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dimanche 19 juillet 2015

Todd girardien ?

(Tiens, au fait, c'est ma 200ème note...)
Revenons si vous voulez bien sur la polémique du livre "qui est Charlie" d'Emmanuel Todd.

Il me semblait aussi qu'Hadjadj avait dit l'essentiel comme souvent.
Les interventions de Todd me choquèrent un peu au début. Je ne comprenais pas tout (et même encore...) mais il m'ouvrait les yeux sur une partie de la France et me permit plus de précisions sur mon analyse. Replongeons dans l'ambiance.
Je conseille surtout la vidéo entre 52.30 et 1.00



Cela va mal. Nous sommes pris dans un carcan monétaire. Partout, il y a de l'islamophobie, antisémitisme, état de rupture.
Journée où tout le monde se réconcilie, ce 11 Janvier ?
Non, ce n'est pas vrai, c'était la grande fête des classes moyennes qui soutiennent les politiques qui les avantagent plutôt et qui massacre toutes les périphéries. Se réunir entre gens qui vont pas trop mal pour dire que l'on veut que cela continue d'aller comme cela. C'est le moment où les classes moyennes commencent à voir que cela ne va plus.
Le fond du problème est l'euro ? Ou crise religieuse ? Crise des valeurs qui nous fédères et nous réunissent. Pas un problème de communauté ou de système économique dit Jean Pierre Denis.
Oui, répond Todd, le vide religieux est le moteur principal qui est lui même le moteur de l'euro. l'euro unique est un substitut du Dieu unique.
Quand on voit des sociétés qui tournent mal ou qui entrent dans des confrontations violentes pour des valeurs positives ou non. Il y a toujours combinaison de vide religieux et de crise économique.
Exemple de la révolution française, entre 1730 et 1740, recrutement de prêtres chutent, le territoire se déchristianise. Le vide religieux est le facteur fondamental qui mène à la révolution (avec l'alphabétisation).
Exemple de l'Allemagne et un des déclencheurs importants du nazisme, toute la partie protestante de l'Allemagne entre 1880 et 1930, la pratique religieuse s'effondre. La carte du nazisme, c'est la carte du protestantisme en Allemagne. Non pas que les protestants soient des nazis en puissance, ce serait une interprétation fausse de la carte, elle est le signe de la désintégration de la pratique religieuse protestante en Allemagne nous dit Todd. La religion est dangereuse quand elle s'éteint. Puis ils ont eu la crise de 29.
Je ne sais pas quoi faire pour le vide religieux mais il faut faire quelque chose pour la crise économique. les sociétés ont besoin de croyances collectives, d'être ensemble. Quand crise, montée en puissance d'une idéologie de substitution. Ce qui est spécifique de la France actuelle, c'est que la crise religieuse du XVIIIème siècle se passait sur deux tiers de la France. Mais l'Eglise n'avait pas complètement abandonné la France, la France laïque aimait se frotter avec la France catholique. la laïcité s’arque boutait contre l’Église. Elle avait quelque chose contre qui lutter. Mais depuis 1960, il y a un effondrement global de la pratique religieuse partout. Ce qui est important. Mais ensuite cela a déstabilisé les régions qui étaient déjà laïques qui n'avaient plus leur bouc émissaires. Une bonne partie de la fixation de l'Islam est du au fait que les laïcs n'ont plus les cathos contre qui taper, on cherche un substitut et les musulmans peuvent en être un.


La logique de Todd est je trouve girardienne. La religion est un outil contre la violence, la France se structurait dans son conflit catho anti catho, la violence était recyclé. Désormais il n'y a plus de catholiques mais des laïcs qui se sont transformés en catho sans la foi et sans la structure religieuse. Bref, une foule dans un désert métaphysique, social et qui n'a plus rien pour ajuster sa violence. Todd affirme qu'il y a grand danger. Je trouve que son livre est très proche des thèses girardiennes de Gil Bailie sur le religieux et le sacrifice comme matrice de l'histoire humaine. Arrêtons d'être satisfait de nous. L'euro, selon lui, est le symbole de cette foule illusoire. Un projet qui a tout pour lui sur le papier et qui semble révéler le manque de Dieu unique, idole monétaire, technocratique, inégalitaire et bien sur par définition sacrificatrice. Selon Todd, tant qu'on ne réfléchit pas à l'Euro et à l'argent aujourd'hui, on ne révèle rien de la société et de notre santé métaphysique. (N'y a-t-il pas urgence à lire André Orléan ?)

C'est un bel appel.
A un moment dans l'interview, il dit, je suis mécréant, je n'ai rien à proposer pour la métaphysique, mais je veux me battre sur la justice économique... Il voit que c'est lié mais n'ose pas faire le pas... 
Nous verrons dans une prochaine note la réaction de Benoit Chantre sur les événements... Elle répond plus à la question métaphysique en réfléchissant plus sur le lien de la politique, la religion et la violence. (n'y a t il pas des désaccords ou plutôt, beaucoup plus de subtilité ?...)


On peut écouter aussi Michel Drac sur sa réaction du livre de Todd à partir de 18.35 :

Ce qui est intéressant chez Todd, Il a systématisé les travaux démographiques. Il a compris le truc curieux qui se passait. ex : ce parti socialiste, qu'est ce que c'est ? Valls qui attaque Dieudonné, délire religieux. Le laïcisme français reprend les logiques profondes du catholicisme d'état français. Tout est inversé. Procession à Saint Charlie ! Bientôt, il y aura une icône. Todd dit : ces laïcistes, il ne faut pas les comprendre comme les continuateurs des bouffeurs de curé du temps jadis. Avant dogmatisme catholique et dogmatisme anticlériclal l'un en face de l'autre. C'était avant.
Le PS est le résultat d'une fusion bizarre venu de la gauche anticléricale et des gens qui sont sortis du catholicisme dans les années 60, 70 et qui viennent des vieilles régions catholiques du pays.

mercredi 30 avril 2014

Le curé de village - Balzac

Le curé de village 1841 Balzac



Le limousin après la révolution française, nous suivrons la vie d'une femme de sa jeunesse en tant que fille de la petite bourgeoisie enrichie par la destruction des richesses du passé (la bande noire), à son mariage bourgeois avec un notable triste de Limoges jusqu'à sa mort en figure de sainteté dans la campagne limousine où elle rattrape les ravages du temps en transformant un désert local en oasis de prospérité par la confiance du prêtre local (qui l'édifie), d'un ingénieur polytechnicien légitimement idéaliste, d'une campagne appauvrie dont elle gagne la confiance.

C'est un curieux Balzac. Cela ressemble à un conte, à une légende, à un livre de sciences économiques. C'est le livre ambitieux d'un homme qui parle d'histoire, de son sens, des vertus humaines, du besoin d'être sauvé et de responsabilité sociale.
Cela commence comme Madame Bovary, l'histoire d'une femme qui a trop lu de mauvais livres et qui provoque des malheurs. Mais sa foi, son ouverture d'esprit, sa relation avec le Seigneur lui fait développer des miracles et pousser des fleurs dans le désert....

