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mercredi 3 juillet 2013

Philippe Muray - interview Maxence Caron


Interview intéressante ici même. Maxence Caron présente et discute son livre dédié à Philippe Muray. Muray, les femmes et Dieu.

On peut ne pas aimer le style de Maxence Caron. On peut avoir même l'impression d'un mépris profond envers la masse, la foule, les médiocres, les gens qui tentent de penser... Bref à peu près tout le monde.

Mais il débusque des idées très intéressantes sur un auteur qu'il considère important tout en étant précis sur son cas.
Caron porte Muray en très haute estime, talent, don d'écrivain, ambition littéraire, unicité et solitude d'un génie, vraie pensée philosophique et historique
Mais Caron fustige le mythe Muray. Le libérateur réactionnaire, l'humoriste d'un monde en perdition qui perd toute colonne vertébrale pour tomber dans un age enfantin, faussement festif et laid. Très rapidement après sa mort, il a agglomère auprès de lui et de ses descriptions de la modernité, les ronchons et les "mal dans leur époque".

Caron démonte quelques clichés. Il présente Muray comme un soixante-huitard non abouti et qui a eu suffisamment de culture classique pour se dégoûter de sa génération et des slogans du "jouissez sans entrave" qu'il pratique pourtant. Il n'est pas un réactionnaire de souche.

Ensuite, la colère guide essentiellement Muray. Elle est finalement, selon Caron (et Delsol), impuissante et sauvage.
Et au milieu sont les femmes, objets d'admiration, de consommation, de mystère et signe miroir d'une société masculine qui place en elles toutes les espérances religieuses et voluptueuses.

Parallèlement, Caron souhaite réhabiliter Muray romancier. Il pense qu'il est la pointe de l'auteur et la tentative de romanciser la vie. Le roman étant l'art de vivre par excellence.
Belle analyse de Muray, utilisateur du catholicisme plutôt que catholique lui-même
Bref, voici une invitation a profiter de la lecture de Muray tout en ne partageant plus le snobisme du pire qui est le risque de la lecture de Muray.



Emission sur france culture entre Enthoven et Caron sur le cas Muray





Voici un texte de Cormary qui nous aide à toucher le catholicisme utilitaire de Muray et son salut par les femmes....


Citation plaisante de l'interview

L’on peut aisément constater que la crise à laquelle semble répondre l’œuvre de Muray n’est pas tant celle qui nous entoure au moment précis de cette fin 2011 – celle que le tout-venant appelle lui-même « la crise » avec à l’esprit des idées fort mêlées et confuses. La désignation de cette « crise », aussi obsessionnelle qu’indéfinie, ne constitue guère un phénomène encourageant pour l’intelligence, car lorsque le sens commun s’empare d’une notion, ce n’est guère là pour sa conscience le signe d’une pensée prochaine… Et c’est peut-être ici qu’il y a crise : lorsque la notion de « crise » est devenue le doxique repère du sens commun.






vendredi 3 mai 2013

Philippe Muray et revolution francaise

Sur cette page du café du commerce, une reproduction commentée d'un article de Philippe Muray sur la révolution française. Même s'ils sont intéressants (mais un peu ésotérique...), j'ai mis de coté les commentaires pour me concentrer sur l'article.
L'objectif de Muray est divers et très classique pour ceux le connaissant déjà un peu. Protestantisation du monde doublé de la croissance du phénomène religieux contre la conscience même de l'homme moderne. L'incarnation est bafouée et l'homme devient un imbécile heureux.
C'est dans cette direction que l'on retrouve cet article. Muray continue perpétuellement sa guerre contre la gnose et l'ignorance moderne de la religiosité naturelle de l'homme.
Sur la révolution française, on peut regretter que Muray évacue toute analyse historico-historique, mais il ne faut jamais perdre une occasion de redire que c'est un événement religieux non chrétien.
Le progressisme devient constamment une triste idolâtrie...



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La révolution est religieuse même si elle s'en défend. Elle s'écarte des religions officielles pour retrouver les religions des tripes, celle du sang, de la foule, du mystère et du délire.
Muray fait part de la différence entre la religion et le religieux. La religion est cette marque des religions établies comme le catholicisme, qui institutionnalise le long processus de désacralisation et le religieux qui sans en avoir l'air nous y replonge. ("Le religieux révolutionnaire croît et embellit du refus de s'avouer par lequel il se fonde et se confirme.")

Retour à l'age d'or, aux sentiments adorés, à l'inconscience lumineuse d'un sacré caché par un fausse plénitude, souvent signe du refus de cette désacralisation. Or la révolution française c'est cela. Au delà de tous les causes historiques, il y a au cour de celle-ci la volonté de s'accrocher au sacré déliquescent pour le faire revenir avec son enchantement, la mort de Louis XVI étant le signe essentiel.

