Affichage des articles dont le libellé est modernité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est modernité. Afficher tous les articles

mardi 17 juillet 2018

Baptiste Rappin sur le management


J'aimerais vous présenter le travail de Baptiste Rappin tel qu'il le montre dans cette video.



vendredi 13 octobre 2017

L'animalisme par Francis Wolff

Je vous propose une émission intéressante de Francis Wolff sur l'animalisme et ses limites. Une base intéressante pour discuter, il me semble, sur ce phénomène aussi logique que dommageable...

Le bien-être Animal, sujet à la mode, mais soyons attentif aux excès. Élargissement de l’humanisme et de notre sensibilité ou signe de l’appauvrissement de notre relation avec notre humanité et notre animalité ?

On nous demande tout de même d’acquiescer, l’homme est un bourreau, l’animal une victime. Voyons les dangers.

A Indifférenciation


Souvent cette tendance montre l’homme comme un animal comme les autres. Contradiction, douce ambiguïté, l’animal est-il hors ou à l’extérieur de nous ? Ces personnes jouent avec ces distinctions pour mieux les annihiler. Comment faire ?

L’homme est un animal comme les autres, mais puis que nous sommes nous-mêmes animaux, nous devrions traiter les animaux comme nous traitons les êtres humains. On l'inclut puis on l'exclut dans la conclusion, c’est un sophisme dit mr Wolf... Si nous étions des animaux comme les autres on ferait comme eux et nous nous moquerions des autres.

Si nous sentons que nous avons des devoirs et que l'animalité ne suffit pas à nous définir, nous perdons tout avec des argumentaires indifférencialistes.


B Perte de la diversité de notre relation aux animaux.

Souvent, la protection animale limite leur perspective aux mammifères. Nous ratons la diversité des animaux. Plus encore, cette diversité n’est plus prise en compte, plus le régime juridique des animaux est mis en avant. Être vivant doué de sensibilité ? Mais quelle mesure pour l’éponge ? Que ferait le droit entre le loup et l’agneau. Certes un animal n’est pas un meuble, mais cette définition nous conduit dans une impasse théorique et morale.



C symptôme de notre modernité

Ces attentions positives envers les animaux viennent dans un monde où l’animal est partie calculable en viande et défection, en pleine chosification du vivant. C’est la sous-prolétarisation de l’animal moderne. Wolf voit un lien avec l’autre excès qui est la personnification de l’animal. Pour éviter d’en faire une chose (ou de voir que nous en faisons des choses ?) Erreur symétrique et les animaux ne gagnent rien.

Wolff voit dans cette symétrie, l’appauvrissement de la situation de l’homme dans son imaginaire. Imaginaire citadin qui ne voit plus que l’animal domestique et perte de sa place classique et traditionnelle. Il n’y a plus de frayeur, de compétition, de sacrifice, de collaboration, de lutte, de relations familiales,  nous ne luttons à peine plus contre les nuisibles. Les affects étaient nombreux : compagnie, adoration, chasse, combat, jeux, extermination, amitié et inimitié immense. La dimension affective a tout pris et cache ce que nous ne saurions voir. Tout cela a pour origine l’appauvrissement de notre relation avec la variété des espèces.
Tout cela est favorisé par le mythe hyper technique de l’harmonie entre espèce. Image de la nature bienveillante et aseptisée dont vient une nouvelle morale hors de toute lois universelles et seulement centrée sur le sens de la victime. Il n’y a plus de sens de l’universalité, de la communauté, perte des devoirs.
Nous ne voyons pas que ce droit de l’animal est réducteur pour nos devoirs vis-à-vis des animaux. La compassion mange le sens de la justice.
Nous voyons aussi une indifférenciation, provoqué par l'oubli de de ce que nous devons aux animaux pour que l'homme apprenne à s'identifier. L'égalitarisme ensuite indique un signe égal entre tout ce qui est vivant et capable de sensibilité, mais ne voyons nous pas que l'égalité des individus vivants est contraire à l'équilibre des vivants. l'animalisme est ennemi de l'écologie.
L'animalisme vient aussi de l'extension de la sphère de la communauté morale. Mais qui sommes nous ? Nous qui devons traiter l'autre comme nous-même ? L'animalisme est le signe de cette contradiction et de cette hésitation.
L'âge classique voyait l'humanité entre Dieu et animaux… En enlevant le premier, l'âge moderne tend à enlever la frontière avec les seconds…
Plus de Dieu pour limiter nos actions, plus de bêtes pour nous mesurer. Nous ne savons plus qui nous sommes et nous ne savons plus qui n'est pas nous…
On ne gagne jamais à assimiler et confondre.
Une réciprocité et un sens de la justice est il possible avec les animaux ? Le sens moral ne nous oblige pas d'élargir la communauté à d'autres vivants mais devrait provoquer notre intérêt au contrat de décence rompu qu'est l'utilisation des animaux dans l'industrialisation.

lundi 7 septembre 2015

Le paradoxe orthodoxe - traduction d'une interview de John Milbank

Veuillez trouver ci dessous une traduction d'une interview de John Milbank que je trouve très intéressante. Il présente ici une part de sa compréhension de la modernité, de la politique et de théologie.

