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lundi 4 mai 2015

Bernard Maris et la fraternité anonyme

Interviewé par la télévision belge, peu avant sa mort tragique dans les locaux de Charlie Hebdo, on retrouve en condensé le peu que je connaissais de Bernard Maris. Ce portrait intellectuel qui jongle entre ses propres livres et sa production éditoriale ressemble à un testament. Ce testament fait curieusement beaucoup écho à ce propre blog. Cela me surprend peu car j'appréciais certaines de ses sorties médiatiques. 
Ne représente t-il pas pour moi l'homme de gauche qui doute et médite, rempli de générosité et du tragique de l'existence, tragique qu'il faut tenter d'embrasser comme la croix du Christ dont elle n'est peut-être que l'ombre sur nos vies et qu'il a, semble-t-il, voulu reprendre dans ses bras...
Laïcité, capitalisme, violence, la quête vibrante de communion de cet auteur a cessé brusquement par un fusil situé à la convergence de ces trois questions qu'il n'a cessé de creuser. Espérons qu'elle a trouvé sa résolution dans les bras du Père et non dans des bras anonymes....



Laïcité
Bernard Maris pose le portrait d'une laïcité douce, elle ne serait pas "de combat" elle est le rêve raisonnable d'une société qui ne croit plus à la folie de la non réciprocité violente du christianisme. Elle est la fraternité en acte, la décence commune. Elle est le rêve de "fraternité anonyme", la cristallisation de l'altruisme inhérent à l'homme et qui nous fait homme. Le religieux n'est pas vraiment l'ennemi de la laïcité mais c'est l'effondrement du social qui en brise les espoirs. 
Je crois que le diagnostic est juste mais il montre surtout le malentendu, souvent de gauche, que porte Bernard Maris. Le religieux est extérieur à l'homme et est une dimension ajoutée. Le rêve de pentecôte et de fraternité devient "anonyme", ironie de l'expression qui comprend le désir et le besoin de communion fraternelle humaine mais qui refuserait de porter le regard sur le Père ou le frère par excellence, Jésus.
Il ne reste qu'un malentendu entre personnes de bonne volonté et une laïcité trop légère pour porter sur ses épaules un besoin eschatologique....

Capitalisme
Celui-ci se donne comme vocation d'absorber toute métaphysique, foi et superstition. La relation marchande se substitue à toute relation véritablement humaine possible. L'argent est l'arme de destruction massive de toute relation humaine éprouvée, le capitalisme en est le stratège. Fausse égalité, hyper narcissisme, hyper individualisation, société confortable mais âpre et dure, sans plus aucune consolation, elle tue tout altruisme et coopération. Processus mortifère et suicidaire. Nous perdons tout...
Il a écrit un livre sur Houellebecq économiste. Il est selon lui l'auteur de la fin du capitalisme. La fin des relations humaines mangées par les relations marchandes, le malthusianisme, la réflexion sur l'utilité.
Maris nous invite aussi à connaitre Freud, Keynes et Marx, ils se sont bien trompés mais ils nous ont donné des indices merveilleux pour comprendre notre monde. Infantilisation du capitalisme en pleine hubris et sans limite sauf celles de la terre. Bidonvillisation du monde malthusien (la possibilité d'une île). Quête absurde d'une productivité qui lutterait contre la rareté. Contre productivité (Illich), promiscuité et catastrophisme que nous savons mais que nous ne croyons pas (Dupuy). Nous allons tous en mourir.
Les socialistes ont trop cru qu'il pouvait construire le paradis sur terre, ce sont des chrétiens qui ont perdu le paradis. (thèse proche de celle de Hadjadj)
Cela nous donne un capitalisme créateur d'irresponsables immatures, endettés croyant à la vie éternelle par la productivité... Mais, en fait, nous avons peur de la mort ! Trouvons le juste milieu et osons vivre ! Nous ne faisons que perdre notre vie à la gagner.


Violence
Bernard Maris a écrit un livre sur la perception de la première guerre mondiale par deux grands hommes qui en ont survécu et se sont probablement battu l'un contre l'autre. Maurice Genevoix (son propre beau-père) et Ernst Junger. (à ce propos, ne soyons pas dupes, "les artistes sont les sentinelles et les voyants de notre monde") A leur suite, il affirme avec force, ne nous faisons pas de film, nous aimons la guerre, les hommes peuvent aimer la cruauté, la guerre apporte une sensation de plus d'être à eux qui la font, c'est un moment exceptionnel et fraternel mais avant tout une maladie destructrice et abjecte....
Malgré tout, Hollande et Merkel, c'est mieux que tout cela, il faut éprouver et voir notre part noire ("Nous ne sommes pas bons !")qui nous est constitutive comme notre altruisme. Il donne comme image un tableau de Goya de deux hommes préférant continuer à se battre alors qu'ils sont tous les deux pris dans le sable mouvant. Mimétisme et montée aux extrêmes !







 Quelques notes...

mardi 21 janvier 2014

L'histoire anthropologique de la royauté jusqu'à Girard par Lucien Scubla

Par Frazer, Hocart et Girard, Lucien Scubla refait l'histoire de la perception anthropologique de la royauté. Scubla fait de son article une sorte de pyramide, où comment pendant un siècle et quelques personnalités, la thèse est initiée, développée et concrétisée enfin par René Girard.
Il n'est plus le temps de rassembler des données, il est temps de rechercher une théorie fondamentale de l'anthropologie. Scubla illustre cette recherche par l'exemple de la royauté.

L'anthropologue écossais est le premier à affirmer que la royauté n'est pas un pouvoir discrétionnaire mais une lourde charge conduisant presque toujours son titulaire à la mort.
Dans son rameau d'or, il pense que la royauté du bois de Nemi est un condensé de tout système monarchique. 
Régner revient à garantir l'ordre du monde et de la société, le roi est un personnage sacré.
Frazer observe que le régicide est une condition nécessaire car en un seul acte, le régicide et cérémonial d'intronisation se rejoignent.
Frazer propose deux théories. Le roi représente les forces de la nature et il est garant de la prospérité générale. Enfin, le roi est probablement un bouc émissaire prenant tous les maux qui peuvent atteindre le groupe : il doit être mis à mort pour purifier la collectivité dès que le salut de celle-ci parait l'exiger. Mais selon lui la première théorie précède la seconde. Le roi garantit la prospérité et sert, le cas échéant, de bouc émissaire.
Pourtant tous les historiens sont d'accord pour affirmer que tout émergence de l'état ont été forgées par la royauté. Comment ? Comme on peut l'apercevoir régulièrement, le roi originellement prisonnier  de son peuple et promis à une mort violente peut se métamorphoser en chef d'état et détenteur unique de la violence légitime.
La royauté est toujours double, il y a un coté positif subordonné à un coté négatif. Son élimination peut éliminer tous les maux atteignant le groupe et c'est elle qui assure la permanence de l'institution