Ce religieux est diabolique (De Maistre avant Dostoïevski l'avait démontré...) car il veux enfermer l'homme dans le sacré. Puis il semble poisseux. Car il est provocateur d'ordre et symbole du désordre...
La guerre à la religion, c'est toujours la guerre pour le sacré.
La révolution est toujours le moment panique contre la sortie du religieux, refaire de l'idole tranquille dans l’intérêt  de l’humanité, of course.

Or, ce n'est plus trop crédible, ni légitime, d'où l'horreur de l'art révolutionnaire qui sent le figé, l'hyperréaliste ou bien le maquillage post mortem, elle est une étape dans l'histoire du rationalisme protestant. Angélisme, iconoclasme (comme l'a montré le vandalisme révolutionnaire...) refus de l'imperfection...

Si la révolution fut dans des pays catholiques, c'est qu'elles n'étaient pas nécessaires dans les pays protestants puisque celui-ci est la tentative de renverser la religion au profit d'un religieux présenté sous une forme rationnelle et sociale. En cela, elle est une "poussée du nord"...


Bref, pour Muray, la révolution est une tentative de revenir sur le processus de décomposition. Le but est alors faire honte aux représentants de la religion et de prendre la place.

Oui, Pour Muray, on ne comprend rien à la marche du monde si on n'écarte le champ religieux.



lundi 5 novembre 2012

La lucidité de Memento Mouloud

Internet peut nous rendre perplexe sur la santé psychique des hommes contemporains. Nous nous exposons tous, nous croyant sain d'esprit et nous nous découvrons fous sur le net. Peut être en aurait il été de même si le blog existât au XVIeme siècle. Mais la folie de notre monde fleurit sur nos écrans, dans nos salons, elle se fait copine encombrante dans nos demeures. Ce blog en montrant la folie humaine (mais pas seulement...) recherche un peu de sagesse en prenant le risque de ne participer qu'au tourbillon de déraison.
On peut trouver aussi des blogs qui semblent nous soutenir. Bouteille à l'amer de Memento Mouloud fait partie de ceux-là. Je ne sais pas en quoi il croit, certains sujets sont scabreux mais son style est clair et sa lucidité sur certains sujets m'éclairent.

Je vous propose quelques exemples marquants de ces dernier mois.

3 Septembre 2012

...Avec la paupérisation de la langue française et la disparition de l’écrivain, ce n’est pas seulement la langue qui devient fantôme mais le peuple français.

Cette thèse, Richard Millet l’indexe sur une figure, celle du petit-bourgeois connecté, en quête d’une world-culture et d’une funisation de la planète à toutes les échelles. Rendre la jouissance consumériste scalaire, c’est son truc, amonceler les déchets, renforcer la cupidité, les prédations et la bêtise, donc précipiter la ruine des ruines, c’est sa pente. Les conséquences inévitables de ses aspirations qui consistent à conjoindre au grand marché universel, le grand peuple mondial qui verra l’avènement de la multitude pacifiée et s’éclatant sans tabous dans un mélange enfin sans frontières, le petit-bourgeois toujours menacé de désaffiliation au système de crédit ne veut pas les voir.

Pourtant l’univers auquel il aspire est très simple, la nurserie sous psychotropes comme dernier royaume et ultime croisade mais la nurserie ne cesse de virer au cauchemar et de s’agiter dans les déchirements sans fin des guerres civiles et ethnique, si bien que le petit-bourgeois aspire à toujours plus d’écologie, toujours plus de sécurité, toujours plus de lois et toujours plus de surveillances, donc toujours plus d’assujettissement volontaire à la catastrophe en cours.



3 Septembre 2012
[Ségolène Royal] annonce, c’est son genre d’humour, je ne vais pas rentrer au couvent. En effet, entre Teresa Sánchez de Cepeda Dávila y Ahumada et la Ségolène, il n’y a rien de commun. La première avait pour époux le Christ, la seconde, la foule, la première orientait son regard aux quatre points cardinaux, la seconde vers les objectifs des photographes qu’elle comparait à autant de grosses xxxxx braquées sur sa virginité effarouchée. La première recherchait l’extase en solitaire dans le soliloque divin, la seconde dans le grand bain amniotique de la transe collective. La première dialoguait avec Jean de la Croix qui goûta aux cachots, la seconde avec François I et François II. La première se lit encore, la seconde disparaît, déjà, tout à fait des mémoires de pixel.



