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jeudi 9 mars 2017

Les urgences de Benoit XVI par René Girard



J’ai retrouvé sur le Figaro un texte de 2007 de René Girard où il profite de la sortie du Livre du Cardinal Ratzinger – Benoit XVI, Jésus de Nazareth pour dire combien, encore après Ratisbonne, il est en droite ligne avec le Pape et combien ses travaux font échos aux siens. Au-delà de toute illusion de l’époque historico critique de l’analyse de l’Evangile (et de tout fidéisme de la divinité du Christ), le travail de Benoit XVI montre combien nous pouvons enfin avec tranquillité unir le Jésus historique et le Jésus de la foi.  Combien nous pouvons avec sérénité développer un rapport intime avec Lui, à le découvrir comme unique bon médiateur, lui qui se caractérise par son unité au Père et son imitation.
Le centre de l’histoire devient la Passion, image centrale de la vie du Christ et de la révélation du don total de Dieu. Lieu central de la continuité et de la discontinuité. Jésus fut entrevu par les religions archaïques mais il signe la fin de la continuité sacrificielle, il révèle la violence sacrificielle et place les hommes face au choix de Dionysos ou du Christ, du sacré ou de la sainteté. Et nous met face à l’urgence de la rencontre du Dieu des béatitudes, juste proximité à Dieu avec Jésus, contre les conformismes de la violence planétaire, sacré frelaté et idolâtrique.
Dans cet article, rien de nouveau sous le soleil mais une confirmation synthétique. René Girard se sent moins seul, il est heureux de pousser avec le pape à une lecture eschatologique légitimée par les recherches historiques et exégétiques. Plus que jamais, la violence moderne nihiliste, cachée ou déchainée est le reflet d’une relation blessée à Dieu théorisée inconsciemment par l’archaïsme devenu idolâtrie (l’intuition du Christ est devenue singerie du Christ). Jésus n’est pas un détail de l’histoire, il y est au centre, et sa reconnaissance, son intimité doit nous être chère et urgente pour nous personnellement et le monde.

ci dessous quelques notes pendant la lecture....

samedi 14 janvier 2017

Qu'est ce qui fait qu'un roi est roi ? Olivier Py - Shakespeare, Roi Lear

Tout a commencé quand je cherchais des vidéos sur Samuel Rouvillois. Je suis tombé sur cette vidéo que je vous invite à écouter à partir de la trentième minute quand Oliver Py présente avec beaucoup d'érudition sa mise en scène du roi Lear de Shakespeare au festival d'Avignon de 2015. Toutes les critiques ne furent pas élogieuses. Mais son intervention m'a beaucoup intéressé.



Shakespeare a écrit le Roi Lear et Macbeth la même année. Une année d'interrogations sur le pouvoir en pleine crise de légitimité du roi Jacques 1er en Angleterre.
Qu'est ce qui fait qu'un roi est roi ?
Ses habits, sa couronne ? Un chien avec une couronne reste un chien (problématique de MacBeth,
MacBeth découvre quand il a brisé la couronne. La couronne qu'il met sur sa tete n'est pas celle qu'il convoitait. il devient fou.)
C'est la question que se pose le roi Lear, il abandonne ses signes tout en voulant rester roi et voir ce que cela fait ?  Il n'y a pas de légitimité divine à la royauté.
Olivier Py souhaite proposer deux faits à notre compréhension de la pièce, Shakespeare tente de défendre la légitimité du roi Jacques 1er contre tous les usurpateurs et les accusateurs d'usurpation. Ensuite, Shakespeare était catholique. Question insoluble pour la page wikipedia, par exemple, mais que le metteur en scène pose avec force, conviction et arguments intéressants. (Globe theater, moine de Roméo et Juliette)
Il souhaite articuler légitimité divine et personne sans pouvoir spirituel. Or Le roi Lear devient roi quand il est nu et s'interroge sur sa population. Sinon le pouvoir est toujours usurpation. Il le découvre avec terreur et peut être plus fortement quand il retrouve Cordelia, qu'il se réconcilie avec elle avec miséricorde (moment où le nom de Dieu peut être prononcé...). Il le découvre quand il rencontre sa propre mort.
Alors le pouvoir est impossible ? L'emprise de l'amour est la seule royauté et cela se combine avec le retour d'une parole pleine. Comme Cordelia qui la cherche par le silence ou le fou (mêmes acteurs dans les premières représentations à l'époque de shakespeare) qui parle avec sagesse.
Le roi Lear était l'homme de la parole performative. Sa parole ne le devient plus. (J'ordonne, j'exige, je demande, j'attends, j'accepte). La performativité de sa parole semblait assurer le lien entre la parole et le monde. Py créé un lien entre cette pièce et le problème de la politique et du théâtre contemporain. Votre parole n'est pas active, elle est vide.  Il n'y plus rien pour nous unir et nous diriger. Cette fin de la parole signe la dislocation du monde et de la nature représenté par la lutte des frères et contre le père et le symbole d'un monde qui se perd et ne se retrouve plus.
 Retrouvons notre parole pleine, ce que nous ressentons, ce que nous avons vraiment à dire pour refaire l'ordre du monde. Ainsi chacun sera roi si sa parole devient acte.
Invitation à accueillir sa mort, acte d'ouverture et de véritable connaissance par l'humilité. Invitation à garder les fous dans le châteaux, une institution ne vit qu'avec ce qui la critique, qui remet en cause, l'institution ne peut vivre que si elle est bringuebalante.

Ci-dessous une représentation en accéléré et en "sous-titres" explicatifs. Cela rejoint peut être le coté messager un peu trop fort que décrivait les critiques. Une interprétation vaut elle la pièce, mais tout n'est pas interprétation... Difficile combat... 
Le film reprend beaucoup de point développé dans l'interview mais très intéressant.





Ces vidéo variés sur la pièce de Shakespeare me faisait penser à une note ancienne sur la perception anthropologique de la royauté.
Régner revient à garantir l'ordre du monde et de la société, le roi est un personnage sacré.
On ne peut être que fasciné par la conscience anthropologique de Shakespeare. Il dessine un roi Lear qui interroge sa position et qui ne voit pas qu'il disloque par ce même geste l'ordre du monde et de la société. Cette dislocation a pour conséquences de donner des réponses aux questions de Lear. Et toutes les questions sur le pouvoir peuvent commencer à être débattu à partir de ce point.
Py dit on est roi quand notre parole est pleine. Puis je le traduire différemment, seul le christ est roi parce qu'il est le bouc émissaire idéal dont la parole est pleine.
Py élude ce que Shakespeare déniche, le lien entre le roi et le bouc-émissaire institutionnalisé. Le roi Lear se prend sa naïveté comme un boomerang. Quand il n'est plus le roi, il déclenche une crise d'identité et un perte de repère créant violence sans limite et chaos. Il ne découvre pas donc qui est le roi quand il est nu... Il découvre dans sa nudité que son pouvoir ne se tenait que dans sa situation de victime en puissance, dans sa découverte de la part christique en lui. Ecce homo....

