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samedi 18 mars 2017

Magnifique exemple d'illusion libérale

J'aimerais vous faire partager ce petit article très édifiant de Nicolas Bouzou. Il est très représentatif d'une certaine justesse libérale accompagnée de ces grandes illusions. Il aimerait donner un nouvel élan au progressisme dans sa version libérale.
Cet article me permet de reprendre certains articles passés pour résumer ce que je vois comme des gentils impasses orgueilleuses.

Bref résumé et deux citations :

Nous connaissons une mutation techno-technologique en cours, création destructrice sans précédent. Elle n'est pas indépendant à la montée de la violence dans le monde. Perte de repère, blessures narcissiques. Copernic, Darwin. Le fondamentalisme est en réaction à la science qui sécularise.
"Aujourd'hui, l'intelligence artificielle, les nanotechnologies, la génétique, les énergies propres ou la révolution spatiale nous font de nouveau basculer dans un nouveau monde qui tue l'ancien, celui des agendas papiers, de la voiture à essence et des stations-services, de la médecine clinique et du salariat."
D'immenses questions d'éthique arrivent. Ces périodes Schumpeteriennes renforcent le conflit entre les prétendant à une société ouverte et les autres et qui de fait s'allient avec les fondamentalistes religieux et nationalistes.
Dans l'histoire, il y a des déclencheurs et des facilitateurs, mais sur le temps long, les périodes de violence correspondent à des périodes de destructions créatrices.
Tout est toujours une histoire de blessures narcissiques d'un monde en changement. Il n'est point trop question ici de pauvreté mais de refus de l'ouverture et du modernisme. Le terrorisme peut se greffer sur n'importe quel récit qui considère le monde tel qu'il est comme un bateau qui coule. Non améliorable et non aimable. Il partage l'idéologie du c'était mieux avant.
"c'est à nous, les progressistes et les libéraux modérés, de la faire mentir et de bâtir le récit philosophique confiant du monde qui vient, pour contribuer à faire reculer la violence."
Quelques commentaires.
Il y a beaucoup de choses résumées en quelques lignes de cet article. Certes ce n'est qu'un tout petit papier et n'est pas Baverez qui veut mais je suis effaré par le manque de perspective historique, et de non questionnement de l'économie, de la religion et son manichéisme qui lui permet de classer les bons et les gentils par une méthode limitée et anti-religieuse de principe, elle ressemble au méthode mafieuse des défenseurs de la mondialisation. Nous n'avons pas le choix, et tout questionnement de principe sur le bien fondé du progrès est un fondamentalisme, un terrorisme, un homme marqué par l'humiliation narcissique.

Comment discuter ?

Puis je proposer des points de discussion  pour initier un débat.

La violence de l'économie
A Crise de foi
a partir de ce document, j'aimerais interroger Bouzou sur la fin de l'économie. Devons nous la servir ou est elle au service de la population ? Ne voit il pas l'ambivalence de l'économie ? 
Il la voit, il l'appelle la destruction créatrice de Schumpeter, l'ambivalence est dans le mot même, mais celle-ci est montrée pour mieux l'ignorer. Il faut accepter cette violence pour ce qu'elle apporte. État d'esprit d’idolâtre, soyons prêt à tout ce que nous dicte l'idole. Sacrifions, ce qui est à sacrifier. Symbole d'une cléricature qui veut faire le bien du monde entier sans se faire frère.
Bouzou ne voit pas qu'il dit que l'économie est la violence et la barrière des hommes pour contenir la violence. Il avoue la sacralité de l'économie, bonne violence institutionnalisée. Nous vivons la mise en doute de cette violence institutionnalisée. On peut s'effarer devant un monde qui ne croit plus en rien et devenir fondamentaliste, c'est un risque, on peut aussi comme Mr Bouzou jouer au grand prêtre naïf. Croyons, croyons et ne soyons pas méchant. Il aimerait faire revivre la grande flamme du progressisme.

B Déchainement mimétique
Relisons cet article interne
Bouzou est surpris par le déchainement des violences, il parle de blessures narcissiques. C'est très intéressant. Il parle en quelque sorte du ressentiment métaphysique et du ressentiment des looser face aux avancées du progrès. C'est, dit-il, ce que nous avons toujours vu.
Il y a deux choses. Il y a en effet le mimétisme des looser dont il ne voit pas qu'il est le winner. Soyez du bon coté, camarade, dans la folie mimétique moderne de l'appropriation des signes extérieures de succès et d'ouverture. 
Il y a ensuite une lucidité sur le fait que le mouvement progressiste tue les idoles humaines (même si sa version des découvertes galiléenne et copernicienne est une image d’Épinal confortable mais dont il évacue toute subtilité philosophique, voir ici pour les plus courageux). Il demande finalement à ce que les hommes se rendent à la vérité démystificatrice de son progressisme efficace et technologique. Illusion, il surfe sur la vague démystificatrice et joue le bon rôle du progrès sans voir l'ambivalence et en quoi, il est lui même mystifié. Face aux passions de l'inégalité, Bouzou demande aux personnes de prendre leur responsabilité et de penser comme lui au lieu d'être blessé narcissiquement. Je suis un winner, faites comme moi, bande de looser. Mensonge romantique qui part de la vérité du ressentiment et du déchainement mimétique dont il est le grand prêtre. Peut on jouer un jeu idiot, le gagner et reprocher au perdant de ne pas être vainqueur ? C'est le jeu de Mr Bouzou. Il croit à un grand mouvement progressiste croyant que tout le monde acceptant les règles du jeu, il n'y aura plus de ressentiment sur la justice. Bouzou comme tout bon progressiste ignore le risque d'anomie qu'il voit  sans en voir la responsabilité de ce qu'il promeut.