Curieux livre qui tente par symbolisme, grand discours à allier religion, économie, théorie de l'individu, histoire, science, sociologie, morale en une grande unité catholique. Mais tout en en faisant un roman, c'est à dire un livre d’ambiguïté, ambiguïté rattrapée par la sainteté du curé de campagne qui accompagne tout par la croix du Christ. Symbole d'une Eglise de ceux qui n'ont pas eu de père et qui réconcilie monarchisme et soucis sociaux. Il est l'inspiration.
Ensuite Véronique aime, la transfiguration du village limousin est la préfiguration du chemin  de conversion, du retour à la proximité du Père.

A noter
Farrabesche
La lettre du polytechnicien,
Le pingre assassiné
Le mari
La description de l'église
La famille sur le départ
Les querelles dans l'Eglise
Le cilice
Paul et Virginie


Extraits INA,
Introduction intéressante


Quelques citations

mercredi 4 décembre 2013

Stiegler et le FN


J'ai apprécié la lecture de cet interview de l'Express de Bernard Stiegler que je trouve presque toujours intéressant.

Que dit il de la situation actuelle ? 
La montée des partis orientant vers un bouc émissaire est le signe que ce qui était avant notre médicament (la société industrielle des désirs) est devenu notre poison. Le peuple en souffre et n'arrive pas à se diagnostiquer. Prenons ce symptôme au sérieux et faisons en un outil de transformation bénéfique de notre industrie et de sortie heureuse de l'ère de la consommation. 
c'est grâve docteur ?
Oui, c'est une maladie du désir...




Que comprendre de l'importance du votre FN ? C'est le signe du cinquième sens des français de la fin du modèle du XXeme siècle, et qu'il n'y a pas de paroles claires de la part des politiques officielles pour faire accoucher, exprimer ce sens.
Le mépris de la classe politicienne pour les électeurs du FN n'es pas approprié et c'est faire ce que l'on reproche au FN, créer des boucs émissaires et expulser les vrais sujets. Les gens souffrent.

Ne pas expliquer les causes de la douleur, c'est chercher des boucs-émissaires, cela marche autant pour les souffrances personnelles que les souffrances collectives.
Dire qu'il faut prendre soin des électeurs du FN, c'est dire qu'il faut prendre soin de tous les français qui souvent ne savent pas expliquer les causes de leurs souffrances. La puissance des marchés déstabilise toute la culture.
Le soin consiste ici à rompre avec le consumérisme, qui a produit une insolvabilité généralisée et dégradé les consommateurs sur les plans physique et psychique.

Sarkozy a représenté cette course vers le consumérisme et non la réponse aux vrais problèmes. Le modèle du XXème siècle qui avait fondé la prospérité est devenu toxique. Ce qui était bénéfique est devenu maléfique. Le remède est devenu poison.

Cette crise du modèle consumériste vient de loin, émergence des anciens pays colonisés (1970) puis financiarisation du capitalisme et décision de produire hors des frontières. Au début le FN suivait cette vague en disant que l'Etat était le problème. Il y a malgré tout une ligne directrice du FN selon Stiegler, la ligne ultralibérale ou antimondialisation du FN servirait à faire diversion sur le processus de désignation du bouc émissaire. Mais au final, elle ne remet pas en cause le consumérisme.


Pour lutter contre ces mauvais signaux que sont les voix données au Front National, il faut instaurer une économie de contribution lié à un nouveau modèle industriel. Le modèle d'un internet collaboratif est un bon signe. Il faut rompre avec la prolétarisation du travail (perte des savoir-faire par la machine) et de la prolétarisation du consommateur (destruction du savoir vivre par le marketing).

Cela implique une refondation de la politique et de la recherche, conception contributive du web, industrie numérique alternative dont Snowden doit être le saint patron. Conception démocratique des nouveaux instruments de savoir. 
Objectif : transition entre le consumérisme et le nouveau modèle industriel.

On redistribue du savoir et on maintient les capacités diverses des habitants
Cela signifie que le modèle fordiste et keynésien, qui consistait à redistribuer les gains de productivité pour distribuer du pouvoir d'achat et "faire tourner" la machine consumériste, est définitivement mort. Tel est l'enjeu pour la France en 2025.

Remise en cause de l'incarcération. Que peut il en sortir de bon désormais ?
La vie est intenable mais il y a du temps, comment faire pour en faire du temps profitable pour le pays.
temps de capacitation...

mardi 17 septembre 2013

Sapir, Lordon et la nation

Intéressante conversation de deux hommes de gauche très compétents et respectés dans leur recherche économique et connus comme lutant contre le système économique actuel qu’ils appellent néoliberal. 
Ils ont en marre d'être doublé par le FN sur les questions de nation et de souveraineté nationale. Lordon dit, il y a une nation de droite, elle est mystique et met en avant la communauté alors celle de gauche reste sur l’individu, la rationalité.  Le devoir commun repose sur le paiement des impôt. Le bien commun d’une république, c’est la caisse commune et d’une certaine manière l’activité qui lui est liée. Le nation de droite respire la xénophobie, l’ethnicisme et refuse la lutte des classes qu’elle est prête à sacrifier pour l’union nationale. 




Sapir lui repondra peu après. S'il met en avant ses accords (piquer la nation au FN, nation non ethnique) avec Lordon, on sent qu’il veut tout reprendre. Il n’y a qu’une souveraineté et elle est toujours mystique car nous en sommes héritiers par le temps long quel que soit nos désirs de changements sociaux rapides. Elle est construction sociale qui doit être fondée sur le bien commun (res publica) qui sont les activités rémunératrices (la caisse, one more time) et les lois communes. Cela est la perception de gauche de la nation, mais la seule encore possible et légitime car laïque et non religieuse comme l’est toujours peu ou prou la nation de droite... 




Sapir reprend le cours historique, nous devons cet état laïc à Jean Bodin. Au 16ème siècle, face aux guerres de religion et à l’impossibilité de retrouver l’état rêvé de la droite qui est un état, une loi et une religion, il définit cet état car on ne peut convaincre par la raison de la vérité d’une religion.
Ces deux articles me sont terribles à lire. Ce sont des articles d’honnêtes hommes, cultivés, intelligents, brillants et ayant fait leur preuve. Personnellement, je vois qu’ils ont bien ciblé l’ennemi (ou plutôt le destructeur) mais leur vision offre t'elle plus que le FN ?

Lordon parle d’une nation comme construction sociale évidente et dont toute réconciliation et sentiment religieux est absurde et inutile. Il démontre par là un impensé gauchiste qui pense que toute communauté se fonde sur contrat social entre gens de bonne volonté, on paye ses impôts et tout va bien dans le meilleur des mondes. Tout le reste est inutile et donc tout est de la faute de l’oligarchie patronale. C’est une "sacré" illusion sur ce que peut être une communauté. 


Sapir se rend compte que son ami se plante. Il répond, n’oublie pas la part d’héritage que nous le voulions ou non. N’oublie pas la racine religieuse des nations. N’oublie pas qu’il n’y a pas de nation, de communauté, de souveraineté sans frontières. La caisse commune comme bien commun est insuffisant. Il faut les lois.

