judéo-chrétiens, Dieu ne crée pas à partir de son être, ni d’une matière préexistante mais sa parole est créatrice et nous maintient dans l’être.
B Le Cosmos ?


Pour l'orient, comme tout est divin, tout, comme un hologramme, comporte l’information de l’ensemble. Il suffit d’une cellule pour connaitre Dieu. L’astrologie aiderait aussi car tout est en relation. Tout parle de tout.

C L’homme ?

Pour les chrétiens, l’univers et l’homme est en évolution, Dieu est rayonnant. Pour les nouvelles religiosités, la matière est ce qui est le plus éloignée de Dieu. C’est une prison. Il faut une involution pour retourner à sa source spirituelle, il faut passer par des états de conscience. Il faut sortir de l’ego pour le grand tout. Nous sommes des monades avec illusion de la personnalité. Alors que les chrétiens sont extatiques, être d’amour et l’amour a besoin de différence. Je suis un pour la communion d’amour. Le je est un don divin et la vie, un chemin pour sortir de soi. Comme Ève est sorti d'Adam. Ensuite la femme est nommée et je trouve mon identité par rapport à elle.


II Détails sur les nouvelles religiosités.
Souvent on confond aussi ce qui est du simple travail de relaxation avec nouvelles religiosités et yoga par exemple.... Yoga est un long processus dont nous ne connaissons que quelques étapes, il est même souvent liturgique en Inde. Il sert à ouvrir les shakras disposés sur le corps d’une certaine étape entre le corps et l’esprit. Pompes déversant de l’énergie supérieur. Cette énergie peut supprimer l’illusion de la conscience de soi. 
L’occultisme est incompatible avec la foi. C’est l'art d’utiliser des forces cachées à des fin pratiques. Est occulte, la force qui échappe aux radars scientifiques actuels. Or, si j’ouvre les shakras, je m’ouvre à ces énergies et à ces plans (comme pour les médiums) et peut m’en servir pour le bien ou le mal. Or, il semble qu’il y ait une myriade d’être sur ces différents plans. Or tous les occultistes s’entendent sur le fait qu’il faut collaborer avec ses entités pour avoir des pouvoirs occultes. Ce sont des entités non incarnés et il existe un débat encore difficile pour le savoir exactement (Saint Augustin parle d’être intermédiaires, saint Thomas parle de purs esprits, débat en cours...). Il y a ensuite les pratiques théurgiques, c’est a dire tendre vers l’auto-divinisation (les mages) ou pour des pouvoirs pratiques (magiciens). Ces pratiques ne sont pas innocentes et ont toujours été condamnées par la tradition de l’Eglise catholique. Le spiritisme évoque des entités, et pour peu qu’il y ait un medium qui s’ignore dans le groupe des blagueurs pour inviter des entités très probablement peu fréquentable. Risque de donner les clefs de son intimité. Cela peut endommager notre vie spirituelle. Il faut refuser toute collaboration.

Alors, le père Verlinde croit vraiment en tout cela ? Il répond qu’il croit en Jésus sauveur. Mais la bible ne condamne pas pour rien le recours aux entités. Toutes les cultures en parlent, souvent pour mettre en garde. Mais, lui cherche d’abord à comprendre et comprend pourquoi l’Eglise condamne. Beaucoup de mages orientaux aussi sont effrayés de la manière dont certains occidentaux invoquent des entités qu’ils ne connaissent pas...
Que faire ? Comment discerner ? Ne jamais perdre de vue la relation personnelle avec Jésus. Puis Thérèse d’Avila disait qu’il y avait deux manières de servir le démon, le voir partout et dire qu’il n’existe pas.