C Le religieux comme source de la violence.
Derrière toutes les illusions invoquées, partout en filigrane, demeure la thèse que la religion, obscurité, est la source de toute la violence.
Tous les progressistes, ici, se donnent la main, du plus grand souverainiste au plus grand mondialisateur. Ceci est bien résumé ici en anglais. ou sur cette image.

Il est intéressant de relire cet article interne (encore !?). Il propose une histoire schématisée du progressisme et montre les dangers du post modernisme. C'est encore un part de vérité de Bouzou, oui, le fondamentalisme est en effet un tentation moderne, mais il ne voit pas que les modèles qu'il donne en exemple sont aussi une tentation moderne. Le technicisme ou le post humanisme qui est une manière comme l'autre d'oublier l'homme.

L'humanisme de Bouzou n'est pas désirable, son ennemi est le notre mais son argumentation manichéenne ne voit pas qu'il peut être, lui-même son frère jumeau. Certes, Bouzou n'est pas ce qui semble le plus dangereux à court terme, n'est il pas une queue de comète d'une ancienne et vieille illusion ?
Une ancienne illusion qui a pu pouvoir prendre sur elle, l'origine de tout progrès sans voir qu'il n'existait qu'un seul progressisme, celui du progrès de l'accueil de la révélation du Christ dans les cœurs. Naïf ? Je ne crois pas.

dimanche 19 juillet 2015

Todd girardien ?

(Tiens, au fait, c'est ma 200ème note...)
Revenons si vous voulez bien sur la polémique du livre "qui est Charlie" d'Emmanuel Todd.

Il me semblait aussi qu'Hadjadj avait dit l'essentiel comme souvent.
Les interventions de Todd me choquèrent un peu au début. Je ne comprenais pas tout (et même encore...) mais il m'ouvrait les yeux sur une partie de la France et me permit plus de précisions sur mon analyse. Replongeons dans l'ambiance.
Je conseille surtout la vidéo entre 52.30 et 1.00



Cela va mal. Nous sommes pris dans un carcan monétaire. Partout, il y a de l'islamophobie, antisémitisme, état de rupture.
Journée où tout le monde se réconcilie, ce 11 Janvier ?
Non, ce n'est pas vrai, c'était la grande fête des classes moyennes qui soutiennent les politiques qui les avantagent plutôt et qui massacre toutes les périphéries. Se réunir entre gens qui vont pas trop mal pour dire que l'on veut que cela continue d'aller comme cela. C'est le moment où les classes moyennes commencent à voir que cela ne va plus.
Le fond du problème est l'euro ? Ou crise religieuse ? Crise des valeurs qui nous fédères et nous réunissent. Pas un problème de communauté ou de système économique dit Jean Pierre Denis.
Oui, répond Todd, le vide religieux est le moteur principal qui est lui même le moteur de l'euro. l'euro unique est un substitut du Dieu unique.
Quand on voit des sociétés qui tournent mal ou qui entrent dans des confrontations violentes pour des valeurs positives ou non. Il y a toujours combinaison de vide religieux et de crise économique.
Exemple de la révolution française, entre 1730 et 1740, recrutement de prêtres chutent, le territoire se déchristianise. Le vide religieux est le facteur fondamental qui mène à la révolution (avec l'alphabétisation).
Exemple de l'Allemagne et un des déclencheurs importants du nazisme, toute la partie protestante de l'Allemagne entre 1880 et 1930, la pratique religieuse s'effondre. La carte du nazisme, c'est la carte du protestantisme en Allemagne. Non pas que les protestants soient des nazis en puissance, ce serait une interprétation fausse de la carte, elle est le signe de la désintégration de la pratique religieuse protestante en Allemagne nous dit Todd. La religion est dangereuse quand elle s'éteint. Puis ils ont eu la crise de 29.
Je ne sais pas quoi faire pour le vide religieux mais il faut faire quelque chose pour la crise économique. les sociétés ont besoin de croyances collectives, d'être ensemble. Quand crise, montée en puissance d'une idéologie de substitution. Ce qui est spécifique de la France actuelle, c'est que la crise religieuse du XVIIIème siècle se passait sur deux tiers de la France. Mais l'Eglise n'avait pas complètement abandonné la France, la France laïque aimait se frotter avec la France catholique. la laïcité s’arque boutait contre l’Église. Elle avait quelque chose contre qui lutter. Mais depuis 1960, il y a un effondrement global de la pratique religieuse partout. Ce qui est important. Mais ensuite cela a déstabilisé les régions qui étaient déjà laïques qui n'avaient plus leur bouc émissaires. Une bonne partie de la fixation de l'Islam est du au fait que les laïcs n'ont plus les cathos contre qui taper, on cherche un substitut et les musulmans peuvent en être un.