Mais Py a raison en disant que cette pièce est terriblement prophétique sur la perte de la parole.
La pièce illustre la fameuse question apocalyptique de Girard. Que se passe t-il dans un monde où les béquilles sacrificielles sont perdues. La pièce en est une illustration. Il ne reste plus que les fous pour dire que le monde l'est devenu, la vanité est partout et la redécouverte de Dieu miséricordieux se fait en prison avec la fille aimante. (Je suis bouleversé à chaque écoute de la tirade "et nous serons espions de Dieu"). Le roi Lear est l'image de notre société chrétienne et naïve qui ne comprend pas l'origine de son propre pouvoir et qui en remettant en cause tout ce sur quoi elle est fondée, s'autodétruit tout en se donnant la possibilité de découvrir la vérité.
Les invitations de Py à retrouver la parole pleine est pour moi une invitation à rencontrer le Christ, à l'aimer et à en faire un ami. (Son invitation théâtrale me séduit moins mais est intéressante ; il la relie à l'incarnation certainement.) 
L'invitation à accueillir la mort est l'invitation à l'humilité. L'humilité contre l'orgueil de ce roi et de notre époque qui a perdu tout sens de la mesure et qui découvre malgré elle le sens profond de la royauté par inadvertance. Mais sa remise en cause toute provocatrice est aussi le chemin qui lui permet de trouver les bonnes réponses.....
Apocalypse forever...


jeudi 4 juin 2015

Puisque tout est en voie de Destruction - Hadjadj

Dans son dernier livre, "Puisque tout est en voie de destruction", Fabrice Hadjadj recueille quelques dernières conférences données en France, quelques articles au départ confidentiels. Il y a une merveilleuse conférence parmi celles-ci. Éduquer à la fin du monde.
Dans cette conférence, il y a une partie qui synthétise à merveille une des ambitions de ce blog (de plus en plus paresseux, pardonnez-moi) : l'appréhension de l'apocalypse. (et non du millénarisme...)
La fin du monde à l'origine de l'éducation chrétienne.
La fin du monde se trouve à l'origine du christianisme (c'est d'ailleurs cela qui le rendait si scandaleux aux yeux des païens, lesquels croyaient à l'ordre immuable et référentiel du cosmos). La destruction de toutes choses est même l'horizon sous lequel se déploie son éducation. Qu'on écoute la seconde épître de Pierre : Puisque tout est en voie de destruction, voyez quels hommes vous devez être, vous qui attendez avec tant d'impatience la venue du jour de Dieu (2P3, 11. 12). "Voyez quels hommes vous devez être", il s'agit bien de devenir homme, il s'agit très exactement d'éducation. Et ce devenir homme n'a pas pour critère la voie de progrès, mais la voie de destruction.
Il n'y a toutefois pas ici la destruction seule. Il y a aussi la "venue du jour de Dieu" (ce qui est encore plus destructeur pour l'orgueil). Afin de dire cette ambivalence, tout ensemble le versant de ténèbres, le versant de lumière, la double croissance de l'ivraie et du bon grain, nous avons un mot : apocalypse. Il signifie étymologiquement "révélation". Il s'est mis à désigner couramment la "dernière catastrophe". L'apocalypse n'est pas ce qui stérilise ou rend triste. C'est le principe de la fécondité et de la joie du fidèle. C'est parce que la fin du monde est imminente qu'il faut commencer quelque chose dans le temps, quelque chose qui n'est pas du temps.
Que veut dire Apocalypse ? A travers le désastre, l'astre d'en haut qui vient nous visiter. A travers la prolifération de la mauvaise herbe, la moisson toute proche. A travers la mort temporelle, la vie éternelle. L'apocalypse annonce le triomphe de la charité parmi les tribulations. Et c'est pourquoi elle nous ordonne de participer à ce triomphe. Tout en nous dégageant du monde, de ses pompes, de ses prestiges, de ses "valeurs", elle nous engage dans le monde, à y faire luire la charité qui ne passe pas. 


Vaste programme....

dimanche 11 janvier 2015

La menace nucléaire, notre nouveau sacré - Dupuy partie VI la marque du sacré.

Et ici, la somme des chapitres...

La désacralisation du monde n'est pas un phénomène progressif qui irait comme par nécessité vers l'élimination complète et définitive de la religion. Des resacralisations secondaires viennent constamment ponctuer ce long retrait du sacré primitif en en perpétuant la caractéristique principale : le sacré contient la violence dans les deux sens du mot. 
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Dupuy s'attaque au sixième chapitre au sacré de la bombe atomique et de la dissuasion nucléaire.
L'apocalypse nucléaire est à la pensée stratégique ce que la crise sacrificielle, dans la théorie de René Girard, est à la science de l'homme : un centre absent et néanmoins rayonnant, dont tout ce qui est découle ou un trou noir, invisible mais qui s'aperçoit par l'attraction immense qu'il exerce sur tous les objets de son voisinage.

Ben Laden dans son interview de 1997 parle comme un métaphysicien, il annonce ses actions terroristes comme des réponses aux bombes d'Hiroshima et c'est ainsi, pense Dupuy, que beaucoup d'américains l'ont pris. "Les américains ont commencé, nous devons utiliser avec simplicité le principe de réciprocité. Et au Japon aussi, les bombes ne faisaient pas de différence entre les enfants et les adultes." dit Ben Laden en substance.

Ben Laden prend la position de Levy-Strauss dit encore Dupuy. La loi qui impose la réciprocité de l'échange serait la manifestation d'une nécessité d'ordre logique, et par là même mécanique. Ben Laden révèle ce que Bourdieu et les autres ne voient pas, à savoir que cette logique est celle du mal, de la violence et du ressentiment. Le terrorisme islamique se montre comme le reflet monstrueux de l'occident qu'il déteste. Logique victimaire, fin de la guerre juste, fin des principes de proportionnalité et de discrimination.

Gunther Anders, le théoricien de l'ère atomique
Pour Anders Le tribunal de Nuremberg fut d'une ironie monstrueuse car ce fut aussi le début de l'ère où les vainqueurs développent des armes qui rendent les guerres criminelles.  Hiroshima n'est il pas perçu comme un mal nécessaire. Les normes morales s'effacent devant le calcul des conséquences (conséquentialisme). Dans ce cas là pourquoi n'avons nous pas tué les enfants et femmes de la Ruhr pour accélérer la défaite allemande ?
Pourquoi cette exigence minimale morale n'a pas écarté l'option nucléaire ? Le jugement moral découler des évenements tels qui'ils se sont déroulés, c'est la fortune morale des vainqueurs.
Selon Dupuy, les recherches historiques tendent à nous faire penser que les bombes atomiques n'étaient pas fondamentalement nécessaires, Truman aurait du accepter l'aide soviétique et la permanence du rôle sacré de l'empereur. Il voulait impressionner les russes, les japonais furent des cobayes. Les américains furent même surpris par la reddition après seulement deux bombes...
Quel sens a ses deux bombes ? Comment l'habillage conséquentialiste a t il pu fonctionner ?
Pour Anders, le 6 Aout est le départ d'une nouvelle phase humaine, celle où l'homme sait qu'il peut se détruire. La dénucléarisation ne marchera pas, cela existe, cela sera utilisée. "L'apocalypse est inscrite comme un destin dans notre avenir, et ce que nous pouvons faire de mieux, c'est de retarder indéfiniment l'échéance." Réfléchir sur la rationalité de Hiroshima, c'est encore traiter l'arme nucléaire comme un moyen au service d'une fin, or elle les excède toutes. Pourquoi l'aveuglement face à l'apocalypse ?
Parce qu'il y a un décalage, nous ne pouvons sentir, imaginer la disproportion entre notre capacité de destruction et notre condition.

L'impuissance de la dissuasion ?
La réussite de la dissuasion est elle comme la blague de la poudre aux éléphants ? "Vous voyez bien que cela marche". Dans le reportage the fog of war, de nombreuses fois cités, Mac Namara sur qui le film est centré affirme : La dissuasion ?  Quelle blague ! Quarante fois nous sommes passés à ça (un petit écart des doigts) d'une guerre atomique. We lucked out ! (Nous nous en sommes sorti par la chance !)



MAD (Mutually assured destruction) fut la première stratégie pendant la guerre froide. Chaque nation offre en holocauste sa propre population à l'autre. (Cf : discours de Clinton à la Russie, nos boucliers atomiques sont à l'encontre des états voyous mais pas de vous...) Les nations nucléaires se présentent comme vulnérables et invulnérables.

NUTS (Nuclear utilisation Target Selection) La doctrine d'une frappe précise contre les armes nucléaires de l'autre tout en s'en protégeant par un bouclier antimissile.
Tout le monde a pris ces deux stratégies comme de la sagesse et nos garants de paix. Pourquoi ? Tout est dans l'intention et personne n'ose jeter la première pierre. Moralement, elles sont comme les divinités primitives, elle conjoint la bonté puisque c'est grâce à elle que la guerre nucléaire n'a pas eu lieu, et le mal absolu, puisque l'acte dont elle est l'intention est une abomination sans nom.
Mais si on ne croit pas à la destruction mutuelle car aucun dirigeant ne prendrais le risque de détruire l'humanité, c'est finalement avouer que la menace nucléaire n'est pas crédible...
La dissuasion n'a pas empêché le surarmement nucléaire.
Pour que la dissuasion marche, il aurait fallu abandonner la notion d'intention dissuasive. La simple existence de l'armada gigantesque aurait du suffire... Cette dissuasion existentielle fait de l'anéantissement un destin. Bref Anders et la pensée stratégique sont d'accord, nous sommes dans l'ère du sursis.