II Hocart.
L'anthropologue belge est à la charnière entre Frazer et Girard.
Les principaux points de Hocart sont l'unité des rites, les origines rituelles de la culture, les premiers rois furent des rois morts.
Selon lui, tous les rites dérivent du sacrement d'intronisation or tous ces rites sont construits sur le même modèle.
De nombreuses techniques  et la plupart des institutions  viennent des besoins de culte, la guerre par exemple, avant d'être une affaire de politique extérieure est une activité rituelle visant à procurer des victimes sacrificielles. Les fonctions rituelles du roi sont un trait  primitif de l'institution et non le reflet ou le déguisement d'un ordre social économique. Comme Durkheim, Hocart voit que le religieux constitue une sorte d'auto-domestication de l'homme.
Mais alors quelle est la forme de l'origine de la cérémonie royale ? Et puisque le premier roi était un homme mort, comment se peut il que la royauté ait commencé par des funérailles ?

La mort naturelle ne suffit pas pour faire un roi; il faut donc supposer que celui qui devient roi ne meurt pas spontanément mais qu’il est mis à mort rituellement. C’est d’autant plus vraisemblable que la cérémonie d’installation, telle que nous la connaissons, comprend toujours une mise à mort fictive suivie de renaissance. Or, « c’est une règle invariable qu’une fiction soit un sub-stitut de la réalité » [ 1954, p. 76]. Puisque l’on fait semblant de tuer le roi, c’est qu’autrefois on le tuait réellement. On devient roi en mourant comme victime sacrificielle, et le sacrement originel, le rite-souche auquel tous les autres rites se rattachent, est donc le sacrifice humain.

Ces résultats confirment Frazer mais le retourne. Le régicide n'est plus une issue fatale il est au principe même de la royauté. La mise à mort confère la royauté. Mais il y a l'énigme des sacrifices humains. D'où lui vient sa puissance de création du sacré ?

Sa définition du rituel, comme « une organisation dont le but [est] de contribuer à la vie, à la fertilité, à la prospérité – en ôtant la vie à des objets qui en regorgent pour la communiquer à d’autres moins bien pourvus » – n’est rien d’autre qu’une description de la mise à mort rituelle et des effets bénéfiques qui en sont attendus. Mais cette définition implicite du sacrifice fait de lui un simple transfert de vie. Sauf régression à l’infini, elle suppose, comme la première théorie de Frazer, que certains êtres sont, par nature, dotés de vertus propres, mais transférables à d’autres êtres. Or cela s’accorde mal avec un principe fondamental du rituel, suivant lequel il n’existe pas de personne ou d’objet « possédant une vertu inhérente à soi-même », et aux termes duquel tout être doué d’un pouvoir l’a acquis « par la consécration, c’est-à-dire après avoir reçu “la vie”» au cours d’une cérémonie appropriée.
Car, si le sacrifice humain est bien le sacrement originel, ce principe nous invite à penser la mise à mort rituelle non plus comme transfert de vie, mais comme source de vie.

Hocart ne repousse l'origine, comment acquiert on le statut de victime digne d'être immolée ? Comment trouver la matrice pré rituelle de la société ?

 III L'apport girardien, de la victime sacrificielle à la victime émissaire.
Il est d'abord intéressant de voir comment Freud, lecteur de Frazer et Robertson Smith tente une première hypothèse forte dans Totem et Tabou. Comme pour Hocart, la société se forme et s'organise autour d'un cadavre et plus précisément d'une victime. Pour Hocart, la victime est mise à mort par un sacrificateur mais pour Freud, elle est victime d'un meurtre collectif spontané. Mais Freud veut seulement voir un événement unique et exceptionnel d'où il tirerait toute l'histoire familiale, religieuse et politique de l'humanité et nous ne savons plus si la relation œdipienne est à l'origine ou conséquence de la horde primitive.

S'il n' a pu développer sa théorie, il reste qu'il est le premier à avoir développé l'intuition que le crime originel est au cœur du processus qui montre comment les sociétés se défont et se refont rituellement.
il faut attendre 1972 et René Girard pour reprendre cette thèse et retrouve le moyen de bâtir une première théorie plausible des origines violentes  des sociétés humaines. Il jette les bases d’une théorie générale des formes élémentaires de la vie religieuse et sociale, sans remonter vers un improbable rite primordial dont tous les autres seraient issus, ni vers un événement préhistorique qui aurait laissé son empreinte sur toutes les sociétés présentes ou passées, mais en mettant au jour un mécanisme universel et intemporel dont les opérations et les effets peuvent se réactiver indéfiniment et qui constitue une matrice permanente, pré rituelle et pré institutionnelle, des rites et des institution.

La théorie girardienne montre la commune origine de tous les rites, elle ne présuppose pas l'existence de la société mais décrit un mécanisme capable de l'engendrer et de la ré-engendrer.

Opérateur de convergence des désirs et des actions, il peut être alternativement facteur de division ou d’union. En dirigeant les désirs des individus vers les mêmes objets non partageables, et en les entraînant dans le jeu de miroir de la réciprocité négative, il divise le groupe en frères ennemis dont il attise les rivalités et il déclenche la crise sacrificielle, en finissant par faire disparaître tout point d’ancrage externe, tout autre objet de conflit que le conflit même. En canalisant, par simple contagion mimétique, toutes les violences sur un seul individu – la victime émissaire –, il recompose spontanément l’unité du groupe dans l’unanimité retrouvée, dans le tous-contre-un de la violence collective, et met fin à la crise en rétablissant entre les sociétaires un tiers objet extérieur : la victime, le dieu qui a déclenché la panique puis résolu la crise en ramenant la paix, le roi sacré, le totem ou tout autre médiateur transcendant.
Le meurtre fondateur est le produit d'un mécanisme spontané.

Comme Hobbes, Girard a voulu comprendre comment le lien social se forme et se stabilise. La crise sacrificielle a le même statut que l'état de nature de Hobbes et conduisent vers le même effet, l'émergence d'un tiers transcendant, situé à la fois, au centre et en dehors de la société. Ils ne veulent décrire un moment particulier de l'histoire humaine mais les conditions permanentes des interaction ses individus et ses groupes.
Par sa théorie mimétique, Girard n' a pas besoin de la rationalité de Hobbes pour expliquer la convergence des désirs et sa conclusion logique vers la guerre du tous contre tous.

Bref, la théorie de Girard est le couronnement de Frazer et de Hocart, seul capable de rendre compte de tous les aspects de l'institution. Le roi est un avatar de la victime émissaire et ipso facto, le régulateur de la vie sociale.

vendredi 10 janvier 2014

Initiation à Levinas

Cette vidéo me permet de me donner une bonne initiation à Lévinas. Il n'est certes pas nommé avant la moitié de l'émission mais c'est une émission souhaitant initier au mystère du visage et à Totalité et infini.