La logique de Todd est je trouve girardienne. La religion est un outil contre la violence, la France se structurait dans son conflit catho anti catho, la violence était recyclé. Désormais il n'y a plus de catholiques mais des laïcs qui se sont transformés en catho sans la foi et sans la structure religieuse. Bref, une foule dans un désert métaphysique, social et qui n'a plus rien pour ajuster sa violence. Todd affirme qu'il y a grand danger. Je trouve que son livre est très proche des thèses girardiennes de Gil Bailie sur le religieux et le sacrifice comme matrice de l'histoire humaine. Arrêtons d'être satisfait de nous. L'euro, selon lui, est le symbole de cette foule illusoire. Un projet qui a tout pour lui sur le papier et qui semble révéler le manque de Dieu unique, idole monétaire, technocratique, inégalitaire et bien sur par définition sacrificatrice. Selon Todd, tant qu'on ne réfléchit pas à l'Euro et à l'argent aujourd'hui, on ne révèle rien de la société et de notre santé métaphysique. (N'y a-t-il pas urgence à lire André Orléan ?)

C'est un bel appel.
A un moment dans l'interview, il dit, je suis mécréant, je n'ai rien à proposer pour la métaphysique, mais je veux me battre sur la justice économique... Il voit que c'est lié mais n'ose pas faire le pas... 
Nous verrons dans une prochaine note la réaction de Benoit Chantre sur les événements... Elle répond plus à la question métaphysique en réfléchissant plus sur le lien de la politique, la religion et la violence. (n'y a t il pas des désaccords ou plutôt, beaucoup plus de subtilité ?...)


On peut écouter aussi Michel Drac sur sa réaction du livre de Todd à partir de 18.35 :

Ce qui est intéressant chez Todd, Il a systématisé les travaux démographiques. Il a compris le truc curieux qui se passait. ex : ce parti socialiste, qu'est ce que c'est ? Valls qui attaque Dieudonné, délire religieux. Le laïcisme français reprend les logiques profondes du catholicisme d'état français. Tout est inversé. Procession à Saint Charlie ! Bientôt, il y aura une icône. Todd dit : ces laïcistes, il ne faut pas les comprendre comme les continuateurs des bouffeurs de curé du temps jadis. Avant dogmatisme catholique et dogmatisme anticlériclal l'un en face de l'autre. C'était avant.
Le PS est le résultat d'une fusion bizarre venu de la gauche anticléricale et des gens qui sont sortis du catholicisme dans les années 60, 70 et qui viennent des vieilles régions catholiques du pays.

mardi 16 juin 2015

Nous sommes riches. Michel Drac


On peut reprocher beaucoup de choses à Michel Drac...
Mais il tente toujours de rationaliser et de rendre accessible ses arguments.
Il tente dans ce texte, de donner quelques bases de réflexion sur la pauvreté en France et surtout tente de nous convaincre (si besoin est) que la France est encore un pays riche. Ses conclusions ensuite l'orientent vers une vision pessimiste qu'il développe depuis de longues années. Nous ferions une bonne Argentine. Notre situation économique, pour de nombreuses raisons, n'est pas viable et nous ne nous en sortirons pas sans une crise saignante. A discuter... Notamment avec cette vidéo...

Mais restons sur le sujet de la pauvreté

Suite à une conférence sur le monde économique, Drac avait dit des français que nous sommes incroyablement riches. Il fallait 25 min de travail pour se procurer un œuf, il n'en faut plus que trente secondes. Nous sommes riches à un point que nos arrière grands parents ne peuvent pas imaginer. Cela a choqué...

Sommes nous riches ?
L'expension 1982 Deux siècles de révolution industrielle

L'étude, dont est sorti ce tableau, du journal l’expansion nous montre que la rémunération du travail des populations européennes est plus élevé aujourd'hui qu'hier.
Mais qu'est ce que la richesse ? 
Prenons nous la définition de Thoreau, "Un homme est riche de tout ce dont il peut se passer" ?
Ce qui nous ferait penser que toute vie qui s'éloigne de l'idéal monastique est un appauvrissement.
Mais dans notre monde, elle est basée sur la possession. 
La possession de ce dont nous avons besoin pour couvrir nos besoins de base puis les besoins complémentaires puis les besoins à fortes valeurs symboliques, il y a ensuite les biens de production et les biens de production des biens de production.
En ce qui concerne les bien de besoin de base, nous sommes plus riches que dans les sociétés passées.
L'insécurité alimentaire demeure mais personne ne meurt de faim et l'espérance de vie augmente. Plus personne n'est pauvre comme on pouvait l'être au XIXème encore...

I Nous sommes riches alors, mais pourquoi nous sentons nous pauvre ?

Dans les sociétés traditionnelles, 70 % de la rémunération allait vers l'alimentation, le logement (sans aucun réseau raccordé) et peu de dépenses de loisirs.
Aujourd'hui l'alimentation représente 15% de la rémunération. (10% si on enlève le restaurant et la boisson) mais 30% pour le logement.
Nos besoins de base nous coutent plus cher mais la frontière entre biens de base et biens complémentaires et de standing se brouillent. Ce qui était exceptionnel devient de base. Construction mimétique normale .
Si la pauvreté absolue est objective (faim, froid) la pauvreté relative dépend de considération subjectives (notamment son évolution). L'impression d'être moins riches que nos grands parents est trompeuses. Nous serions surpris de la vie dans les 60's....
Première raison de notre sentiment de pauvreté : Nos besoins se sont accrus. L'extension progressive du domaine des bien complémentaires et de standing.