Il introduit ensuite la naissance de la perception de gauche de la nation par Jean Bodin et par la guerre des religion. La république est ce pis aller pour un monde où les nations sont impossibles, non parce que les conflits sont devenus inarrêtables mais parce que la religion ne peut plus relier intellectuellement la société.


Malgré la plus grande finesse de Sapir, finalement, ces deux auteurs sont le signe de la méconnaissance de la fondation d'une nation et de sa survie, des théories girardiennes, et signe de l’individualisme moderne, ils ne savent plus ce qui fait société (cela est éclatant pour Lordon). Ils ne voient pas la crise culturelle de la modernité que le christianisme apporte en ne permettant plus aux communautés de s’unifier par les rites sacrificiels. La droite peut être ce qui est tentée de renouer ces rites et en effet le FN peut être le parti de cette tentation illusoire et violente mais la gauche est ce parti qui par refus légitime de la violence mais par une anthropologie limitée se refuse de voir la crise culturelle auquel nous faisons face et ne se donne pas les moyens de réfléchir l'unité de la communauté (Ou en est même dégoutté, comme Lordon). Sapir après Bodin et avec toute la modernité voit la religion comme la violence dont il faut se protéger. La laïcite demeure ce quiproquo. Les guerres de religion étant une crise de rationalité de l’Europe ainsi qu'une crise mimétique. Elle fut aussi le premier signe d’une crise culturelle dont nous vivons encore les conséquences. Sapir et Lordon ne voit pas que ce modèle laïc est en crise lui même en consolidant les tendances individualistes à la source de la crise mimétique d’indifferenciation que nous vivons.

Girard pense que le premier bien commun, c’est le premier objet sacré fondant la communauté découvrant la paix du groupe. Le cadavre de la victime émissaire. Pour les Chrétiens, le bien commun, c’est le corps du Christ. Les chrétiens dans leur propre patrie se fondent dans leur communauté nationale sans illusion sur ce qui peut fonder la société dans laquelle ils vivent. Ils tendent à vivre et à inspirer un société qui ne serait fondé que sur l'Eucharistie. (Tout en sachant qu'aucune société 100% catho n'y a vraiment ressemblé). La république est curieusement ce qui arrive quand la chrétienté refuse de s'entendre sur l'Eucharistie et la possibilité pour elle d'être le bien commun unificateur. Sapir a de belles intuitions mais continue de voir le problème sur la rationalité impossible de la religion. Ce qui n'est pas tout à fait juste mais est le signe de la culpabilité religieuse pour bon nombre d'européens depuis la réforme...

Paradoxalement, ce sont les temps de minorité que vivent actuellement les chrétiens qui  peuvent que nous permettre de prendre de la distance avec de nombreux malentendus et nous faire réfléchir sur ce qui fait communauté et bonheur de l'homme.

J'ai bien peur que la caisse commune et des lois démocratiques communes ne seront jamais des choses communes comblantes et efficaces. Les communautés nationales "s'hoteliseraient". Il est fou de croire que cela puisse marcher sans rustine. Cela ne nourrit ni la foi, ni la rationalité humaine et ne construit que des individus isolés et mimétiques sans protection les uns contre les autres... On peut toujours rêver comme Peillon à une religion de la laïcite, mais les contours en sont trop flous....


Non, non, nous sommes coincés, chers amis gauchistes et droitards... On ne rétablira pas le sacrifice sans révolte ou honte de nous même et on n’échappe pas non plus à la métaphysique de la communauté. (de ce coté la on voit bien le mimétisme du communisme et du libéralisme rêvant d’un monde de paix par le passage d’un monde sans classes ou d’individu autonome.) L'Eucharistie seul comble et résout cette contradiction qui se fait jour de manière apocalyptique...

Concernant le fait que nous ne pouvons convaincre rationnellement d'une foi religieuse, Chesterton cite Saint Thomas disant qu’il fallait 40 ans au plus pour convaincre du bien fondé de la foi catholique. 

Impossible patience donc aussi....

Ci dessous : résumé plus développé des deux articles...

lundi 8 juillet 2013

La fiancée qui venait du froid - Nemes

La fiancée qui venait du froid 1983 Charles Nemes


Film peu connu, avec quelques acteurs qui le sont (Lhermitte, Jugnot) et la splendide Barbara Nielsen, hollandaise qui fait très bien l’accent polonais.
Le réalisateur est relativement peu connu lui non plus. Pourtant, ce film vaut le détour. Il est relativement personnel si on écoute son interview sur le DVD. Cette histoire lui est arrivée. Il l’a bien sur romancé… (Quoique… si cela n'était pas si rose, cela n'était peut être pas si inintéressant qu’il ne semble le dire.)
Un réalisateur de film de pub, très pris par son dévorant quotidien profesionnel, mondain et sentimental, va réaliser un mariage blanc en Pologne pour une jolie et jeune opposante en 1980 qui a déjà connu la prison. Entre deux films pour des jeans et des culottes, il est pris de compassion et décide d’y aller. Malgré des organisateurs polonais peu aimables et étranges.
Pendant le voyage, il découvre la surveillance que subissent les polonais, les fasoli na bretonsku, la vodka, les montagnes polonaises, les fiat 126 et bien sur sa femme. Jolie, blonde, intelligente etc.
Ils s’embrassent pour ne pas éveiller de doute… sauf les leurs...
Elle n’a pas encore de passeport et il repart seul en France. Chez lui, il devient préoccupé par son sort. Il devance son appel et part. Elle a son passeport, ils partent, vont « n’importe où » en Europe, et trouve l’amour. (Ou bien est-ce une douce inclinaison ???)
La dernière partie du film sera moins soutenue et avec moins de sens. Mais on découvre un français paradoxal qui veut être plus souvent avec sa « femme » alors que celle-ci est orientée vers son pays et son organisation politique. La rivalité entre Ula, représentante du syndicat, et Paul montre bien cette crise. Il la prendra presque de force des griffes de ce syndicat expatrié… Ils font l’amour (un peu partout) et l’accueille chez elle. Mais elle doit partir vers d’autres cieux pour les études et le soutien de son pays. Il est triste, vit une expérience de contrôle du mariage, puis il la retrouvera dans le plus pur des hasards à l’aéroport. Le temps de manger, de faire l’amour et de se promettre de ne pas divorcer.
Nous sommes heureux pour eux. Mais un panneau nous apprend que le lendemain survient  l’état de guerre décrété par Jaruzelski, Zosia sera donc emprisonnée.



Cette fin représente bien le film. Un quiproquo, de l’amour et enfin la vérité de la situation en Pologne. Grand potage d'humour et de légèreté profonde dans lequel tombe la brique de l'histoire.
Je crois que c’est malgré tout un film relativement courageux. Sortir un film sur le malheur de la Pologne en 1983 me semble assez ambitieux.
Mais il hésite. Comédie ou drame… Finalement, c’est une comédie mais avec un dernier panneau… Et en filigrane, la superficialité française comme véritable drame.
Le personnage de Paul est trop léger, son départ, son métier, toutes ses femmes, son camarade Maurice, bouffon vivant de combines et d’aide amicale,  ses soirées, son joli appartement français...
 Son voyage en Pologne le met dans des situations bien rendues par le réalisateur. La surveillance, le manque, les couleurs, la rudesse des hommes. Paul est l’ancêtre du bobo et il rencontre l’anti bobo par excellence comme peut l'être le polonais. Mais sa légèreté l’empêche de sentir la tragédie sur place. Choc culturel et choc politique.