Si on suit cette dissuasion existentielle, la dissuasion nucléaire a maintenu un temps de paix en projetant le mal hors de la sphère  des hommes en en faisant une extériorité maléfique mais sans intention mauvaise pouvant fondre sur l'humanité comme un tremblement de terre. Cette menace suspendue aurait donné aux princes la prudence pour éviter l'abomination de la désolation.
Le paradoxe donc de la dissuasion intentionnelle est la marque du sacré. 

Dupuy pense que ce paradoxe de la dissuasion est aussi celui de Jonas (le philosophe et le prophête....). Il dit voici l'avenir pour inviter les habitants de la planète à changer pour que l'avenir prédi ne soit pas celui qu'il prédisait. Il parle pour un avenir qui ne se réalisera pas s'il fait bien son travail. Mystère et paradoxe. Dupuy pense que la dialectique du destin et de l'accident peuvent nous aider à comprendre la chose. L'apocalypse nucléaire est à la fois nécessaire et improbable, le hasard et le destin viennent s'y confondre. L'accident est à la fois le contraire du destin et sa condition de possibilité. C'est donc un accident que nous ne voulons pas et que nous cherchons à éviter.
Sauf si nous renonçons complétement à la violence, nous ne pouvons que jouer avec le feu, pas trop près (dissuasion existentielle) et pas trop loin pour ne pas oublier le danger. Il ne faut pas trop croire au destin, ni trop refuser d'y croire. Cela nous permet d'être à distance du trou noir qu'est l'apocalypse nucléaire.

Cette structure est exactement celle du sacré primitif tel que l'a vu Girard : Il ne faut pas trop s'approcher par ce qu'il déchaine la violence, il ne faut pas non plus s'en éloigner car il nous protège de la violence. Le sacré contient la violence, dans les deux sens du mot.

La fin de la haine et du ressentiment
Le mal dans le christianisme est relié à l'intention de ceux qui le commettent. Or la dissuasion nucléaire ne tente t-elle pas de disjoindre les deux ? Dupuy présente le désarroi de Anders au Japon où il lui semble  que les japonais ont confondu la bombe avec une catastrophe naturelle comme s'ils éloignaient d'eux-même toute possibilité de ressentiment. Il écrit alors que dans un monde apocalyptique, par notre faute, offre l'image d'un paradis habité par des meurtriers sans méchanceté et par des victimes sans haine. Prophétie d'un monde de guerre contre lui même, sans haine. Dupuy pose cette question pour finir ce chapitre, L'inhumanité de la violence sans haine n'est elle pas la seule transcendance qui nous reste ? 

Le film avec Mc Manara en entier est ici




Plus bas, résumé plus détaillé...

dimanche 15 juin 2014

La marque du sacré de Jean pierre Dupuy 1ere partie

Et ici, la somme des chapitres...


Je souhaiterais commencer par ce poste mon suivi de lecture du livre incroyable qu'est La marque du sacré. (fiche de lecture pas mauvaise ici)
Résumé et autobiographie intellectuelle que nous offre Jean-Pierre Dupuy. Grâce à René Girard, il nous invite à regarder les traces du sacré qui existent dans notre monde moderne. Cernons l'auto-transcendance là où elle est et soyons des êtres responsables.

Sur ce post, je vous propose une lecture de l'intro et du premier chapitre. Je compte encore faire 6 notes sur les six autres chapitres.



En s'enlevant les dieux, les sociétés humaines se sont seulement enlevés les extériorités par lesquelles elles agissaient, désormais les hommes sont ainsi que le baron de Münchhausen se tirant hors du marais en se tirant par les lanières de ses bottes (ou par sa natte).

La raison garde la trace indélébile de son enracinement originel dans l'expérience religieuse. La science du religieux et de l'homme ne font qu'un. 
Dupuy nous demande de retenir une chose du sacré : L'ordre social contient la violence dans les deux sens du terme. Le mal se met à distance de lui même pour se contrôler et prendre la figure du bien. La panique est le moment où on ne fait plus la différence entre ces deux figures du mal. (Comme le sacrifice/le meurtre ou argent/crédit)

Or nous vivons un temps d'indifférenciation depuis 2008, quelle distinction entre le poison économique  et le médicament proposé ? La régulation n'a plus de sens. Nous sommes à la recherche d'un point extérieur. La loi  ? Comment peut elle être extérieur alors que nous l'avons créé. Tout bien de nouveau recherché ressemble au mal que nous voulons réfréner. 
La richesse n'est elle pas ce qui est désiré par celui dont nous recherchons le regard sur nous ? Nous sommes en pleines confusion des contraires mais ces crises sont programmés comme celles qui sont programmées  dans les phases spéculatives mais les rationalistes se rassurent en désignant des coupables, ils refusent de voir le trou noir où s'abolissent les différences et où s'engendrent par auto transcendance les sociétés humaines, or, il faut désormais penser ce trou !

Or le sacré est le mouvement du Satan expulsant Satan, de l’auto-extériorisation de la violence des hommes sous forme de rites pratiques et réussit à ce contenir elle-même. Elle est la création de la différence entre bonne et mauvaise violence. La modernité est remise en cause du sacré. Et si ces deux violences n'en faisait qu'une ???? 
(Question subsidiaire : Peut il y avoir savoir de l'auto-transcendance sans transcendance véritable ? Autrement posé Dieu existe ou non ? Girard répond oui, Dupuy non... Mais ce n'est pas le sujet du livre...)
Le sacré contient la violence dans les deux sens du termes. (ex de la bombe atomique)

Il en résulte que l'impuissance des rationalismes contemporains à appréhender la forme de l'auto transcendance ne fait qu'une avec la dénégation qui les constitue : le refus d'admettre que les rationalités qu'ils mobilisent s'enracinent dans l'expérience du sacré.
C'est donc l'objectif du livre retrouver le sacré là où il n'y a que le voile de la rationalité à se montrer. L'humanité se fait tracter  par une vision de l'avenir qu'il a projeté en avant de lui-même.

Or dorénavant, la perspective de l'apocalypse est plus que jamais nécessaire pour saisir le monde et ses changements




Chapitre 1 penser au plus près de l'apocalypse


Le monde va à la catastrophe. Le mal est en nous et même dans nos actions et dans ses conséquences inattendues. Notre développement basée sur la technique nous conduit à la mort. Nos seules solutions ne répètent que le "plus de" dont nous ne cessons mourir. Les prophètes de malheur ne sont pas croyables. Notre monde économique ne voit que l'avenir sous le prisme de l'évolution des prix et des raretés futures, nous ne voyons plus les autres risques. Le risque n'est pas visible pour une communauté tant qu'elle y voit des solutions.
Dupuy explique son concept de catastrophisme éclairé, ne parlons plus de moral aux hommes pour la protection écologique, cela ne conduit qu'à l'écolo fascisme, or nous ne voulons pas survivre pour survivre ni sacrifier notre autonomie morale. La crise doit être au contraire le lieu de la reconquête du sens.
Nous devons arrêter de croire à la neutralité technique, elle participe, elle aussi à l'action des hommes et au déclenchement de processus non voulu et non choisi. Arrêtons de vouloir nous sauver de la technique par la technique. Exemple d'apprenti sorcier par dessein avec le désir de perte de contrôle.



La crise que nous vivons est apocalyptique car elle révèle la violence des hommes. Dupuy cite l'évangile de Marc (13) il montre comment Jésus démystifie l'imagerie apocalyptique (tsunami et tours écrasées). La révélation n'est pas la fin pour le chrétien, elle est toujours au centre de l'histoire avec la Passion, mais la fin appartient à l'éternité, nous pourrons en parler seulement au passé antérieur. Tout aura toujours déjà pris un sens. Veillons à ne pas être fasciné. Projetons nous dans l'après catastrophe et voyons les destins que nous pouvons écarter.