Ensuite après nous être enrichie, nous vivons aujourd'hui une stagnation, et même inversion de sens. (on le voit avec le salaire moyen net). Régression qui fait très mal au cœur d'une population ayant en tête la progression des années 70. Dans un système où sur le plan symbolique, l’appartenance à telle ou telle classe est de moins en moins manifestée par un rôle objectif dans la production et de plus en plus par un niveau de pouvoir d’achat, et où, par ailleurs, on assiste à une opposition entre des baby-boomers qui ont bénéficié de la période de forte croissance et leurs enfants entrés dans la vie active après le début de la stagnation.
Deuxième raison de notre sensation de pauvreté : nous vivons une période de stagnation, voire de lente régression, faisant contraste avec une période d’expansion dont nous gardons collectivement la mémoire.

En parallèle, la répartition des revenus est devenue plus inégalitaire. La croissance des inégalités engendre un décalage de perception de la richesse globale et de sa réalité.
Un bon exemple des mécanismes à l’origine du décalage entre perception de la réalité économique par la majorité et la situation générale réelle est fourni par l’augmentation des loyers. Pour les locataires, c’est un appauvrissement, donc ils ont tendance à penser que tout le monde s’appauvrit – par réflexe, nous projetons tous notre situation sur notre environnement.
Pour les propriétaires, c’est un enrichissement, mais comme la valeur des biens s’est envolée sur le marché, ils ne voient pas que le taux de rendement de leur bien, qui leur paraît normal eu égard à sa valeur de marché, correspond en fait à un loyer très élevé. Donc ils ne se rendent pas forcément compte qu’ils sont, d’une certaine manière, plus riches, puisque leurs revenus augmentent.
Troisième raison de notre sensation de pauvreté : l’accroissement des inégalités fait que la majorité s’appauvrit même quand la collectivité s’enrichit.

Dans le passé, les français pouvaient être plus pauvres en biens de couvertures des besoins de bases et des besoins complémentaires. Ils pouvaient être plus riches en biens de production.
Ils pouvaient entretenir seul leurs biens. Ils maîtrisaient l'intégralité des processus de production. Nous sommes pauvres en comparaison et nous le sentons.
Quatrième raison de notre sensation de pauvreté : notre aliénation s’accentue avec la complexification et la virtualisation des processus économiques.  

Au XIX, les prolétaires trouvait leurs richesses dans la certitude de leur place dans le monde, parce qu'ils le faisaient aussi. La pauvreté était contrecarré par la possession de soi et à travers la dignité que l'on retire de son travail.
Probablement, les contemporains sont plus riches mais ont cette pauvreté psychologique d'un monde qui se fait sans eux, ils sont injustifiés dans ce monde. Le monde n'a plus besoin d'eux. On compensait cette exclusion dans l'ordre de la production par leur intégration dans celui de la consommation. Mais les pauvres, exclus de la production, le sont tout autant de la consommation ; ils n’ont donc plus aucune place dans le cycle de l’échange. Et pour l’être humain, animal social, intelligence communicationnelle, ne plus échanger, c’est être mort vivant.
Cinquième raison de notre sensation de pauvreté : pour des raisons psychologiques, notre aliénation croissante renforce notre sensation générale de frustration.

II Mais au fait qui est pauvre en France ?
Distinguons.
La pauvreté de survie : sa précarité le met en danger         
La pauvreté de vie décente : sa précarité met sa dignité et son confort en péril          
La pauvreté de vie normale : sa vie n'est pas "normale"

Pauvreté de survie, c'est les personnes sans domiciles, environ 0,25%
La pauvreté de vie décente, 3,6 millions de personnes vivent dans des conditions malsaines. Ils se concentrent sur le logement et l'alimentation. Cela représente 5,25% de la population (les mal logés en France). C'est trop mais à l'époque de l'abbé Pierre, le chiffre n'était pas comparable.
La pauvreté de vie normale est marqué par l'INSEE. fraction de la population vivant avec moins de 60% du revenu médian. en France, cela fait 13,5% de la population. 8% si on enlève les deux premières pauvretés.
En France donc, 86,5% de la population n'est pas pauvre.
Drac considère de même que les problèmes de la Grèce sont des problèmes de riches au regard d'un africain. Mais des problèmes quand même. "Mais les français peuvent se plaindre d'insécurité croissante et surtout de vivre dans des sociétés absurdes qui les rend pauvres."

L'avantage d'être relativement riches
En France 5% des français sont millionnaires en dollar. Pour le revenu médian, les français sont dans le tiercé de tête. Le taux d'endettement est raisonnable. Notre état est ruiné mais pas nous.
Les français peuvent faire face
Nous vivons un contexte instable économiquement et géopolitiquement, la zone euro devrait exploser (tellement mal foutu). Mais cette explosion est tellement crainte à raison... mais désirable pour les possibilités politiques permises...
Qui vivra verra...

lundi 17 novembre 2014

Justice et ressentiment La marque du sacré chapitre 5 Jean Pierre Dupuy

Et ici, la somme des chapitres...
l'économie théorique et la pensée politique allant avec ne voient pas la menace pour les sociétés du mouvement exponentielle de la concurrence et des passions destructrices.