Le triangle amoureux original
L’auteur montre avec amusement la situation du mari en mariage blanc. Comment se comporter quand sa propre "femme" embrasse son ancien fiancé légitime ? Quel est sa situation dans ce triangle amoureux peu commun ? Car petit à petit, il est sous le charme de sa belle et courageuse compagne. Elle est bien sur trop belle, accent, sourire, douceur et son coté un peu chiante. On l’aime tout de suite. Ce film développe un triangle amoureux subtil sur le rôle du mari "blanc" tombant amoureux de sa femme. Le mari officiel devenant soudainement l'amant.

La partie en France est par contre un peu plus vaine. Elle se concentre sur la relation entre le couple et Ula. Il est tout de même beau de voir l’attendrissement d’un cœur dur pour la douce polonaise, jusqu'à son triste départ… Cette partie développe un triangle amoureux encore original ou le travail et l'engagement politique prend le rôle du mari jaloux.
C’est, au final, un film très plaisant qui sensibilise bien sur la situation polonaise en 1980. Avec un humour et un montage qui peut être très efficace, le film nous parfume de Pologne.
Il remarque avec surprise, en comparaison avec les polonais pris par des préoccupations graves,  la légèreté des français. La promiscuité, la légèreté sans conscience politique, peu sensibles des misères polonaises. De l'autre coté, les polonais semblent nobles, amusants et pris par des questions plus élevées que les français. La comparaison cruelle entre l'homme consommateur et l'homme résistant.
J’ai donc aimé l’originalité du film qui arrive à revisiter le triangle amoureux de façon tout à fait crédible et surprenante et pour sa confrontation de l'homo economicus avec le résistant.
Un très bon moment pour un film de boulevard original et multiculturel. Film de boulevard car si le triangle est présent, le désir, lui, n'est jamais remis en cause....
Mais la polonaise (hollandaise!!) était trop belle...


A noter :
Les coco-fesses de Jugnot.
Alors, Jean-Pierre ?
La maman de Paul.
Biała Kiełbasa !
La beauté des polonaises.
Les pubs de Paul
La poésie de l’affiche de pub de luxe où Zosia se trouve en arrière plan par inadvertance. Beau symbole.
« Bonjour Monsieur »
Les deux ? Les douzes ? 

vendredi 14 juin 2013

Jours de pouvoir - Bruno Lemaire

Les technocrates sont nos amis, il faut les aimer aussi, comme nous ils ont une âme...

Commençant à le lire dans une librairie française, j'ai emporté le livre. Touché au premier abord par les sujets abordés, le témoignage de la vie politique française de 2010 à 2012, les problématiques d'un politicien moderne en France tout en donnant des détails révélateurs, des comportements et sentences des "grands de ce monde" nous permettant de mieux les connaître et par là même de mieux sentir notre époque et ce qui la meut.


Il est bête de l'affirmer mais c'est un livre qui se lit avec plaisir.
Puis comme le dit Lemaire dans sa préface, la vérité du pouvoir se trouve non dans sa description journalistique ni dans la sincérité des politiciens (tout y est représentation et est désormais faussé, nous dit-il) mais dans sa pratique. Car il y a un malentendu entre ce que les gens pensent et ce qu'est la réalité... Que faire de cette autorité ?  C'est donc à la recherche du pouvoir (et d'une lutte contre le silence et son injustice) que nous devons ce livre précieux nous enseignant beaucoup sur le combat politique de nos temps. Abordons ensemble quelques points saillants du livre et, pour le plaisir, consignons quelques citations, moments à garder ainsi que les noms des personnes et des lieux citées.

Sarkozy
Sarkozy sauveur du monde, Sarkozy chef de campagne, chef de gouvernement, négociateur, mari de Carla, énervé, humoriste, subtil, malin, faisant peur, séducteur. Lemaire nous fait un portrait 3d de l'ancien président. Ce portrait est subtil car du moins nous n'arrivons pas à définir le personnage simplement. Sa proximité nous le rend sympathique et rend actif son charme, son énergie, son pragmatisme, sa bonne volonté, sa mégalomanie, son gout de l'effort et certaines de ces analyses pertinentes sur les gens et les situations, sa lutte héroïque pour la campagne présidentielle. Ce portrait nous le rend sensible aux difficultés, à ses espoirs, ses désirs d'être aimé et même parfois son courage. Personnage d'intuition et de force, nous comprenons alors le manque de leader après lui. Mais en quoi croit il ? Les reports de ces conversations intimes le rendent sympathique mais il n'a presque pas de colonne vertébrale. Quelle est sa France ? Sa vision historique ? Sa vision économique ? Au moment où il n'y a plus de socle, ni des structures intellectuelles, les invertébrés règnent ? Tout devient négociation, et lutte pour le pouvoir et le pouvoir d'achat... Malgré quelques références littéraires et une personnalité attachante malgré tout, nous nous rendons compte qu'il y a un problème de hauteur....
La description de Lemaire devient alors effrayante alors qu'elle cherche à être sympathique. Comme dit Gauchet dans ce livre, il n'y a plus que des réformes sans projets. Nicolas Sarkozy est un homme politique perdant pied et lucidité à mesure que le temps avance, la résistance face à son échec programmé est présenté comme un combat héroïque contre son propre mandat.


La France
Bruno Lemaire traduit bien le dégoût de la France pour elle-même, sa dépression, son vide, son cafard. Un pays sans perspective car sans médiateur le lui proposant et sans idéal, ne savant plus vraiment où est son bien commun ni sa joie commune.

Comme ministre de l'agriculture ou comme député de l'Eure, il a visité la France profonde, senti le drame de nombreux agriculteurs, entendu les rapports des élus du coin, témoigne de la frénésie anti-sarkozyste (bouc émissaire d'une société en déliquescence ?). Lemaire prône une austérité forte et comme le dit un conseiller tout ce qui serait nécessaire pour le pays et les rendrait inéligibles. Cette dichotomie entre démocratie et nécessité libérales (même si ce n'est pas une fatalité nous dit Lemaire) nous rend un pays dépressif et en perte de vitesse sur le niveau européen et mondial. Que peut faire la France pour les français ?



