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mardi 24 avril 2018

Alain, Fumaroli, Illich à la recherche de la compassion

Je me régale depuis quelques temps de la lecture de Paris New York et retour de Marc Fumaroli. Plongeon dans le monde, l’image et méditation sur l’art ancien et notre monde d’image. Il y a des trésors magnifiques à chaque chapitre et une invitation à l’otium et à la sagesse. Je ne l’ai que trop peu repris dans ce blog. Permettez-moi de m’appesantir sur un chapitre. "La souffrance des autres : Leurres de la compassion contemporaine". Recherche de la compassion et analyse de l'hubris de la compassion qui disparaît par sa structure injonctive et sans limite. Cela nous permet de faire le lien avec la lecture d'Illich de la parabole du bon samaritain. Tout en bas, en annexe, vous lirez un extrait du livre de Kavanaugh (Comme un hôpital de campagne) qui servira de base à la partie sur Illich, puis vous lirez mes notes sur le chapitre de Paris-New York qui est ici travaillé.
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Fumaroli analyse le lien entre l’engouement contemporain pour le bon sentiment et la compassion et comment cette dernière s’est enfui des arts.

Il voit une corrélation, la réalité de la recherche égoïste de son propre intérêt avec la mise en avant de la compassion et de l’émotion publique dans un environnement où la violence des images prend la place de tout l’imaginaire.

Il oppose ces bons sentiments compassionnels avec l’humanitas et la caritas.
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Humanitas antique, représenté par Cicéron comme éducation à la beauté et considération de la beauté des liens non-politiques caractérisée par l’indulgence entre égaux et la bonté des plus riches. La caritas chrétienne s’est inspiré de cette humanitas pour les relier avec sa vocation divine.

L’humanitas et la caritas, et contrairement dans l’art religieux occidental et antique, ne sont plus représentés dans l’art contemporain.

Fumaroli appelle le philosophe Alain. Celui-ci, bien qu’athée, rend grâce à l’art chrétien d’avoir laissé une place forte à certains lieux communs, dits « populaires », lieux de l’éducation de cette humanitas et caritas, il pense particulièrement au sourire mystérieux du bébé près de sa mère et des vierges à l’enfant. Moments où la raison aussi bien que l’imagination retrouvent leurs origines. Alain dit encore que l’art Chrétien avait un travail d’éducation, de maitrise des désordres de l’imagination, d'autonomisation de l’individu et d'éveil des sentiments.
Résultat de recherche d'images pour ""art contemporain""

Nous n’avons plus de lieux communs, mais des concepts et l’alliance de l’art avec la technosphère.



Les bases de la compassion ont été échangés. Le Christ en croix rappelait notre prochain souffrant, Rousseau et les modernes voient dans le prochain souffrant le Christ. La compassion n’a plus sa source dans le très haut. Cette souffrance était assumée par Dieu qui rappelait à l'homme qu’il y avait quelque chose de fou dans celui-ci. Il y avait au cœur de l’univers un abime de souffrance et de compassion auquel chaque être humain pouvait prendre part. La croix divinise l’humanitas et la caritas. Petites brises, à peine réelles, qui donnent le suc de notre vie par l’attention qui nous est possible de donner. Cela me fait penser à la perspective d’Ivan Illich sur ce qu’il estime la mauvaise lecture de la parabole du bon samaritain (voir plus bas, la citation de Kavanaugh de son livre comme un hôpital de campagne.) Le samaritain face à l’homme blessé est bouleversé dans ses entrailles et agit en toute spontanéité, librement et non sur un sens universel du devoir. Le prochain se transforme en tous nos frères humains. Ce qui est pour Illich une perversion du Christianisme. (Ce qui lui faisait dire quand on lui parlait de famine en Ethiopie : I don’t care. Devons-nous intégrer cette réaction ?) Le prochain devient dans la modernité économique un espace infini et virtuelle bien représenté par l’amitié facebookienne. Paradoxalement, le christianisme ouvre un espace sans borne à l’hubris industrielle et aux institutions qui veulent faire le bien sans limite. Illich disait qu’il fallait faire autant attention aux méchants qu’aux institutions qui prétendent faire le bien en grand, à toutes les cléricatures et institutions contreproductive.


Dans l’art ancien, la souffrance est présente en forme de litote, mise à distance par la réflexion. Désormais plus rien ne nous est épargné dans un fracas de cris de témoignages d’horreur, de sang, d’images. Tout concourt à l’appel de notre compassion et de notre angoisse. (les réseaux sociaux et twitter en particulier sont un magnifique exemple.)
Iphigeneia sacrificed MAN Napoli Inv9112.jpg

Je laisse enfinla parole à Fumaroli qui dans son style magnifique dit combien ces appels ne sont rien et sont le syndrome de notre perte de charité face à la contradiction que nous devons supporter entre la tragédie humaine permanente et la tendre humanité

P371 La théologie en sait long sur les limites du connaître et du sentir humain. Seul un Dieu a pu avoir un cœur si gros et doué d'une empathie si inépuisable qu'il ait pris sur lui toute la misère du pauvre monde, dont on nous explique par ailleurs, cartes, photographies et épreuves scientifiques à l'appui, qu'il s'entretue dans le sang, qu'il se fendille, se dessèche ou se noie dans la fonte des glaces. Seule une fiction euphorique et flatteuse, de force et d'effets égaux à ceux des informations qui nous rapportent la déliquescence de la planète et l'agonie de tant de nos frères et sœurs humains, peut nous faire croire que nous puissions, individuellement ou collectivement, endurer tant d'éprouvante et de plaies d'Egypte. En réalité, faute de vivre à la fois selon ces deux régimes d'émotion contradictoires, ce glas incessant qui fait frémir notre sensibilité altruiste ou naturiste produit, autour de la plupart de nos cœurs, des cals épais qui les protègent et les dispensent de s'émouvoir autrement qu'en bonnes paroles écologiques et donations humanitaires affranchies d’impôt. Et nous nous replongeons aussitôt dans l’alléluia universel des publicités euphoriques, des clips paradisiaques, et de l’éternel sourire engageant, toutes dents en poupe, d'un escadron de majorettes frétillantes et ravies qui apportent sur la table un gâteau d'anniversaire, enjoy ! Happy birthday to you




plus bas citation de Cavanaug dans "comme un hôpital de campagne."

