Affichage des articles dont le libellé est Dupuy. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dupuy. Afficher tous les articles

samedi 18 mars 2017

Magnifique exemple d'illusion libérale

J'aimerais vous faire partager ce petit article très édifiant de Nicolas Bouzou. Il est très représentatif d'une certaine justesse libérale accompagnée de ces grandes illusions. Il aimerait donner un nouvel élan au progressisme dans sa version libérale.
Cet article me permet de reprendre certains articles passés pour résumer ce que je vois comme des gentils impasses orgueilleuses.

Bref résumé et deux citations :

Nous connaissons une mutation techno-technologique en cours, création destructrice sans précédent. Elle n'est pas indépendant à la montée de la violence dans le monde. Perte de repère, blessures narcissiques. Copernic, Darwin. Le fondamentalisme est en réaction à la science qui sécularise.
"Aujourd'hui, l'intelligence artificielle, les nanotechnologies, la génétique, les énergies propres ou la révolution spatiale nous font de nouveau basculer dans un nouveau monde qui tue l'ancien, celui des agendas papiers, de la voiture à essence et des stations-services, de la médecine clinique et du salariat."
D'immenses questions d'éthique arrivent. Ces périodes Schumpeteriennes renforcent le conflit entre les prétendant à une société ouverte et les autres et qui de fait s'allient avec les fondamentalistes religieux et nationalistes.
Dans l'histoire, il y a des déclencheurs et des facilitateurs, mais sur le temps long, les périodes de violence correspondent à des périodes de destructions créatrices.
Tout est toujours une histoire de blessures narcissiques d'un monde en changement. Il n'est point trop question ici de pauvreté mais de refus de l'ouverture et du modernisme. Le terrorisme peut se greffer sur n'importe quel récit qui considère le monde tel qu'il est comme un bateau qui coule. Non améliorable et non aimable. Il partage l'idéologie du c'était mieux avant.
"c'est à nous, les progressistes et les libéraux modérés, de la faire mentir et de bâtir le récit philosophique confiant du monde qui vient, pour contribuer à faire reculer la violence."
Quelques commentaires.
Il y a beaucoup de choses résumées en quelques lignes de cet article. Certes ce n'est qu'un tout petit papier et n'est pas Baverez qui veut mais je suis effaré par le manque de perspective historique, et de non questionnement de l'économie, de la religion et son manichéisme qui lui permet de classer les bons et les gentils par une méthode limitée et anti-religieuse de principe, elle ressemble au méthode mafieuse des défenseurs de la mondialisation. Nous n'avons pas le choix, et tout questionnement de principe sur le bien fondé du progrès est un fondamentalisme, un terrorisme, un homme marqué par l'humiliation narcissique.

Comment discuter ?

Puis je proposer des points de discussion  pour initier un débat.

La violence de l'économie
A Crise de foi
a partir de ce document, j'aimerais interroger Bouzou sur la fin de l'économie. Devons nous la servir ou est elle au service de la population ? Ne voit il pas l'ambivalence de l'économie ? 
Il la voit, il l'appelle la destruction créatrice de Schumpeter, l'ambivalence est dans le mot même, mais celle-ci est montrée pour mieux l'ignorer. Il faut accepter cette violence pour ce qu'elle apporte. État d'esprit d’idolâtre, soyons prêt à tout ce que nous dicte l'idole. Sacrifions, ce qui est à sacrifier. Symbole d'une cléricature qui veut faire le bien du monde entier sans se faire frère.
Bouzou ne voit pas qu'il dit que l'économie est la violence et la barrière des hommes pour contenir la violence. Il avoue la sacralité de l'économie, bonne violence institutionnalisée. Nous vivons la mise en doute de cette violence institutionnalisée. On peut s'effarer devant un monde qui ne croit plus en rien et devenir fondamentaliste, c'est un risque, on peut aussi comme Mr Bouzou jouer au grand prêtre naïf. Croyons, croyons et ne soyons pas méchant. Il aimerait faire revivre la grande flamme du progressisme.