Avec dans le désordre :
 Saint-PaulCharles Taylor (philosopher).jpg

(NB : Je ne suis pas si doué que cela en langue anglaise, il y a surement des passages à améliorer..., work in progress)

Milbank est un théologien anglican dont les idées se distinguent par un profond scepticisme sur la raison séculière. Ayant donné forme à la théologie de la Radical Othodoxy et fourni les fondements des mouvements des Tory rouge et des labour bleus  dans la politique britannique.
Son livre le plus récent, la monstruosité du Christ, est une collaboration avec le philosophe slovène Slavoj Zizek édité par Creston Davis et publié en 2009 par le MIT press. Il est aussi un contributeur à Varieties of secularism in a secular age, une série d'engagements critiques avec Charles Taylor A secular age récemment publié par  Harvard University press.

Nathan Schneider : Vous écrivez de Slavoj Zizek, "en un sens important, il porte un témoignage théologique" Comment un athée auto-proclamé peut il porter un témoignage théologique ?
John Milbank : Dans le roman de Dostoïevski, les démons, un personnage, Kirilov, parle à la fois de la nécessité de croire en Dieu comme la réalité de la bonté infinie et de l'impossibilité de le faire. Sa résolution de ce dilemme est un suicide délibéré et sans aucune autre raison que dans une monde athée, il est lui-même désormais un dieu, comme possesseur de la volonté souveraine et que le suicide est la plus haute démonstration de cette volonté. Zizek essaie d'échapper à ce dilemme par un autre chemin en montrant la figure du Christ, dont la tradition considère qu'il est l'incarnation de Dieu dans une vie humaine particulière. Bien que, pour Zizek, Dieu ne peut pas être présent dans une apparence incarnée, sinon il n'existerait pas, il insiste pourtant qu'en dehors de l'héritage chrétien, nous n'aurions pas eu le sens de l'exigence d'absolue excédant toutes les lois et les habitudes humaines. En effet, la notion d'incarnation soutient, pour Zizek, l'idée de cette exigence d'absolue, qui oriente notre humanité, est plus qu'humaine même si elle vient, dit il, de "nulle part".

NS : Contre Zizek, vous insistez sur la notion de théisme. Quelles sont pour vous les perspectives pour une rencontre philosophique avec la théologie qui ne consent pas à une divinité transcendante ?

JM : Je crois que, à la fin,  ces perspectives sont inexistantes. Dostoïevski a vu plus loin que Zizek parce qu'il a dramatisé les positions existentielles alternatives face au nihilisme, même un nihilisme christologique. Kirillov essaie l'affirmation de soi, mais conclue logiquement que le seul et irréfutable acte d'affirmation de soi divin est le suicide (self-slaughter). Stavroguine, dans le même roman, adopte au contraire une malicieuse indifférence qu'il déploie avec séduction pour déranger la vie des autres. Mais à la fin, cela conduit à un suicide de pur désespoir. Le Christ de Zizek est simplement un clown, le tout un chacun rejeté, la scorie du monde. "Le bien" est réduit à l'instance de ce qui excède la réalité, qui ne trouve aucune maison. Cela place l'amour sous l'être, même si en un sens, c'est au delà de l'être pour Zizek comme l'impossibilité du désir réalisé. Mais à la fin des Démons, Dostoïevski suggère dans la bouche de Verkhovenski mourant que l'amour excède l'être dans le sens que le réel est orienté par le bon. Ici, la foi aimante seule ferme le cercle de la controverse ontologique. Le plus élevé, ce qui inclurait l'existence, doit en effet exister. Sans l'idée de bonheur parfait pour toute la réalité, que la plus extrême misère ne peut perturber, Dostoïevski affirme que l'être humain perd son orientation définie. Les derniers épisodes du roman essaient de décrire des scènes de reconnaissances révélatrices et de pardon entre les personnes, qui montrent comment nous pouvons authentiquement participer en cette perfection infinie et ainsi transfigurer le monde.
La philosophie athée se trouve encore elle-même prise dans une version théorique de l'aporie nihiliste décrite par le romancier russe du XIXème. Aussi, comme Kirilov, elle peut affirmer  la raison ou la liberté humaine contre le pouvoir du vide - mais ensuite elle ressemble à un vœux pieux fanfaronnant ; ou encore comme Stavroguine, elle peut dénier toute la réalité finale de toutes suppositions humaines sur la base d'une nature indifférente. Mais dans ce cas, la réalité de la raison elle-même est menacée. Le logos athée manquera toujours soit d’Être ou de raison, sans lequel il n'y a pas de philosophie, ni d'exercice de l'amour de la raison.

NS : Vous avez maintenant un livre à paraître, encore avec Creston Davis et Zizek, sur saint Paul, qui a été un sujet populaire pour la philosophie continentale dans ces récentes années. Pensez vous qu'il est légitime pour les théoriciens séculaires de prendre Paul comme modèle d'action politique.