Le visage ne se résume pas à ce qu'il manifeste. Il n'est pas investissable. Pur événement.
L'advenu de l'altérité qui nous oblige...


 description du visage d'Emma Bovary amoureuse. Description de ce que laisse entrevoir le visage et ce qu'il dissimule et ce dont elle témoigne.

Quand on parle d'un visage, on parle toujours d'autre chose ?

Portrait baudelairien d'Emma Bovary, sa passion malheureuse et sa mort sont déjà évoqué dans la splendeur de sa beauté.
A travers un visage, on décrit toujours plus qu'un visage... Elle est tout entière dans son visage et pourtant... ce n'est qu'une esquisse.
Contrairement, plus on est explicite, moins on en dit sur la personne.
Ce qui est propre à la personne n'est pas dans les traits.
Le visage est transparent mais il ne se résume pas à ce qu'il manifeste.
Levinas : Le visage est une énigme mais pas un secret. il n'y a peut être rien derrière. Le phénomène se donne. C'est la nudité, il se dévoile.
Le fauteuil a une fonction. Mais votre visage n'est pas investissable.

Elle dit de Freud qu'il verrait tout par le prisme du sexe. Ce qui est faux.
Il n'était pas obsédé et était intéressé par autre choses. La sexualité est une grille d'explication pour les comportements humains et explication psychologique. Fusion des desseins mais si explicite qu'elle en perd toute explication. Elle enferme, elle dit, vous avez tout compris.... Erreur. 
Visage évidence qui témoigne. Il y a quelque chose mais on ne sait pas encore quoi.

Magritte dit que le visage masque pourtant...
de quoi témoigne t-il, en les masquant ?
il ne témoigne de rien mais est peit du point de vue de chacun des amants. Aucun des deux ne peut voir le visage de l'autre. Quand on s'aime on ne voit plus vraiment les caractéristiques physiques. Plus on énumère les raisons d'un amour, l'amour est dissoute dans celles ci. 
Pascal : On aime toujours que pour des qualités empruntés. Le visage devient invisible.
Pourtant la forme demeure mais le visage excède cette forme.
Phénoménologie ? Épuiser un thème à force de le regarder. 

Décrire l'invisible, décrire ce qui ne se fait pas voir. Les phénomènes font voir l'invisible. Le visage, c'est l'infini qui se donne à voir.
Lévinas, totalité et infini : Le visage est présent dans son refus d'être contenu. Le visage n'est pas la forme plastique qui l'enferme. C'est l'advenu de l'altérité. Je vous vois mais vous n'êtes pas dans cette forme plastique. Vous allez vers infini.
Totalité ? Un égo veut bien penser autrui et le ramener dans la sphère de soi. Voracité, l'autre comme analogie de moi. Mais c'est faux. Vous m'échappez, même dans l'amour. Quelque chose me dépasse, et derrière ce quelque chose, il y a autre chose qui me dépasse.

Donc, deux manières de s'intéresser à quelqu'un d'autres. Voir ce qu'il a de commun avec moi. Soit ce qui nous distingue. Magritte s'attarde sur ce qu'ils ont en commun et non ce qui les distingue. 
N'est ce pas le voile de l’irréductibilité de l'autre. 
cela montre les limites de cette peinture. Magritte n'est pas en surplomb, sinon, c'est un peu triste....

Qu'est ce qui demeure dans le visage ?

Car une même personne peut être différente d'elle même
18 ans plus tard....
Même visage et non...
C'est ce sur quoi s'inscrit les aléas de l'existence. On peut lire l'histoire de cette femme. Mais le regard reste sévère. Son regard nous attire que l'on ne voit plus rien. Ce qui compte, c'est ce que le visage ne nnous done pas à voir. Manifestation (aleas de l'histoire) mais rien à voir car attiré dans la pupille où on aimerait plonger. Le plus important est l'oeil qui nous en dit le moins. mais ce qui nous en dit le plus car c'est là où l'on se perd.

Permanence et altération ? Arbib retient la permanence. Regard terrible car elle nous oblige. C'est ce qu'écrit Lévinas. C'est ce devant quoi, on se trouve en position d'infériorité. il nous oblige.

Alors le visage, le miroir de l'ame ?
Portrait des enfants tueurs....
Un beau visage dissimule ou montre la beauté de l'âme.
Le visage cache leur noirceur.
Troublant car la pensée occidentale basé sur le préjugé sur miroir de l'ame.
La beauté attire. Il y eut la physiognomonie, délit de sale gueule ou l'inverse. rève de déduire une psychologie par les traits du crane. Procédé romanesque et d'histoire de l'art. Le visage permet de lire des déterminations. 
Chez Lévinas, un visage n'est pas lisible.
Ne peut on pas faire de différence entre un visage et expression d'un visage ?
Pas important, pour Lévinas, c'est l'apparition même de l'autre. Epiphanie. Cela peut être un cou, le visage de l'autre.
Camus dans la chute qui croise une nuque qui a un très joli visage.
La nuque se suicidant, il atteint au sentiment de l'humanité qui brise son humanisme béat.
Passage Levinassien, la nuque qui crie, le visage appelle. Le visage c'est l'autre.

Socrate était laid, signe de la débauche et de la sottise.  Oui dit Socrate mais la raison m'a sauvé. Mon visage ne dit rien de moi.
Laideur revancharde ?
Silène pour voir les dieux.

mercredi 28 août 2013

the century of the self d'Adam Curtis. Le XXeme narcissique et manipulateur.

Je vous conseille fortement la vision du reportage "The century of the self" de Adam Curtis. Nécessaire pour comprendre le XXème siècle capitaliste et psychologique qui est devenu narcissique et manipulateur....

1èr épisode, Machines à bonheur

2nd épisode, la fabrique du consentement

3 épisode, Il y a un policier dans chacune de vos tête, il doit être détruit.