B Déchainement mimétique
Relisons cet article interne
Bouzou est surpris par le déchainement des violences, il parle de blessures narcissiques. C'est très intéressant. Il parle en quelque sorte du ressentiment métaphysique et du ressentiment des looser face aux avancées du progrès. C'est, dit-il, ce que nous avons toujours vu.
Il y a deux choses. Il y a en effet le mimétisme des looser dont il ne voit pas qu'il est le winner. Soyez du bon coté, camarade, dans la folie mimétique moderne de l'appropriation des signes extérieures de succès et d'ouverture. 
Il y a ensuite une lucidité sur le fait que le mouvement progressiste tue les idoles humaines (même si sa version des découvertes galiléenne et copernicienne est une image d’Épinal confortable mais dont il évacue toute subtilité philosophique, voir ici pour les plus courageux). Il demande finalement à ce que les hommes se rendent à la vérité démystificatrice de son progressisme efficace et technologique. Illusion, il surfe sur la vague démystificatrice et joue le bon rôle du progrès sans voir l'ambivalence et en quoi, il est lui même mystifié. Face aux passions de l'inégalité, Bouzou demande aux personnes de prendre leur responsabilité et de penser comme lui au lieu d'être blessé narcissiquement. Je suis un winner, faites comme moi, bande de looser. Mensonge romantique qui part de la vérité du ressentiment et du déchainement mimétique dont il est le grand prêtre. Peut on jouer un jeu idiot, le gagner et reprocher au perdant de ne pas être vainqueur ? C'est le jeu de Mr Bouzou. Il croit à un grand mouvement progressiste croyant que tout le monde acceptant les règles du jeu, il n'y aura plus de ressentiment sur la justice. Bouzou comme tout bon progressiste ignore le risque d'anomie qu'il voit  sans en voir la responsabilité de ce qu'il promeut.

C Le religieux comme source de la violence.
Derrière toutes les illusions invoquées, partout en filigrane, demeure la thèse que la religion, obscurité, est la source de toute la violence.
Tous les progressistes, ici, se donnent la main, du plus grand souverainiste au plus grand mondialisateur. Ceci est bien résumé ici en anglais. ou sur cette image.

Il est intéressant de relire cet article interne (encore !?). Il propose une histoire schématisée du progressisme et montre les dangers du post modernisme. C'est encore un part de vérité de Bouzou, oui, le fondamentalisme est en effet un tentation moderne, mais il ne voit pas que les modèles qu'il donne en exemple sont aussi une tentation moderne. Le technicisme ou le post humanisme qui est une manière comme l'autre d'oublier l'homme.

L'humanisme de Bouzou n'est pas désirable, son ennemi est le notre mais son argumentation manichéenne ne voit pas qu'il peut être, lui-même son frère jumeau. Certes, Bouzou n'est pas ce qui semble le plus dangereux à court terme, n'est il pas une queue de comète d'une ancienne et vieille illusion ?
Une ancienne illusion qui a pu pouvoir prendre sur elle, l'origine de tout progrès sans voir qu'il n'existait qu'un seul progressisme, celui du progrès de l'accueil de la révélation du Christ dans les cœurs. Naïf ? Je ne crois pas.

lundi 4 mai 2015

Bernard Maris et la fraternité anonyme

Interviewé par la télévision belge, peu avant sa mort tragique dans les locaux de Charlie Hebdo, on retrouve en condensé le peu que je connaissais de Bernard Maris. Ce portrait intellectuel qui jongle entre ses propres livres et sa production éditoriale ressemble à un testament. Ce testament fait curieusement beaucoup écho à ce propre blog. Cela me surprend peu car j'appréciais certaines de ses sorties médiatiques. 
Ne représente t-il pas pour moi l'homme de gauche qui doute et médite, rempli de générosité et du tragique de l'existence, tragique qu'il faut tenter d'embrasser comme la croix du Christ dont elle n'est peut-être que l'ombre sur nos vies et qu'il a, semble-t-il, voulu reprendre dans ses bras...
Laïcité, capitalisme, violence, la quête vibrante de communion de cet auteur a cessé brusquement par un fusil situé à la convergence de ces trois questions qu'il n'a cessé de creuser. Espérons qu'elle a trouvé sa résolution dans les bras du Père et non dans des bras anonymes....