jeudi 25 juin 2015

Olivier Rey - Illich

Voici un très beau texte sur Ivan Illich, il est dans la suite de cette dernière note. Il permet aussi de mieux connaître le très intéressant Olivier Rey et son dernier livre sur la mesure. (voir ici et ici ou encore , on peut aussi écouter d'autres conférences sur ce sujet, ici ou )
Il prend du temps pour résumer l'histoire de la pensée d'Illich dans son combat pour ouvrir les yeux de l'homme moderne sur les danger du développement. Il veut nous ouvrir les yeux su notre hubris, notre mépris pour la juste proportion de toute chose, et finalement nous inviter à retrouver le présent dans sa simplicité et sa joie offerte. Ne soyons pas des technocrates mais de simples vivants.
Le texte est ici




Ivan Illich (4) - « L’unité d’inspiration de la pensée d’Ivan Illich » par Olivier Rey from CMSG on Vimeo.

I Paradoxe de la réception de la pensée d'Illich
Paradoxe d'Ivan Illich : sa critique radicale de la modernité et du développement a suscité de l’intérêt dans les 70's puis au moment des principales crises mettant en cause ce développement, un large consensus s'est formé pour appeler à plus de rétablissement de la croissance, sa critique a été mise de coté et a été vu comme un souci d’esthètes ou d’irresponsables coupés du seul vrai problème, celui qui conditionne tout le reste : la croissance.
Comme dirait Georges W Bush : my approach recognizes that economic growth is the solution not the problem.

Pourtant, il semblerait que nous soyons entrés dans une période où, il devient difficile d’ignorer que les problèmes engendrés par un certain type de développement croissent plus vite que les moyens que ce développement nous fournit pour les résoudre. Dans les termes d’Illich :
C’est la contre-productivité spécifique qui s’installe dans un secteur après l’autre. Ce sont les pompes qui font couler le bateau.
La pensée d'Illich s'est marginalisée par la panique d'une solution qui a marché et que nous avons adorée sans distance. Plus il y a la crise, plus nous essayons de faire toujours plus la même chose. Si la crise persiste c'est que nous n'avons pas su relancer l'économie comme il l'aurait fallu.


II Pourquoi et comment Illich a changé de stratégie mais comment il est resté lui-même.
Illich a eu aussi le sentiment que son concept de contre productivité a été utilisé contre lui. Ce concept semblait être utilisé au premier degré pour retrouver la joie de la productivité toujours plus efficace alors qu'il se mettait sur le terrain de la pensée quantitative qu'il combattait pour lui montrer sa contradiction propre (comme Pascal avec son pari). Même celui qui ne croit qu’au développement par la croissance économique devrait, par simple fidélité à ce qui fonde ses convictions, être amené à comprendre que la voie suivie n’est pas la bonne.

Illich cherchait un point extérieur pour prendre prise sur le monde moderne. Il a cherché parmi les grecs, le temps médiéval pour trouver le "miroir du passé" qui nous permettrait de comprendre l'originalité de notre topologie mentale.
Il n'y a donc pas deux Illich, c'est le même avec le temps mais avec des stratégies différentes de conviction. Cette évolution n'a pas marché mais a permis de lever des ambiguïtés. Méprisée par la droite intellectuelle et la droite attachée aux affaires courantes, la gauche va se détacher de lui, car Illich bien que non réactionnaire aime la tradition comme lieu de résistance au développement et comme socle pour un nouveau monde. Il allait à contre courant de la hantise du passé et de l'amour du changement de la gauche.
"Cette propension à réduire la convivialité à l’économie primitive, jointe à une horreur de la tradition travestie en volonté de contribuer au progrès d’autrui, engendre la destruction inconsidérée du passé. On en vient à regarder la tradition comme une expression historique du déchet, dont il faut se défaire en même temps que des immondices du passé. »
Pour aggraver son cas, Illich identifie dans le passage d’un monde genré, peuplé d’hommes et de femmes, à un monde sexué, peuplé d’être humains affectés, secondairement, d’un sexe masculin ou féminin, la condition de possibilité de l’arasement de toutes les différences ontologiques, ouvrant sur un monde où plus rien ne fait limite et de ce fait entièrement livré aux entreprises techniques et aux échanges économiques.
Olivier Rey insiste ensuite sur l'importance de l'attachement d'Illich à l'Eglise catholique malgré ses difficultés avec elle. Elle demeurera toujours la base de sa pensée.


III La recherche de la bonne mesure et écologie
Il insiste ensuite sur l'importance de l'amitié. En particulier de l'amitié de Léopold Kohr qui théorise non pas vraiment le small is beautifull mais l'importance du proportionné dans toutes les choses sociales et économiques. Partout où quelque chose ne vas pas, quelque chose est trop gros. Illich développe Kohr, il cherche partout la notion d'échelle. Au delà de la juste mesure, ce qui servait tend à nuire.
La société moderne a la frénésie des mesures mais jamais l'intérêt de la juste mesure.

"Il y a certains seuils à ne pas franchir. Il nous faut reconnaître que l’esclavage humain n’a pas été aboli par la machine, mais en a reçu figure nouvelle. Car, passé un certain seuil, l’outil, de serviteur, devient despote. Passé un certain seuil, la société devient une école, un hôpital, une prison. Alors commence le grand enfermement. Il importe de repérer précisément où se trouve, pour chaque composante de l’équilibre global, ce seuil critique. "

Ce monde technique démesuré crée de l'exclusion, ne peuvent qu'en profiter, ceux qui ont passé les concours suffisant. Les inclus eux deviennent parfait engrenage.
Ce respect du proportionné n'est pas soumission à la nature, il s'agit de respecter les limites au delà tout dépassement devient délétère. Illich prend au sérieux l'autonomie moderne mais réfute le chemin de l'hubris. Ne soyons pas antimoderne mais respectons pour que les promesses d'émancipation de la modernité soient tenues.