JM : Certainement dans le sens où Paul a provoqué les premières "Lumières" occidentales, les premières idées pour une humanité universelle, pas seulement pour les élites. Il a aussi suggéré que les normes pour une vie humaines reposent au delà de tout code de droit coutumier. C'est à mettre au crédit de ces penseurs séculiers s'ils voient Paul comme le constructeur du paradigme pour tous les gestes révolutionnaires à venir. En même temps, ils sous-estiment souvent ses paradoxes et la manière dont il est aussi une figure conservatrice : ce qui ne veut pas dire de retourner la vérité de l'élection juive par Dieu ou la loi juive mais la rappeler à ses fondation profondes. Il y a quelques dangers dans la lecture marcionite de Paul, déniant le Dieu de l'ancien testament comme dans les évocations de Ernst Bloch et d'Alain Badiou, par exemple. Paul, par contre, appelle en même temps à la tradition et aussi aux bases cachées de la tradition, ce qui permet qu'on les dépasse respectueusement. Pour être juste, Zizek et Agamben admettent plus cela. Mais ensuite, ils sont aussi gnostiques dans leurs suggestions que Paul est pris entre l'aspiration à échapper du domaine quelque peu sinistre de la loi et d'un autre coté de l'impossibilité de le faire. Alors parce que il a foi dans la possibilité de la médiation, Paul ne fait pas seulement le geste radical ; il ne fait pas non plus comme Marx qui propose la nécessité de la destruction de l'ordre présent. Au lieu de cela, il établit systématiquement une nouvelle sorte de communauté internationale à l'intérieure, à coté -et alors au delà- de l'état. Cette communauté est en même temps démocratique et hiérarchique, en même temps nouvelle et cosmopolite et pourtant aussi archaïque parce qu'elle retourne à la base pré légale  d'un ordre de l'échange de don.(gift-exchanging order)

NS : Cet intérêt renouvelé pour Paul, pourquoi pensez vous qu'il survient maintenant ?

JM : Cela coïncide avec un sens nouveau de la futilité tragique. Si j'étais athée, je pense que je devrais en fin de compte condamner cet intérêt comme un désespoir annonciateur. Pourtant Paul, lui-même, était éminemment pratique. C'est, ironiquement, son mode de pratique que les athées ne peuvent saisir ou embrasser, parce qu'elle est fondée sur la possibilité d'imaginer la foi et la confiance
en l'infini bonté sur terre. Paul ne l'attribue pas à une dialectique de la loi et du désire ou bien à celle de la mort et de la vie. Il croit plutôt, en insistant sur la résurrection, que la vie est infinie et éternelle.
Sa science politique de la résurrection est la seule possible pour un espoir illimité en la venue de la coexistence harmonieuse par l'incarnation de l'amour et de la justice.

NS : Voyez vous votre participation à ce dialogue comme de l’évangélisation ? Qu'est ce que vous espérer accomplir ?

JM: Oui, la victoire.

NS : Adam Kostko, in "Zizek et théologie", soutient que les chrétiens ont à apprendre quelque chose des gens comme Zizek. Pensez vous que la conversation pourrait aller dans les deux sens ?

JM : Bien sur, il y a des choses à apprendre de Zizek - il nous rappelle que la logique du Dieu-Homme est plus universellement humaine que la logique de Dieu seul. En ce sens, il refuse, comme athée, le relativisme paresseux de tellement de théologie chrétienne contemporaine, qui trahit l'incarnation en voyant le Dieu-Homme seulement comme une sorte d'ajout optionnel à l'idée de Dieu. Cet ajout pourrait bien être également pour eux la Torah ou le Qoran. Mais penser cela est aussi trahir la spécificité de l'héritage occidental. Zizek est ici un rectificateur crucial. Cependant la posture de quelqu'un comme Kostko peut seulement produire un sourire ironique chez quelqu'un de ma génération. C'est exactement la sorte de théologie pusillanime de celles de 60's dont nous avons longtemps cherché à sortir. Pourquoi ? Parce que c'est de la mauvaise foi. Si vous tendez à devenir un athée et un nihiliste, alors soyez le. (If you are going to be an atheist and nihilist, then be one.) Seul les médiocres répètent les panacées séculaires sous une apparence pieuse. Une telle théologie ne peut jamais possiblement améliorer les choses, par définition. C'est un triste et saisonnier écho de ce qui a pu être puisant dans le passé. Toute véritable théologie chrétienne, par contraste, émerge de l’Église qui seul est la médiatrice de la présence du Dieu Homme qui est la présupposition de toute pensée chrétienne. Kostko craint que l'Eglise soit une institution, mais bien sur elle ne l'est pas -ou pas premièrement- comme Graham Ward l'a bien indiqué, c'est plutôt, l'évènement continu de l'ingestion du Corps du Christ. Ce fait fournit une auto correction critique bien au delà de toute remontrance, faites par les gens extérieurs à elle, de toutes les insuffisances et abus de l’Église et dont j'espère être parmi les premiers à reconnaitre et dénoncer.

NS : Vous avez noté le virage de la théologie dans la direction de la sécularisation, via son adoption des méthodes des sciences sociales laïques. Comment assume-t-on une véritable théologie dans un temps séculaire ?