Laïcité
Bernard Maris pose le portrait d'une laïcité douce, elle ne serait pas "de combat" elle est le rêve raisonnable d'une société qui ne croit plus à la folie de la non réciprocité violente du christianisme. Elle est la fraternité en acte, la décence commune. Elle est le rêve de "fraternité anonyme", la cristallisation de l'altruisme inhérent à l'homme et qui nous fait homme. Le religieux n'est pas vraiment l'ennemi de la laïcité mais c'est l'effondrement du social qui en brise les espoirs. 
Je crois que le diagnostic est juste mais il montre surtout le malentendu, souvent de gauche, que porte Bernard Maris. Le religieux est extérieur à l'homme et est une dimension ajoutée. Le rêve de pentecôte et de fraternité devient "anonyme", ironie de l'expression qui comprend le désir et le besoin de communion fraternelle humaine mais qui refuserait de porter le regard sur le Père ou le frère par excellence, Jésus.
Il ne reste qu'un malentendu entre personnes de bonne volonté et une laïcité trop légère pour porter sur ses épaules un besoin eschatologique....

Capitalisme
Celui-ci se donne comme vocation d'absorber toute métaphysique, foi et superstition. La relation marchande se substitue à toute relation véritablement humaine possible. L'argent est l'arme de destruction massive de toute relation humaine éprouvée, le capitalisme en est le stratège. Fausse égalité, hyper narcissisme, hyper individualisation, société confortable mais âpre et dure, sans plus aucune consolation, elle tue tout altruisme et coopération. Processus mortifère et suicidaire. Nous perdons tout...
Il a écrit un livre sur Houellebecq économiste. Il est selon lui l'auteur de la fin du capitalisme. La fin des relations humaines mangées par les relations marchandes, le malthusianisme, la réflexion sur l'utilité.
Maris nous invite aussi à connaitre Freud, Keynes et Marx, ils se sont bien trompés mais ils nous ont donné des indices merveilleux pour comprendre notre monde. Infantilisation du capitalisme en pleine hubris et sans limite sauf celles de la terre. Bidonvillisation du monde malthusien (la possibilité d'une île). Quête absurde d'une productivité qui lutterait contre la rareté. Contre productivité (Illich), promiscuité et catastrophisme que nous savons mais que nous ne croyons pas (Dupuy). Nous allons tous en mourir.
Les socialistes ont trop cru qu'il pouvait construire le paradis sur terre, ce sont des chrétiens qui ont perdu le paradis. (thèse proche de celle de Hadjadj)
Cela nous donne un capitalisme créateur d'irresponsables immatures, endettés croyant à la vie éternelle par la productivité... Mais, en fait, nous avons peur de la mort ! Trouvons le juste milieu et osons vivre ! Nous ne faisons que perdre notre vie à la gagner.


Violence
Bernard Maris a écrit un livre sur la perception de la première guerre mondiale par deux grands hommes qui en ont survécu et se sont probablement battu l'un contre l'autre. Maurice Genevoix (son propre beau-père) et Ernst Junger. (à ce propos, ne soyons pas dupes, "les artistes sont les sentinelles et les voyants de notre monde") A leur suite, il affirme avec force, ne nous faisons pas de film, nous aimons la guerre, les hommes peuvent aimer la cruauté, la guerre apporte une sensation de plus d'être à eux qui la font, c'est un moment exceptionnel et fraternel mais avant tout une maladie destructrice et abjecte....
Malgré tout, Hollande et Merkel, c'est mieux que tout cela, il faut éprouver et voir notre part noire ("Nous ne sommes pas bons !")qui nous est constitutive comme notre altruisme. Il donne comme image un tableau de Goya de deux hommes préférant continuer à se battre alors qu'ils sont tous les deux pris dans le sable mouvant. Mimétisme et montée aux extrêmes !