Sagesse ?
Illich voyait le "développement" comme un désastre. Aveugle comme les hommes sont, il pense que nous passerons par un désastre.
La transition est trop lourde, il y aura du sevrage douloureux Le passage à une économie de convivialité se fera dans la souffrance. Cependant Illich détestait les appels à la responsabilité. Le bon comportement doit découler du sens de ce qui convient, non de la responsabilité. L'acceptation maussade ne marche pas.
Ou, comme dirait Saint Thomas d'Aquin : L’austérité, en tant que vertu, n’exclut pas tous les plaisirs, mais seulement les plaisirs artificiels et informes. Par quoi elle semble se rattacher à la convivialité, qu’Aristote appelle amitié, ou à l’humeur enjouée.
Le monde moderne dans sa manière de penser un sauvetage général poursuit encore ce qu'elle veut enrayer, une persévération dans l'hubris. Les appels pour le monde et pour les générations futures induisent un mauvais rapport au monde et aux autres en anesthésiant la sensibilité au général.
L'idée du pilotage de la planète est fausse, ne sauve rien mais détourne de la bénédiction du présent

Le sentiment éprouvé à l’idée d’être à même de célébrer le présent et de le célébrer de la manière la plus humble qui soit, parce qu’il est beau et non parce qu’il est utile pour sauver le monde, pourrait créer la table du repas qui symbolise l’opposition à cette danse macabre de l’écologie, la table du repas où l’on célèbre le fait d’être vivant en opposition à celui d’être “en vie”. 

Rey conclut :
L’avenir ne résultera pas de notre souci pour lui. Ce qui nous appartient, c’est de vivre le présent comme il convient. L’avenir, s’il y en a un, nous sera donné par surcroît.


Pour la bonne bouche voici une citation de Weil contenue dans le texte
« Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu’à l’avenir. C’est une illusion dangereuse de croire qu’il y ait même là une possibilité. L’opposition entre l’avenir et le passé est absurde. L’avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien ; c’est nous qui pour le construire devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner il faut posséder, et nous ne possédons d’autre vie, d’autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l’âme humaine, il n’y en a pas de plus vital que le passé. »


lundi 4 mai 2015

Bernard Maris et la fraternité anonyme

Interviewé par la télévision belge, peu avant sa mort tragique dans les locaux de Charlie Hebdo, on retrouve en condensé le peu que je connaissais de Bernard Maris. Ce portrait intellectuel qui jongle entre ses propres livres et sa production éditoriale ressemble à un testament. Ce testament fait curieusement beaucoup écho à ce propre blog. Cela me surprend peu car j'appréciais certaines de ses sorties médiatiques. 
Ne représente t-il pas pour moi l'homme de gauche qui doute et médite, rempli de générosité et du tragique de l'existence, tragique qu'il faut tenter d'embrasser comme la croix du Christ dont elle n'est peut-être que l'ombre sur nos vies et qu'il a, semble-t-il, voulu reprendre dans ses bras...
Laïcité, capitalisme, violence, la quête vibrante de communion de cet auteur a cessé brusquement par un fusil situé à la convergence de ces trois questions qu'il n'a cessé de creuser. Espérons qu'elle a trouvé sa résolution dans les bras du Père et non dans des bras anonymes....



Laïcité
Bernard Maris pose le portrait d'une laïcité douce, elle ne serait pas "de combat" elle est le rêve raisonnable d'une société qui ne croit plus à la folie de la non réciprocité violente du christianisme. Elle est la fraternité en acte, la décence commune. Elle est le rêve de "fraternité anonyme", la cristallisation de l'altruisme inhérent à l'homme et qui nous fait homme. Le religieux n'est pas vraiment l'ennemi de la laïcité mais c'est l'effondrement du social qui en brise les espoirs. 
Je crois que le diagnostic est juste mais il montre surtout le malentendu, souvent de gauche, que porte Bernard Maris. Le religieux est extérieur à l'homme et est une dimension ajoutée. Le rêve de pentecôte et de fraternité devient "anonyme", ironie de l'expression qui comprend le désir et le besoin de communion fraternelle humaine mais qui refuserait de porter le regard sur le Père ou le frère par excellence, Jésus.
Il ne reste qu'un malentendu entre personnes de bonne volonté et une laïcité trop légère pour porter sur ses épaules un besoin eschatologique....

Capitalisme
Celui-ci se donne comme vocation d'absorber toute métaphysique, foi et superstition. La relation marchande se substitue à toute relation véritablement humaine possible. L'argent est l'arme de destruction massive de toute relation humaine éprouvée, le capitalisme en est le stratège. Fausse égalité, hyper narcissisme, hyper individualisation, société confortable mais âpre et dure, sans plus aucune consolation, elle tue tout altruisme et coopération. Processus mortifère et suicidaire. Nous perdons tout...
Il a écrit un livre sur Houellebecq économiste. Il est selon lui l'auteur de la fin du capitalisme. La fin des relations humaines mangées par les relations marchandes, le malthusianisme, la réflexion sur l'utilité.
Maris nous invite aussi à connaitre Freud, Keynes et Marx, ils se sont bien trompés mais ils nous ont donné des indices merveilleux pour comprendre notre monde. Infantilisation du capitalisme en pleine hubris et sans limite sauf celles de la terre. Bidonvillisation du monde malthusien (la possibilité d'une île). Quête absurde d'une productivité qui lutterait contre la rareté. Contre productivité (Illich), promiscuité et catastrophisme que nous savons mais que nous ne croyons pas (Dupuy). Nous allons tous en mourir.
Les socialistes ont trop cru qu'il pouvait construire le paradis sur terre, ce sont des chrétiens qui ont perdu le paradis. (thèse proche de celle de Hadjadj)
Cela nous donne un capitalisme créateur d'irresponsables immatures, endettés croyant à la vie éternelle par la productivité... Mais, en fait, nous avons peur de la mort ! Trouvons le juste milieu et osons vivre ! Nous ne faisons que perdre notre vie à la gagner.