4ème épisode, 8 personnes sirotant du vin à Kettering



On ne peut résumer l’histoire de l’occident au XXème siècle à celle des recherches psychologiques et de leur application. Mais il me semble, après avoir vu le reportage de Adam Curtis "the century of the self", qu’on ne peut pas les évacuer non plus. Je crois que l’on tient ici un fil crucial pour la compréhension de celui-ci, sa violence, l’évolution de son esprit, sa passion des objets et du "soi-même". L’ambition de Curtis est gigantesque mais il en résulte une série de reportage passionnant avec certainement des éléments vus trop rapidement ou trop appuyés mais le tout est très convainquant au final par ses images, témoignages, la logique globale du reportage et ce que je distingue comme rationnalité. 
Il montre l’évolution de l'individu occidental, de l’homme traditionnel à l’individu consommateur. De Freud à Clinton. (Même si plus que jamais, Freud me semble le prophète de Girard, qui aide mieux à comprendre dans sa globalité "l'inconscient", le désir, la foule et les processus d’indifférenciation et de bouc émissaire....)
Le développement de la science psychologique permet de comprendre aux politiciens et aux industriels que l’homme est principalement irrationnel dans ses motivations et ses actions. La violence, le sexe, la séduction, le grégarisme sont à l’intérieur des hommes. Comme vu précédemment, Bernays est le premier à vouloir adapter les thèses de Freud son oncle pour le business et la politique. Ses thèses arrivent au moment de la poussée démocratique et donc de désir d’égalité et d’anti-domination politique ainsi que dans une société de désir et non plus de demande. Les politiciens et les producteurs ont besoin de l’industrie du consentement pour gagner des élections et vendre leurs produits. Devant le chaos du capitalisme devenu fou et la réaction totalitaire, Freud et la psychologie prennent peur. Ils comprennent qu’ils ont de la dynamite entre la main.
Mais le pouvoir se prendra désormais toujours par ceux qui savent lire les besoins du peuple et les combler. Tout devient ensuite évolution et tergiversations de la science psychologique, de l’adaptation du business, de la politique et des masses elles-même.
D’abord, pris en main par Anna Freud et ses amis, la psychologie mue par ses découvertes effrayantes sur l’irrationalité de l’homme poussera les institutions à jouer au sur-moi des individus, réprimer les pulsions et jouer sur le conformismes et même pourquoi pas contrôler l’individu et la masse.  Devant le malaise et les échecs de ces mouvements, les individus vont se mettre en révolte et chercher à développer leur propre moi débarrassé de l’enveloppe conformiste créée par une société de consommation. Les politiciens et les producteurs commencent à avoir peur, mais découvrent que ces gens sont au final des bons consommateurs qui cherchent leur "moi" dans la consommation particulière. C’est le temps des études lifestyle, des études marketing. Nous arrivons à l’individu narcissique, imbu de la libération du désir, et de sa réalisation. Ceci va conduire au succès paradoxaux des politiciens libéraux de Reagan à Blair, avide de focus groupe. Nous sommes passés d’une société  de grands mouvements politiques aux politiciens prestataires de service face aux électeurs consommateurs manipulables. (Remember, par exemple, Sarkozy-Guaino-Buisson 2007 !!!!)

Que faire ? C’est cette question qui me vient face à ce reportage mais c’est aussi la question à laquelle ont répondu les politiciens, psychologues et industriels. Que faire face à un monde qui n’a plus d’autorité ni de médiateur externe a respecter ? Que faire face à la violence de l’homme sans sacré ? (puis aussi que faire pour s’enrichir...) Les politiciens face a la compréhension psychologique ont donné à leur peuple de plus en plus, de mieux en mieux ce dont ils avaient besoin. Des marchandises à foison, l’illusion d’un moi autonome. Sans le percevoir, la masse s’est laissé manipulée. A la place des castes et des rois, nous avons reçu l’illusion du moi et des spin doctors. Ce reportage conforte le girardien sur la nature mimétique de l’homme, on pourrait s’en désoler à la vue de ce reportage. Car qui le sait et l’exploite (psychologie-marketing) maîtrise le peuple et s'enrichit sur lui. Ce qui est la devise positive du marketing : « Nous donnons au gens ce qu’ils veulent vraiment »  devient la règle de sa manipulation et de l’esclavage des hommes.
Le chrétien tentera de dire qu’il faut le savoir, non s’en servir mais comprendre la vocation de l’homme à une relation parfaite avec "l’être". L’Eucharistie est le centre des désirs des hommes, et sa vocation, manger Dieu mort et ressuscité pour entrer en communion avec lui. L’utilisation consommatrice de cet élan ne conduit que vers l’irrationalité, le mensonge. Si la raison conduit vers l’Eucharistie, la propagande conduit vers la consommation comme religion. Notre monde de consommateur devient une grande singerie de l’Eglise adoratrice.
La publicité ne ne reprend elle pas pour elle la prière eucharistique, "fruit de la nature et du travail des hommes"... mangez en tous... Devenez ce que vous recevez. Et Bernays (et tous les marketeurs après lui) disent que ceci est le pain de l’alliance éternelle et de la paix.
D’un point de vue sociale,  on comprend que cette religion a besoin de grands prêtres (politiciens, industriels, marketing)  pour canaliser la violence du groupe. Ecoute des prières, production illimitée de marchandises, canalisation de la violence et au final avidité du pouvoir et mépris de la raison.  La marchandise, l’argent sont les boucs-émissaires déifiés et consommés de cette religion. Cependant, cette religion repose sur des mensonges et de idolâtrie, ses structures sociales et spirituelles conduisent vers des aberrations qui rentrent en contradiction (individualisme, autonomie du désir, productivisme et propagande de plus en plus irrationnelle). N’est ce pas aussi "l’apocalypse" (la révélation) que nous vivons ? Encore une fois, dans un monde sans béquille sacrificielles, que faire du désir des hommes si ce n'est les présenter devant la croix du Christ ?


A noter cette lettre de Huxley a Orwell....


Résumé, épisode par épisode :

mardi 16 juillet 2013

Propaganda - Edward Bernays

Il est bon de lire propaganda d'Edouard Bernays. Cela peut nous faire devenir paranoïaque, mais permet de comprendre le point aveugle de la démocratie ou bien son principal risque.
Il est difficile de savoir au départ si le livre est cynique ou innocent. Ou plutôt, il édicte des lois cyniques avec innocence. Ou comment vendre de la place de cerveau disponible ou l'inconscient (il est le neveu de Freud) aux entreprises et aux politiciens tout en leur donnant bonne conscience.
Ou comment encore initier l’ingénierie du consentement (se souvenir de la note sur storytelling). Propaganda semble le premier livre de marketing, son livre originel.
Il faut pourtant d'abord s'avouer ce qu'il y a de juste dans les écrits de Bernays.
Nos opinions ne valent rien. L'individu pense rarement et quand il croit penser il ne fait que recycler l'opinion ou l’animosité d'un groupe. La propagande n'est que la manière de donner les préjugés nécessaires aux temps démocratique ou l'autorité n'est plus visible et évidente. La démocratie ne peut devenir que le temps de l'illusion de l'autonomie de l'individu, l'homme est grégaire et il existe une psychologie des foules.  Nos décisions solitaires ne le sont jamais et nos motivations profondes ont des origines que nous ne nous pouvons pas nous avouer... Tout est désir. Et notre époque "d'hommes libres" sans transcendance sont des gibiers tout naturel pour cette propagande. (Encore une fois Chesterton. L'homme a soit des dogmes, soit des prejugés.) Pour un girardien, tout cela semble évident. L'homme est un être religieux. Besoin de foi, d'idoles.
A partir de ces vérités, avec une bonne dose d'expérience et sur de son bon droit, Bernays nous explique qu'on peut tout faire faire. Pour les entreprises, les associations, les pouvoirs politiques, les idées à rependre, l'éducation, oeuvre sociales, la science, l'art. La propagande est partout là ou il faut transmettre...