L'Europe
Lemaire traverse toute l'Europe, il fait des portraits passionnants de certains personnages mais l'avoue... Les ministres sont devenus des marchands de tapis, des maîtres en négociations européennes. A Bruxelles ou bien dans toutes les capitales européennes pour créer des compromis ou des alliances. C'est aussi l'occasion pour Lemaire de développer sur son intérêt sur la culture et la vie politique allemande, sa relation privilégiée avec son équivalent allemand, la réussite de ces relations particulières, Merkel, la joie de la différence culturelle, la perfide Albion.
Lemaire est très clair. L'union européenne est une menace que dans la mesure où nous sommes paresseux et si elle sert de prétexte au manque de courage politique. Nous ne savons plus où nous allons alors que nous devrions, selon Lemaire, galoper aux sommets. (Mais dans sa dernière interview avec Zemmour, il a fait comprendre qu'il y avait beaucoup de choses à changer dans l'UE)
L'euro a failli mourir, la crise n'est pas terminé mais l'euro est sacré pour les classes politiques franco allemandes, la crise continue, les débats sans fin de même... Tout cela est le signe de notre faiblesse rationnelle et de nos manques d'espérances....


Le monde
En tant que présidente du G20, la France avait quelques responsabilités. Bruno Lemaire en a profité pour mener à bien un traité mondial contre la spéculation des matières premières. Là encore, nous assistons aux négociations, aux voyages. Le sujet est crucial et humaniste, nous ne voyons pas tous les rouages, mais Lemaire porte un regard curieux, ambitieux et pensif à ces rencontres à travers le monde. ils lui permettent une perception personnelle sur les mouvements de fonds économiques et sociaux. L'hystérie de certains pays en voie de développement, les ambitions russes, la parano aigrie de la déclinante Amérique  Mais qu'est qui dirige le monde ? Lemaire nous dit qu'il n'y a pas de complot. Mais un équilibre de beaucoup de lâcheté et d'un peu de courage.
Et quel est le critère essentielle de ce pouvoir mondial, la production, la recherche....? Non, c'est le commerce extérieur ! Le dollar en quelques sortes et la soif de marchandises de l'humanité moderne. Les politiques sont les grands prêtres de cette religion.


Lui ?
Et Bruno, dans cette histoire? C'est une drôle de sensation et c'est le risque de toute tentative littérairo journalistique d'un politicien. Quelle est la part de séduction ? Quelle est la dimension désintéressée de cet oeuvre ? Oui, nous avons peur d'entrer dans une campagne électorale contre notre gré. Car parallèlement aux éclairages que dispense Mr Lemaire, l'empathie progresse, nous nous réjouissons de ses succès, nous le soutenons dans ces combats, nous sommes le confident de ses observations les plus profondes, de ses réflexions de père, de mari. L'admiration naît légitimement pour un homme au coeur des problèmes les plus épineux de son époque, des gens dont les décisions importent au monde entier. Le normalien spécialiste de Proust se signale, ainsi que son sens des responsabilités, de la négociation, de l'empathie, son absence de manipulation, sa reconnaissance. Son sens du détail nous emporte sur un clin d'oeil d'Obama, sur le logement d'un paysan auvergnat, sur la bague d'un ministre brésilien, sur la campagne éthiopienne.  Nous lui sommes naturellement gré de nous transporter sur les détails qui révèlent notre infiniment grand et notre infiniment intérieur. Bref de faire de ce livre une  expérience riche aussi intime que tournée vers le monde.

Mais pourtant, au delà de ce subtil mariage de littérature et d'exercice politique, nous continuons de nous demander qui est cet homme ? En quoi croit il ? Au delà de cette intelligence, nous ne savons pas ce qu'il veut vraiment pour la France... Ou plutôt, nous sentons qu'il n'est pas révolutionnaire (quoi qu'il utilise ce mot dernièrement). Certes, c'est logique... Mais si ces observations semblent indiquer ses doutes sur le système de pouvoir actuel, il semble enfermé dans la logique de ce qu'il signale comme danger. Il semble Baverezien. (Peut être plus par contrainte que par gout...) L'homme qui a raison dans une forme de système dans la mesure où il ne le remet que partiellement en question. En conséquence, il apparaît comme un super technocrate. Un grand prêtre du libéralisme mondial, car il le faut bien... C'est un homme raisonnable et épris de bien public et global... Le sacrifice du monde pour le commerce extérieur ou la globalisation est un jeu qui semble valoir la chandelle même s'il fait mal au paysan que je soutiens de mon autre main. Et toujours la même observation, la mondialisation est une chance et une malédiction...
Je suis peut être idéaliste.... Il ne faut pas attendre un discours révolutionnaire d'un politicien officiel... ni même un discours apocalyptique... 
Quoique...
A un moment, Lemaire cite Virginia Woolf : « Mes lettres ne sont pas muettes, mais vocifèrent : c’est toi qui ne sait pas lire. » Nous sentons ici un mot adressé au lecteur. "Il y a un cri dans mon livre, cher lecteur, méfie toi de la calme sagesse apparente du livre... Il y a en moi un désir de changement et un hurlement..."

Quel est ce cri ? Est ce celui que je discerne ? Le monde, l'Europe, la France partent à vau-l'eau... Nous n'avons plus ni raison, ni d'horizon....  Ressentiments, injustice mondiale, storytelling manipulateur et perte de sens du politique... 

Mr Lemaire, jusqu'où exactement va votre cri Woolfien? Comment définiriez vous votre responsabilité et votre mission émanant de ce cri ?



Une interview sur le bouquin....
Phrase intéressante, je suis rentré en technocrate au ministère de l'agriculture, j'en suis ressorti en politique. Anecdote de transformation plus personnelle, partir des paysages, des produits français et des personnes.
Description du danger du monde agricole semblable au monde industriel d'il y a 10 ans.... Danger
Mais il repose cette question, qu'est ce que peut encore faire un ministre ?

Critique de Lagasse sur Lemaire comme politicien bon élève d'un systeme destructeur....
Son passage chez Zauleau et Nemmour

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moments forts, citations et collection :

mercredi 17 avril 2013

Vivien Hoch et Vincent Peillon

Trouvé il y a quelque temps sur le net, je vous propose un texte de Vivien Hoch, notamment rédacteur sur le site d'itinérarium (le bonhomme s'est fait remarqué dernièrement...), où il expose brièvement ce qui font pour lui les traits saillants de la pensée de Vincent Peillon, ministre socialiste de l'éducation nationale. Comme Hoch l'écrit, Peillon a le mérite d'être clair. Il expose dans ses écrits la dimension religieuse de la république. Sa foi théologico-historique en des lendemains citoyens universalistes heureux, avec l'éducation nationale comme maison catéchétique pour reformer l'homme devenu autonome à toute religion. Paradoxe inexpugnable de la laïcité républicaine... Ce document, quoique un peu court, permet de mettre quelques mots sur une évidence du système politique français actuel et de son messianisme d'une  révolution française idéalisée que l'on déjà vu sur ce site ou que l'on peut voir partout ailleurs, comme ici.
Je crois que toute cette foi est bien pauvre. Tout en possédant une partie du germe de l'évolution créatrice spirituelle et théologique chrétien, elle joue avec, s'amuse avec, mais refuse de voir son origine et le corrompt. Le paradis socialiste est le paradis de l'home autonome. Purement libre, purement égal et donc fraternel obligatoirement... Bref, un paradis illusoire sans aucune connaissance des subtilités du désir et de la condition humaine. Elle croit déreligioser le monde en voulant extraire le facteur essentiel de la déreligiosité, (le catholicisme) et finalement une gnose idiote propice à l'idolatrie.
Nous, catholiques pouvons être aigris face à notre défaite dans le combat du contrôle de la masse. Mais, nous pouvons nous réjouir de ne pas être tombé dans une foi aussi faiblarde... Ne tombons pas, non plus, dans le piège du regret de la bonne époque catholique, voyons plutôt notre triste période comme la possibilité de nous convertir. Notamment en croyant que la maîtrise de la masse n'est rien, mais que des hommes libres qui se reconnaissent comme pierre de l'Eglise, c'est tout.