 Quelques notes...

lundi 2 février 2015

La marque du sacré de Jean Pierre Dupuy - post global et final

Voici le menu de ce livre dont j'ai pris la peine de m'arrêter à chaque chapitre qui sont autant d'essais convergents vers quelques idées percutantes et essentielles.
Nous sommes des êtres religieux, tous nos comportements, même les plus laïques et obligatoires, nous le montrent si nous portons un peu d'attention. Mais de plus, Dupuy se paie le luxe de démontrer comment nous créons nos dieux. Tout est question d'auto transcendance ou Satan expulse Satan comme dirait Jésus. Le collectif humain a la capacité de créer leur propre extériorité. Le mal se met à distance de lui-même pour se contrôler et prendre la figure du bien.
Nos époques vivent la fin de la distinction entre la bonne et la mauvaise violence, nous sommes à la recherche désespéré d'un point extérieur.
Les rationalismes contemporains n'arrivent plus à appréhender la forme de l'auto transcendance et cela ne fait qu'un avec la dénégation qui les constitue : le refus d'admettre que les rationalités qu'ils mobilisent s'enracinent dans l'expérience du sacré. Cette erreur nous rapproche de la catastrophe ou de la révélation qu'elle constitue...
La science du religieux est la science la plus aboutie de la connaissance humaine...










mardi 27 janvier 2015

Chaptre VII - Variations sur Vertigo - La marque du sacré de Jean Pierre Dupuy

Et, ici, la somme des chapitres...

"Quand je mourrai, rien de notre amour n'aura jamais existé

Dupuy termine le livre par un chapitre original et très personnel, il sera basé sur le film Vertigo de Hitchcock, il va retrouver presque tous les termes de son travail précédent et va lui permettre de ré-appuyer sur certains sujets évoqués dans tout le livre, il y a un magnifique effet de quintessence. Ce film m'a construit semble dire Dupuy qui a une relation obsessionnelle à ce film. "Ma vie était inscrite dans l'oeuvre", "Je lui dois ma passion pour la logique, la philosophie et la métaphysique. L'auto extériorisation par laquelle l'intérieur d'un système se projette à l'extérieur de lui-même, le temps, la catastrophe qui révèle le sens des événements qui la précèdent."
Attention plein de spoiler du film ensuite (et voici un résumé)

Du mode d'existence de Madeleine

Scottie, le héros du film tombe amoureux d'abord d'une femme qui n'existe pas, c'est une fiction dans la fiction qu'est Vertigo. (A ce propos, comment faisons nous pour distinguer le faire semblant, du faire semblant de faire semblant ?). La mort de Madeleine la transforme elle et son amour en quelque chose qui n'aura jamais été. A l'inverse de ce qu'à pu dire Jankélévitch sur la vie : Celui qui a été ne peut plus désormais ne pas avoir été : désormais ce fait mystérieux et profondément obscur d'avoir été est son viatique pour l'éternité.
Madeleine en avait l'intuition et l'avait soufflé (seul moment de vérité ?) avant de monter au clocher.... On ne revient pas du néant ontologique, Judy meurt comme Madeleine avant de comprendre cela...

La catastrophe et le temps 
Bergson écrivit dans le texte : le possible et le réel. "Je crois qu'on finira par trouver évident que l'artiste crée du possible en même temps que du réel quand il exécute son œuvre." et puis "Au fur et à mesure que la réalité se crée, imprévisible et neuve, son image se réfléchit derrière elle dans le passé indéfini; elle se trouve avoir été, de tout temps, possible ; mais c'est à ce moment précis qu'elle commence à l'avoir toujours été, et voila pourquoi je disais que sa possibilité, qui ne précède pas sa réalité, l'aura précédée une fois la réalité apparue."