JM : Je suis critique d'une théologie utilisant les sciences sociales quand cela veut dire adopter des positions théologique ou athées sans critique et déguisé. la théologie dans un age séculier doit rendre compte de la laïcité et pourquoi la sécularisation a-t elle eu lieu. Cela doit inclure la reconnaissance de la manière comment le christianisme sécularise (dans un bon sens) en désacralisant la politique, la loi et la nature à un certain degré - mais sans désenchantement total. Au même moment, nous avons besoin de nous rendre compte des raisons pourquoi le sécularisme (dans un mauvais sens) a laissé l'occident en royaumes autonomes indifférents au sacré. Les personnes, les pays, et l'argent sans référence à Dieu deviennent, comme Karl Polanyi l'a annoncé, soit des idoles soit de simples instruments à exploiter -ou les deux à la fois. Charles Taylor, je pense, a une partie de la réponse sur les raisons de cet évènement ; l'occident est devenu sur discipliné et l'éthique a remplacé la religion. l'autre partie de la réponse est la manière par laquelle la mauvais théologie a inventé paradoxalement une "pure nature" de sorte que une notion plutôt simpliste de Dieu comme quelque chose de surnaturel et interférant pourrait d'autant mieux se démarquer. Défendre la médiation, par contraste, est de nouveau crucial ici.

NS : Pensez vous qu'un athée n'a rien à faire dans un département de théologie ?

JM : Je recommande des départements mixtes de théologie et d'études religieuses dans les université laïques et le recrutement de personnes de toutes les croyances religieuses, rien de plus. Mais, bien sur, si on respecte les connaissances liées aux traditions, ensuite l'adhérence à ces traditions peut parfois être pertinentes pour déclencher un recrutement, c'est une question de tact, pas de scandale.

NS : De plus en plus, des personnes en viennent à se décrire eux-même comme "spirituel mais non religieux". Pensez vous, cependant, qu'il y a une utilité -peut-être même un potentiel pour les mouvements politiques- dans le détachement croissant de la vie religieuse des gens des autorités traditionnelles, et dans cette autonomie retrouvée ?

JM : Il est bon que les gens ne puissent être plus si facilement contraint à la religion. La foi, elle-même, doit accueillir cela sur des raisons basées sur la foi. En un sens, nous sommes retourné à la situation des siècles des premières communautés chrétiennes. En même temps, cependant, l'autonomie et la liberté de la tradition ne peut jamais être réelles. On doit se réconcilier avec son propre héritage et les enfants doivent bien apprendre quelque chose. L'idée qu'il leur pourrait être seulement offert le "choix" est bien sur folle. Avant de choisir, nous sommes établis dans une mode de vie et d'habitude.

NS : Un autre aspect du libéralisme moderne -et de la religion libérale- dont vous avez été très critique est sa soi disant révolution sexuelle. Pourquoi l'appelez vous fascisme alors que beaucoup de personnes la considère comme une avance de la liberté.

JM : En un sens, la libération du sexe de la loi a toujours été laissé supposé par le christianisme ; la libération des années 60 reste un évènement à l'intérieur de l'histoire chrétienne. En même temps, ce que nous avons vu là était une sorte de démocratisation et commercialisation des morales "bohémiennes" qui a été elles-mêmes légitimé et normalisé pour une élite, comme Phillip Blond l'a souligné. Le problème ici est que l'auto plaisir peut aussi devenir explicitement ou tacitement un but en lui-même. Quand les romantiques parlaient avant de l'importance du mariage à devenir "libre" comme un objectif, cela me semble le signe le plus proche.

L'épanouissement humain repose plus dans la direction de l'amour fidèle et dans sa propre insertion dans la continuité des générations. Le mariage et la famille, malgré toutes leurs corruptions et leur usage impropres sont à la base des institutions démocratiques. Le fascisme arrive dans le cadre car je pense (suivant Adorno, parmi d'autres) que la séparation graduelle du sexe et de la procréation est regardé naïvement si nous ne réalisons pas que c'est ce que l'état veut. Discrètement, elle veut sécuriser le contrôle "malthusien" sur la reproduction et traiter avec l'individu directement, plutôt que par la médiation des couples. Beaucoup du féminisme libéral est, en fait, en pratique, du coté du néolibéralisme politique et économique. Il est trop rarement noté que la permissivité sexuelle est devenu aujourd'hui une sorte d'opium qui secrètement concilie le peuple à la perte de ses autres libertés -en lien avec l'état et le marché.

NS : Est ce que cela signifie que le progrès du féminisme, comme celle des minorités sexuelles, doit être renvoyé ?

JM : Ce dont nous avons besoin n'est pas un retour à une forme légiste de coercition et d'ostracisme social sur le champ sexuel, mais un changement d'esprit, qui promouvrait la fidélité de la relation et l'encouragement de la créativité humaine et à la participation dans les lieux de travail et dans la vie civile. Dans ce contexte, je pense qu'il est important de soutenir l'engagement civil gay mais de s'opposer à l'idée de "mariage gay". De plus en plus de personnes gay en Europe  ou aux USA approuvent cette combinaison.

NS : Et enfin : capital. Qu'est ce que la crise économique actuelle signifie pour vous, théologiquement ? Jusqu'à où un penseur athée, comme Zizek, peut il aller vers une analyse significative de celle-ci ?

JM : Pas très loin, car il tend à combiner refusism et nostalgie staliniste. La crise actuelle n'est pas finale mais nous rappelle ce qui arrive quand on arrache la signification des choses hors de ces choses elles-mêmes, qui est une conséquence aussi bien de la sur abstraction que de l'individualisme tournant à l'émeute. Je pense que nous avons besoin d'un sens nouveau de la sacralité des pays, des peuples et même de l'argent comme des biens réels quoique non comme des choses à être adorées pour elles-mêmes. Nous avons aussi besoin de réaliser que les humains sont des donateurs (gift-exchanged) cherchant la reconnaissance mutuelle plutôt que des opportunistes cherchant leur propre intérêt. Non seulement, les procédures d'un marché éthique sont plus viables mais ils permettraient aussi un marché plus libre et conduit plus par la confiance et la compréhension tacite. C'est en fait le marché néolibéral qui a besoin du titanic, l'état interventionniste.