Or Jésus a gagné, tous les êtres et les entités le reconnaîtront. Il faut aussi user du sacrement de réconciliation pour briser certaines alliances et nous souvenir que notre job est de nous unir au Christ et d’éviter les faux raccourcis. Beaucoup de psychiatres refusent la légèreté souvent utilisée sur ce thème. La corrélation entre expérience occulte et visites en hôpital psychiatrique est trop forte pour s'en moquer.


vendredi 12 juillet 2013

Les questions anthopologiques de notre temps - Interview de René Girard

Mars 2007, René Girard est interviewé par  il Foglio. On ne trouve pas trace de cette interview sur le net sauf sous sa traduction anglaise. Permettez ci dessous, une traduction personnelle de l'anglais vers le français. (Dites moi, si éventuellement certains passages manquent de clarté ou s'il y a quelques erreurs. Puis pardonnez les éventuelles fautes d'orthographe)

J'ai rarement connu René Girard autant en verve que dans cette interview. Déconstruction, sexualité, nihilisme, anthropologie, mariage, Islam, postmodernité, apocalypse, papes, linguistique. Interview très percutante, tout autant personnelle que dans la ligne directrice de toutes ses recherches.


Autres traductions girardiennes ici et
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"Après le langage, c’est l’homme que l’on commence à déconstruire ", "L’Eugénisme est une forme de sacrifice humain", “La sexualité est le problème, non la solution” : Les idées impitoyables d’un grand penseur

Malgré son âge de 84ans, René Girard n’a rien perdu de son audace de penseur définitivement radical. Il travaille actuellement sur un nouvel essai sur Karl von Clausewitz. L’auteur de grands livres contemporains comme "la violence et le sacré", "le bouc-émissaire", récemment élu parmi les 40 immortels de l’académie française est, en même temps que Claude Lévi-Strauss, notre plus grand anthropologiste vivant. Dans cette interview à « il Foglio », Girard revient vers ce qui définit « les grandes questions anthropologiques de notre temps ».

Il ouvre lui-même avec une question:

“Puisse-t-il y avoir une anthropologie réaliste qui suit la déconstruction ? En d’autres mots, est ce licite et encore possible d’affirmer une vérité universelle sur l’humanité ? Le structuralisme et l’anthropologie postmoderne contemporaine conteste cet accès à la vérité. L’école de pensée actuelle est « une castration de sens ». Mais de telles manières de discuter de l’humanité sont dangereuses."

Girard commente le "scandale" des religions comme il est apparu dans cette époque de néo sécularisme:

"A partir des lumières, la religion fut conçue comme un pur non-sens. Auguste Comte eut une théorie précise sur l’origine de la vérité, et son intellectualisme du XVIIIe rappelle beaucoup ce qui est en vogue aujourd’hui. Comte a dit qu’il y avait trois phases : la religieuse, qui est la plus enfantine ; la philosophique ; et finalement la scientifique, la plus tardive et la plus proche de la vérité. Aujourd’hui, dans le discours public, le but est de définir la « non-vérité » de la religion, cependant la religion est indispensable pour le survie de la race humaine. Personne ne s’est demandé quelle est la fonction de la religion. La foi est seulement exprimée comme "j'ai la foi" ou non. Quelle est la conséquence ? La théorie révolutionnaire de Charles Darwin a espéré démontrer l’inutilité de l’institution de quinze millénaires qu’est la religion. Aujourd’hui la démonstration est tentée sous la forme de la recherche sur le chaos génétique comme elle est énoncée par les néo-darwinistes. Si vous écoutez les scientifiques comme Richard Dawkins –un penseur extrêmement violent- vous voyez la religion comme quelque chose de négligeable."

Mais la religion a une fonction qui va bien au delà de la foi. Girard résume la véracité du don du monothéisme en une seule phrase (puis développe ensuite):

“L’interdiction contre le sacrifice humain. Le monde moderne a décidé que cette prohibition est un non-sens. La religion ne peut être conçue que comme une coutume de bon-sauvage, un état primitif d’ignorance sous les étoiles. La religion, cependant, est nécessaire pour supprimer la violence. L’homme est l’unique espèce dans le monde qui menace sa propre existence par sa violence. Les animaux même dans leurs jalousies sexuelles ne s’entretuent pas. Les êtres humains, si. Les animaux ne connaissent pas la vengeance, ne connaissent pas la destruction de la victime sacrificielle qui est un phénomène lié à la nature mimétique de la multitude applaudissante.