Car finalement, Dupuy l'affirme, seule la religion nous permet de bien mettre des mots sur notre monde moderne, Dupuy propose un voyage entre Ivan Illich et René Girard deux philosophes qu'il a bien connus (voir ici aussi pour plus de précision), ces deux hommes tombent sur un désaccord le monde moderne est travaillé par des idées chrétiennes avec un message corrompu. Dupuy rappelle le concept de contre productivité, à partir d'un moment pivot, les institutions génèrent l'inverse de ce pour quoi elles sont faites (les télécommunications rendent sourds et muets, la médecine détruit la santé, etc...). Dupuy pose la question, comment n'avons nous pas encore compris que les biotechnologies sont des promesses auto destructives de la santé physique et intime de l'homme. Nous ne donnons plus sens à la vie à la mort, à la finitude humaine, nous sommes des technocrates de nous mêmes. Nous ne sommes pas un problème en attente de solution technique. Or le mal, ici est invisible. Méfions nous seulement des cléricatures et des industriels du bien, de ceux qui travaillent aux salut des autres hommes malgré eux. Illich nous prévient, le mal s'autonomise par rapport aux intentions de ceux qui le commettent. 

Girard, lui est l'insensé qui dit que l'histoire a un sens, la science de l'homme est possible et c'est la religion qui le permet et le Christianisme possède le savoir sur le monde humain. Le geste humain est de faire des dieux en faisant des victimes, la foule en délire fabrique du sacré et de la transcendance. Mythes récit des persécuteurs et évangiles de la victime.
Et ensuite le monde moderne arrive, "faire toujours plus de victime ou renoncer au mécanisme victimaire" tel est son dilemme. Or dans un système en globalisation, les violents se ressemblent à force de vouloir se différencier, la globalisation est d'abord un événement religieux. (pour ces intuitions voir la violence révélée de Gil Bailie)
La dernière partie du chapitre rappelle le chemin intellectuel de Dupuy, il commence à faire un parallèle entre Einstein et Girard, il déplore la disparition de l'honnête homme, les sciences dures, invitation à revoir le système universitaire qui fait des spécialistes sans mémoire de la longue distance. Final contre Rawles et la perception d'une humanité de "zombies raisonnables étrangers au tragique de l'existence". Ne pas voir le mal est toujours s'en rendre complice. 
Dupuy conclut finalement, tout mon chemin intellectuel fut de retrouver la marque du sacré !!


mercredi 13 novembre 2013

the mimetic view of apocalypse René Girard

Ici même une vidéo récente de René Girard, elle est relativement classique mais c'est une bonne récapitulation de sa théorie mimétique, du bouc émissaire. Son objectif est de montrer comment ses thèses permettent de parler avec force des textes apocalyptiques des Evangiles. 

Il réappuie sur l'importance de la religion pour l'histoire humaine, il réexplique le christianisme comme religion de la victime et comme invitation à une science de l'homme définitive. il invite enfin à la prise au sérieux de l'incarnation. 

Il montre de nouveau l'impossibilité de recourir de nouveau au bouc émissaire pour lutter contre la violence du bouc émissaire, nous sommes face à une crise culturelle sans fin et c'est ce que montre les textes apocalyptiques.
Girard s'appuie surtout sur les textes apocalyptiques des Evangiles.
La première lettre de saint Paul au thessaloniciens montre la déception de cette communauté après la mort de certains disciples, eux qui étaient persuadés qu'ils ne connaîtraient pas la mort et vivraient de leur vivant le retour du Christ. Dans la seconde lettre aux Thessaloniciens, Saint Paul nous prévient d'un état d'anomie avant la venue du Christ. Anomie étant le mot aussi utilisé par Durkheim pour parler de notre époque.
Il faut aussi relire Matthieu 24 et Marc 13 qui parlent aussi de temps longs, les descriptions lues dans ces chapitres semblent parler de notre temps nous dit Girard.




vendredi 12 juillet 2013

Les questions anthopologiques de notre temps - Interview de René Girard

Mars 2007, René Girard est interviewé par  il Foglio. On ne trouve pas trace de cette interview sur le net sauf sous sa traduction anglaise. Permettez ci dessous, une traduction personnelle de l'anglais vers le français. (Dites moi, si éventuellement certains passages manquent de clarté ou s'il y a quelques erreurs. Puis pardonnez les éventuelles fautes d'orthographe)

J'ai rarement connu René Girard autant en verve que dans cette interview. Déconstruction, sexualité, nihilisme, anthropologie, mariage, Islam, postmodernité, apocalypse, papes, linguistique. Interview très percutante, tout autant personnelle que dans la ligne directrice de toutes ses recherches.


Autres traductions girardiennes ici et là
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"Après le langage, c’est l’homme que l’on commence à déconstruire ", "L’Eugénisme est une forme de sacrifice humain", “La sexualité est le problème, non la solution” : Les idées impitoyables d’un grand penseur

Malgré son âge de 84ans, René Girard n’a rien perdu de son audace de penseur définitivement radical. Il travaille actuellement sur un nouvel essai sur Karl von Clausewitz. L’auteur de grands livres contemporains comme "la violence et le sacré", "le bouc-émissaire", récemment élu parmi les 40 immortels de l’académie française est, en même temps que Claude Lévi-Strauss, notre plus grand anthropologiste vivant. Dans cette interview à « il Foglio », Girard revient vers ce qui définit « les grandes questions anthropologiques de notre temps ».

Il ouvre lui-même avec une question:

“Puisse-t-il y avoir une anthropologie réaliste qui suit la déconstruction ? En d’autres mots, est ce licite et encore possible d’affirmer une vérité universelle sur l’humanité ? Le structuralisme et l’anthropologie postmoderne contemporaine conteste cet accès à la vérité. L’école de pensée actuelle est « une castration de sens ». Mais de telles manières de discuter de l’humanité sont dangereuses."

Girard commente le "scandale" des religions comme il est apparu dans cette époque de néo sécularisme:

"A partir des lumières, la religion fut conçue comme un pur non-sens. Auguste Comte eut une théorie précise sur l’origine de la vérité, et son intellectualisme du XVIIIe rappelle beaucoup ce qui est en vogue aujourd’hui. Comte a dit qu’il y avait trois phases : la religieuse, qui est la plus enfantine ; la philosophique ; et finalement la scientifique, la plus tardive et la plus proche de la vérité. Aujourd’hui, dans le discours public, le but est de définir la « non-vérité » de la religion, cependant la religion est indispensable pour le survie de la race humaine. Personne ne s’est demandé quelle est la fonction de la religion. La foi est seulement exprimée comme "j'ai la foi" ou non. Quelle est la conséquence ? La théorie révolutionnaire de Charles Darwin a espéré démontrer l’inutilité de l’institution de quinze millénaires qu’est la religion. Aujourd’hui la démonstration est tentée sous la forme de la recherche sur le chaos génétique comme elle est énoncée par les néo-darwinistes. Si vous écoutez les scientifiques comme Richard Dawkins –un penseur extrêmement violent- vous voyez la religion comme quelque chose de négligeable."

Mais la religion a une fonction qui va bien au delà de la foi. Girard résume la véracité du don du monothéisme en une seule phrase (puis développe ensuite):

“L’interdiction contre le sacrifice humain. Le monde moderne a décidé que cette prohibition est un non-sens. La religion ne peut être conçue que comme une coutume de bon-sauvage, un état primitif d’ignorance sous les étoiles. La religion, cependant, est nécessaire pour supprimer la violence. L’homme est l’unique espèce dans le monde qui menace sa propre existence par sa violence. Les animaux même dans leurs jalousies sexuelles ne s’entretuent pas. Les êtres humains, si. Les animaux ne connaissent pas la vengeance, ne connaissent pas la destruction de la victime sacrificielle qui est un phénomène lié à la nature mimétique de la multitude applaudissante.

Malheureusement, aujourd’hui il n’y a qu’une seule définition de la violence, celle comme pure agression.

"C’est parce que nous voulons nous rendre innocent. La violence humaine, cependant, est le résultat du désir et de l’imitation. Le postmodernisme n’est pas capable de parler de violence. La violence est placée entre parenthèse et son origine est simplement ignorée. Et avec cela, la vérité la plus importante : que la réalité est, dans une certaine mesure, connaissable."