NS : Que pensez vous des perspectives pour un mouvement politique informé théologiquement dans le monde moderne d'aujourd'hui ?

JM : Le Conservatisme rouge (The red Toryism) est un vieux courant dans la politique canadienne qui a été transplanté et relancé en Grande Bretagne par mon ancien élève Phillip Blond. A travers lui et d'autres, incluant les travaillistes bleus (blue labourites) avec Maurice Glasman à leur tête, une politique des paradoxes émerge et fait son bonhomme de chemin en Grande Bretagne. (En Grande Bretagne comme en Europe, le "rouge" désigne la gauche et le "bleu" désigne les conservateurs). Donc, les conservateurs rouges montrent le paradoxe d'un conservatisme mélangé avec un associationnisme non étatique et un distributisme - avec du "socialisme" en un certain sens- et les travaillistes bleus indiquent le paradoxe d'un socialisme non étatique.avec une nuance conservatrice. Basiquement, nous avons ici une tentative d'élaborer en pratique une politique comunautarienne (communitarian politics) mais une politique qui intégrerait intégralement une dimension économique. Une polarité libertarienne et comunautarienne commence à détourner la domination de la polarité gauche contre droite au cœur de la politique britannique. Cette nouvelle pensée se concentre du think tank de Phillip Respublica, et -ne faites pas d'erreur- c'est quelque chose de gros. Déjà, les principaux partis ont adopté des aspects des idées de Phillip pour un "état propriété"(ownership state) qui impliquerait un contrôle professionnel plus décentralisé dans le domaine public-mais avec des fins sociales et sans bénéfices. En complément avec ce nouveau mode d'état, la nouvelle position "paradoxale"plaide aussi pour un "marché moral" dans lequel le contrat doit avoir lui-même un objectif social. et où le business sera souvent un partenariat entre propriétaires, travailleurs et consommateurs. Ces idées sont influencés par Luigino Bruni et Stefano Zamagni qui ont aidé au brouillon de Caritas in veritate, l'encyclique récente du pape Benoit XVI. On peut aussi lier cela à un mélange d'éléments de Polanyi et de Marx. L'argument est qu'un marché encore plus libre (encore plus que ce que veulent les néolibéraux) est aussi un marché moral (comme ils ne prétendent même pas d'y penser). Pourtant de nombreux arguments sur le rôle exact du gouvernement dans tout cela n'ont pas encore été épuisé. En aucun cas, il n'en est sorti que la seule chose qui puisse casser avec le Thatcherisme et le blairisme soit une nouvelle fusion ou encore une recréation soit du old labour ou du vieux Taylorism.

NS : En quoi consiste, politiquement parlant, ce paradoxe ?

JM : Il y a trois temps.
D'abord, en Grande Bretagne aujourd'hui, comme aux USA nous voyons qu'un marché libéré a en fait augmenté le rôle de l'état-qui-sauve et maintenant des grandes banques, en tant qu'aide sociale réparatrice, en polissant l'anarchie individualiste. La confiance morale est exigée par le marché, mais le neolibéralisme ne théorise jamais l'entreprise comme impliquant une telle confiance et a n'a pas réussi à éviter de le remplacer par plus de mesures d'incitations et de surveillance.
Ensuite : C'est un cliché de dire que la droite a gagné économiquement et la gauche culturellement. Mais c'est, en fait la victoire d'une seule force- le libéralisme. A cela nous opposons un communautarisme associationniste qui joint un égalitarisme de gauche avec un conservatisme concernant valeur culturel et éthique. Elle est pour la haute culture et pour l'excellence scolaire en éducation mais veut que ces choses soit disponible démocratiquement. Éthiquement, cela est pro famille mais ne désire pas revenir sur les gains de l'égalité des femmes et sur la tolérance sur l'homosexualité-le point important est plutôt le fait que le mariage stable est le meilleur chemin pour la plupart. Il est aussi critique sur la technologisation de la médecine et l'approche, en croissance, calculatrice des vies et des vieux. Elle prend pour sures que toutes les personnes décentes sont opposées à l'euthanasie volontaire.
Le troisième paradoxe est qu'une démocratie égalitaire exige une hiérarchie des valeurs et des personnes d'excellence.
Autrement, l'argent et la sophistique conspirent ensemble pour le détruire comme ils l'ont fait dans les dernières années. La démocratie peut seulement être soutenue que quand il y a en parallèle, une préoccupation non démocratique avec la Paideia - la formation de bon caractères qui relie le talent et la vertu et les met en position pour des influences sociales appropriées. Sans l'inculcation extra démocratique de caractère, la démocratie ne peut pas entrer en débat avec le bon qui est le seul débat légitime et non corrompu qui peut être tenu.

NS : Quelles sont les sources de ce caractère ? Est ce que ce sont nécessairement des chrétiens ?