Violence
Bernard Maris a écrit un livre sur la perception de la première guerre mondiale par deux grands hommes qui en ont survécu et se sont probablement battu l'un contre l'autre. Maurice Genevoix (son propre beau-père) et Ernst Junger. (à ce propos, ne soyons pas dupes, "les artistes sont les sentinelles et les voyants de notre monde") A leur suite, il affirme avec force, ne nous faisons pas de film, nous aimons la guerre, les hommes peuvent aimer la cruauté, la guerre apporte une sensation de plus d'être à eux qui la font, c'est un moment exceptionnel et fraternel mais avant tout une maladie destructrice et abjecte....
Malgré tout, Hollande et Merkel, c'est mieux que tout cela, il faut éprouver et voir notre part noire ("Nous ne sommes pas bons !")qui nous est constitutive comme notre altruisme. Il donne comme image un tableau de Goya de deux hommes préférant continuer à se battre alors qu'ils sont tous les deux pris dans le sable mouvant. Mimétisme et montée aux extrêmes !







 Quelques notes...

jeudi 26 juin 2014

La science, une théologie qui s'ignore - La marque du sacré 2nde partie

Et ici, la somme des chapitres...
Dans ce chapitre, Dupuy cherche la trace du sacré dans la science.
La science n'est pas neutre. (J'invite les lecteurs aussi à ce texte de Hadjadj et à cette conférence de Levy-Leblond cité dans le livre) Elle n'est pas libre de valeurs. Dupuy la comprend comme l'accomplissement de la métaphysique occidentale. Ce qu'on appelle le désenchantement par la science n'a son origine que par la disparition de l'appréhension magique du monde et relève paradoxalement de l'acte de foi. La science peut elle vraiment se rendre autonome de la question du sens du monde ?



Dupuy accuse Lecourt qui pense que les catastrophistes (dont ferait partie Dupuy) et les techno prophêtes sont les deux faces d'une même pièce. Faux. On peut aimer la science et croire qu'elle nous conduit vers l'abîme, il faut sentir la logique, la marque du sacré de la science. Comme tout aujourd'hui, la science est marquée par sa contradiction, elle se pense comme universelle et aboutissement de l'humanité après tâtonnements mais le monde et les hommes peuvent ils supporter ces développements ? Ne faut il plus choisir entre une exigence d'éthique et le mode de développement que le monde s'est donné.

Est ce devant les générations futures que nous devons y penser ? Dans le cœur de la pensée progressiste, les générations antérieures se sacrifiaient pour le bonheur plein et entier des générations à venir, or désormais nous voulons éviter la catastrophe. Mais ne pensons pas à des générations futures, pensons à nous même et à notre responsabilité, à notre regard vers l'avenir. C'est ce dont nous avons besoin.

Ensuite Dupuy s'arrète sur les NBIC, acronyme parlant des nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives. Il cherche à expliquer en quoi derrière leur neutralité elles portent avec elle une modification du regard de l'homme sur lui-même. Cette modification est d'autant plus difficile à remettre en cause qu'elle est au cœur des jeux de rivalités et d'économie des grandes puissances.

Celles ci changent le regard de l'homme sur
  • La nature. Celle ci devient nature artificielle, comprise et réécrite dans le sens où l'esprit de l'homme peut et doit en être le créateur. Il n'y a plus collaboration mais remplacement pour faire mieux. Le monisme matérialiste est devenu spiritualiste.
  • La connaissance. Comme nous pouvons connaître ce que nous avons créé (Vico). La nature ne peut plus être un donné extérieur à soi. Savoir et pensée peuvent se séparer....
  • L'éthique. La nature étant un artefact, on peut agir sur elle à loisir, il devient difficile de fonder une éthique exigeante. Qui dit éthique, dit triomphe du sujet. Mais que devient ce triomphe si l'homme et la nature sont machines computationnelles. Au nom de quoi l'homme exerce t il son pouvoir ? Au nom d'un mécanisme aveugle ? De quel sens ? Vide ! La connaissance d'une nature devenue objet du faire humain se traduit par la négation et de la nature et de la connaissance. Les pro NBIC voient leurs contradicteurs comme des judéo-chrétiens qui les empêchent de devenir comme leur Dieu, cela va en contradiction avec la vision judéo-chrétienne de l'homme co-créateur mais correspond au christianisme perverti où  la science a pris le relai de la désacralisation du monde et l'élimination progressive de tous les tabous. Dans une société qui rêve de fabriquer la nature selon ses désirs et ses besoins, l'idée d’extériorité perd tous son sens. Or il n'y a pas  de société humaine libre qui ne repose sur principe d'autolimitation. C'est le problème éthique de notre monde moderne et de sa sortie du sacré....
  • La métaphysique. Les métaphores mécanistes permettent des progrès technique et imposent sa manière de voir. Le naturel non vivant, le vivant et l'artefact fusionnent, indistinction et fin de la croyance en la brisure entre ces catégories. Souvent ces mêmes scientifiques le font avec un air d'humilité. Dupuy voit dans cette humilité le ressentiment du bourreau se prenant pour une victime. C'est l'autoroute de la violence.
  • L'anthropologie. Nous voulons échanger le donné contre une œuvre de nos mains. La mort et la souffrance sont devenus des problèmes à résoudre. L'ethique perd tout si elle ne fait que juger le bien et le mal, elle doit poser les questions dérangeantes sur la nature humaine. Revenons avec la citation d'Illich (plus bas) vers des retrouvailles avec la santé structurelle. Tout homme connaitra ses limites humaines, les traditions savaient les embrasser. Lorsque la finitude de la condition humaine est perçue comme aliénation et non comme source de sens, on perd quelque chose d'infiniment précieux en échange de la poursuite d'un rêve puéril. 

Enfin, Dupuy nous invite à voir chez les transhumanistes, des idolâtres de l'homme.