Le désenchantement du monde (ou désacralisation) est due à l'érosion par le message évangélique des structures religieuses primitives qui étaient aussi des barrières au déchainement du désir mimétique. En cessant de croire aux sorcières, la science s'épanouit et inverse la causalité en attribuant tout à la marche de la raison. Le temps des rites fait place au travail et à l'économie. 
Le débridement des vices (avant limités par les interdits) privés et des passions envieuses ne permettent peut-être pas le bonheur mais la richesse. Le déchainement a des cotés positifs mais a d'autres effets ravageurs notamment sur la santé mentale, le ressentiment domine le monde... L'économie devient l'essence de la modernité, elle se prononce sur la justice sociale. Inversement la philosophie morale moderne ne voit pas qu'elle est prise par les concepts de la théorie économique. Elle se base sur la rationalité instrumentale.
Les théories de la justice de ce style s'inscrivent dans l'arrière fond du christianisme et de l'injonction de se placer du point de vue des petits, des victimes. Ces théories veulent fonder cette injonction sur leurs tautologies logiques, elles reposent sur ce qu'elles veulent démontrer géométriquement. Aveuglement qui les rendent fragiles aux passions destructrices tributaires d'un phénomène religieux auxquels elles n'ont pas accès : le retrait du sacré. C'est dans le domaine de l'économie que cet aveuglement a les pires effets.

1 La justice n'est pas réductible à la logique.

Avant, les institutions savaient créer de la distance, désormais cette institution est la richesse, elle est désirée, comme l'a vu Smith par ce qu'elle concentre la sympathie, l'envie. En pensant à l'injustice, il faut penser au triangle. Or la pensée économique ne pense que le lien sujet --> objet. Cette pensée espère atteindre une société où plus personne n'envie quiconque en prenant des méthodes "scientifiques". Equité = construction de normes éthiques mais elle ne vient pas des analyses des passions humaines. C'est la raison qui blesse un état d'équité. Les sociétés inventent des moyens symboliques qui facilitent la dissimulation des passions comme les règles éthiques. L'indignation morale, aussi, peut être l'expression de l'envie (puritanisme). Cette théorie ne s'intéresse pas au personnes mais au statut et de distribution de richesse.

2 Inégalités sociales et humiliation
Pour contenir les passions de l'inégalité, les théories modernes font des contorsions. Il y a 4 dispositifs symboliques pour que les relations de supériorité ne soit pas humiliante. Ce sont les remparts contre la menace redoutable du ressentiment.

-La hiérarchie
C'est, selon Louis Dumont, La forme sociale des sociétés archaïques. Conception holiste où le tout est un élément supérieur. Le haut n'a de sens que selon cette idéologie, pas de supériorité individuelle. Par exemple la monarchie héréditaire ne se pose pas la question de la qualité de la famille, elle est faite pour en dispenser la société. Le but est toujours d'éviter la mise en concurrence des valeurs individuelles. Dans anciennes sociétés, toute ascension sociale n'est accepté que si on peut l'expliquer par l'aléa ou par la protection de réseau de relations.
-La démystification (Bourdieu)
Elle joue le rôle que jouait la hiérarchie dans le passé. Elle permet d'éviter d'avoir à attribuer au mérite les situations favorables de chacun. On démystifie les valeurs méritocratiques en révélant la transmutation de l'héritage social en grâce individuelle. Le démystificateur devrait n'éprouver aucune admiration pour ceux qui dominent le paysage économique et sociale. Malgré leur discernement de ces ordres, leur gout du social et de la remise en cause est pleinement concurrentielle.
-La contingence (Rawles)

Ou loterie des conditions, les principales théories de la justice comme celle de Rawles sont aussi anti méritocratiques. Les inégalités sont admises que dans la mesures où elles maximisent la situation des plus mal lotis. On rémunérera les talents non pour raison morale mais pour avoir accru le bien être des malheureux. Il entend ainsi neutraliser la loterie naturelle et sociale.
Il existe trois points : A La justice implique une corrélation positive entre talents et efforts et avec parts de la richesse sociale afin que le lot le plus faible soit le plus grand possible. B On n'a aucun mérite à ces talents et efforts. C Donc corrélation parts/talents ne traduit pas un principe méritocratique. Les gens "d'en bas" ne peuvent donc pas en vouloir à ceux d'en haut et devraient même les remercier de n'être pas plus bas. Cela pourrait marcher si tout le monde acceptait que le mérite ne joue aucun rôle. Mais cela est impossible dans un univers concurrentiel. Les gagnants ne veulent pas qu'on les prive de leur prestige ni les perdants de leurs tourments.

-La complexité (Hayek)
Dupuy note la différence entre Walras et Hayek sur la notion de main invisible, composition harmonieuse des comportements ne visant pas l'intérêt commun pour le premier, pour le second, il s'agit plutôt de l'autoorganisation de la termitière. (Imitation plutôt qu'instinct) Tout est comportement individuel puis sélection naturelle éliminant ce qui doit être. Hayek critique alors les politiques sociales car elles sont aveugles, on ne dicte pas à un ordre spontané sa direction. C'est la complexité sociale. Seul un marché peut décider d'une valeur, on ne peut l'anticiper. Hayek comprend que le marché concurrentiel peut exacerber les passions, seul compte l'échec ou le succès. Le remède Hayek la cherche dans le plus vieux recours traditionnel : l'appel à l'extériorité : c'est la "complexité", la dynamique sociale. "On supporte plus aisément l'inégalité, elle affecte moins la dignité, si elle résulte de l'influence de forces impersonnelles, que lorsqu'on la sait provoquée à dessein"
Comme chez Rawles, tout cela marche si on est d'accord avec le philosophe sur l’extériorité. Or, comment ne pas douter ??? L'ordre du marché ne nous enferme-t-il pas dans des impasses.
 