JM : Les conservateur rouge ou les travaillistes bleus refusent ensemble la déontologie de la droite et l'utilitarisme de la gauche en faveur d'une vue que l'état, la société et l'économie doivent tous voir leur rôle comme la construction d'un fleurissement individuel d'honneur et de vertu. Le rôle de médiateur des corps religieux dans tout cela est clairement crucial. Nous espérons que beaucoup de musulmans, de juifs, comme des chrétiens embrasseront une politique du Bien, enraciné dans la Bible et les antiquités classiques. C'est l'héritage repensé et démocratisé (conformément à l'élan biblique) qui seul peut sauver l’Amérique et le monde.

mardi 18 août 2015

Eucharistie et Mondialisation par Cavanaugh



William Cavanaugh propose une démonstration à laquelle je suis très sensible. Elle vous paraîtra peut-être peu concrète... Mais elle me semble trouver la clé du malentendu que les catholiques ont avec la politique. Le problème est que tel qu'elle est exposé, la "politique" va à l'encontre de la foi catholique, elle est elle même la foi hérétique où les catholiques nagent sans s'en rendre compte alors qu'ils devraient en être lucide.

La théorie séculière politique est parodie du catholicisme. C'est à cette hérésie que nous avons troqué la paix et le corps du Christ pour la paix du monde et le corps du Léviathan. Cavanaugh veut le démontrer en s'arrêtant plus particulièrement sur l'état, la société civile et la mondialisation.
(Et pour le connaitre rapidement, voir ici et



I Le mythe de l'état comme sauveur

Rappelons, pour le Christianisme : 
-le genre humain fut créé, il a chuté, il fut sauvé (process en cours). -Jésus appelle à l'unité. La rédemption restaurera l'unité par participation au corps du Christ. 
-L'humanité est invité à reconnaitre chacun sa citoyenneté au delà de l'empire. 
-La communion des Saints va contre l'individualisme. 
-Pas de bien commun là où Dieu n'est pas adoré en vérité.


De l'autre coté, il nous est dit que l'état nous a sauvé des guerres de religions et de l'impossibilité de nous mettre d'accord sur la vérité. Ces guerres permirent la naissance de l'état (= institution où pouvoir centralisé et abstrait détient monopole de coercition physique dans un territoire géographiquement déterminé.)

La religion de l'état intervient : Théologie volontariste, le Christianisme n'est que soumission à la volonté de Dieu. Locke, Hobbes et Rousseau l'affirment l'existence est individuelle avec base de contrat social, la propriété commune perd son sens. Mais comme pour le christianisme, le salut de l'homme est établi dans la paix entre rivaux. Le Léviathan est le sauveur, nouvel Adam créé par l'homme pour sauver l'homme, construit par consentement, il se meut dans une direction.

Cette théologie se construit sur l'exemple des guerres de religion. L'état a sauvé l'Europe des factions religieuses antagonistes depuis la fin du consensus religieux. Cavanaugh répond, c'est faux, ces guerres visaient à assurer le triomphe de l'état moderne sur les derniers vestiges de l'ordre ecclésial. Ce n'était pas une guerre de religion car ce qui est en jeu est justement la création même du mot religion (croyance privée sans incidence privée). Les conflits du XVIe et XVIIe inversent le rapport de domination. Mais ce renversement commence encore plus loin, les intellectuels amorcent et Luther confirme.

La Reforme vise à empêcher d'identifier la volonté de Dieu avec la régime politique. Il n'envisageait qu'une simple différenciation entre juridiction mais cela a conduit à refuser toute juridiction à l’Église. Pourtant le Christ n'a qu'un seul corps. Une ecclésiologie s'évanouit. L'Eglise doit gérer les âmes, le corps des fidèles est abandonné.

Ce fut un grand attrait pour les princes de l'époque de Luther. Mais pas seulement pour les princes devenant protestant. Le protestantisme s'est imposé dans les contrées ou l’Église n'avait pas encore donné signe de faiblesse contre cette nouvelle théologie politique. Il y eu un raz de marée, là où il n'y avait pas eu attaque progressive.

L'époque de la guerre des religions montre plutôt la maturité de la théologie de l'état. Pas de pouvoir absolu sans l'arrivée de celle-ci. La guerre de trente ans est due au désir des empereurs allemands d'imiter le roi de France. Même au prix de sacrifice de la population indifféremment catholique ou protestante.

Cette époque se détermine par l'arrivée du terme religion pour diagnostiquer l'ensemble des croyances personnelles sans rapport avec la fidélité du citoyen envers l'état. Ensuite les humanistes travaillent à ranger le christianisme dans cette boîte afin d'être manipulable au service de l'état. Son autorité est unique et sans partage. La loi est écriture sainte. Le Corps du Christ est mangé par l'état qui pense l'assimiler. Qu'importe les disputes théologiques du moment qu'il y a la loyauté envers l'état.

La religion de l'état a pris le dessus... Pourtant elle ne nous a pas sauvé. N'est elle pas l'instauratrice de la guerre moderne ? Frontières, consolidations, guerres et rivalités etc... L'homme n'est qu'un contenant de droits individuels et de contrats pour se lier aux autres. Les liens ne sont que par intérêts. Le corps social n'est qu'un corps fait de corps séparés avec une tête gigantesque et perdu face aux combats de l'égalité. La solidarité se fait par l'état. Dépourvus de fins communs, nous n'avons que des moyens, la violence dont voulait nous sauver l'état devient sa religio, sa liturgie.