Et démystifions si c'est possible cette religion d'homme croyant, luttant contre toute croyance pour le bien social de l'homme... Tiens, cela me fait penser à un livre de Hadjadj.


Vincent Peillon,
Prophète d’une religion laïque

Intro   
L'objectif du document est de faire l’exégèse de la pensée de Vincent Peillon, actuel ministre de l’éducation et qui dans tous ses écrits de philosophe ou de responsable politique fait vibrer le souvenir de Ferdinand Buisson, appel de ses vœux une France véritablement progressiste en utilisant les termes de foi, de morale, de spiritualité et d’église (pour l’école). De quelle religion Peillon est il le prophète ?

I Une conception dialectique de la république

Finalement le point de vue de Vincent Peillon sur l’histoire se résume au titre d’un de ses bouquins. La révolution française n’est pas terminée. Cette révolution est le big bang de la république qui depuis cherche sa structure pure et parfaite dans les balbutiements de l’histoire. Le socialisme est ce projet. Le sens de l’histoire est en marche vers cette structure idéale (l’unité républicaine) dont la révolution apporte les gènes, l’information essentielle. Les temps nouveaux se déterminent par rapport au futur. Lequel ? On ne peut savoir... Mais ce progrès est inéluctable. Toute opposition est force réactionnaire,  rétrograde et « archéophile ». Peillon a le mérite de voir que c’est une « foi laïque ». C’est donc bien une doctrine théologico-politique.


II Une religion laïque de substitution

dessein de dutreix
La révolution française est un évènement religieux métahistorique. Elle appelle à la substitution de la religion chrétienne. La révolution et la république ne se développe que dans la mort de Dieu et de la fin de toute religion confessionnelle. La religion socialiste est cette religion irréligieuse qui préserve le deuil de Dieu. Cette religion est la préservation de cette cérémonie. Cette foi est toute orientée vers les œuvres sociales, elle est indexée au monde social, aux maitres terrestres et aux technocrates qui les mettent en pratique.
Vincent Peillon marche dans les pas de Ferdinand Buisson. La république n’est plus que cette religion laïque. C’est « la religion de toutes les religions, la religion universelle ». Mais pour cela, cette religion va entrer en lutte mimétique avec la religion catholique très présente en France. Il va falloir éduquer, remplacer et lutter. Il faut instaurer une nouvelle perception de la nature humaine. Le christianisme est foulé au pied par le sens de l’histoire. Vivien Hoch souligne le danger totalitaire de cette religion. Comme dans tout monothéiste universel, il est prosélyte et a la conviction messianique de ses révélations.

III L’éducation formera un « homme nouveau »
Pour instituer le corps parfait dont la révolution est le premier gène et la promesse, il lui faut créer sa légitimité historique. L’eglise de cette promesse est l’éducation nationale. Elle est la matrice qui fera des citoyens, elle va tuer l’homme ancien qui demeurait dans chaque personne. Baptême, règle de lois, symbole et tout roule.
Dans toute cette histoire de salut par le socialisme, la morale est bien sur importante et ne peut se séparer de la politique. Le rôle de l’école républicaine est d’orienter les enfants vers cette recherche de la réalisation de la révolution. Peillon réaffirme la nécessité de ne pas abandonner le spirituel aux autres fois religieuses, il faut que la république réinvestisse cette dimension humaine. L’école et la formation de l’âme

Conclusion Vincent Peillon, le prophète socialiste du XXIème siècle.
Dans la généalogie des socialistes utopistes comme Leroux, Louis Blanc, Saint Simon, Peillon a pour objectif la réalisation du nouvel ordre née à la révolution par sa nouvelle religion et son sens de l’histoire du progrès indéfini et infini de cet établissement flou. Il faut concurrencer donc les religions et les traditions. Ce progrès doit s’inviter dans les âmes par l’éducation nationale afin que l’humanité participe à l’avènement tant attendu.


A ce propos, lire Muray et le XIXeme siecle à travers les ages.

dimanche 10 février 2013

Saint barthélémy - Denis Crouzet

Ma curiosité s'est posée il y a peu sur la Saint Barthélemy  Je suis ébouriffé par ce que j'ai pu en lire.  Lecture pourtant très limitée.
Qui connait en France l'aubépine miraculeuse, la mort de Coligny ? Le feu brutal de la  violence de cet événement ? La passion religieuse? Les petites et grandes différences entre les catholiques et les protestants ? Il nous est difficile d'imaginer la flambée de violence et d'intérioriser les raisons que chacune des parties se donne. L'évidence de la dimension religieuse de cet événement est terrible. Le roi et son clan sont les grands prêtres d'un sacrifice populaire afin de rénover la légitimité royale. Nous sommes en pleine politique caïphienne... Il vaut mieux qu'un seul homme meure plutôt que de laisser périr toute la nation. 
la saint Barthélemy semble ainsi le mimétisme démultiplié du meurtre de Coligny...


Et il y a surtout cette angoisse métaphysique languissante du XVIème siècle qui est décrite, par exemple, dans cet article du monde par Henri Tincq.

L'imminence de la fin des temps est attestée par les récits de prodiges, les pluies de comètes et de sang, les naissances de monstres, l'omniprésence de sorciers. Aux calamités naturelles s'ajoutent la pression démographique, le fossé entre les classes sociales, l'inflation découverte avec les métaux précieux d'Amérique. On est loin des clichés sur l'Europe heureuse de la Renaissance. C'est un siècle d'hivers rudes, de jacqueries ouvrières (la "grande Rebeyne" de Lyon) et de guerres paysannes qui, comme en Allemagne, font des dizaines de milliers de morts. Où les scènes macabres emplissent les murs des églises. Où les veilleurs de nuit, munis de leurs clochettes, crient dans les rues : "Réveillez-vous, vous qui dormez, priez pour les trépassés." Où les prêcheurs stigmatisent les vices du clergé, annoncent des catastrophes et réveillent les terreurs antiques.

 Peut on voir, alors, le protestantisme comme l'incapacité de l'Eglise de cette époque à répondre à cette angoisse énorme ? Dieu sauverait gratuitement. Il n'y a plus de culpabilité impossible mais un retour de l’espérance.
La violence est de tout coté cependant, il faut sentir aussi la peur hérésiarque des catholiques et la pression de la violence qui monte dans la cocotte minute prête à exploser.
Sentir aussi comment cette explosion française et européenne est l’épicentre de la déflagration moderne, d'un libéralisme empirique voulant se protéger de cette violence.
On ne saurait trop les comprendre et c'est avec une tristesse immense que je vois cet épisode si destructeur pour l'Europe et pour le monde de la pensée.