3 Pour un abord anthropologique et politique de la question des inégalités.
-La violence des ressentiments.
Le tragique de notre monde nous doit faire réfléchir sur la violence des passions et refuser les idéologies et la vision économique du monde. Le ressentiment mondial ne doit pas tourner en violence mondiale. Arrêtons de jouer à la géométrie morale cachant mal sa rationalité religieuse.

L'amour propre est force de destruction. Il y a, alors, croisement des regards : l'invidia. L'envie et la jalousie se polarisent sur l'obstacle et élimine toute force de rationalité. La bonne société est celle qui rétablit la transcendance de l'amour de soi (volonté générale). L'obstacle est un autre dont le désir identique au notre se dresse entre nous et l'objet. La passion nait car le rapport à autrui oblitère le rapport à l'objet. La vision éco ne voyant que rapport entre sujets et objet est condamnée à rester aveugle aux passions.

Revoyons ce qu'est l'intérêt : inter esse pour Arendt, c'est ce qui rassemble mais qui empêche de tomber les uns sur les autres. Vivre ensemble dans le monde c'est dire essentiellement qu'un monde d'objet se tient entre ceux qui l'ont en commun, comme une table est située entre ceux qui s'assoient autour d'elle ; le monde, comme tout entre deux, relie et sépare en même temps les hommes." Le ressentiment est la forme ultime du mal. Lorsque aucun intérêt pour le monde ne se tient plus entre les êtres pour les empêcher de tomber les uns sur les autres... " Sans médiation, c'est alors la mêlée, plus d'intérêt propre et d'intérêt commun.
La tache aveugle de Bourdieu et de ces pensées de l'économie est de ne pas pouvoir imaginer la possibilité de ne plus y avoir d’intérêt, plus de commun, ils n'imaginent pas l'anomie... Dangereuse naïveté.

-la sacralisation de la victime

Celui qui se juge en situation d'infériorité se pose en victime, or dans notre monde la victime est sacrée. La sacralisation des victimes est l'obstacle majeur ! L'universalisation du souci de la victime montre l'unité de notre planète. Mais on a pu massacrer au nom des victimes. On se bat même pour être la victime. Morale d'esclave du christianisme dit Nietzsche. Mais c'est un christianisme corrompu.

Bref, traiter l'inégalité avec la théorie de justice donnant un poids trop grand dans la victimisation, c'est aller dans le sens inverse de ce qu'il faut faire : ne plus se rendre complice de la sacralisation de la victime.

-Sortir du modèle victimaire.
Les pauvres acceptent que les riches soient riches mais pas que ceux ci les humilient. Quand vient l'humiliation, vient aussi le statut commode de la victime. La négociation devient impossible. Dans la justice victimaire, le persécuteur est sommé de rétribuer sa victime pour le ressentiment vécu. Il faut pour en sortir retrouver l'égalité morale.
Or les théories de la justice pensent que la société juste saurait se couper du ressentiment. Ils ne voient pas que c'est dans une société s'affichant juste que ceux qui s'y trouveraient en situation d'infériorité ne pourraient qu'éprouver du ressentiment. La géométrie morale ne vainc pas l'envie. Elle nous illusionne et nous éloigne des solutions. Comment minimiser ou réduire les effets du ressentiment ? Les canaliser vers formes bénignes ? 


L'emprise de l'économie sur sociétés modernes ne fait qu'un avec le retrait du sacré qui les constitue, concomitant d'un déchainement de concurrence et des passions toujours plus forte...

Paradoxe : l'économie théorique et la pensée politique allant avec  ne voient pas la menace pour les sociétés du mouvement exponentielle de la concurrence et des passions destructrices. La concurrence est "pure et parfaite". Il suffit de s'échanger des marchandises pour faire société efficace et pacifiée. Cette utopie en forme de cauchemar est peut être le prix à payer par une société désormais dépourvue des protections que le sacré lui assurait. L'économie, à la fois réalité et pensée, occupe en creux la place du sacré. Elle en est la marque suprême.


Plus bas, plus de détails sur ce chapitre...
 


mercredi 4 juin 2014

le travail invisible de Pierre Yves Gomez

J'ai rencontré, il y peu, le travail de Pierre-Yves Gomez, je suis marqué par le calme de son écriture en comparaison de la véhémence de ses horizons. Clarté, Révolte et profonde paix émanent de sa voix et de ses écrits. Lucidité et espérance.
Vous trouverez ci dessous un résumé de "Le travail invisible" paru en 2013.
Voici sinon, un article et une bonne interview audio.


Gomez veut expliquer la différence entre la réalité du travail et l'illusion de l'économie financiarisée. Après les miracles de la croissance, nous avons perdu le sens du travail humain comme source de la création de la valeur économique. C'est cet escamotage et cette disparition qui explique le mieux notre crise économique selon notre auteur.