René Girard vient du radicalisme français:

"Je me suis rempli la tête avec la grotesque, la stupidité, la simple médiocrité de l’avant-garde. Je sais bien comment le déni postmoderne de la réalité peut conduire au discrédit des questions morales sur l’homme. L’avant-garde, en un temps relégué dans le domaine artistique s’est aujourd’hui étendue au domaine scientifique pensant à l’origine de l’homme. En un certain sens, la science est devenue la nouvelle mythologie : l’homme a créé la vie. Pour cette raison, j’ai accueilli avec un grand soulagement l’explication de Joseph Ratzinger sur le « réductionnisme biologique » - la nouvelle forme de déconstruction, le mythe biologique. Je me trouve avoir recours à la distinction faite par l’ex-cardinal entre science et scientisme.

La seule grande différence entre l’homme et les espèces animales est la dimension religieuse :

"C’est l’essence de l’existence humaine. C’est l’origine de la prohibition des sacrifices et de la violence. Là où les religions se sont dissoutes, commence un processus de décomposition. Le Micro-Eugénisme est notre nouvelle forme de sacrifice humain. Nous ne protégeons plus la vie de la violence. Nous brisons plutôt la vie avec violence. On cherche à s’approprier par nous-mêmes le mystère de la vie pour notre propre bénéfice. Mais nous raterons. L’eugénisme est l’apogée de l’école de pensée initiée deux siècles plus tôt et qui constitue le plus grand danger pour l’espèce humaine. L’homme est l’espèce qui peut toujours se détruire elle-même. C’est pour cette raison que la religion a été créée."

Aujourd’hui, il y a trois domaines- les armes nucléaires, le terrorisme et les manipulations génétiques- dans lesquelles l’homme est particulièrement mis en danger:

"Le vingtième siècle fut le siècle du nihilisme classique. Le vingt-et unième siècle sera le siècle du nihilisme attrayant (alluring). C.S. Lewis avait raison quand il parlait de l’abolition de l’homme. Michel Foucault ajoutait que l’abolition de l’homme était devenue un concept philosophique. Aujourd’hui, on ne peut plus parler d’ « homme ». Quand Friedrich Nietzsche annonçait la mort de Dieu, il annonçait la mort de l’homme. L’eugénisme est la mort de la rationalité humaine. Si on considère l’homme comme l’aboutissement du hasard et comme de la matière brute pour les laboratoires, un objet malléable à manipuler, on atteint le point d’être capable de tout faire de l’homme. Cela finit avec la destruction de la rationalité fondamentale qui appartient à l’être humain. L’homme ne peut pas être réorganisé et demeurer un homme."

Selon Girard, hormis la religion, nous perdons de vue aujourd’hui la fonction d’une autre institution anthropologique, à savoir le mariage:

"L'institution préchrétienne et renforcée par le Christianisme, le mariage est une indispensable organisation de vie. Elle est liée à la quête de l’immortalité. En créant une famille, c’est comme si l’homme recherchait l’imitation de la vie éternelle. Il y a eu des lieux et des civilisations où l’homosexualité fut tolérée ; mais aucune société ne l’a jamais placé au même niveau légal que la famille. Dans un mariage, nous avons toujours un homme et une femme ; qui sont des opposés. Dans les dernières élections américaines de 2006, le véritable vainqueur fut finalement élu sur un référendum sur le mariage naturel."

L’ennui métaphysique de l’Europe
Girard est en accord avec ce que dit Rémi Brague, arabiste de la Sorbonne, l’Europe est immergé dans un ennui métaphysique:

"C’est une très belle explication, et il me semble que la supériorité du message chrétien devient de plus en plus visible. Quand il est le plus attaqué, le Christianisme brille avec une plus grande vérité. Étant la négation de la mythologie, le Christianisme brille spécialement dans le moment quand le monde une fois de plus est imprégné de mythologies sacrificielles. J’ai toujours compris le « scandale » de la révélation chrétienne d’une manière radicale. Dans le Christianisme, au lieu d’assumer le point de vue de la foule, nous assumons le point de vue de la victime. Ainsi le Christianisme traite du renversement complet du scénario archaïque. Et provoque l’épuisement de la violence.

Girard parle de l’obsession de la sexualité:
"Dans les Evangiles, il n’y a rien de sexuel, et ce fait a été complètement romancé par les gnostiques contemporains. Les gnostiques, comme toujours, excluent des catégories de personnes, et les transforment en ennemis. Le Christianisme est l’exact opposé de la mythologie et du gnosticisme. Aujourd’hui, une forme de néo paganisme est mise en avant. La plus grande erreur de la philosophie post moderne est d’avoir pensée qu’elle pourrait librement transformer l’homme en un mécanisme de jouissance. Mais de cette poursuite du plaisir arrive la déshumanisation qui commence avec le désir faux de prolonger les plaisirs de la vie en sacrifiant les plus grands biens."

La philosophie postmoderne, dit il, se base sur la fausse affirmation que l’histoire est terminée:

"De là, nait une culture naufragée dans le présent. De là, vient encore une haine pour une culture vibrante qui affirme une vérité universelle. Aujourd’hui, il est largement cru que la sexualité est la solution à tout ; alors qu’au contraire, elle est l’origine de tous les problèmes. Nous sommes continuellement attirés par une idéologie de la séduction. Jusque là, la déconstruction n’a pas envisagé la sexualité au cœur de la démence humaine. Notre folie repose ainsi sur nos efforts volontaires de faire de la sexualité une chose frivole et banale. J’espère que les chrétiens ne suivent pas la direction de la déconstruction. Car la violence et la sexualité sont inséparables. C’est pourquoi la sexualité contient ensemble les plus beaux et les plus sombres éléments que nous portons en nous."

Nous sommes au milieu du divorce entre l’humanité et la syntaxe, dit Girard ; c’est le divorce entre la réalité et le langage:

"Nous perdons tout contact entre le langage et les régions de l’être. Aujourd’hui nous croyons seulement au langage. Nous y aimons des histoires à dormir debout  plus que partout ailleurs. Mais le Christianisme est une vérité linguistique, le logos ; Thomas d’Aquin fut le grand promulgateur de cette rationalité linguistique. Le grand succès du Christianisme anglo-américain et ainsi des Etats-Unis n’est pas sans rapport avec l’extraordinaire traduction anglaise de la Bible. Mais dans le catholicisme d’aujourd’hui, il n’y a pas eu suffisamment de rationalité, mais plutôt trop de sociologie. L'Eglise est trop souvent compromise par la flatterie du temps et de la modernité. Dans un certain sens, de tels problèmes ont commencés avec le concile Vatican II, même s'ils viennent d'une déperdition du Christianisme eschatologique qui le précède. L’Eglise n’a pas réfléchi assez sur ces transformations préconciliaires. Comment peut on justifier l’élimination totale de l’eschatologie, et ce même dans la liturgie ?"

Nihilisme et Apocalypse
Girard répète que jamais l'humanité ne fut dans un tel danger qu'elle ne l'est aujourd'hui:

"C’est la grande leçon de la formule de Karol Wojtyla : « La culture de la mort ». C’est sa plus belle formulation linguistique. Elle va très bien avec l’autre grande formule, de Joseph Ratzinger, la dictature du relativisme. Ce nihilisme de notre temps peut être aussi appelé déconstruction, ou simplement 'théorie'. Mais ce nihilisme est transformé en une respectable théorie philosophique et ensuite, tout devient frivole, tout est jeu de mots, tout est blague. Ainsi on peut commencer avec la déconstruction du langage, mais ensuite on finit avec la déconstruction de laboratoire de l’être humain."


Avec cette perte du respect pour la vie humaine, la déconstruction du corps est l’autre idée que Girard récuse:

"Elle vient des mêmes gens qui, d’un coté, veulent prolonger la vie infiniment, et maintenant, d’un autre coté, disent que le monde est surpeuplé."