On retrouve dans Vertigo cet hommage au futur antérieur et aux temps de la catastrophe qui mélange fixité et incertitude. Si on fixe trop l'avenir catastrophique, on aura perdu la finalité de l'opération qui est de motiver la prise de conscience.


Dupuy se répète par rapport à d'autres chapitres, il faut tenir la catastrophe comme un destin et simultanément comme un accident contingent : Il pouvait ne pas se produire, même si au futur antérieur, il apparait comme nécessaire. Métaphysique des humbles qui croit que si un événement marquant se produit, c'est qu'il ne pouvait pas ne pas se produire, mais tant qu'il n'est pas produit, il est inévitable.
Cette métaphysique est celle du récit sacré. C'est celle aussi de Vertigo

L'objet du désir
L'amour de Scottie aura rendu existant un personnage de fiction. Mais pourquoi l'aime t-il ? Apparemment elle est possédée par l'histoire de son ancêtre Carlotta et ne peut la posséder. Il est fasciné par elle, fasciné par la mort... Elle est le type de femme qu'on épouse pas car elle cesserait d'être ce qu'elle est. Scottie pensait pouvoir la posséder, erreur...
De même en comprenant l'identité de Judy, il comprend qu'il n'a fait à Judy que ce qu'a fait déjà avant lui Elster quand celui-ci a transformé Judy en Madeleine. Quand il s'en rend compte, il dit que celui ci a fait Madeleine mieux que lui, envie, envie. Il n'a fait qu'une copie de Madeleine qui n'était elle-même qu'une copie (qui n'était qu'une copie faite par Hichcock....), c'est à dire un simulacre, de l'objet réel, lequel n'a aucun intérêt sinon la fortune qu'il rapporte par son suicide présumé. On ne saurait dire avec plus de force et d'ironie dévastatrice l'inanité du désir. Désir mimétique, il n'a désiré qu'une image fabriquée par un autre


Le sens du passé
Tout comme la fleur de Coleridge de Borgès, la jetée de Chris Marker, Vertigo possède une structure particulière face au passé. La cause est postérieure à l'effet, le motif du voyage est une conséquence de ce voyage. Cette structure entre lien et passé est la même que celle du sacré.

Pour que l'expérience du projet puisse venir à l'existence, la boucle doit se refermer sur l'origine, non pas le passé mais l'avenir devenu futur antérieur. Si la structure ne se boucle pas, le temps du projet qui est fiction métaphysique, révèle son statut de fiction qui est de n'avoir jamais été. La fiction dans la fiction entre Madeleine et Carlotta se boucle parfaitement, mais quand Scottie refait le même voyage avec Judie et Madeleine, la boucle ne se referme pas et c'est la tragédie. Qu'est ce qui empêche la boucle de se boucler ? Scottie et Judy font un voyage dans le passé pour redevenir Scottie et Madeleine et essayer de sauver un amour. la volonté de contrôle de Scottie change tout. Puis il observe le collier de Carlotta possédé par Judy. Le cercle ne se boucle pas, le symbole de Vertigo n'est pas le cercle mais le cercle qui veut se renfermer sur lui même  et n'y arrive pas... Cela devient une spirale tourbillonnante dans l'abime.


A la toute fin de ce chapitre et du livre donc, Dupuy témoigne de l'amour, il prend l'exemple d'un patient du docteur Frankl endeuillé de sa femme. S'il pouvait créer une femme en tout point pareil de sa femme le ferait il vraiment ?
Une personne ne se résume pas à ses caractéristiques, l'amour pour sa femme échappe au temps linéaire, au temps vu comme réceptacle linéaire des événements





dimanche 11 janvier 2015

La menace nucléaire, notre nouveau sacré - Dupuy partie VI la marque du sacré.

Et ici, la somme des chapitres...