L'influence chrétienne reviendra si l’Église se souvient de la dimension politique et sociale de sa foi.

II le mythe de la société civile.

l’Église est renvoyé dans la sphère privée. Elle est seulement invitée à investir le terrain social où l'état imprime les règles que l'on ne peut remettre en cause. Intervenir dans la vie publique est jeu piégé car la distinction publique-privée est le biais de l'état pour domestiquer l’Église.

Après ses violences passées, la religion est au coin et ne sera autorisé à rejoindre le jeu public qu'après assagissement et si elle aide au consensus pacifique. De plus l'état et la société civile ne sont que les deux faces d'une même pièce. L'économie, le politique, le social, le culturel ont fusionné, la culture obéit à la logique du marché, comme la politique est la servante du capital. L'état neutralise toute subversion. Les institutions civiles (syndicats, parti, écoles, corporations, communautés) ne sont que les membres de l'action de l'état pour l’assujettissement. L'état moderne est défini par cette usurpation du  pouvoir qui fait disparaitre les intermédiaires sociaux. La famille n'est pas épargnée...

La société civile neutralise les résistances. Puis il existe deux stratégies, la sauvegarde des classes sociales puis défense de la société de consommation avec nécessité du monde de production. La loi de l'offre et de la demande, du profit sont naturelles. Les économistes deviennent les experts en humanité.
Cavanaugh continue avec force : La sécularisation est imposture, elle a dérobé la sotériologie (science du salut) de l’Église.
Retrouvons le sens thomiste du religio,  les vertus s'acquièrent collectivement au sein d'une communauté ecclésiale locale, membre du corps du Christ et par la participation à l'Eucharistie, sacrement de l'unité et de la paix, creuset d'une éthique politique.  N'essayons pas d'influencer le pouvoir laïc par société civile mais restaurons une pratique liturgique pour redonner la conscience de la dimension politique de la foi.

La discipline de l'état veut faire des disciples, mais ce sont des esclaves du Leviathan ou de Mammon. alors que la discipline de l'Eglise est art de faire des disciples. ex de Romero, ne collaborons jamais à une pseudo paix bâti sur la peur et la coercition. "Dieu ne veut d'ordre et de paix que fondé sur la vérité et la justice. Devant cette alternative, notre choix est clair : nous suivrons l'ordre de Dieu, pas celui des hommes."

Le chrétien est résistant au pseudo ordre, il se fait un dans le corps du Christ. De ce fait il doit refuser la dichotomie moderne entre sphère publique et sphère privée et substituer aux frontières des états nations, des espaces politique irrécupérables par les guerres.

Bref ne comptons plus sur la société civile mais sur l'Eucharistie, acte liturgique et politique, acte anarchique, il dénonce l'ordre mensonger de l'état en annonçant le Christ roi. Don et donneur ne font qu'un, puis gratuité du contre don non comme dans un contrat. En recevant le don du christ, nous sommes incorporés dans le don lui même. Plus nous sommes unis au centre et plus nous sommes unis aux autres. (Inverse du fascisme avec unité par le parti, et du libéralisme, recherche d'indépendance pour son profit)

L'unité du corps de l'état est simulacre de catholicité. l'absorption du local  et du particulier dans l'universel revient à effacer la distinction entre le local et l'universel.


La dimension eschatologique ne fait pas que promettre la paix et l'unité dont elle est le signe, elle les réalise aussi ici bas. Sinon, elle peut être signe de jugement, on interdisait l'Eucharistie en cas de différend. (Mt 5, 23-26) Le baiser de paix est le signe de réconciliation requise avant le sacrement. Pas contrat ou signe de bienveillance mais signe de commune participation à Celui qui donne sa paix.

Malheureusement que devient l'Eucharistie quand nous avons intégré le mythos salvifique de l'état ? Nous croyions que l'état semait la paix, nous avons récolté les guerres de religions, d'états, fractures sociales. Rien ne s'oppose à l'extension du Léviathan. Dans un état de nature maitrisé par le contrat social, la guerre du tous contre tous est devant nous, c'est la mondialisation.

III Le mythe de la mondialisation comme catholicité !
Les chrétiens sont perplexes face à la mondialisation, en éthique économique, certains y voient de l'exploitation, d'autres voient le partage de bonnes pratiques pour la prospérité. Devons nous nous féliciter de l'effacement des frontières ?  Est ce une catholicité encore plus catholique ? Lyotard y voit fragmentation, Cavanaugh y voit de la décréation. Un monde entier sans localisation précise. cela entretient les divisions et la fragmentation des individus. Au contraire de l'Eucharistie ou le local se retrouve dans l'universel.  Cet attachement n'a rien d'une nostalgie de gemeinschaft ni d'une réaction de repli. Son point de vue dilate l'individualisme ou le régionalisme et permet de voir jusqu'au Royaume. Espace et temps retrouve sens, géopolitique de la mondialisation diffère de la géopolitique de l'Eucharistie.