Le critique littéraire Georges Steiner a écrit que même l’athéisme est métaphysique, Girard commente:

"Assurément, Steiner a toujours des idées merveilleuses. G.K. Chesterton dit que le monde moderne est remplie d’idées chrétiennes devenues folles. Même les lumières ont été un produit du Christianisme. Prenez une figure comme Voltaire, un exemple de mauvaise lumière qui a contribué à la déchristianisation de la France. Mais tout de même, Voltaire a toujours défendu les victimes, et fut en cela un grand chrétien, même sans le savoir. C’est pour cette raison que je dis qu’une mauvaise interprétation de la doctrine chrétienne est encore pire quand elle vient de l’extérieur de la tradition. Le Christianisme continue de nous proposer une explication convaincante et fascinante du mal humain. Mais nous perdons la dimension apocalyptique du Christianisme par laquelle les gens deviennent conscients qu’aucune société sans religion ne peut survivre. Le romantisme chrétien a oublié que la religion chrétienne a eu comme principale réalisation le désamorçage de la violence sacrificielle. Aujourd’hui, la religion chrétienne est plus réaliste que l’optimisme scientifique. Science qui créé l’homme pour le tuer. Ainsi l’Apocalypse n’est plus la colère de Dieu mais plutôt la colère de l’homme sur lui-même. L’apocalypse n’est pas derrière nous mais se tient face à nous. L’apocalypse n’a pas été écrite pour Dieu mais pour l’homme. Les chrétiens fondamentalistes actuels croient en l’apocalypse mais dans un mauvais sens ; ils croient que Dieu punira l’homme, pas que l’homme se punira lui-même. Aujourd’hui, nous devons avoir de la considération pour l’Apocalypse, pour ne jamais oublier que la violence est chez elle (indigenous)chez l’homme."

Il manque à’Islam quelque chose d’important : la Croix
Le discours de Ratzinger à Ratisbonne était décisif selon Girard :

"Le défi lancé par Ratzinger contre le relativisme est salutaire, non seulement pour les catholiques mais aussi pour les laïcistes. Je vois Ratzinger comme un signe d’espoir pour l’Europe. C’est un pape très similaire, mais aussi très différent de Jean Paul II. Wojtyla était inarrêtable ; il voulait toujours être vu et écouté. Benoit XVI veut plutôt pacifier les gens ; c’est un grand professeur de réflexion et de modestie. La religion chrétienne, la plus grande révolution de l’histoire humaine, est la dernière à nous rappeler l’utilisation correcte de la raison. C’est un défi qui transporte avec lui le concept de culpabilité. Pendant longtemps, l’Europe a décidé que les allemands devaient être les bouc-émissaires pour la seconde guerre mondiale ; il était impossible d’attaquer le communisme et le nazisme. Une fois que la mort de Dieu était déclaré, accompagnée avec la fin de la possibilité pour le mot "lumière" d’avoir un quelconque sens religieux, il devait s’élever un « anti Dieu », une contre divinité : le communisme. Je suis d’accord avec la thèse d’Ernst Nolte sur l’affinité entre nazisme et communisme. Chaque régime totalitaire commence par la suppression de la liberté religieuse. Aujourd’hui, cette contre divinité anti-vie est relancé par le scientisme."

Girard confirme que l’exaltation de l’homme comme contre divinité rejoint le sens de la phrase d’Henri de Lubac, si souvent mal utilisé (comme si elle était au contraire un idéal): l’athéisme humaniste

"Je fus honoré par son amitié. Quand il fut accusé de n’être pas chrétien, de Lubac dit que tout ce qu’il avait écrit fut juste et qu’il n’y avait rien d’hérétique en eux. La grande crise démographique de l’occident est un des nombreux éléments de la paralyse apportée par "l’athéisme humaniste". L’idéologie de notre temps est hostilité contre la vie elle-même. La culture moderne maintient que toute la mythologie, qu’elle soit jeune ou vieille, est affirmation de la vie ; d’un autre coté, elle maintient que la religion est reniement de la vie. Mais la vérité est exactement l’opposé. Le nouveau dionysisme de la culture moderne a un visage mortel et violent. Parmi les premiers à le comprendre, il y a eu Thomas Mann. Désormais ce qui domine aujourd’hui est une forme de nausée existentielle hérité du spleen romantique."

Nous sommes si ethnocentriques, dit Girard, que nous pensons que seuls les autres peuvent avoir le droit de clamer la supériorité de leur propre religion:

"L’islam conserve une relation avec la mort qui me convainc que cette religion rate absolument le combat contre les anciens mythes. La relation de la mystique islamique avec la mort rend la mort encore plus mystérieuse. L’Islam est une religion de sacrifice. Le chrétien, cependant, ne meurt pas en vu d'être imité. Nous devons nous rappeler les mots du Christ à Paul : Pourquoi me persécutes-tu ? Dans le Christianisme, qui détruit toutes les mythologies, il existe une dialectique constante entre la victime et le persécuteur ; En islam, cela n’existe pas. L’Islam élimine la victime problématique. Dans ce sens, il y a toujours eu un conflit entre le Christianisme et l’Islam. En Islam, la chose la plus importante manque, la croix. Comme dans le Christianisme, L’Islam réhabilite la victime innocente, mais elle le fait comme un militant. La Croix, au contraire, met une fin aux mythes anciens et violents. La Croix est le symbole de l’inversion de la violence, de la résistance au lynchage. Aujourd’hui, la Croix s’oppose au sacrifice dionysiaque des nouveaux mythes. Le Christianisme, se différenciant de l’Islam, interdit le sacrifice."

René Girard a toujours choisi de ne pas parler de choses faciles ou accommodantes:

"J’ai été, même ici en Amérique, plus ostracisé. Aujourd’hui, je pourrais moins me soucier de ce que les autres disent de moi. Nous ne devons pas nous rendre à la séduction ; il y a beaucoup à apprendre du passé. Je relis souvent l’histoire de Joseph dans l’ancien Testament car elle est la plus belle exemplification du Christianisme. Je me suis marié en 1951 ; J’ai neuf petits enfants et trois enfants. Ma femme est protestante, et ne s’est jamais convertie au catholicisme. » A ce moment, un de ces nombreux rires séraphiques de cet homme rigoureux et droit sort.

"J’ai un fils dans le business ; ma fille est peintre ; et mon autre fils est avocat. Concernant les Etats-Unis, j’aime ses grands paradoxes, elle a en elle-même la plus efficace protection contre tous ses pires aspects – des protections que l’Europe ignore. Ici, aux Etats-Unis, je reconnais la véritable indépendance. Je suis entouré par la vie."
 Sur son propre statut d'intellectuel, un de ces soi-disant "castrateurs de sens":

“Le moins que je puisse faire est de penser que c'est le moment du silence, mais d'un silence rempli de sens.”

jeudi 16 mai 2013

Maffesoli et la post-modernité

J'ai trouvé cette vidéo fascinante de Mr Maffesoli. Permettez moi, un résumé et quelques commentaires.

Maffesoli s’entretient à propos de son dernier livre appelé "Apocalypse". Il préfère retenir de cette notion la révélation d’un monde qui entre en décadence et il veut percevoir ainsi l’émergence d’un monde nouveau. Pour lui, nous voyons clairement la fin de la modernité et l’arrivée progressive de la post-modernité, d’où la perception apocalyptique du peuple. Il approuve ce changement. La modernité, (en gros) c’est le tripode, raison, travail, progrès. Cela implose et la postmodernité emprunte à la pré-modernité. La flèche du temps s’amenuise, nous revenons à la spirale et à l’éternel recommencement. Car Maffesoli voit la fin de l’influence chrétienne et le retour du paganisme dans cette apocalypse. Celle-la même ne se fait pas progressivement, mais par saturation (philosophie orientale) décomposition et recomposition. Mais cela prend du temps, d’abord secret, discret et affiché. Il y a le signe du romantisme, du dadaïsme, du design et enfin de l’architecture qui lance le nom de post-modernisme. Tout est citation et patchwork, différence et enracinement. le sens et la direction n’existe plus vraiment. Les révolutions juvéniles arrivent et les années 80 en sont le signe éclatant.

Intéressé par la décadence romaine, il dit que c’est un temps de prolifération de loi et donc d’absence de légitimité naturelle. Les anomies (hors la loi) se développent, parmi eux les chrétiens qui par la communauté des saints et le lien entre les communautés prennent la place libre. Aujourd’hui, à la fin de la civilisation judéo chrétienne, ce sont les communautés, les tribus, les club qui par internet deviennent la communauté des saints des temps à venir.