Les méthodes sont toujours les même, le slogan, la personne d'autorité, les associations d'image, distinguer les motivations et les prescripteurs et jouer dessus.
Ensuite, les médias jouent leur jeu. Tout est possible et à adapter à la cible visée.


Bernays entend les critiques, mais il répond...
Tout est propagande et il faut accepter le fait que la masse ne réfléchit pas. Il faut donc selon lui accepter qu'il y ait une minorité intelligente qui influence les comportements, les pensées d'une masse par nature dangereuse, chaotique et qui a besoin d'autorité, de dieux.

Bernays pense aussi que la propagande est bonne si le représentant ne ment pas. La bonne volonté suffit pour faire la bonne propagande...

Tout au long du livre Bernays justifie l'existence d'une minorité intelligente discrète, peu ou pas soudée qui insuffle ce qu'il est bon de penser et d'acheter pour la foule. Cachée car il faut finalement respecter le mythe du libre arbitre et de l'autonomie des individus.

Implicitement, Bernays présente la raison comme une semence de chaos. Face aux individus se croyant égaux, et qui finalement ne savent pas qui il sont, il faut donner des modèles et des dieux autant qu'il est nécessaire pour les rendre tranquilles et pour le bien de la communauté.

Comment contrer ce message qui nous révolte tous peu ou prou ?
Il faut d'abord accepter que nous sommes des êtres à la recherche d'autorité et des faiseurs de Dieu. (La carence ontologique diagnostiquée par Girard) Il faut ensuite croire en la raison humaine. Croire que nous pouvons par analogie, syllogisme, comprendre les mécanismes humains. Croire qu'il existe une vérité. Une vérité qui a besoin d'une "propagande" à sa propre mesure. Croire que la raison humaine peut conduire à cette vérité. Croire que l'individu existe tout en sachant qu'il est indéchirable de la société, de la foule.

Il faut aussi être humble. Quand bien même cela est bête a dire. Bernays a une confiance absolue en sa minorité intelligente. Mais en quoi croit elle cette minorité ? Qui est elle ? N'y a t il  que concorde et consensus entre elle ? Que sait elle du bien de la foule et de ce qui est nécessaire ? Sur quel principe ? Nous ne saurons pas. (cet orgueil est confirmé par le film, the century of the self, sa fille y raconte comment le jugement de stupidité tombait sur tous les contemporains de Bernays). Il faut certainement accepter qu'il existe une élite forte, plus maline que le reste de la population. Bernays n'illustre t-il pas le moment où cette élite voit encore ce privilège de la raison développée comme un service et une responsabilité (Propaganda fidei) mais dont la formulation de cette responsabilité commence à se transformer en abus ?

Bref, ce livre, paradoxalement nous invite à l'humilité, reconnaître que nous avons besoin d'autorité. Elle nous invite  à ambitionner d'être des individus raisonnables qui savent accorder avec intelligence et coeur notre confiance à la plus juste autorité, à l’honnêteté. Comment chercher la vérité et communiquer notre recherche à nos frères humains ? (dans ce cas, je conseille Fumaroli, la syntaxe, la grammaire  et l’éloquence, que notre communication soit toujours une liberté pour ceux qui nous entourent.)

Ce livre m'invite à réfléchir sur notre monde moderne mangé par la communication et la propagande, nos têtes et nos cerveaux sont des cibles pour des autorités dont nous ne savons que peu de choses. Nous nous engageons dans des achats, des opinions, des groupes dont nous ne savons pas quel est leur dieu et leur transcendance ultime.

Ce livre nous invite à réfléchir sur la religion. D'abord comme besoin individuel, envie d'imiter, d'adorer et d'être adoré, religion comme rempart et porte ouverte à la violence. Comment imitons nous pour être proche d'une idole ou d'une divinité ? Et enfin, comme besoin social.
Bernays a des intuitions merveilleuses quand il dit qu'il comprend la propagande comme un outil, dédié aux classes intelligentes pour sauver la société du chaos. Il parle en véritable prêtre de la  politique et de la marchandisation. Il souhaite diriger les masses, il en contient la violence en leur montrant les objets à acheter ou des ennemis à haïr. Propaganda est le livre saint, le livre des lois  de la religion moderne sacrificielle. En cela l'enfer des choses de Dupuy et Dumouchel en serait l'antidote. Girard l'est aussi, nous nous rendons compte grâce à lui que la propagande a besoin d’idolâtres pour faire passer ces messages. Refusons l’idolâtrie et nous serons moins sensible contre la propagande politico marchande et plus sensible à la vérité, but du chemin de la raison et dont la véritable "propagande" est l'apprentissage de la marche sur ce chemin.

Une note viendra aussi sur the century of the self, film documentaire anglais très intéressant.

Ci dessous un résumé par chapitre et les citations ayant plus particulièrement retenues mon attention :


vendredi 18 janvier 2013

Freud et Girard, quelques éléments de réflexion

Nous avons tous une connaissance diffuse de Freud... Personnellement, je fus toujours attiré et horrifié par les conséquences de sa pensée. Le sentiment que la psychologie tient la vérité par le petit doigt mais ne l'embrasse pas.
Je voudrais soumettre quelques études ci-dessous. Des fiches de lectures de Scriptoblog (Jeff Carnac beaucoup...) et une critique de Jérémy Marie.

J’ai lu la violence et le sacré, il y a trop longtemps…Je devrais le relire mais entre temps, j’ai trouvé des petits éléments qui me permettent de confronter René Girard et Sigmund Freud. Onfray, mine de rien, sera un des fils directeurs, il permet probablement de voir ce que peut être un extrême inverse de Freud et de concevoir un juste milieu girardien.