Nous vivons une fuite en avant globale où la technique n'est que le seul rempart de la technique. Nous vivons entre promesse folle et risque paniquant qui se termine en relations publiques. La science ne peut plus échapper à sa responsabilité, elle doit gagner en réflexivité et en faisant participer le plus grand nombre à ses questions. Arrêtons de créer des spécialistes aussi naïfs sur la gangue idéologique et métaphysiques où ils ne se voient pas patauger.
Et puis surtout relisons sans cesse cette invitation illichienne citée par Dupuy : Il ne m'apparait pas que les états doivent avoir une politique de santé. Ce dont les gens ont besoin, c'est le courage de regarder en face certaines vérités. Nous n'éliminerons jamais la douleur, nous ne guérirons jamais toutes les affections, il est certain que nous mourrons. La quête de la santé peut être source de morbidité. Il n'y a pas de solutions techniques et scientifiques.. Il y a l'obligation quotidienne d'accepter la contingence et la fragilité de la condition humaine. Il convient de fixer des limites raisonnées aux soins de santé classiques. L'urgence s'impose de définir les devoirs qui nous incombent en tant qu'individus, ceux qui reviennent à notre communauté, et ceux que nous laissons à l'Etat. Oui, nous avons mal, nous tombons malade, nous mourrons, mais il est également vrai que nous espérons, nous rions, nous célébrons ; nous connaissons les joies de prendre soin les uns des autres ; souvent nous nous rétablissons et guérissons par divers moyens. Si nous supprimons l'expérience du mal, nous supprimerons du même coup l'expérience du bien. J'invite chacun à détourner son regard et ses pensées de la poursuite de la santé, et à cultiver l'art de vivre. Et, tout aussi importants aujourd'hui, l'art de souffrir et l'art de mourir.

 Source

dimanche 15 juin 2014

La marque du sacré de Jean pierre Dupuy 1ere partie

Et ici, la somme des chapitres...


Je souhaiterais commencer par ce poste mon suivi de lecture du livre incroyable qu'est La marque du sacré. (fiche de lecture pas mauvaise ici)
Résumé et autobiographie intellectuelle que nous offre Jean-Pierre Dupuy. Grâce à René Girard, il nous invite à regarder les traces du sacré qui existent dans notre monde moderne. Cernons l'auto-transcendance là où elle est et soyons des êtres responsables.

Sur ce post, je vous propose une lecture de l'intro et du premier chapitre. Je compte encore faire 6 notes sur les six autres chapitres.



En s'enlevant les dieux, les sociétés humaines se sont seulement enlevés les extériorités par lesquelles elles agissaient, désormais les hommes sont ainsi que le baron de Münchhausen se tirant hors du marais en se tirant par les lanières de ses bottes (ou par sa natte).

La raison garde la trace indélébile de son enracinement originel dans l'expérience religieuse. La science du religieux et de l'homme ne font qu'un. 
Dupuy nous demande de retenir une chose du sacré : L'ordre social contient la violence dans les deux sens du terme. Le mal se met à distance de lui même pour se contrôler et prendre la figure du bien. La panique est le moment où on ne fait plus la différence entre ces deux figures du mal. (Comme le sacrifice/le meurtre ou argent/crédit)

Or nous vivons un temps d'indifférenciation depuis 2008, quelle distinction entre le poison économique  et le médicament proposé ? La régulation n'a plus de sens. Nous sommes à la recherche d'un point extérieur. La loi  ? Comment peut elle être extérieur alors que nous l'avons créé. Tout bien de nouveau recherché ressemble au mal que nous voulons réfréner. 
La richesse n'est elle pas ce qui est désiré par celui dont nous recherchons le regard sur nous ? Nous sommes en pleines confusion des contraires mais ces crises sont programmés comme celles qui sont programmées  dans les phases spéculatives mais les rationalistes se rassurent en désignant des coupables, ils refusent de voir le trou noir où s'abolissent les différences et où s'engendrent par auto transcendance les sociétés humaines, or, il faut désormais penser ce trou !

Or le sacré est le mouvement du Satan expulsant Satan, de l’auto-extériorisation de la violence des hommes sous forme de rites pratiques et réussit à ce contenir elle-même. Elle est la création de la différence entre bonne et mauvaise violence. La modernité est remise en cause du sacré. Et si ces deux violences n'en faisait qu'une ???? 
(Question subsidiaire : Peut il y avoir savoir de l'auto-transcendance sans transcendance véritable ? Autrement posé Dieu existe ou non ? Girard répond oui, Dupuy non... Mais ce n'est pas le sujet du livre...)
Le sacré contient la violence dans les deux sens du termes. (ex de la bombe atomique)

Il en résulte que l'impuissance des rationalismes contemporains à appréhender la forme de l'auto transcendance ne fait qu'une avec la dénégation qui les constitue : le refus d'admettre que les rationalités qu'ils mobilisent s'enracinent dans l'expérience du sacré.
C'est donc l'objectif du livre retrouver le sacré là où il n'y a que le voile de la rationalité à se montrer. L'humanité se fait tracter  par une vision de l'avenir qu'il a projeté en avant de lui-même.

Or dorénavant, la perspective de l'apocalypse est plus que jamais nécessaire pour saisir le monde et ses changements




Chapitre 1 penser au plus près de l'apocalypse


Le monde va à la catastrophe. Le mal est en nous et même dans nos actions et dans ses conséquences inattendues. Notre développement basée sur la technique nous conduit à la mort. Nos seules solutions ne répètent que le "plus de" dont nous ne cessons mourir. Les prophètes de malheur ne sont pas croyables. Notre monde économique ne voit que l'avenir sous le prisme de l'évolution des prix et des raretés futures, nous ne voyons plus les autres risques. Le risque n'est pas visible pour une communauté tant qu'elle y voit des solutions.
Dupuy explique son concept de catastrophisme éclairé, ne parlons plus de moral aux hommes pour la protection écologique, cela ne conduit qu'à l'écolo fascisme, or nous ne voulons pas survivre pour survivre ni sacrifier notre autonomie morale. La crise doit être au contraire le lieu de la reconquête du sens.
Nous devons arrêter de croire à la neutralité technique, elle participe, elle aussi à l'action des hommes et au déclenchement de processus non voulu et non choisi. Arrêtons de vouloir nous sauver de la technique par la technique. Exemple d'apprenti sorcier par dessein avec le désir de perte de contrôle.