I Diagnostic
A Mouvement économique
Gomez explique qu'à force de vouloir créer un Athènes sans esclave, nous avons créé une société de rente illusoire, défigurant la notion de travail car ignorant son origine, il en vient une dramatique auto exploitation, le rentier et le travailleur étant le même.
Quelle est l'origine de la situation ?
Il y a d'abord des petites lois, semble-t-il innocentes, l'indépendance des fonds de pension d'avec les entreprises, libéralisation des opérations du NYSE, ces deux décisions changent radicalement l'orientation de l'épargne, naissance de l'industrie financière moderne, explosion des perspectives d'épargne. Paradoxalement, cette afflux d'épargne géante irrigue les plus grandes entreprises, on veut peu de risques et l'argent appelle l'argent. On fabrique des idoles pour leur amener de la croissance.
Mais qu'avons nous fait de l'épargne de ce nouvel age d'or ? Qui sait vraiment, car il n'y a pas de grand allocataire, le "marché" le fait très bien. Marché, grand gestionnaire indépendant, boite noire pure et parfaite ?
Finalement pas vraiment, Keynes a montré qu'elle est un jeu de miroir (spéculum)
la décision du marché se fait par rapport aux autres et à ce que l'on pense être leurs décision.

L'industrie financière produit mécaniquement par imitation des comportements collectifs spontanés. L'argent est dirigé vers les entreprises jugées comme les plus prometteuses. L'entreprise doit séduire, pas seulement les bénéficiaires mais "plus que les autres". Comparer, anticiper le mimétisme du concours de beauté qui se déroule des deux cotés. Les concepts deviennent mimétiques et se transforment en croyance.(technologie, penser global, innovation etc..)

"Finalement comme en Espagne de la Renaissance, l'afflux d'or a produit de grandes armadas guerrières."

Donc, l'allocation des ressources est du à un jeu de miroir double, on s’intéresse de moins en moins aux entreprises mais à l'attente vis à vis de celle là. Le rêve de la rente conduit à une situation ou l'échange devient plus important que ce qui est échangé et plonge les entreprises dans une guerre économique qui conduit le monde vers un grand élan de l'innovation, arme fatale de la guerre et conduisant les entreprises à devoir courir deux fois plus vite que ce que tout le monde essaie de faire. Toujours plus de vitesse, de consultant, de court terme, de gros mangeant des petits, d’obsolescence de produits qui ne seront jamais profitables...
Cette situation s'accompagne aussi du délire des plus riches, l'explosion des rémunérations n'est que le signe d'un nouveau pouvoir, élite financière traversant les marchés, maitrise technique et mimétique, abstraction et vitesse, ils ont imposé des repères et créé des barrières.

Au départ, la finance est utile, elle permet le paiement des ressources avant la production. La financiarisation, c'est le moment où la finance ne devient plus un moyen mais un enjeu, elle tient son pouvoir de l'idéal de rente généralisée. Les gestionnaires donnent le "la" de la rentabilité. La promesse faite aux rentiers met la pression sur les entreprises mais l'absence longue de profits met le système en danger. Les fonds exigent une rentabilité a priori. Ne nous braquons pas trop vite sur une lutte actionnaires-travailleurs, ce sont pratiquement les mêmes. La vraie distinction est entre l'oligarchie et les autres.

Le propre du capitalisme n'est pas l'économie de marché mais l'accumulation du capital. L'administration et le management organise cela pour l'oligarchie avec l'aide de la SI et du contrôle de gestion. La financiarisation ne tombe pas du ciel, oligarchie + gestion + tendance peccamineuse du capitalisme.

B Conséquence sur le travail : le travail invisible
Bref on assimile le travail à sa contribution au profit. La bureaucratie devient le système rationnelle du contrôle par l'économie. Le mouvement s'est fait avec l'abstraction de la compréhension de l'activité et de la réalité, l'informatique, maitrise du temps et compétence spéculative, sabir d'initié, le manager veut et croit tout contrôler au doigt et à l'oeil, le cadre intermédiaire doit appliquer la logique financière dans le travail. Le mépris inter-classes saupoudre le tout. Les entreprises sont prises au piège du mimétisme, adaptation ou mourir.
Mais pourquoi, la roue de l'économie tourne-t-elle encore ? 

-L'ignorance entretien la confiance d'un contrôle.
-Prospérité remarquable pendant trente ans, tout critique est un pisse-vinaigre !
-Attrait de l'esprit de rente (instinct de survie, sécurité notamment)
-La consommation de soi maintenant l'adhésion au système ( Citation du daily reckonning : Toute l'économie mondiale dépend du consommateur ; s'il cesse de dépenser de l'argent qu'il n'a pas pour des choses dont il n'a pas besoin, nous courrons à notre perte)

Il faut surtout de la confiance, la dette publique est exposée sur la bonne santé de l'économie, les prix réels deviennent ceux du marché et de la spéculation. La croissance éco est entrainée par la croissance de la dette, gagée sur la croissance des entreprises qui assurent la croissance éco. Jeu de miroir infini. Plus on avance plus la roue tourne. Gomez compare alors l'économie financiarisée avec la roue de l'écureuil. Les promesses de rente aux actionnaires ont été récupérées par les prolétaires. Ceux ci cherchent à obtenir une rente perpétuelle sur les entreprises qui la paient en exploitant leur travail. Et tourne la roue. On s'efforce de vivre au dépens de tous...