Malheureusement, aujourd’hui il n’y a qu’une seule définition de la violence, celle comme pure agression.

"C’est parce que nous voulons nous rendre innocent. La violence humaine, cependant, est le résultat du désir et de l’imitation. Le postmodernisme n’est pas capable de parler de violence. La violence est placée entre parenthèse et son origine est simplement ignorée. Et avec cela, la vérité la plus importante : que la réalité est, dans une certaine mesure, connaissable."

René Girard vient du radicalisme français:

"Je me suis rempli la tête avec la grotesque, la stupidité, la simple médiocrité de l’avant-garde. Je sais bien comment le déni postmoderne de la réalité peut conduire au discrédit des questions morales sur l’homme. L’avant-garde, en un temps relégué dans le domaine artistique s’est aujourd’hui étendue au domaine scientifique pensant à l’origine de l’homme. En un certain sens, la science est devenue la nouvelle mythologie : l’homme a créé la vie. Pour cette raison, j’ai accueilli avec un grand soulagement l’explication de Joseph Ratzinger sur le « réductionnisme biologique » - la nouvelle forme de déconstruction, le mythe biologique. Je me trouve avoir recours à la distinction faite par l’ex-cardinal entre science et scientisme.

La seule grande différence entre l’homme et les espèces animales est la dimension religieuse :

"C’est l’essence de l’existence humaine. C’est l’origine de la prohibition des sacrifices et de la violence. Là où les religions se sont dissoutes, commence un processus de décomposition. Le Micro-Eugénisme est notre nouvelle forme de sacrifice humain. Nous ne protégeons plus la vie de la violence. Nous brisons plutôt la vie avec violence. On cherche à s’approprier par nous-mêmes le mystère de la vie pour notre propre bénéfice. Mais nous raterons. L’eugénisme est l’apogée de l’école de pensée initiée deux siècles plus tôt et qui constitue le plus grand danger pour l’espèce humaine. L’homme est l’espèce qui peut toujours se détruire elle-même. C’est pour cette raison que la religion a été créée."

Aujourd’hui, il y a trois domaines- les armes nucléaires, le terrorisme et les manipulations génétiques- dans lesquelles l’homme est particulièrement mis en danger:

"Le vingtième siècle fut le siècle du nihilisme classique. Le vingt-et unième siècle sera le siècle du nihilisme attrayant (alluring). C.S. Lewis avait raison quand il parlait de l’abolition de l’homme. Michel Foucault ajoutait que l’abolition de l’homme était devenue un concept philosophique. Aujourd’hui, on ne peut plus parler d’ « homme ». Quand Friedrich Nietzsche annonçait la mort de Dieu, il annonçait la mort de l’homme. L’eugénisme est la mort de la rationalité humaine. Si on considère l’homme comme l’aboutissement du hasard et comme de la matière brute pour les laboratoires, un objet malléable à manipuler, on atteint le point d’être capable de tout faire de l’homme. Cela finit avec la destruction de la rationalité fondamentale qui appartient à l’être humain. L’homme ne peut pas être réorganisé et demeurer un homme."

Selon Girard, hormis la religion, nous perdons de vue aujourd’hui la fonction d’une autre institution anthropologique, à savoir le mariage:

"L'institution préchrétienne et renforcée par le Christianisme, le mariage est une indispensable organisation de vie. Elle est liée à la quête de l’immortalité. En créant une famille, c’est comme si l’homme recherchait l’imitation de la vie éternelle. Il y a eu des lieux et des civilisations où l’homosexualité fut tolérée ; mais aucune société ne l’a jamais placé au même niveau légal que la famille. Dans un mariage, nous avons toujours un homme et une femme ; qui sont des opposés. Dans les dernières élections américaines de 2006, le véritable vainqueur fut finalement élu sur un référendum sur le mariage naturel."