La crise que nous vivons est apocalyptique car elle révèle la violence des hommes. Dupuy cite l'évangile de Marc (13) il montre comment Jésus démystifie l'imagerie apocalyptique (tsunami et tours écrasées). La révélation n'est pas la fin pour le chrétien, elle est toujours au centre de l'histoire avec la Passion, mais la fin appartient à l'éternité, nous pourrons en parler seulement au passé antérieur. Tout aura toujours déjà pris un sens. Veillons à ne pas être fasciné. Projetons nous dans l'après catastrophe et voyons les destins que nous pouvons écarter.

Car finalement, Dupuy l'affirme, seule la religion nous permet de bien mettre des mots sur notre monde moderne, Dupuy propose un voyage entre Ivan Illich et René Girard deux philosophes qu'il a bien connus (voir ici aussi pour plus de précision), ces deux hommes tombent sur un désaccord le monde moderne est travaillé par des idées chrétiennes avec un message corrompu. Dupuy rappelle le concept de contre productivité, à partir d'un moment pivot, les institutions génèrent l'inverse de ce pour quoi elles sont faites (les télécommunications rendent sourds et muets, la médecine détruit la santé, etc...). Dupuy pose la question, comment n'avons nous pas encore compris que les biotechnologies sont des promesses auto destructives de la santé physique et intime de l'homme. Nous ne donnons plus sens à la vie à la mort, à la finitude humaine, nous sommes des technocrates de nous mêmes. Nous ne sommes pas un problème en attente de solution technique. Or le mal, ici est invisible. Méfions nous seulement des cléricatures et des industriels du bien, de ceux qui travaillent aux salut des autres hommes malgré eux. Illich nous prévient, le mal s'autonomise par rapport aux intentions de ceux qui le commettent. 

Girard, lui est l'insensé qui dit que l'histoire a un sens, la science de l'homme est possible et c'est la religion qui le permet et le Christianisme possède le savoir sur le monde humain. Le geste humain est de faire des dieux en faisant des victimes, la foule en délire fabrique du sacré et de la transcendance. Mythes récit des persécuteurs et évangiles de la victime.
Et ensuite le monde moderne arrive, "faire toujours plus de victime ou renoncer au mécanisme victimaire" tel est son dilemme. Or dans un système en globalisation, les violents se ressemblent à force de vouloir se différencier, la globalisation est d'abord un événement religieux. (pour ces intuitions voir la violence révélée de Gil Bailie)
La dernière partie du chapitre rappelle le chemin intellectuel de Dupuy, il commence à faire un parallèle entre Einstein et Girard, il déplore la disparition de l'honnête homme, les sciences dures, invitation à revoir le système universitaire qui fait des spécialistes sans mémoire de la longue distance. Final contre Rawles et la perception d'une humanité de "zombies raisonnables étrangers au tragique de l'existence". Ne pas voir le mal est toujours s'en rendre complice. 
Dupuy conclut finalement, tout mon chemin intellectuel fut de retrouver la marque du sacré !!


jeudi 5 septembre 2013

Edito de Ragemag sur la violence

Je ne lis pas assez la presse mais il me semble rare d’y lire des éditoriaux aussi importants.

Arthur Scheuer reproche à la gauche et à la politique social démocrate, son absence de réflexion sur la violence. Pourquoi n’y réfléchissons nous plus ? 

Selon lui, nous sommes bourgeois, nous l’externalisons pour nous croire sans reproche et bons puis nous créons des systèmes qui promettent un monde sans violence. Or ce monde de violence cachée est un monde nécessairement violent. L'article cite Schmitt : dès qu’on veut supprimer la violence de l’homme, on la déchaîne, comme Pascal avait dit auparavant, qui veut faire l’ange, fait la bête.

Parallèlement, pour Scheuer, tout mouvement de non violence est lâcheté ou victorieux par hasard ou par calcul de l’opposant. 

Il présente la violence non comme un besoin et refuse toute fascination mais il lui semble nécessaire pour les progrès sociaux ou pour résister et répondre à la promesse de la défense de ses idéaux, d’où une ambitieuse et étonnante revalorisation de l’honneur. Valeur exprimant le combat et le risque de donner la mort pour se défendre ou bien le sacrifice de soi même pour ses propres valeurs absolues.
Je partage son point de vue sur « l’hypocrisie bourgeoise », sur le mensonge des théories promettant un monde sans conflit, allant pour cela jusqu’à torturer les mots (politiquement correct). Je partage sa volonté de resaisir la notion d'ennemi. J’apprécie son invitation à repenser la violence inscrite dans l’homme et ses sociétés.

Je ne sais pas s’il a lu Girard mais il cite « la montée aux extrêmes ». Terme éminemment girardien lors de son analyse de l’oeuvre de Clausewitz. Mais celle ci exprime le chemin naturel d’un conflit et l’impossibilité (sauf évangélique) de briser l’élan qui le conduit. Or la montée aux extrêmes comme le mimétisme est souvent invisible à celui qui est à l’intérieur du processus.

Or Mr Scheuer est dedans. Car dans cette violence proposée, il y a
toujours un objet (plus ou moins réel et plus ou moins oublié) mais il y a toujours un rival. Que serait le drapeau sans rival honni. L’honneur, n’est-il pas une valeur mimétique ? C’est la justification morale de la continuation de la montée aux extrêmes. Le drapeau est ici l’objet, symbole à idolâtrer qui cache la rivalité mimétique. 

Alors, il faut être victime innocente comme le Christ et regarder laisser passer la caravane de l’histoire sociale, politique et migratoire comme des martyrs ?

Il me semble que c’est la proposition du Christ. « Notre drapeau » est celui du royaume de Dieu. Mais ce drapeau en lui-même est la croix du Christ. Le drapeau de la renonciation à tout combat mimétique et violent. Le refus de jouer le jeu de la destruction. Mais la responsabilité d'être un instrument de la justice, ce qui n'est pas sans combat.

Est ce de la lâcheté, de la fausse espérance, est-ce le chemin de l’injustice sociale, de l’impérialisme et l’échec de tout progrès ou encore du masochisme ? L'exemple de Ibn Ziaten pose la question douloureuse de l'auto-défense. 