16 Septembre 2012
On ne peut pas se dire animé des seules exigences de la déontologie scientifique ou critique et se donner en même temps pour tâche explicite la dénonciation. On ne peut prétendre fonder une vérité et lui donner pour base le soupçon. On ne peut pas inaugurer une enquête dans laquelle la seule méfiance tienne lieu de certitude et le doute de conviction. On ne peut se proclamer objectif et se draper dans la pureté des intentions en accusant sans cesse les autres des mensonges les plus graves et des manipulations les plus scandaleuses.



29 Septembre 2012

Le développement durable est matière d’enseignement, c’est dire à quel point école et savoirs ont divorcé, exactement comme les discours n’ont plus la réalité pour référent. Lorsque ce sont des présidents qui mènent les croisades pour la survie de l’Humanité, c’est à dire pour un objectif à propos duquel ils n’ont aucune prise, ni même une possibilité d’action, il est clair que le politique est devenu un fétiche, un simple rituel animiste avec bourrage de crâne et glossolalie. Les pentecôtistes de la décroissance ou de la démondialisation sont comme la phalange de l’église des saints des derniers jours couvrant de leurs corps appauvris et de leur abstinence les prébendes du clergé qui s’en va trinquer avec les puissances dites temporelles. Ils pointent du doigt une folie pour ne pas voir qu’ils couvrent d’un voile dénonciateur les éternelles entrailles de l’Homme qui sont aussi les leurs. Occupy Wall Street, la révolution est un champ de détritus qui attend les camions à eau pour nettoyer la place au petit matin.



6 Octobre 2012
Si Freud est mort, le délire cognitiviste, à quoi se résume la psychothérapie en temps de dépression généralisée, ne peut que s’effondrer devant les archaïsmes de toutes natures. On a donc la forêt, les animaux qui causent, les métamorphoses, les rêves, les gourous, les sorcières qui font pleuvoir des grêlons et un cahier où l’écriture se défait à mesure de sa progression. C’est le grand sabbat qui recommence. L’arrogance du thérapeute comme elle le nomme assez bien confine à la niaiserie pure et simple et ne peut être qu’une étape dans la descente vers l’animalité. Le béhavioriste bon teint qui entend en finir avec la peur et le mal à coups d’exercices sophrologiques et de géométrie vectorielle finit par se cacher dans un terrier, étrangle sa femme et patiente puis, après l’avoir brûlée en holocauste aux dieux de la forêt, bouffe des baies à ras du sol. La scène finale rappelle un peu la montagne sacrée avec des cohortes de damnés qui semblent sortir de l’arbre diabolique où les deux amants font l’amour à l’air libre après que le thérapeute s’est résolu à gifler sa femme comme il va se résoudre, d’un regard, à l’étouffer après qu’elle l’a mutilé en lui annonçant qu’il serait la victime de l’ultime sacrifice du cycle. Car n’en doutons pas, la roue solaire, les idoles et les jolies fleurs se nourrissent de sang et s’en nourrissent cycliquement donc à intervalles réguliers comme dans la joyeuse religion des aztèques. Car si Freud est mort alors le mutisme triomphe. Il n’y a rien à dire, rien à interpréter, rien à analyser, il faut vivre, point barre.

La différence entre Lars Von Trier et Onfray c’est que le premier n’édulcore rien, il ne promet pas le paradis faisandé des désirs enfin libérés d’une oppression millénaire, il filme une mise à mort et en tire toutes les conséquences.




13 Octobre 2012


Sous quelque angle qu’on le prenne le passé est aboli. Pour ceux qui voudraient absolument freiner, il se dérobe. C’est une chose entendue que la fuite en avant est notre condition, le « passé n’a plus d’avenir » est la sagesse d’une époque qui en est arrivée, sous des airs bravaches, à ne plus supporter que la tyrannie de l’Instant puis son oubli.