Il arrive nécessairement la crise, il faut la comprendre dans la vision globale de la rente, il faut diagnostiquer l'évidement général de sens et l'exploitation du tous par tous. De plus l'élite n' a pas réagi car perdu dans sa dé réalité (mondialisation abstraite contre monde), décision prises dans concept déréalisant, les mêmes recettes connues deviennent les problèmes en question, l'élite ne connait pas la sortie de l'économie du miroir.
Regardons le monde réel et observons le travail
Le mot actuel est né de l'industrialisation, outil de la politique libérale et individuelle. Est devenu travail seulement ce qui l'est reconnu par l'entreprise et l'administration. Le travail est devenu une marchandise comme une autre. Cela a souvent conduit vers moins de précarité et des alliages menant a de grandes prospérités.

De plus le travail est perçu comme une malédiction, peine à éviter. C'est la vision doloriste du travail. Vision qui va à l'encontre de la conception biblique quand on la lit bien où l'homme participe à la création. Le péché lui a retiré son dessein, l'homme devient concentré sur son effort que sur sa responsabilité. Le paradis n'est pas représenté comme celui des oisifs rentiers ?
Le travail n'est qu'un mauvais moment pour une perspective de loisirs. En altérant le travail, on peut y altérer l'homme.

Gomez compare les pensées de Simone Weil et de Hanna Arendt. Il commence à voir ce qui les distinguent, Arendt met en valeur le travail comme lutte nécessaire contre la nature et l’œuvre, acte du génie humain alors que Weil ne met aucune distinction, l'homme est corps et esprit incarné, le travail est la source d'un engagement, il est humanisant s'il est incarné. Il ne faut pas dégager du temps libre pour le travail mais il faut créer les conditions d'un travail authentique, un travail intelligent avec conscience de lui même.  Est asservi, celui qui ne sait pas pour quoi ni pour qui il travaille et qui ne peut ressentir aucune fierté de l'ouvrage qu'il accomplit. Le temps libre est au service du travail. Travailler parce qu'il le faut bien devient un esclavage surtout si cela est pour l'économie de la rente. Il faut désormais comprendre le travail comme la personne au travail et le mettre au centre de la société politique pour éviter de ne rester qu'avec la douleur, la rente et les vacances.


II Analyse par les trois sources de la création de valeur du travail
Gomez rappelle quelques bases pour comprendre le travail.
Le travail est toujours une expérience objective, subjective et collective.
Subjective car elle transforme le sujet, elle créé une valeur économique car personne valorisée par la reconnaissance.
Objective car le travail produit quelque chose inscrit dans la réalité commune, ce n'est pas une autosatisfaction narcissique, cela se traduit par un résultat objectif traduit par la communauté.
Collectif car le travail tisse des liens et il est bon d'appartenir à une communauté.

Le travail réel ? Il est vivant, pénible, fatiguant mais stimulant et enrichissant., source de reconnaissance, objectivée par la performance et collective par solidarité

Après avoir délimité ces trois dimensions du travail, Gomez affirme que le travail moderne souffre d'une hypertrophie de sa dimension objective. Le travailleur vaut ce qu'il réalise dans le système rationalisé. Le travailleur est une variable d'ajustement, affaiblissement du faire ensemble, stratégie personnelle. La crise s'annonçait par l'essoufflement du travail. Le manager est mangé aussi par l'hypertrophie d'objectivité.
Perte du réel, écran technologique et fuite vers toujours plus de même chose. (innovation, compétition, rentabilité, abstractions...) Parler de la crise financière, c'est parler de ce qui nous démange mais le mal c'est la dévalorisation du travail. L'économie de rente a rendu le travail invisible et les élites aveugles. Elles se désespèrent du cout du travail alors que c'est la philosophie du travail qui pêche.


III Quelques solutions....

-Reconnaitre la gratuité
-Soigner le travail subjectif (personne ne se lève le matin pour une marge opérationnelle)
-Rechercher des élites responsables du bien commun, qui donnent les directions. 
-Retrouver le sens de ce que nous faisons.
-Savoir être fier des autres
-Stopper le désir névrotique de tout contrôler.
-Gratuité, sens, fierté, leader sensible au bien commun à accueillir 
...et tenter de définanciariser l'économie.

Comment faire pour définanciariser l'entreprise ?
-Redécouvrir le travail humain comme vraie source, le travailleur doit s'extraire des normes et des jeux de miroirs spéculatifs
-La subsidiarité : accepter que les travailleurs ne sont pas des idiots. La vraie délégation du pouvoir se fait du bas vers le haut (Saint Thomas d'Aquin : corriger si il y a du désordre, suppléer si il y a un manque, parfaire si quelque chose de meilleur peut être fait. S'interdire de faire ce qu'un échelon inférieure pourrait faire.
-Co-détermination, veille et supervision des décisions essentielles (et éviter la sur représentation d'oligarques dans les conseil d'administration)

Conclusion
L'économie est morte à force d'abstraction. Le travail est au centre du malaise, prenons de nouveau le travailleur en considération et arrêtons les rêves d'une Athènes sans esclave, refusons aussi tout dolorisme. Le travail est il une malédiction ou un processus d'hominisation ???
Le travailleur est il un paria servile ou un homme libre et actif ?
Il est urgent d'organiser de nouvelles solidarités alors que les retraites ne sont que des illusions. Il est bon qu'il y ait des rentes mais arrêtons de baser nos vies dessus !!

La crise nous convoque ! L'économie du travail vivant reviendra!