La désacralisation du monde n'est pas un phénomène progressif qui irait comme par nécessité vers l'élimination complète et définitive de la religion. Des resacralisations secondaires viennent constamment ponctuer ce long retrait du sacré primitif en en perpétuant la caractéristique principale : le sacré contient la violence dans les deux sens du mot. 
--------
Dupuy s'attaque au sixième chapitre au sacré de la bombe atomique et de la dissuasion nucléaire.
L'apocalypse nucléaire est à la pensée stratégique ce que la crise sacrificielle, dans la théorie de René Girard, est à la science de l'homme : un centre absent et néanmoins rayonnant, dont tout ce qui est découle ou un trou noir, invisible mais qui s'aperçoit par l'attraction immense qu'il exerce sur tous les objets de son voisinage.

Ben Laden dans son interview de 1997 parle comme un métaphysicien, il annonce ses actions terroristes comme des réponses aux bombes d'Hiroshima et c'est ainsi, pense Dupuy, que beaucoup d'américains l'ont pris. "Les américains ont commencé, nous devons utiliser avec simplicité le principe de réciprocité. Et au Japon aussi, les bombes ne faisaient pas de différence entre les enfants et les adultes." dit Ben Laden en substance.

Ben Laden prend la position de Levy-Strauss dit encore Dupuy. La loi qui impose la réciprocité de l'échange serait la manifestation d'une nécessité d'ordre logique, et par là même mécanique. Ben Laden révèle ce que Bourdieu et les autres ne voient pas, à savoir que cette logique est celle du mal, de la violence et du ressentiment. Le terrorisme islamique se montre comme le reflet monstrueux de l'occident qu'il déteste. Logique victimaire, fin de la guerre juste, fin des principes de proportionnalité et de discrimination.

Gunther Anders, le théoricien de l'ère atomique
Pour Anders Le tribunal de Nuremberg fut d'une ironie monstrueuse car ce fut aussi le début de l'ère où les vainqueurs développent des armes qui rendent les guerres criminelles.  Hiroshima n'est il pas perçu comme un mal nécessaire. Les normes morales s'effacent devant le calcul des conséquences (conséquentialisme). Dans ce cas là pourquoi n'avons nous pas tué les enfants et femmes de la Ruhr pour accélérer la défaite allemande ?
Pourquoi cette exigence minimale morale n'a pas écarté l'option nucléaire ? Le jugement moral découler des évenements tels qui'ils se sont déroulés, c'est la fortune morale des vainqueurs.
Selon Dupuy, les recherches historiques tendent à nous faire penser que les bombes atomiques n'étaient pas fondamentalement nécessaires, Truman aurait du accepter l'aide soviétique et la permanence du rôle sacré de l'empereur. Il voulait impressionner les russes, les japonais furent des cobayes. Les américains furent même surpris par la reddition après seulement deux bombes...
Quel sens a ses deux bombes ? Comment l'habillage conséquentialiste a t il pu fonctionner ?
Pour Anders, le 6 Aout est le départ d'une nouvelle phase humaine, celle où l'homme sait qu'il peut se détruire. La dénucléarisation ne marchera pas, cela existe, cela sera utilisée. "L'apocalypse est inscrite comme un destin dans notre avenir, et ce que nous pouvons faire de mieux, c'est de retarder indéfiniment l'échéance." Réfléchir sur la rationalité de Hiroshima, c'est encore traiter l'arme nucléaire comme un moyen au service d'une fin, or elle les excède toutes. Pourquoi l'aveuglement face à l'apocalypse ?
Parce qu'il y a un décalage, nous ne pouvons sentir, imaginer la disproportion entre notre capacité de destruction et notre condition.

L'impuissance de la dissuasion ?
La réussite de la dissuasion est elle comme la blague de la poudre aux éléphants ? "Vous voyez bien que cela marche". Dans le reportage the fog of war, de nombreuses fois cités, Mac Namara sur qui le film est centré affirme : La dissuasion ?  Quelle blague ! Quarante fois nous sommes passés à ça (un petit écart des doigts) d'une guerre atomique. We lucked out ! (Nous nous en sommes sorti par la chance !)



MAD (Mutually assured destruction) fut la première stratégie pendant la guerre froide. Chaque nation offre en holocauste sa propre population à l'autre. (Cf : discours de Clinton à la Russie, nos boucliers atomiques sont à l'encontre des états voyous mais pas de vous...) Les nations nucléaires se présentent comme vulnérables et invulnérables.