Barbarie ou synesthésie

Maffesoli accorde que nous vivons en décadence mais c’est la chute d’un enfant qui va se relever. Contrairement aux intellectuels (toujours moraux et qui disent non à la réalité) Maffesoli veut croire en la réalité humaine. Nos temps troublés appellent pour lui à un nouvel ordre qui reposera sur Dionysos  Il y aura probablement de la violence mais elle sera limitée et sera à la source d’un nouvel ordre qui ne cherche qu’à s’éveiller, loin de toute morale mais non de l’éthique qui est le ciment de la société. Oui, réinvitons Dionysos, ce métèque ambiguë fascinant qui apporte la violence ritualisée, symbole du désordre refondant l’ordre. Ce chaos n’effraie que l’intelligentsia et les technocrates. Le peuple connait la « sagesse diabolique »

Cette vidéo est fascinante car elle est merveilleusement honnête. Elle discute avec Hadjadj et Girard.
Avec Hadjadj car ils s'accordent sur la mort de la modernité d'inspiration chrétienne, Mais quand Hadjadj s'effraie de l'arrive de la postmodernité niant l'homme, Maffesoli se réjouit de cette décadence et de l'arrivée de ce postmodernisme païen  signe de lendemains vivifiants. Je crois que Maffesoli a raison quand il dit qu'il accepte la réalité. Il y a un coté, je dis ce que j'observe mais il a du mal à cacher sa joie de la mort du progressisme et du modernisme classique et se réjouit aussi de ce postmodernisme dionysiaque qui sera symbole de vie, de désordre et d'ordre qui viendra après la décadence.

Ensuite, avec Girard, car cet homme choisit Dionysos explicitement (cela est même incroyable de clarté), c'est un paganisme assumé. Oui, il faudrait un bon petit sacrifice de Penthée, que le désordre de l'anomie de notre temps se transforme en violence, en sacré et la grace du bouc émissaire fera son travail. Vivement les temps nouveaux....

Trois personnalités se révèlent donc. Dionysos, Penthée et le Christ.
Penthée est (comme le dit Maffesoli) le technocrate, l'homme de l'organisation, de Babel, de la gestion humaine. Celui qui ne pense pas religieux mais qui pense ordre mais qui dans son ignorance du religieux ouvre la porte même aux religieux et au sacrifice que Dionysos conduira. Dionysos est l'homme du sacré et du sacrifice du bouc émissaire, du désordre fondant l'ordre. Jésus est l'homme qui dénonce le travail de Dionysos et le rend petit à petit inopérant.
Aujourd'hui, Penthée règne. Bien entendu il rend l'homme malheureux car l'homme ne se gère pas. Penthée est peut être une préfiguration du moderne. C'est à dire du chrétien déchristianisé. Mais là où Maffesoli appelle à son meurtre sacré, Girard dit que cela ne peut plus marcher. Qui aura raison ? C'est ici que le terme d'apocalypse prend tout son sens. Est-elle cette synesthésie païenne, le symbole d'un nouveau cycle ? ou bien le signe de l'accouchement de cette humanité définitivement privée de ces béquilles sacrificielles ?

Dionysos se meurt, survit ou se déchaîne ?
Ou bien Maffesoli ne passe-t-il pas complètement à coté de l'apocalypse qui est chrétienne par nature et nécessite la flèche de l'histoire qu'il récuse...

lundi 11 février 2013

L'apocalypse a commencé - René Girard

Voici une interview, parue sur le site du journal Réforme, sur le thème controversé de René Girard : L'apocalypse. Et pourtant, thème que celui-ci adore aborder et qui semble être la cerise sur le gâteau de ses théories. Il trouve un grand plaisir à développer ce thème, manière à lui de faire la nique aux Hégeliens, de souligner la cohérence ultime de tous ses écrits. Je crois aussi que c'est sa manière de transmettre sa solution pour le salut du monde : Repentez vous, croyez en l'Evangile, l'Apocalypse vient. N'était ce pas le leitmotiv des premiers chrétiens ? Que faire face à la rencontre de l'homme avec sa propre violence ?




Oui, l'apocalypse a déjà commencé. Girard relie les désastres écologiques actuels avec l’Apocalypse. Car il le redit, la violence décrite par l’Apocalypse vient des hommes. Il y a pour lui un lien entre rivalité économique actuelle, la violence et les désastres écologiques de notre monde au niveau global. Nos démocraties et nos politiciens sont dépassées. Il ne faut pas se laisser tenter par le désespoir et prenons la mesure du texte apocalyptique. Pensons long terme et sauvegarde des traditions. 
L’Apocalypse, c’est la durée, si ces temps n’avaient pas été abrégés, il n’y aurait plus un seul adorateur du Dieu unique. Dans les grands textes des Evangiles synoptiques, ces temps sont longs et nous y sommes pleinement entrés. Je ne suis pas pessimiste, au fond. J’attends, comme tout chrétien, l’avènement du Royaume de Dieu.
Il faut relire Matthieu 24 et Luc 13 et comprendre que le Christianisme nous a pris nos béquilles sacrificielles. Et que l’humanité a pris rendez-vous avec sa propre violence. 

On peut faire le lien avec la phrase de Gauchet, « le Christianisme est la religion de la sortie de la religion. ». Certes mais pourquoi la laïciser puisque la mort du Christ nous apprend tout ? Laïciser la pensée de Girard est toujours compter pour rien ou passer à coté du sacrifice du Christ. A l’opposé, il y a les fondamentalistes qui prennent la violence des hommes pour la violence de Dieu. 

Méditant sur le mystère des kamikazes, Girard poursuit sur l’erreur de Bush d’être parti à la guerre d’Irak, guerroyer face à un ennemi dont on ne sait s’il existe. 
L’ère des guerres est finie : désormais, la guerre est partout. Nous sommes entrés dans l’ère du passage à l’acte universel. Il n’y a plus de politique intelligente. Nous sommes près de la fin.
Quid des autres religions ? Elles servent à préparer le terrain au Christianisme. Elles ont permis le passage de l’animalité à l’homme. Le christianisme met fin à ces religions et nous met face à l’apocalypse. Quant à l’Islam, il ne dit rien sur la violence ou bien l’utilise et le judaïsme est tout entier prophétisme. Les rationalistes à la Onfray se sont arrêtés à Comte, la religion comme gentille cosmologie bébête. 
Au moment de la féodalité, on estimait que la justice royale permettrait une paix universelle. A partir des rois on a cru que les querelles dynastiques étaient à l’origine des guerres. Quand on en arrive à la république, Clausewitz voit très bien que celle-ci produit une mobilisation du peuple pour la guerre, qui jusqu’alors était le fait des princes. L’origine de la violence sera toujours cherchée ailleurs, on désignera toujours la chose la plus importante du moment… Alors que c’est l’homme, bien entendu, qui est à la source de toute violence.
Malheureusement le Christianisme est méprisé, il bouscule nos tranquillités archaïques. Il suffirait de revenir au texte. (Démarche considérée comme protestante dont beaucoup de catholiques pensaient que Girard avait épousé la foi….) 

Alors tout est tragique ? Non, la tragédie, c’est la collaboration mi lucide mi passionné à l’établissement de la religion. Le christianisme va au bout de la lucidité de la tragédie. Non, c’est l’apocalypse qui n’est pas un événement triste car nous vivrons autre chose. La providence est une attente, l’apocalypse est sûre. 
"N’ayez pas peur" est un parole apocalyptique. Il faut continuer et faire ce qu’il faut jusqu’au bout. 
Penser vraiment l’Apocalypse, c’est penser la tragédie des temps qui viennent dans une lumière chrétienne qui est fondamentalement optimiste. Ce n’est pas la fin de tout, mais l’arrivée du Royaume de Dieu. Royaume de Dieu dont nous n’avons aucune explication. Mais qu’importe, puisqu’il se rapproche de nous.

mercredi 6 février 2013

la passion survivaliste - Steffens

Intérêt pour la catastrophe, mentalité suvivaliste. Martin Steffens (vivre ensemble la fin du monde)

Interview merveilleuse dans "la vie" de Martin Steffens. Comment percevoir les survivalistes ? Est ce une catégorie particulière? En quoi ?
Ce texte est une merveille d’espérance raisonnée, une leçon de ce que peut être l’homme dans les remous de l’histoire, paniqué par sa propre fin et les malheurs du monde. Invitation à la paternité, accueil du Salut, de la joie. Apprentissage d’une perspective chrétienne quel que soit les évènements. Au delà d'une manière de parler qui peut paraitre gnan-gnan face à la force du verbe des survivalistes, il y a une invitation très profonde, me semble t-il, à vivre en chrétien la fin d'un monde ou l'apocalypse. La recherche de l'humanité et de la virilité (très présente chez les survivalistes) ne se fait peut-être pas là où ils le pensent... A méditer...