Que croire quand nous pensons qu’Œdipe est une victime sacrificielle ? Que faire quand nous prenons au sérieux la phrase de Jésus sur la croix ? « Pardonne leur seigneur, il s ne savent pas ce qu’ils font ». Comment résister quand nous pensons comme Girard dans un texte paru dans géométrie du désir (P218) « La sexualité n’est pas, comme le croyait Freud, le principale ressort de notre existence, mais un miroir qui la reflète en totalité. C’est ce miroir que nous tend le roman contemporain. Et nous y voyons apparaître, de plus en plus nettement, l’échec de l’entreprise prométhéenne. »



Oui, Girard, me semble au tout début de mes recherches ce qui peut libérer l’intuition freudienne, l’épurer, la concrétiser…

Quelques extraits…


Extraits Fiche de lecture d’Onfray, crépuscule des idoles sur scriptoblog

Onfray accuse Freud d’avoir plongé l’esprit occidental dans un rapport magique au monde. Sa philosophie est caractérisée par une dénégation inconsciente du corps, dont le primat accordé au psychisme n’est que le masque. Ce déni du corps traduit, en profondeur, un refus de l’incertitude, une volonté obstinée de ne pas concéder à l’humain sa part de mystère : l’inconscient freudien est une pure abstraction, qui se révèle par des phénomènes que l’existence de cette abstraction permet de relier arbitrairement. Le discours freudien est donc celui d’une reconstitution artificielle d’un monde parallèle, où le pouvoir du mage transcende les limites de la connaissance humaine. C’est une pensée magique, et, plus grave, c’est le point de départ d’un univers sectaire : le monde freudien, déconnecté du réel, fournit en réalité un placebo à des malades eux-mêmes atteints d’une semblable déconnexion. Le psychanalyste ne guérit pas, il cautionne la maladie, il la rend acceptable par son patient. Fondamentalement, c’est de la magie noire.

Cette magie, explique Onfray, est dangereuse parce qu’elle repose sur un ensemble de mythes agissants. Si vous vivez dans un monde où l’on vous dit que tout est sexe, au bout d’un moment, dans votre esprit, tout sera effectivement sexe (surtout si ce discours vous libère d’un puritanisme étouffant). Si vous vivez dans un monde où l’on analyse toute relation comme perverse, alors toute relation deviendra effectivement perverse (surtout si vous vivez dans un monde dont les structures socio-économiques sont réellement perverses). Et si en plus, vous vivez dans un monde où les tenants des thèses en question pratiquent l’intimidation à l’égard de quiconque ne partage pas leurs certitudes, vos réflexes d’obédience viendront renforcer l’impact pathogène du discours sectaire dans lequel votre société est enfermée. Ne perdons pas de vue qu’à travers le Comité Secret de la Société psychologique et ses ramifications à travers toute l’Europe, la psychanalyse s’est, très tôt, organisée comme une franc-maçonnerie particulièrement sectaire, dont les affidés chassaient en meute – d’où la dictature intellectuelle des milieux freudiens dans les intelligentsias.

Sous cet angle, on sort de la lecture d’Onfray avec en tête une hypothèse : Freud se rattache peut-être à la catégorie des faiseurs « d’horribles miracles », pour parler comme René Girard – il crée une peste, la répand dans la société en jouant sur les mimétismes, et se vante ensuite de pouvoir guérir du mal qu’il a lui-même créé. C’est en effet ainsi, explique Girard dans « Je vois Satan tomber comme l’éclair », que procédaient les thaumaturges du paganisme tardif – dans les catégories chrétiennes, Freud serait donc un faux prophète, un antéchrist.



Extrait fiche La route antique des hommes pervers de Girard par Scriptoblog

Comment s’est déroulée la chute de l’idole Job ? Girard résume sa théorie mimétique : l’idole a été ce que les idolâtres avaient envie d’être, par admiration, et ils sont entrés en concurrence dans l’admiration ; pendant longtemps, ils ont vénéré l’idole pour être elle par délégation, et ils se sont détestés parce qu’ils se faisaient concurrence ; puis, à la première erreur, ils ont fait chuter l’idole pour être elle à la place d’elle, et se sont réconciliés dans son sacrifice. Ainsi, l’instinct de mort et l’instinct de plaisir, le thanatos et l’éros, ont la même origine. Le péché d’idolâtrie ne s’est donc pas « sublimé », au sens de Freud, mais bel et bien confondu avec la pulsion de mort. Girard, à sa manière, rejoint la remarque de Jung sur le « mariage avec l’ombre » - Girard, lui, parle d’un « orgasme naturel de la violence », qui constitue « la première des techniques et leur mère à toutes, la technique du bouc émissaire ».

Extrait fiche Violence et sacré de Girard par Scriptoblog

La fin de « La violence et le sacré » est consacrée à une critique du freudisme. Pour Girard, Freud, par son pansexualisme, s’est dissimulé à lui-même le caractère mimétique du lien père/fils, pour centrer l’ensemble de la psychanalyse sur le complexe d’Œdipe. Girard répond : le fils veut être le père à la place du père, et désirer ce que désire le père ; et la mère, au final, n’est dans cette relation principale fondatrice qu’un objet de désir parmi d’autres. Et le fils ne peut pas avoir conscience, dans la petite enfance, du fait que cette identité de désir fonde une rivalité. Ainsi, fonder l’ensemble de la psychanalyse, comme le fait Freud, sur la seule question du désir incestueux revient à mettre en avant un élément parmi d’autres, qui, dans la psyché, ne se distingue au départ en rien des autres. Et Girard de conclure qu’il faut désormais construire une autre psychanalyse : celle des rivalités mimétiques, au sens large, au sein desquelles le complexe d’Œdipe n’est qu’un des éléments structurants, parmi d’autres – une psychanalyse, aussi, qui restituera le désir possessif fils/mère au sein d’un autre désir, mimétique celui-là : fils/père. Une psychanalyse, enfin, qui permettra, en comprenant à quoi servent les interdits, de sortir de la conception issue du freudisme, conception selon laquelle la dissolution de la violence passe par la dissolution des interdits – alors que, explique Girard, c’est exactement le contraire.

Encore une fois, il est impossible ici d’entrer dans le détail de l’exposé final de René Girard. Le texte est si dense qu’il faudrait le recopier, on ne peut pas le synthétiser sans le trahir. Et comme il est fort long, on ne le citera pas. On incitera plutôt le lecteur de cette courte note à se reporter à l’ouvrage source, en se souvenant que l’enjeu réel du travail de Girard est énorme : il s’agit de libérer la religion du Fils de l’emprise perverse exercée par la religion de la Mère.



Œdipe mimétique de Mark Anspach vu par Jérémy Marie tel que je l’ai trouvé sur Amazon

Voilà un subtil ouvrage. Claude Tresmontant disait "La clarté est l'honneur de l'intelligence" et ce livre remplit cette maxime à la lettre, à la manière d'un décryptage policier du mythe oedipien. Plus qu'une analyse ou une synthèse brillante qui en finit une bonne fois pour toutes avec le complexe de Freud, il s'agit-là d'une vraie composition qui prend tout son sens à la fin.
Le lecteur gravit les échelons - Girard accompagne et Anspach assure la montée. Il va plus loin que Girard dans le domaine du complexe dit "oedipien". Tout d'abord, quelques précisions nécessaires : Girard n'a jamais voulu faire de la théorie mimétique un "système" :
"Loin d'être encyclopédique au sens de Hegel, Marx et autres constructeurs de système du XIXe siècle, ma thèse déconstruit la culture humaine, en un sens plus radical que celui des déconstructions linguistiques."