Qui est l’ennemi pour Jésus ? Mathieu rapporte (10, 28) cette phrase de Jésus :

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l'âme aussi bien que le corps.

L’ennemi, ce n’est pas l’offensant c’est celui qui nous éloigne de l’amour de Dieu, non pas celui qui nous vole notre dignité, notre argent, notre vie. L’offensant est celui avec qui il faut construire le monde de justice et conduire vers Jésus. (plus facile à dire.... certes...). Tout ceci n'est pas dénué de courage ni "d'honneur", c'est un combat.

En parlant d’Illic, Dupuy disait qu’il pouvait être violent comme Jésus, d’une violence sans ressentiment, d’une violence hors de toute idolâtrie. Il y a certes une dimension de force et de "virilité" dans la vérité, elle est comparable au déchirement du rideau du temple ou au tremblement de terre au moment de la mort du Christ, à ce glaive que Jésus promet d'apporte. 

Cela me fait penser à la remarque de Girard dans une interview. La violence est mimétique de l’amour de Dieu. (Je retrouverai la référence)

Et à cette citation de Pascal :

C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu'à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l'irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ; quand on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n'ont que la vanité et le mensonge ; mais la violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre. Qu'on ne prétende pas de là néanmoins que les choses soient égales : car il y a cette extrême différence que la violence n'a qu'un cours borné par l'ordre de Dieu qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu'elle attaque, au lieu que la vérité subsiste éternellement et triomphe enfin de ses ennemis ; parce qu'elle est éternelle et puissante comme Dieu même. 


Les Provinciales (1656-57), Blaise Pascal, éd. Firmin Didot, 1853, Lettre XII, p. 227\

L’histoire n’est il pas ce temps de confrontation surprenante entre la violence et la vérité. 
Et sachons diagnostiquer la terreur cachée derrière le discours de monsieur Scheuer. ( A moins que ce soit du dégout pour tous ceux pour qui la vie ne serait jamais résistance et lutte ???)
Je ne sais pas ce qui est mieux, le bourreau qui s’ignore (bourgeois et pharisien) ou le bourreau heureux car justifié (Pilate, Hérode, les révolutionnaires et tous les hommes aux ennemis trop bien identifiés et imités) ?

La vraie révolution n'est elle pas celles de la conversion ? D'elle viendra toutes les justices sociales et historiques. (mais bon, gardons un canif dans la poche au cas où...)
Je recommande cet article de Cormary qui complète ma note sur le sujet de la violence et continue aussi ma transcription de Fumaroli sur l'image...

Ici, un article pour découvrir Schmitt

Ci dessous un résumé de l'édito :


mardi 25 juin 2013

Dupuy, Illich, et Girard / Violence, économie et sacré

Document audio (voir plus bas) très convainquant de Jean-Pierre Dupuy sur le lien entre Illich et Girard.
Très beau concept de contre production, et belle réflexion sur la difficulté des hommes à s'en approcher sans voir avant la dimension religieuse, sacrée souvent nécessaire.




Intro
Pour Dupuy, nous vivons une crise anthropologique et civilisationnelle. Il est temps pour lui de faire le lien entre deux auteurs clés qu'il a connu personnellement. Et défendre Illich contre lui-même, refuser de faire une scission entre les deux prétendues périodes de sa vie intellectuelle.
1er lien entre les deux penseurs. C’est l’importance de Jean Louis Domenach dans l’introduction de ces 2 penseurs en France. Puis, c’est leur relation compliquée avec l’Eglise.
Illich fut en effet un évêque défroqué (malgré Montini) qui pu dire que « L’Eglise est une putain, mais c’est aussi ma mère. » Girard avant de se contredire a pu dire que l’Eglise avait été fondée sur une interprétation erronée  de la passion du Christ. Tous les deux partagent finalement cette phrase de Chesterton que le monde moderne est remplie d’idée chrétienne devenue folle. Le message évangélique façonne le monde moderne. Mais c’est une version corrompue qui fait l’essentiel du travail….

I Contre productivité
Dupuy tente de présenter la thèse de la contre productivité d’Illich. Illich pense que notre monde moderne a surinvesti le « détour », c'est-à-dire, la tendance à freiner, retenir, économiser, pour faire mieux et aller plus vite. Bref, elle a absolutisé cette stratégie (sacrificielle finalement) pour au final se concentrer plus sur le moyen que sur la fin. 
L’exemple de l’économie est le plus parlant. La fin de l’économie qui est de combler en activité et en richesse l’homme est surpassée en importance par le moyen d’atteindre cette fin.   Au final, dit Illich, après un seuil de développement, plus croissent les institutions industrielles, plus elles deviennent un obstacle à la réalisation des objectifs dont elles sont censés servir. Elles deviennent sur-concentrées par les moyens et oublient totalement les fins. L’école bêtifie, la médecine corrompt la santé, le transport immobilise (exemple fameux du temps passé en (ou au service de sa) voiture en comptant les heures de transport, de soin et d’heures de travail pour la payer avec son carburant, on finit par voyager pour son travail pour payer le transport…), les sciences de l’information cachent le sens et les moyens de communication isolent. Ce ne sont pas seulement des paradoxes. Heureux qui le voit. Bref si on considère une valeur d’usage peut être prise de manière autonome ou hétéronome, on voit que l’hétéronomie peut manger l’autonomie. Autonomie qui bien souvent ne peut être comptabilisée. (Une vie hygiénique contre le conseiller thérapeutique, etc….) l’hétéronomie transforme tout  et nous rend autant service qu’il nous rend esclave et brise les liens humains. Nous devenons attaché à ce qui nous asservit. Bref l’hétéronomie est un poison et un remède à la fois. C’est un Pharmakon.  Dupuy dit que cette tendance moderne est le fruit de la dégradation de l’enseignement de la parabole du samaritain. Nous avons appris la fin des interdits culturels mais avons oublié le « va, toi aussi fait de même », c'est-à-dire, prends le risque de donner en t’approchant de la personne à qui tu donnes. Nous, nous avons créé des distances infinies entre les personnes. En faisant de tout le monde notre famille, sans s’approcher de lui, plus personne n’est de notre famille. Le Christianisme a ouvert un espace sans borne qui est la source de l’hybris industriel. Garde aux institutions qui disent faire le bien contre les méchants, ces "cléricatures" sont les institutions contre productrice, école, église, médecine, voulant faire le bien sans se faire frère. Elles portent en elles leur virus contreproductif.
Sur la médecine, Illich dit qu’il est absurde en soi de lutter contre la mort et la souffrance, on ne peut donner sens à ce qu’on veut extirper. 
L'homme traditionnel avait toujours la capacité de tirer de sa culture un sens. Le moderne est né sur les décombres des systèmes symboliques traditionnelles en qui il n’a vu que de l’arbitraire et de l’irrationnel. Dans son entreprise de démystification, il n'a pas compris que son système impliquait que des limites soient fixés à la condition humaine tout en leur donnant sens. De fait, rapidement la médecine devient une lutte contre la vie, ou encore devient l’alibi d’une société pathogène.
Il faut accepter la contingence de la fragilité humaine. Il ne faut pas niveler par le bas le sel de l'expérience humaine. Chacun doit se détourner de la quête de la santé et chacun doit cultiver l’art de vivre et l’art de souffrir et de mourir, dit Illich.