L’ennui métaphysique de l’Europe
Girard est en accord avec ce que dit Rémi Brague, arabiste de la Sorbonne, l’Europe est immergé dans un ennui métaphysique:

"C’est une très belle explication, et il me semble que la supériorité du message chrétien devient de plus en plus visible. Quand il est le plus attaqué, le Christianisme brille avec une plus grande vérité. Étant la négation de la mythologie, le Christianisme brille spécialement dans le moment quand le monde une fois de plus est imprégné de mythologies sacrificielles. J’ai toujours compris le « scandale » de la révélation chrétienne d’une manière radicale. Dans le Christianisme, au lieu d’assumer le point de vue de la foule, nous assumons le point de vue de la victime. Ainsi le Christianisme traite du renversement complet du scénario archaïque. Et provoque l’épuisement de la violence.

Girard parle de l’obsession de la sexualité:
"Dans les Evangiles, il n’y a rien de sexuel, et ce fait a été complètement romancé par les gnostiques contemporains. Les gnostiques, comme toujours, excluent des catégories de personnes, et les transforment en ennemis. Le Christianisme est l’exact opposé de la mythologie et du gnosticisme. Aujourd’hui, une forme de néo paganisme est mise en avant. La plus grande erreur de la philosophie post moderne est d’avoir pensée qu’elle pourrait librement transformer l’homme en un mécanisme de jouissance. Mais de cette poursuite du plaisir arrive la déshumanisation qui commence avec le désir faux de prolonger les plaisirs de la vie en sacrifiant les plus grands biens."

La philosophie postmoderne, dit il, se base sur la fausse affirmation que l’histoire est terminée:

"De là, nait une culture naufragée dans le présent. De là, vient encore une haine pour une culture vibrante qui affirme une vérité universelle. Aujourd’hui, il est largement cru que la sexualité est la solution à tout ; alors qu’au contraire, elle est l’origine de tous les problèmes. Nous sommes continuellement attirés par une idéologie de la séduction. Jusque là, la déconstruction n’a pas envisagé la sexualité au cœur de la démence humaine. Notre folie repose ainsi sur nos efforts volontaires de faire de la sexualité une chose frivole et banale. J’espère que les chrétiens ne suivent pas la direction de la déconstruction. Car la violence et la sexualité sont inséparables. C’est pourquoi la sexualité contient ensemble les plus beaux et les plus sombres éléments que nous portons en nous."

Nous sommes au milieu du divorce entre l’humanité et la syntaxe, dit Girard ; c’est le divorce entre la réalité et le langage:

"Nous perdons tout contact entre le langage et les régions de l’être. Aujourd’hui nous croyons seulement au langage. Nous y aimons des histoires à dormir debout  plus que partout ailleurs. Mais le Christianisme est une vérité linguistique, le logos ; Thomas d’Aquin fut le grand promulgateur de cette rationalité linguistique. Le grand succès du Christianisme anglo-américain et ainsi des Etats-Unis n’est pas sans rapport avec l’extraordinaire traduction anglaise de la Bible. Mais dans le catholicisme d’aujourd’hui, il n’y a pas eu suffisamment de rationalité, mais plutôt trop de sociologie. L'Eglise est trop souvent compromise par la flatterie du temps et de la modernité. Dans un certain sens, de tels problèmes ont commencés avec le concile Vatican II, même s'ils viennent d'une déperdition du Christianisme eschatologique qui le précède. L’Eglise n’a pas réfléchi assez sur ces transformations préconciliaires. Comment peut on justifier l’élimination totale de l’eschatologie, et ce même dans la liturgie ?"