Non, la mondialisation n'annonce pas le dépérissement  de l’état nation mais son hyper-extension. État et souveraineté sur individu, absorption du local par l'universel. L'universalisation des droits par la prise de pouvoir de l'état nation devait libérer l'individu des caprices de coutume locale instaurant relation directe entre souverain et citoyen. Désormais l'universel se passe de tout relais local. Les gouvernements ont perdu tout contrôle sur l'économie internationale. L'argent échappe à l'état. Les usines sont des vestiges remplacées par la sous-traitance. Déplacements géographiques entraine dissolution des liens traditionnels au profit d'une culture globale. Nomadisme engendre esprit de compétition fort, nation et communauté renoncent à tout contrôle. La fonction de l'état nation se résume à neutraliser les forces qui s'opposent à la mondialisation. Internet rend le monde en village planétaire où les peuples de la terre triomphant des divisions ethniques, religieuses et responsables de la violence vivent enfin en communion pacifique grâce à une consommation unie. Utopie car ruse pour oblitérer les nouvelles formes de division engendrée par la mondialisation.

L'économie planétaire a remplacé la discipline exercé sur un lieu particulier par discipline de pure mobilité fondé sur capacité de fuir pour contrôler outils, hommes et machines  dans un espace toujours différent et toujours le même. Le nomadisme n'est plus une résistance

Le libre échange respire la violence économique du tous contre tous. Cette logique exacerbe l'attachement au local (caractère unique de docilité) puis la compétition gomme les aspérités pour répéter le modèle gagnant. L'authentique et le local très souvent sont simulacre. Illusion de la diversité et illusion de l'unité. Pas d'autres mais un peu de différences. Les cultures locales cèdent la place. Les liens de proximité cèdent sous la force des désirs éphémères où s'alimente la course à la croissance. Court terme partout, tout est jetable. On arrive à la production du désir du désir, de la consommation pour la consommation. Les images soutiennent le tout. L'humain est poussé à la périphérie de son être.

Non pas fin des méta récits, universelle célébration du particulier et de la diversité, un méga récit, avec un retour du récit comme récit de la fin des récits. la mondialisation ne raconte rien sinon elle même.

L'Eucharistie oppose un autre espace. L'Eglise catholique transcende toute limite de l'espace et du temps. Catholique, relatif au tout. Non par mouvement d'expansion mais par mouvement de concentration, un tout organique, une synthèse ferme, tourné vers un centre qui en assure l'unité. Ce centre est l'Eucharistie.

L'articulation complexe du particulier et de l'universel. La catholica est en réalité une région dont le centre est partout. elle peut se trouver partout, si loin qu'elle s'étende, elle ne peut être jamais éloigné du centre. Pas unité matérielle comme la chrétienté. Chaque Eucharistie réalise la communion. Le Corps du Christ n'est pas divisé mais tout entier présent dans chaque fragment des espèces partagées; le monde est contenue dans une hostie. Avant d'être Eglise catholique, elle est l'Eglise locale autour de l'Eucharistie. L'Eglise locale n'est pas une circonscription mais une concentration de tout. L'individu s'unit encore plus à l'universel qu'il s'unit au local. Le village planétaire, c'est cette assemblée. L'Eglise est Fractale.

Constitution d'un ghetto ? Nostalgie de théocratie ?  Exclusion des autres communautés ?Tout le monde ne prend pas part... cela divise et exclut, non ?

Eucharistie n'est pas un lieu mais un récit qui met en scène différent lieux.

A la différence  de la carte, le parcours implique non le regard mais la marche.. L'espace n'est pas appréhendé abstraitement. mais  par un corps qui participe. Et la cité de Dieu est une cité pérégrinante. Elle traverse ce monde sans lieu propre, ni territoire à défendre. Elle raconte une histoire à la dimension du cosmos, création, rédemption, accomplissement qui nous invite à demeurer dans la fidélité à l'alliance scellé sur la croix.

A force d'hypermobilité et de sollicitation, tout devient interchangeable. L'Eucharistie est aussi la réponse à ce désir fondamental à l'homme (que l'économie récupère, dévie et asservit) le désir de l'homme a pour objet véritable Dieu, image duquel il a été fait. Mondialisation : produit trompeur, avec l'Eucharistie, réalité et signe se rejoignent. Nous sommes absorbés par le Corps du Christ. Le Christ raconte l'histoire.

Alors pour le fidèle, le Corps universel du Christ fait soudainement intrusion dans l'espace local. L'espace du monde moderne homogène est interrompu par le Christ qui se présente à nous sous le trait des plus faibles. La mondialisation juxtapose les habitants du monde entier dans le même espace temps et lance les nations dans des compétitions sans merci. Nous ne sommes pas juxtaposés mais rendu participants les uns des autres dans une mutuelle communion au corps du Christ. L'autre comme concurrent et source de profit retrouve son visage humain.

L'Eucharistie nous fait un. Malheureusement la mondialisation est entrée et nous inocule son sentimentalisme et sa conception de l'espace et du temps.. On risque de communier  qu'à une idée de l'homme, de l'humanité. Paul nous prévient, si le Corps n'est pas convenablement discerné, la réception de l'Eucharistie peut provoquer une maladie. (expliquant la mort de nos communautés?) Anecdote de Romero ayant renversé les barrières spatiales et sociales non pas abstraitement en mesurant l'extension mais en rassemblant tous les fidèles dans un espace commun autour de l'autel, manifestant aussi l'universalité de la catholica en un certain lieu, en un certain temps. Ici bas, sur la terre, autour du Christ Roi, présent dans l'Eucharistie.