Le problème oedipien, dans ce cas de figure, va beaucoup plus loin que d'apparents petits problèmes universels humains. Anspach rappelle Cuddily qui "soutient que tout le discours psychanalytique sur le refoulement des pulsions cachées peut être lu comme une sorte d'allégorie de l'expérience du juif contraint à déguiser son identité s'il veut "passer" dans le monde des "manières" chrétiennes"
Il y a de fait de superbes intuitions sur le "ça" ; au cri de "sale juif !", Freud répond "sale chrétien !"
Oedipe et Judas sont une seule et même personne, ici.

"En postulant l'universalité du complexe d'Oedipe, Freud a rendu universel le rôle du bouc émissaire, faisant des juifs et des chrétiens à la fois des parricide incestueux."

Il y a le livre de Onfray et il y a le livre de Anspach. Il y a la critique de Freud qui entend retourner au panthéisme grec sans le (sa)voir et il y a l'Oedipe mimétique. D'un côté, ceux qui cassent un mythe pour en secréter d'autres sans s'en rendre compte, possédés par un athéisme littéraire ; de l'autre, ceux qui en comprennent la substance pour en corriger les vilaines bêtes.
Lisez les deux et choisissez... en "conscience".

Pour la bonne bouche....
Freud, Jung et Girard sur Scriptoblog encore...

lundi 5 novembre 2012

La lucidité de Memento Mouloud

Internet peut nous rendre perplexe sur la santé psychique des hommes contemporains. Nous nous exposons tous, nous croyant sain d'esprit et nous nous découvrons fous sur le net. Peut être en aurait il été de même si le blog existât au XVIeme siècle. Mais la folie de notre monde fleurit sur nos écrans, dans nos salons, elle se fait copine encombrante dans nos demeures. Ce blog en montrant la folie humaine (mais pas seulement...) recherche un peu de sagesse en prenant le risque de ne participer qu'au tourbillon de déraison.
On peut trouver aussi des blogs qui semblent nous soutenir. Bouteille à l'amer de Memento Mouloud fait partie de ceux-là. Je ne sais pas en quoi il croit, certains sujets sont scabreux mais son style est clair et sa lucidité sur certains sujets m'éclairent.

Je vous propose quelques exemples marquants de ces dernier mois.

3 Septembre 2012

...Avec la paupérisation de la langue française et la disparition de l’écrivain, ce n’est pas seulement la langue qui devient fantôme mais le peuple français.

Cette thèse, Richard Millet l’indexe sur une figure, celle du petit-bourgeois connecté, en quête d’une world-culture et d’une funisation de la planète à toutes les échelles. Rendre la jouissance consumériste scalaire, c’est son truc, amonceler les déchets, renforcer la cupidité, les prédations et la bêtise, donc précipiter la ruine des ruines, c’est sa pente. Les conséquences inévitables de ses aspirations qui consistent à conjoindre au grand marché universel, le grand peuple mondial qui verra l’avènement de la multitude pacifiée et s’éclatant sans tabous dans un mélange enfin sans frontières, le petit-bourgeois toujours menacé de désaffiliation au système de crédit ne veut pas les voir.

Pourtant l’univers auquel il aspire est très simple, la nurserie sous psychotropes comme dernier royaume et ultime croisade mais la nurserie ne cesse de virer au cauchemar et de s’agiter dans les déchirements sans fin des guerres civiles et ethnique, si bien que le petit-bourgeois aspire à toujours plus d’écologie, toujours plus de sécurité, toujours plus de lois et toujours plus de surveillances, donc toujours plus d’assujettissement volontaire à la catastrophe en cours.



3 Septembre 2012
[Ségolène Royal] annonce, c’est son genre d’humour, je ne vais pas rentrer au couvent. En effet, entre Teresa Sánchez de Cepeda Dávila y Ahumada et la Ségolène, il n’y a rien de commun. La première avait pour époux le Christ, la seconde, la foule, la première orientait son regard aux quatre points cardinaux, la seconde vers les objectifs des photographes qu’elle comparait à autant de grosses xxxxx braquées sur sa virginité effarouchée. La première recherchait l’extase en solitaire dans le soliloque divin, la seconde dans le grand bain amniotique de la transe collective. La première dialoguait avec Jean de la Croix qui goûta aux cachots, la seconde avec François I et François II. La première se lit encore, la seconde disparaît, déjà, tout à fait des mémoires de pixel.



16 Septembre 2012
On ne peut pas se dire animé des seules exigences de la déontologie scientifique ou critique et se donner en même temps pour tâche explicite la dénonciation. On ne peut prétendre fonder une vérité et lui donner pour base le soupçon. On ne peut pas inaugurer une enquête dans laquelle la seule méfiance tienne lieu de certitude et le doute de conviction. On ne peut se proclamer objectif et se draper dans la pureté des intentions en accusant sans cesse les autres des mensonges les plus graves et des manipulations les plus scandaleuses.



29 Septembre 2012

Le développement durable est matière d’enseignement, c’est dire à quel point école et savoirs ont divorcé, exactement comme les discours n’ont plus la réalité pour référent. Lorsque ce sont des présidents qui mènent les croisades pour la survie de l’Humanité, c’est à dire pour un objectif à propos duquel ils n’ont aucune prise, ni même une possibilité d’action, il est clair que le politique est devenu un fétiche, un simple rituel animiste avec bourrage de crâne et glossolalie. Les pentecôtistes de la décroissance ou de la démondialisation sont comme la phalange de l’église des saints des derniers jours couvrant de leurs corps appauvris et de leur abstinence les prébendes du clergé qui s’en va trinquer avec les puissances dites temporelles. Ils pointent du doigt une folie pour ne pas voir qu’ils couvrent d’un voile dénonciateur les éternelles entrailles de l’Homme qui sont aussi les leurs. Occupy Wall Street, la révolution est un champ de détritus qui attend les camions à eau pour nettoyer la place au petit matin.



6 Octobre 2012
Si Freud est mort, le délire cognitiviste, à quoi se résume la psychothérapie en temps de dépression généralisée, ne peut que s’effondrer devant les archaïsmes de toutes natures. On a donc la forêt, les animaux qui causent, les métamorphoses, les rêves, les gourous, les sorcières qui font pleuvoir des grêlons et un cahier où l’écriture se défait à mesure de sa progression. C’est le grand sabbat qui recommence. L’arrogance du thérapeute comme elle le nomme assez bien confine à la niaiserie pure et simple et ne peut être qu’une étape dans la descente vers l’animalité. Le béhavioriste bon teint qui entend en finir avec la peur et le mal à coups d’exercices sophrologiques et de géométrie vectorielle finit par se cacher dans un terrier, étrangle sa femme et patiente puis, après l’avoir brûlée en holocauste aux dieux de la forêt, bouffe des baies à ras du sol. La scène finale rappelle un peu la montagne sacrée avec des cohortes de damnés qui semblent sortir de l’arbre diabolique où les deux amants font l’amour à l’air libre après que le thérapeute s’est résolu à gifler sa femme comme il va se résoudre, d’un regard, à l’étouffer après qu’elle l’a mutilé en lui annonçant qu’il serait la victime de l’ultime sacrifice du cycle. Car n’en doutons pas, la roue solaire, les idoles et les jolies fleurs se nourrissent de sang et s’en nourrissent cycliquement donc à intervalles réguliers comme dans la joyeuse religion des aztèques. Car si Freud est mort alors le mutisme triomphe. Il n’y a rien à dire, rien à interpréter, rien à analyser, il faut vivre, point barre.