Nihilisme et Apocalypse
Girard répète que jamais l'humanité ne fut dans un tel danger qu'elle ne l'est aujourd'hui:

"C’est la grande leçon de la formule de Karol Wojtyla : « La culture de la mort ». C’est sa plus belle formulation linguistique. Elle va très bien avec l’autre grande formule, de Joseph Ratzinger, la dictature du relativisme. Ce nihilisme de notre temps peut être aussi appelé déconstruction, ou simplement 'théorie'. Mais ce nihilisme est transformé en une respectable théorie philosophique et ensuite, tout devient frivole, tout est jeu de mots, tout est blague. Ainsi on peut commencer avec la déconstruction du langage, mais ensuite on finit avec la déconstruction de laboratoire de l’être humain."


Avec cette perte du respect pour la vie humaine, la déconstruction du corps est l’autre idée que Girard récuse:

"Elle vient des mêmes gens qui, d’un coté, veulent prolonger la vie infiniment, et maintenant, d’un autre coté, disent que le monde est surpeuplé."

Le critique littéraire Georges Steiner a écrit que même l’athéisme est métaphysique, Girard commente:

"Assurément, Steiner a toujours des idées merveilleuses. G.K. Chesterton dit que le monde moderne est remplie d’idées chrétiennes devenues folles. Même les lumières ont été un produit du Christianisme. Prenez une figure comme Voltaire, un exemple de mauvaise lumière qui a contribué à la déchristianisation de la France. Mais tout de même, Voltaire a toujours défendu les victimes, et fut en cela un grand chrétien, même sans le savoir. C’est pour cette raison que je dis qu’une mauvaise interprétation de la doctrine chrétienne est encore pire quand elle vient de l’extérieur de la tradition. Le Christianisme continue de nous proposer une explication convaincante et fascinante du mal humain. Mais nous perdons la dimension apocalyptique du Christianisme par laquelle les gens deviennent conscients qu’aucune société sans religion ne peut survivre. Le romantisme chrétien a oublié que la religion chrétienne a eu comme principale réalisation le désamorçage de la violence sacrificielle. Aujourd’hui, la religion chrétienne est plus réaliste que l’optimisme scientifique. Science qui créé l’homme pour le tuer. Ainsi l’Apocalypse n’est plus la colère de Dieu mais plutôt la colère de l’homme sur lui-même. L’apocalypse n’est pas derrière nous mais se tient face à nous. L’apocalypse n’a pas été écrite pour Dieu mais pour l’homme. Les chrétiens fondamentalistes actuels croient en l’apocalypse mais dans un mauvais sens ; ils croient que Dieu punira l’homme, pas que l’homme se punira lui-même. Aujourd’hui, nous devons avoir de la considération pour l’Apocalypse, pour ne jamais oublier que la violence est chez elle (indigenous)chez l’homme."

Il manque à’Islam quelque chose d’important : la Croix
Le discours de Ratzinger à Ratisbonne était décisif selon Girard :

"Le défi lancé par Ratzinger contre le relativisme est salutaire, non seulement pour les catholiques mais aussi pour les laïcistes. Je vois Ratzinger comme un signe d’espoir pour l’Europe. C’est un pape très similaire, mais aussi très différent de Jean Paul II. Wojtyla était inarrêtable ; il voulait toujours être vu et écouté. Benoit XVI veut plutôt pacifier les gens ; c’est un grand professeur de réflexion et de modestie. La religion chrétienne, la plus grande révolution de l’histoire humaine, est la dernière à nous rappeler l’utilisation correcte de la raison. C’est un défi qui transporte avec lui le concept de culpabilité. Pendant longtemps, l’Europe a décidé que les allemands devaient être les bouc-émissaires pour la seconde guerre mondiale ; il était impossible d’attaquer le communisme et le nazisme. Une fois que la mort de Dieu était déclaré, accompagnée avec la fin de la possibilité pour le mot "lumière" d’avoir un quelconque sens religieux, il devait s’élever un « anti Dieu », une contre divinité : le communisme. Je suis d’accord avec la thèse d’Ernst Nolte sur l’affinité entre nazisme et communisme. Chaque régime totalitaire commence par la suppression de la liberté religieuse. Aujourd’hui, cette contre divinité anti-vie est relancé par le scientisme."