Un nom revient dans cette recherche : Denis Crouzet que l'on retrouve dans cet article de l'express au moment de la sortie de la reine Margot de Patrice Chéreau.


Il est bon encore de lire ce dossier pedagogique préparé par l'académie de Montpellier. Son coté pédagogique justement est énervant mais il résume et donne beaucoup de pistes intéressantes, et présente certaines thèses de Crouzet. Qu'est ce que l'humanisme s'il on ne peut le dissocier de la violence ?

 Enfin, pour reprendre les thèses de Denis Crouzet la Saint Barthélemy permet de revisiter la problématique de la Renaissance en France. Pas seulement qu’elle fut aussi un temps d’angoisse mais en remettant en cause son concept même pour la France. Il propose plutôt de parler d’un mince verni plaqué sur une profonde situation collective d’inquiétude. Il existe pour lui un écart qui s’accentue entre une cour pétrie d’humanisme, et d’autre part des populations qui vivent dans l’inquiétude et donc dans la quête d’un Dieu exclusif les appelant de part et d’autre à combattre. Dès les années 1520, des images de violence ont surgi, acquérant de plus en plus de puissance au fur et à mesure des années qui passent. Il existe bien un humanisme royal de François 1er à Henri III, y compris donc dans l’entourage de Catherine de Médicis (Michel de L’Hospital qui partage un imaginaire de concorde), mais une partie de ces humanistes se range du côté des massacreurs, comme Ronsard qui annonce vers 1562 que les faux prophètes seront châtiés. Après la Saint Barthélemy, un nommé Jean Touchard écrit à son ami Jacques Amyot, grand traducteur en français de Plutarque, qu’enfin la vie va pouvoir reprendre après l’extermination des malfaisants. C’est pour cela qu’il est difficile de dissocier l’humanisme de la violence pour Denis Crouzet.

En suivant toutes ces idées, il est bon de lire aussi ce texte du père Lecrivain, jésuite, sur la violence et la religion a la fin du 16ème siècle. Ce texte me plonge dans des réflexions sans fin sur l'histoire de France, le protestantisme.

Lecrivain, aidé encore de Crouzet, estime que la Saint Barthélemy est le paroxysme d'un "choix de la guerre" amorcé par deux styles de violence parallèles en essor. Violence d'un schisme qui trouverait son origine dans la résolution d'une problématique d'angoisse eschatologique trop lourde à porter....
L'origine de cette violence et de cette angoisse catholique ? Une attente eschatologique démesurée de la fin des temps et du salut saupoudré par une invasion dans toutes les catégories sociales de l'astrologie. Cela est lié aussi à un processus victimaire qui s’agrippe aux protestants de plus en plus présents et dont cette même présence choque par le mépris qu'ils affichent des traditions emblématiques de la culture catholique. La violence verbale portée vers la royauté s'affichant, nous comprenons que nous étions dans une société en très fort état d'indifférenciation  La saint Barthélemy se distingue de plus en plus comme une crise victimaire, une montée aux extrêmes  une crise mystique païenne incontrôlable....
Il faudrait noter aussi la violence huguenote et sa spécificité. Nous avons d'abord affaire a une révolution de la croyance. Dieu ne peut être qu’extérieur au monde. Dieu ne peut pas s'exprimer dans des actes humains comme le pensent les catholiques. De fait, la violence que vont produire les protestants viennent plutôt d'une réaction contre ceux qui adorent des idoles en croyant adorer Dieu. Ils peuvent tuer pour enseigner que Dieu est extérieure au monde. Il faut retrancher tout ce qui a été rajouté et a finalement rabaissé Dieu à la matière  Purifions l'espace du monde afin de purifier l'espace des superstitions et des fausses images de Dieu.
Cette conversion intime doit convertir le monde. C'est un défi au monde des images et de la hiérarchie, rêve d'une société sainte et sans différentiation. Ils sont mus par un sens de l'histoire qui les conduit a une mise en scène dramatique de ce qu'ils appellent le vieux monde.

 C'est dans cette situation de désir d'indifférenciation qu'il faudrait voir l’évènement du 24 août 1572.

Post fête du mariage d'Henri et Marguerite, aubépine, Coligny, tocsin de Saint germain...
Crise et résolution monarchique. Caïphe règne...

Mais après coup, la déception aussi règne... Il reste des protestants mais surtout, nous comprenons que le sacrifice n'a pas unifié la France.
Et voici qu’un nouveau questionnement s’impose : l’échec du 24 août n’est-il pas un appel à chercher la cause de la colère de Dieu non plus dans la présence des hérétiques, mais chez les catholiques eux-mêmes ? Une mystique pénitentielle s’impose. Un peu partout, en France, on aperçoit dans le ciel ce que l’angoisse suggère à chacun dans le secret de ses divagations.
Depuis cette période  la question de la laïcité apparaît par la querelle entre les monarchistes et les ligueurs. Le pouvoir doit être catholique et tout le pays avec lui  ou bien il est mieux de se concentrer sur le pouvoir  et un état-nation uni, puis Dieu reconnaîtra les siens.


Or il a fallu deux régicides pour trouver un peu d'équilibre. Celui d'Henri III et d'Henri IV. Clément et Ravaillac. Or, il faut voir le régicide du moine Clément comme le fruit de l'angoisse des "bons catholiques" à s'unir dans la passion du Christ. La royauté éternelle doit châtier la royauté temporelle. (et en cela les "bon catholiques" ne réalisent ils pas, mimétiquement,  le travail des protestants ?)
Or Lecrivain (ou Crozet ?) semblent dire que même s'il était le fruit d'un homme isolé (lors d'un temps de grande pagaille, où le roi cherchait à reprendre Paris aux ligueurs...) c'est le début du désengagement dans la violence. Le second régicide était plus ou moins annoncé par Henri IV lui même comme don de son corps à la France et à sa paix...
Ou bien le passage d'un catharsis loupée (Saint Barthélémy, le meurtre de Henri III) à :
l’instauration messianique d’un nouvel ordre politique dont l’acteur unique sera un monarque absolu. Alors « l’enchantement » se sera effacé devant la Raison.



Thèse ambitieuse ! Le régicide a t-il vraiment ce poids dans l'histoire de France et permet-il vraiment ce pas vers la gloire française de la monarchie absolue ? Jusqu'à la prochaine crise ?

Mais il est surtout très intéressant pour méditer l’évènement fou de la Saint Bartélemy, d'apprendre à connaitre les deux violences, de chercher à comprendre comment se vivaient les catholiques et les protestants. Et de voir leur violence...

Aucune des deux violences ne gagnera véritablement si on regarde plus tard (édit de Nantes 1598). Il n'y aura pas de"règne de l'Evangile" (hétéronomie avant l'heure ???, n'y aurait il pas a faire un lien avec la pensée de Gauchet?) ni unité papale restaurée, aucune purification globale catholique....