Illich démontre l'aveuglement de l'homme sur cette contreproductivité. Nous en venons à passer tout notre temps à en économiser. C'est l'absolutisation du "détour". Le travail divisé, c'est le détour par excellence. Le détour devient une fin en soi. Même ce qui est nuisible parait être légitimé par le travail que l’on donne à la population. Confusion entre les moyens et les fins. La société industrielle produit du détour de production, donc du travail... et encore...

II Economie, violence et sacré


Dupuy part de Dumézil qui a observé que toutes les cultures indo-européennes prenaient un soin particulier  à associer le dieu du sacré, de la violence et de la production agricole (ex romain de Jupiter, Mars et Quirinus). Girard dira que c'est le même Dieu. L'économie, la violence et le sacré sont le même Dieu.

Il y a deux thèses opposées sur l'économie. L'économie, c'est la violence. Ou bien l'économie permet de contenir la violence des hommes. L’économie dans une société sans Dieu substitue le sacré et permet d'éviter la décomposition collective. Le capitalisme est censé briser ce qui apparaîtra comme sa principale caractéristique, isolement, appauvrissement des relations et prévisibilité des comportements. Ce qui devait être une lutte contre la volonté des hommes pour le pouvoir devient cette volonté même.
Or Girard nous permet à développer cette contradiction apparente. L'économie contient la violence dans les deux sens du terme. Elle le possède comme elle en fait un barrage. L'économie a la même structure que le sacré tel que Girard le perçoit. Satan expulse Satan. Le sacré, c'est de la bonne violence institutionnalisée et régulant la mauvaise violence chaotique. Or la modernité est le soupcon que ces deux violences n'en fassent qu'une. Et le savoir, c'est découvrir "les choses cachées depuis la fondation du monde."
C'est ici la violence (mais sans ressentiment) du Christianisme et de Jésus, le glaive, le travail de révélation nous laisse seul face à cette violence. L'économie est la continuité du sacré par d'autres moyens.
Le monde est mis en danger extrême par le crépuscule des dieux. C'est ainsi qu'il faut lire la crise actuelle.
Leibniz est celui qui formule l'incompréhension des lumières face à ce phénomène. Le bien contient le mal et s'en sert pour faire le bien, donc le mal n'en est pas vraiment un... L’égoïsme et le vice privé comme nécessaire au bien public en est un exemple merveilleux. Girard en lisant l’Évangile nous apprend que le mal s'auto-transcende et se régule lui-même. C'est ce que Dupuy appelle le kathekon ou bien le frein vers l'apocalypse. Auto-transcendance (ou bien l'autorégulation) du marché revient à dire que Satan expulse Satan. Les analystes de la crise ne comprennent pas cela, pour eux, il y a toujours une bonne ou une mauvaise crise....
Or comme le sacré hier, l'économie perd sa faculté à devenir kathekon. L'économie en se mettant comme pure exteriorité à l'homme se trompe complètement. La régulation ne marche plus, l'injection de liquidité est acte religieux des grands prêtres actuels mais qui a perdu de sa magie.

Conclusion
Dupuy est arrivé à la conclusion qu'Illich est un "prophète" du message chrétien sur les puissances de ce monde. Illich a fait le travail de Girard sur l'économie. En travaillant sur Illich, Dupuy n'a fait que préparer sa rencontre avec Girard qui formalise ce que Illich révèle dans son analyse du monde moderne dans l'économie. Celle-ci ne se développe que dans la contre productivité.

Quelques réponses à quelques questions...
Auto-organisation dans l'économie actuelle, banques centrales, institutions européennes ce ne sont que des productions d’extériorité pour pouvoir s'auto-organiser comme du sacré. Dupuy développe l'exemple extrême du marché en panique. Comme le dit Orléan, il n'y a pas de valeur fondamentale, il n'y a que de l'illusion produite par auto extériorisation.

Oui, la mondialisation conduit à un monde en pleine indifférenciation...
Distinction entre sacré et économie....Perspective historique. Si économie est en crise... Que faire après ? Retour du sacré ? La marque du sacré, son livre a été reçu comme un preche pour le retour du sacré alors qu'il reprend la thèse classique du christianisme comme désacralisation. Perte d'efficacité des mythes et des rituels. C'est terrible.
la thèse de Dupuy est la possibilité du sacré secondaire comme l'économie, l'arme atomique...

Dupuy enfin regrette la récupération militante d'Illich...
Invitation à faire le lien entre Clausewitz et Illich.
Le tout se termine par une blague juive...





Pour les gourmands, je conseille cette vidéo venant du même séminaire pour en savoir plus sur Illich.

Ou encore, cette interview ou Dupuy développe les mêmes thèses. Celle-ci encore.

Et puis cet article de Dupuy dans le monde...

ici-même, vidéo découverte sur le site de l'ina