Il existe un sentiment nouveau, l’angoisse devant le futur proche et une difficulté quasi généralisé de se projeter. Le monde se complexifie et nous n’avons plus aucune maîtrise personnalisée.  Il y a une nulleparisation du monde…
Grâce aussi à une méditation sur la Route de McCarthy, Steffens analyse un retour du refoulé dans notre monde. Où nous conduit et que cachait la course de la satisfaction de nos désirs ? La course vers notre propre suicide ? Devant notre possibilité de détruire notre monde, après les grandes guerres mondiales,  grandit la conscience de notre violence et que nous sommes de survivants.
Nous sommes rapides mais nous ne savons plus où cela nous mène, la crise de sens est rude…. D’autant plus que le pourquoi collectif est perdu… On veut toujours mordre sur l’avenir. Par les écrans, la famille est ouverte aux quatre vents…
Intervient alors le survivaliste qui prend l’hypothèse du retour vers l’archaïsme et du struggle for life sévère. Il veut se débrouiller et reprendre la maîtrise de sa vie et de son environnement immédiat. Le survivaliste pense que ce monde ci est déjà fini, il fait partie du monde qui va suivre (selon lui).
Mais ne sommes nous pas déjà transformés par la technique vécue.
Pour les survivalistes, la rupture doit venir pour que vienne le bien. Steffens encouragerait plutôt « d’habiter la déchirure », c'est-à-dire continuer le chemin et le réorienter… Il voit aussi une illusion dans la pensée survivaliste, malgré souvent leur appel sain à un retour au réseau humain et réel, ils veulent « s’en sortir ». Mais s’en sort-on jamais ? Non,  car on ne peut sortir du monde, il faut œuvrer ici et maintenant pour le transformer et protéger ce qui est bon.
Le survivaliste attend et se prépare à un jugement dernier où il s’en sortirait…. Car il en est plus ou moins le juge. Mais il y a méprise pour qui pense en chrétien. Le Jugement dernier n’est pas extinction du mal mais transfiguration. Saurons nous reconnaître le Christ quand il nous demandera : "Pour vous qui suis-je ?". L’espérance du Salut est indissociable avec la mort, et le désir de retrouvailles entre le créateur et toutes les créatures. Le sauvetage se suffit  dans le souhait de ne pas mourir.
Steffens voit encore dans le survivalisme une sorte de régression vers le ventre de sa mère, un refus de tenter quelque chose dans le monde (même si il y a de bonnes raisons de s’en méfier). Ne faut-il pas sortir du bunker comme on sort du ventre de sa mère. Bref, le monde a besoin de père. Comme dans la route de Mc Carthy, le père est l’accoucheur de l’enfant, celui qui lui permet d’accepter les risques, prendre confiance en la vie. Entendre le « lève toi et marche » comme un paternel « dégage, va t’en », Sors de la matrice, du ventre refuge. Le père est l’avenir de l’homme ! Celui qui montre aussi que la violence n’est pas  le dernier mot.
Bref, la peur de la fin ne doit pas nous faire oublier notre vocation à la joie. La catastrophe et le salut ont déjà eu lieu.

« Les survivalistes s’arment et se préparent. Leur message est le suivant : Nous, on est lucide, on est moins niais que vous. Vous êtes des bisounours. Le chrétien lui répond : Mais qu’est-ce que tu crois donc ? Je ne suis pas naïf, mais je crois que la lucidité n’est pas le néon du dentiste qui faut ressortir tous les défauts, mais la lumière de la bougie qui, comme dans la peinture de George de La Tour, fait ressortir ce qu’il y a de beau même dans ce qui est laid. Il existe une lumière qui n’accuse pas, mais qui fait ressortir le bon. Il faut toujours oser ce regard, où s'abrite l'essentiel. »

mercredi 12 décembre 2012

Quel est notre paradis ? Sens de l'histoire et Apocalypse

Encore une petite vidéo de Fabrice Hadjadj, celle ci va nous permettre de commenter la question du paradis et en quoi l'image de celui-ci influence notre philosophie et la représentation de l'histoire des individus, des peuples et de l'humanité...

à partir de 44.10 jusqu'à 47.53







Le bonheur peut coïncider avec une certaine souffrance et le bien-être humain peut passer complètement à coté du bonheur humain.
Si on réfléchit au paradis nous avons deux récits ambivalents. Dans le  récit biblique, il y a deux paradis. L’éden,  paradis terrestre où l'homme est créé avec la femme et le paradis céleste qui se trouve à la fin. Nous sommes proches des anciennes religions (éternel recommencement) mais si on va d'un paradis à un autre paradis ce n'est pas comme dans un cycle. Le paradis terrestre est irrémédiablement perdu et vouloir retourner à ce paradis, c'est la régression, c'est la faute. Entre ces deux paradis est décoché la flèche de l'histoire. La notion d'histoire est une notion judéo-chrétienne, avant, cela n'a jamais existé. Nous, nous avons un commencement, une chute et la fin de l'univers. La critique de Julien l'apostat au chrétien est : "mais ne voyez vous pas la splendeur du cosmos, le monde n'a pas commencé et il ne finira jamais." Le chrétien dit si, il y a eu un commencement et il y aura une fin. Il y a une linéarité du temps. Toute l'histoire est commandée par cette notion de paradis perdu et celui auquel on tend. Et on va voir que tous les mouvements historiques essaient de se débrouiller avec cette question de paradis. Ex: Marx, il fait une eschatologie sur une société parfaite, paradis social et c'est le sens de l'histoire. La critique du capitalisme se fait aussi par rapport à l'illusion paradisiaque du capitalisme (Guy Debord) Notre société du spectacle reconstruit l'arrière monde du religieux paradisiaque à travers le spectacle. Le cyberespace, c'est encore une parodie du paradis.


J'ai souhaité présenter cette vidéo car elle dit énormément en très peu de mots.
Le christianisme a décoché la flèche de l'histoire. Le cycle et la nostalgie de l'eden sont effacés, le paradis est en face de nous. La matière n'est pas immortelle, l'univers a eu un départ et une fin, l'homme s'oriente vers le chemin du paradis. Le Christ a tendu la corde, cette corde stable des temps archaïques. Mais où va la flèche ? Vers les lendemains qui chante de la société sans classe, vers la singularité technologique diagnostiqué par Bellanger dans la modernité du XXeme siècle, vers le paradis baba cool,  vers le paradis consumériste, vers le transhumanisme de Huxley, vers la social démocratie de Gauchet, le régime mixte de l'individu enfin raisonnée et adulte de l'homme sachant l'histoire qu'il fait ?

Jésus dit nous, allons vers le royaume de Dieu, la parousie et la révélation. L'apocalypse est le dernier livre de la Bible. La rencontre de l'humanité avec sa propre violence, la possibilité du choix du royaume de Dieu, déjà présent en signe.


La flèche tremble, les interprêtations sont multiples, Gauchet analyse le mouvement de la flèche mais se refuse à définir des lois précises et universelles. 
Girard dit : Ne voyez vous pas que tout cela a un sens ? Le Christ a retiré les béquilles sacrificielles de l'humanité (la violence créatrice d'ordre) et les hommes n'ont plus que le choix entre la montée aux extrêmes de la violence et l'acceptation du royaume de Dieu. C'est l'espérance paradoxale de l'Apocalypse.



Quel est notre paradis ?