La saint Barthélemy montre le refus catholique de désacralisation globale (en particulier celle de la monarchie) par une violence paradoxalement sacrée mais non catholique. c'est une victoire paradoxale. Ils ont voulu incarner le sacré, la présence de Dieu dans ce monde mais n'ont montré que le visage du sacré violent...  Pour moi bête catholique de 2013............


Cette note n'existerait pas si je n'avais lu auparavant le blog de Benoit Girard et cette curieuse pensée sur notre monde moderne... Cette notion de désangoissement me passionne. Surtout, ne pas se désangoisser ?! Prenons la croix de la contradiction humaine et chrétienne....

Toute vision du monde est traversée de contradictions dont les poussées en sens contraire, momentanément, s'équilibrent et "font société". Alors que le présent équilibre menace de rompre sous son propre poids, j'observe que les seuls débats en cours opposent entre elles différentes stratégies de contournement de ces (de plus en plus insupportables) contradictions. Il n'y a plus, au sens propre, de pensée, mais seulement la quête collective d'un "désangoissement", le rêve d'une unité à reconquérir et qui s'alimente à l'infini des divisions que, désormais, il ne cesse de provoquer... Mon maître, Denis Crouzet, a décelé dans ce phénomène la cause première des Guerres de religion, déclenchées, dans la droite ligne des schismes politico-religieux du XVème siècle, sur les ruines d'une chrétienté agonisante. Ces guerres se sont temporairement résorbées dans l'émergence de la pensée libérale et de son bras armé, l’État absolu. Le même phénomène est en train de se reproduire sur les ruines de la "civilisation libérale". Ce à quoi nous assistons en ce moment ne constitue donc, probablement, que les prodromes d'une Saint-Barthélémy planétaire.

samedi 9 février 2013

Les duellistes de Rydley Scott et Bérézina de Pierre Michon

Tout a commencé par cette interview de Michon par Assouline 



Il y a des perles, la comparaison de Napoléon entre le sexe et la guerre, la comparaison entre littérature et la politique telle que Napoléon imaginait la sienne "c'était du charlatanisme mais du plus haut". Méditation sur  l'influence de Napoléon sur les lettres, l'importance sur l'histoire de ces événements. Le double bind subit par l'empereur :"Sauve la Révolution, mais sois-en le roi"


A la toute fin, parlant du film des duellistes et de Girard, il a aiguisé ma curiosité.  J'ai pu voir ce film dont je vous apporte ici quelques commentaires







Les duellistes 1977 Ridley Scott

La montée aux extrêmes ?
1800 Strasbourg, le hussard Féraud vient de gagner un duel. Nous sommes à Strasbourg, la campagne napoléonienne se prépare. Sa hiérarchie se mécontente, et demande à un hussard, d’Hubert, d’une autre brigade de venir  le chercher, il le trouve chez une salonnarde. Revenant ensemble chez le 1er, celui-ci se met dans une colère folle. « Vous me victimisez !Vous m’insultez ». Le second est réticent mais face à la folie combattante de Féraud, Ils vont se battre en duel sauvage qui se terminera par une blessure de Féraud.
L’année d’après, il se retrouve à Augsburg, de manière tout à fait naturelle ils se battront encore une fois et même une seconde fois avec acharnement. La haine de l’autre est tellement forte qu’ils oublient la raison première de leur duel incessant. Ils grimpent parallèlement dans la hiérarchie, mais en 1806 à Lubeck, ils se rencontrent encore, à peine ensuite ils se battront encore en duel mais cette fois ci à cheval en l’honneur des hussards. 1812, Ils se croisent dans l’armée en déroute quittant Moscou, sans aucun mot et dans un froid impossible tentent d’organiser un duel au pistolet… Mais des cosaques s’approchant les en empêchent… 1814, Napoléon est à l’ile d’Elbe, d’Hubert se repose dans sa tranquille maison familiale de bourgeois/aristocrate. Il songe à se marier à une jolie et riche jeune femme. Contacté pour participer au retour au pouvoir de Napoléon, il refuse. Féraud, au courant de ce qu’il estime être une trahison, se sent confirmé dans la haine légitime d’hubert, car selon lui l’origine de leur haine inextinguible n’et pas une quelconque cocotte (hypothèse de D’Hubert) mais bien un mot déplacé envers l’empereur (ce qui n'est pas vrai…)
Le retour de Napoléon se termine mal, Féraud est sur la liste des condamnés à mort. D’hubert le sauve en plaidant sa cause (sans donner de raisons claires…) devant Foucher et anonymement. D’Hubert ensuite décidera de travailler pour le nouveau gouvernement royaliste, il prend goût à la tranquillité de sa nouvelle vie, une nouvelle fois, Féraud se propose au duel, ils se chasseront au pistolet dans la nature près de la propriété de D'Hubert.  A un moment, D’Hubert tient en joue Féraud, il ne le tuera pas et lui demande de vivre comme un mort pour lui. Nous avons vécu en gardant ta notion d’honneur, maintenant nous vivrons avec la mienne !

Il est troublant de voir des anglais jouer un film qui se déroule en France. Cela choque et explique peut-être un certain inconfort. Ensuite, c’est relativement beau, comme Scott l’a avoué, le film est très influencé par Barry Lindon de Stanley Kubrick. (l’actrice jouant la cousine de Barry devient la première amante de Féraud dans le film, clin d’œil nécessaire…) Nous sentons un même désir de retranscrire une époque grâce au tableau dont nous avons accès de celle-ci. Mais ce n’est pas seulement beau…   Le film mélange un fil historique avec un fil humain. Une petite histoire dans une grande histoire, les deux se complétant. Puis comme Michon le signale dans son interview, les deux bonhommes sont le symbole de l’aventure Napoléonienne. L’attaque folle contre tous et la raison attentionnée de la défense. Les deux ne font qu’un. Cependant Scott filme comme si D’hubert était la partie sage et noble de l’Europe qui luttait contre la partie noire de celle-ci, napoléonienne, sombre, violente, loser dans l’âme. C’est ainsi que le dernier plan illumine le film, Féraud, Napoléon bis, part sombre de l’Europe pense et prépare son retour. Je crois qu’il y a une part de romantisme et Michon a surement raison de dire que l’œuvre dépasse le réalisateur et que c’est un film d’anglais…
Car je crois qu’il filme malgré lui cette  montée aux extrêmes irrationnelles, ce mimétisme des mêmes se combattant tandis que l’Europe est à feu et à sang. Il révèle beaucoup mais cache beaucoup. Cette ambiguité se retrouve dans le sentiment du spectateur qui ne sait pas toujours si c’est un film humoristique, un film de guerre, un film psychologique. Scott a du mal à maîtriser l’ensemble et est un peu pris par son propre mimétisme kubrikien sur la forme.





A noter
La beauté des femmes
Chaque duel et pour chaque forme, une époque particulière de l’épopée napoléonienne
Pourquoi s’est on commencé à se battre ?
Comment était la vie des soldats en campagne ?
Fin du film un peu balzacien et l’arrivée des changements sociologiques et psychologiques de la première partie du XIXeme…
Les hussards
Les cosaques