NUTS (Nuclear utilisation Target Selection) La doctrine d'une frappe précise contre les armes nucléaires de l'autre tout en s'en protégeant par un bouclier antimissile.
Tout le monde a pris ces deux stratégies comme de la sagesse et nos garants de paix. Pourquoi ? Tout est dans l'intention et personne n'ose jeter la première pierre. Moralement, elles sont comme les divinités primitives, elle conjoint la bonté puisque c'est grâce à elle que la guerre nucléaire n'a pas eu lieu, et le mal absolu, puisque l'acte dont elle est l'intention est une abomination sans nom.
Mais si on ne croit pas à la destruction mutuelle car aucun dirigeant ne prendrais le risque de détruire l'humanité, c'est finalement avouer que la menace nucléaire n'est pas crédible...
La dissuasion n'a pas empêché le surarmement nucléaire.
Pour que la dissuasion marche, il aurait fallu abandonner la notion d'intention dissuasive. La simple existence de l'armada gigantesque aurait du suffire... Cette dissuasion existentielle fait de l'anéantissement un destin. Bref Anders et la pensée stratégique sont d'accord, nous sommes dans l'ère du sursis.

Si on suit cette dissuasion existentielle, la dissuasion nucléaire a maintenu un temps de paix en projetant le mal hors de la sphère  des hommes en en faisant une extériorité maléfique mais sans intention mauvaise pouvant fondre sur l'humanité comme un tremblement de terre. Cette menace suspendue aurait donné aux princes la prudence pour éviter l'abomination de la désolation.
Le paradoxe donc de la dissuasion intentionnelle est la marque du sacré. 

Dupuy pense que ce paradoxe de la dissuasion est aussi celui de Jonas (le philosophe et le prophête....). Il dit voici l'avenir pour inviter les habitants de la planète à changer pour que l'avenir prédi ne soit pas celui qu'il prédisait. Il parle pour un avenir qui ne se réalisera pas s'il fait bien son travail. Mystère et paradoxe. Dupuy pense que la dialectique du destin et de l'accident peuvent nous aider à comprendre la chose. L'apocalypse nucléaire est à la fois nécessaire et improbable, le hasard et le destin viennent s'y confondre. L'accident est à la fois le contraire du destin et sa condition de possibilité. C'est donc un accident que nous ne voulons pas et que nous cherchons à éviter.
Sauf si nous renonçons complétement à la violence, nous ne pouvons que jouer avec le feu, pas trop près (dissuasion existentielle) et pas trop loin pour ne pas oublier le danger. Il ne faut pas trop croire au destin, ni trop refuser d'y croire. Cela nous permet d'être à distance du trou noir qu'est l'apocalypse nucléaire.

Cette structure est exactement celle du sacré primitif tel que l'a vu Girard : Il ne faut pas trop s'approcher par ce qu'il déchaine la violence, il ne faut pas non plus s'en éloigner car il nous protège de la violence. Le sacré contient la violence, dans les deux sens du mot.

La fin de la haine et du ressentiment
Le mal dans le christianisme est relié à l'intention de ceux qui le commettent. Or la dissuasion nucléaire ne tente t-elle pas de disjoindre les deux ? Dupuy présente le désarroi de Anders au Japon où il lui semble  que les japonais ont confondu la bombe avec une catastrophe naturelle comme s'ils éloignaient d'eux-même toute possibilité de ressentiment. Il écrit alors que dans un monde apocalyptique, par notre faute, offre l'image d'un paradis habité par des meurtriers sans méchanceté et par des victimes sans haine. Prophétie d'un monde de guerre contre lui même, sans haine. Dupuy pose cette question pour finir ce chapitre, L'inhumanité de la violence sans haine n'est elle pas la seule transcendance qui nous reste ? 

Le film avec Mc Manara en entier est ici




Plus bas, résumé plus détaillé...