Girard confirme que l’exaltation de l’homme comme contre divinité rejoint le sens de la phrase d’Henri de Lubac, si souvent mal utilisé (comme si elle était au contraire un idéal): l’athéisme humaniste

"Je fus honoré par son amitié. Quand il fut accusé de n’être pas chrétien, de Lubac dit que tout ce qu’il avait écrit fut juste et qu’il n’y avait rien d’hérétique en eux. La grande crise démographique de l’occident est un des nombreux éléments de la paralyse apportée par "l’athéisme humaniste". L’idéologie de notre temps est hostilité contre la vie elle-même. La culture moderne maintient que toute la mythologie, qu’elle soit jeune ou vieille, est affirmation de la vie ; d’un autre coté, elle maintient que la religion est reniement de la vie. Mais la vérité est exactement l’opposé. Le nouveau dionysisme de la culture moderne a un visage mortel et violent. Parmi les premiers à le comprendre, il y a eu Thomas Mann. Désormais ce qui domine aujourd’hui est une forme de nausée existentielle hérité du spleen romantique."

Nous sommes si ethnocentriques, dit Girard, que nous pensons que seuls les autres peuvent avoir le droit de clamer la supériorité de leur propre religion:

"L’islam conserve une relation avec la mort qui me convainc que cette religion rate absolument le combat contre les anciens mythes. La relation de la mystique islamique avec la mort rend la mort encore plus mystérieuse. L’Islam est une religion de sacrifice. Le chrétien, cependant, ne meurt pas en vu d'être imité. Nous devons nous rappeler les mots du Christ à Paul : Pourquoi me persécutes-tu ? Dans le Christianisme, qui détruit toutes les mythologies, il existe une dialectique constante entre la victime et le persécuteur ; En islam, cela n’existe pas. L’Islam élimine la victime problématique. Dans ce sens, il y a toujours eu un conflit entre le Christianisme et l’Islam. En Islam, la chose la plus importante manque, la croix. Comme dans le Christianisme, L’Islam réhabilite la victime innocente, mais elle le fait comme un militant. La Croix, au contraire, met une fin aux mythes anciens et violents. La Croix est le symbole de l’inversion de la violence, de la résistance au lynchage. Aujourd’hui, la Croix s’oppose au sacrifice dionysiaque des nouveaux mythes. Le Christianisme, se différenciant de l’Islam, interdit le sacrifice."

René Girard a toujours choisi de ne pas parler de choses faciles ou accommodantes:

"J’ai été, même ici en Amérique, plus ostracisé. Aujourd’hui, je pourrais moins me soucier de ce que les autres disent de moi. Nous ne devons pas nous rendre à la séduction ; il y a beaucoup à apprendre du passé. Je relis souvent l’histoire de Joseph dans l’ancien Testament car elle est la plus belle exemplification du Christianisme. Je me suis marié en 1951 ; J’ai neuf petits enfants et trois enfants. Ma femme est protestante, et ne s’est jamais convertie au catholicisme. » A ce moment, un de ces nombreux rires séraphiques de cet homme rigoureux et droit sort.

"J’ai un fils dans le business ; ma fille est peintre ; et mon autre fils est avocat. Concernant les Etats-Unis, j’aime ses grands paradoxes, elle a en elle-même la plus efficace protection contre tous ses pires aspects – des protections que l’Europe ignore. Ici, aux Etats-Unis, je reconnais la véritable indépendance. Je suis entouré par la vie."
 Sur son propre statut d'intellectuel, un de ces soi-disant "castrateurs de sens":

“Le moins que je puisse faire est de penser que c'est le moment du silence, mais d'un silence rempli de sens.”