La différence entre Lars Von Trier et Onfray c’est que le premier n’édulcore rien, il ne promet pas le paradis faisandé des désirs enfin libérés d’une oppression millénaire, il filme une mise à mort et en tire toutes les conséquences.




13 Octobre 2012


Sous quelque angle qu’on le prenne le passé est aboli. Pour ceux qui voudraient absolument freiner, il se dérobe. C’est une chose entendue que la fuite en avant est notre condition, le « passé n’a plus d’avenir » est la sagesse d’une époque qui en est arrivée, sous des airs bravaches, à ne plus supporter que la tyrannie de l’Instant puis son oubli.

De gauche et de droite, c’est le même néant qui prend des poses de matamores et de vierges pudibondes, les mêmes têtes de nœuds qui tressent leur discours aux recettes du story-telling avec mouvement de mâchoire et œil larmoyant. Ceux qui votent encore donnent l’impression de n’avoir d’autre intention que de boucher les urnes avec du PQ et des laxatifs. On commence à deviner que c’est en fait la bricole démocratique elle-même qui se mord la queue. Rien de la situation n’est à la hauteur de l’évènement. Dans son mutisme statistique la population semble tout aussi infantile que les pantins qui se disputent ses bulletins pour faire semblant de la gouverner.
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Il a fallu la palingénésie des Lumières pour abolir en un jour des millénaires de chrétienté en vendant aux enchères les biens de l’Eglise, un siècle pour digérer ce vol et clore la naissance infâmante de la bourgeoisie par le spectacle des fusillades de juin 1848 puis des massacres de la Semaine sanglante. Il a fallu un siècle pour que se dissolve la puissance du nombre, celle de l’ouvrier et du soldat que Jünger appelait le Travailleur pour qu’on consente sous le nom d’Etat-Providence à leur disparition, c’est-à-dire à la naissance de Big Mother.
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L’Europe est ce continent où Carrefour propose des promotions régulières pour contrebalancer Leader Price ou Lidl, où l’on voyage en low cost parce qu’il est devenu usuel qu’un bourgeois accepte de son propre chef qu’on le traite comme le dernier des palefreniers. Sa culpabilité est si tenace que l’européen s’excuse d’accueillir dans un tramway des gitans expulsés d’un camp de fortune comme si la disparition des bidonvilles au seuil des années 1970 n’avait pas été un soulagement mais un complot contre les démunis. Les autorités européennes, le journal européen, la novlangue européenne poussent si loin ce langage parce qu’il est de toute première importance qu’un bourgeois ou du moins quelqu’un qui pense l’être sous le syntagme de classe moyenne s’excuse de sa condition. La question des retraites ne recoupe en rien celle de la précarité ou des jeunes. La première concerne la fin de vie du bourgeois européen auquel on commence à proposer l’euthanasie comme solution, les autres, le maintien d’une assistance qui ne masque que deux choses : l’incapacité de réguler les flux migratoires et la disparition massive du travail, cadavres à la renverse sur lesquels prospèrent les économies grises, noires et pourquoi pas grises-noires.
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La destruction du passé, partout perceptible, est partout déniée. Le slogan de cette période devient donc « mémoires partout, Histoire nulle part ». Jamais autant d’anthropologues, de sociologues et d’écrivailleurs ne se seront employés à nous convaincre qu’il est de toute première urgence Un de prouver que tous les français ont accompagné un compatriote juif aux portes d’Auschwitz Deux que la colonisation témoigne exclusivement de la perversité européenne Trois qu’il faut monter un fond d’indemnisation pour tous les antillais, kanaks, africains et réunionnais victimes des planteurs blancs et/ou de la barbarie française. Que les Michel Sardou d’aujourd’hui soient issus des milieux raps indique que l’investissement d’Etat dans une bourgeoisie plus bronzée, parallèlement patronnée par le département d’Etat de Messieurs Bush et Obama, est déjà une réalité.




17 Octobre 2012
François Hollande est le nom de la réconciliation des notables et de la continuation des prébendes usuelles que Sarkozy menaçait de tailler en pièces en engageant tout bourgeois moderne à prendre le grand large de la chasse au snark, des délocalisations asiatiques et des tourniquets des paradis fiscaux. Le bougre trouvait cette France provinciale si moisie qu’il s’apprêtait même à la colorer à grands renforts de discriminations positives c’est-à-dire de passe-droits et d’ignorances sanctifiées par le diplôme. Sarkozy, c’était la revanche du cancre qui préserve ce qui a conduit la France au désastre, les grandes écoles, le copinage capitaliste, la consaguinité militaire et diplomatique, l’insignifiance vaniteuse en tout. Hollande, c’est le contraire. Le grand notable très sage, haut-fonctionnaire à hauteur des vaches, prêt au dialogue, c’est-à-dire à prendre des décisions qui n’auront aucune conséquence et ne diviseront pas parce qu’elles continueront sur cette voie où la France n’a plus rien à dire et occupe le wagon du fond parce que d’autres font l’Histoire et ne la font pas dans la dentelle. Il n’est pas vrai que l’Histoire est finie, pas plus qu’elle ne se répète sous le prétexte que le mot d’ordre des français depuis 40 ans consiste à éructer, « attention les gars, l’Immobilisme est en marche ». Les chinois prennent pied en Afrique, les arabes font des révolutions, les sud-américains virent à gauche, les étatsuniens s’affrontent sur les mille et une manières de préserver leur hégémonie prédatrice et nous continuons dans le néant européen des bons sentiments et des frontières ouvertes, des libres capitaux et des résolutions à 27, des corruptions croisées et de l’hygiénisme sirupeux, des mariages gays et des combats contre trois clampins coranisés. Ce type et ceux qui l’entourent suent tellement l’ennui, que le cirque dévie sur la première xxxxx de France et que ces gens sont incapables de débattre de sujets aussi subversifs que la dépénalisation du cannabis et encore moins d’annoncer un réferendum sur la règle d’or qui comme Freud l’aurait vue est une sanctification de la Merde.