De gauche et de droite, c’est le même néant qui prend des poses de matamores et de vierges pudibondes, les mêmes têtes de nœuds qui tressent leur discours aux recettes du story-telling avec mouvement de mâchoire et œil larmoyant. Ceux qui votent encore donnent l’impression de n’avoir d’autre intention que de boucher les urnes avec du PQ et des laxatifs. On commence à deviner que c’est en fait la bricole démocratique elle-même qui se mord la queue. Rien de la situation n’est à la hauteur de l’évènement. Dans son mutisme statistique la population semble tout aussi infantile que les pantins qui se disputent ses bulletins pour faire semblant de la gouverner.
.....
Il a fallu la palingénésie des Lumières pour abolir en un jour des millénaires de chrétienté en vendant aux enchères les biens de l’Eglise, un siècle pour digérer ce vol et clore la naissance infâmante de la bourgeoisie par le spectacle des fusillades de juin 1848 puis des massacres de la Semaine sanglante. Il a fallu un siècle pour que se dissolve la puissance du nombre, celle de l’ouvrier et du soldat que Jünger appelait le Travailleur pour qu’on consente sous le nom d’Etat-Providence à leur disparition, c’est-à-dire à la naissance de Big Mother.
......
L’Europe est ce continent où Carrefour propose des promotions régulières pour contrebalancer Leader Price ou Lidl, où l’on voyage en low cost parce qu’il est devenu usuel qu’un bourgeois accepte de son propre chef qu’on le traite comme le dernier des palefreniers. Sa culpabilité est si tenace que l’européen s’excuse d’accueillir dans un tramway des gitans expulsés d’un camp de fortune comme si la disparition des bidonvilles au seuil des années 1970 n’avait pas été un soulagement mais un complot contre les démunis. Les autorités européennes, le journal européen, la novlangue européenne poussent si loin ce langage parce qu’il est de toute première importance qu’un bourgeois ou du moins quelqu’un qui pense l’être sous le syntagme de classe moyenne s’excuse de sa condition. La question des retraites ne recoupe en rien celle de la précarité ou des jeunes. La première concerne la fin de vie du bourgeois européen auquel on commence à proposer l’euthanasie comme solution, les autres, le maintien d’une assistance qui ne masque que deux choses : l’incapacité de réguler les flux migratoires et la disparition massive du travail, cadavres à la renverse sur lesquels prospèrent les économies grises, noires et pourquoi pas grises-noires.
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La destruction du passé, partout perceptible, est partout déniée. Le slogan de cette période devient donc « mémoires partout, Histoire nulle part ». Jamais autant d’anthropologues, de sociologues et d’écrivailleurs ne se seront employés à nous convaincre qu’il est de toute première urgence Un de prouver que tous les français ont accompagné un compatriote juif aux portes d’Auschwitz Deux que la colonisation témoigne exclusivement de la perversité européenne Trois qu’il faut monter un fond d’indemnisation pour tous les antillais, kanaks, africains et réunionnais victimes des planteurs blancs et/ou de la barbarie française. Que les Michel Sardou d’aujourd’hui soient issus des milieux raps indique que l’investissement d’Etat dans une bourgeoisie plus bronzée, parallèlement patronnée par le département d’Etat de Messieurs Bush et Obama, est déjà une réalité.




17 Octobre 2012
François Hollande est le nom de la réconciliation des notables et de la continuation des prébendes usuelles que Sarkozy menaçait de tailler en pièces en engageant tout bourgeois moderne à prendre le grand large de la chasse au snark, des délocalisations asiatiques et des tourniquets des paradis fiscaux. Le bougre trouvait cette France provinciale si moisie qu’il s’apprêtait même à la colorer à grands renforts de discriminations positives c’est-à-dire de passe-droits et d’ignorances sanctifiées par le diplôme. Sarkozy, c’était la revanche du cancre qui préserve ce qui a conduit la France au désastre, les grandes écoles, le copinage capitaliste, la consaguinité militaire et diplomatique, l’insignifiance vaniteuse en tout. Hollande, c’est le contraire. Le grand notable très sage, haut-fonctionnaire à hauteur des vaches, prêt au dialogue, c’est-à-dire à prendre des décisions qui n’auront aucune conséquence et ne diviseront pas parce qu’elles continueront sur cette voie où la France n’a plus rien à dire et occupe le wagon du fond parce que d’autres font l’Histoire et ne la font pas dans la dentelle. Il n’est pas vrai que l’Histoire est finie, pas plus qu’elle ne se répète sous le prétexte que le mot d’ordre des français depuis 40 ans consiste à éructer, « attention les gars, l’Immobilisme est en marche ». Les chinois prennent pied en Afrique, les arabes font des révolutions, les sud-américains virent à gauche, les étatsuniens s’affrontent sur les mille et une manières de préserver leur hégémonie prédatrice et nous continuons dans le néant européen des bons sentiments et des frontières ouvertes, des libres capitaux et des résolutions à 27, des corruptions croisées et de l’hygiénisme sirupeux, des mariages gays et des combats contre trois clampins coranisés. Ce type et ceux qui l’entourent suent tellement l’ennui, que le cirque dévie sur la première xxxxx de France et que ces gens sont incapables de débattre de sujets aussi subversifs que la dépénalisation du cannabis et encore moins d’annoncer un réferendum sur la règle d’or qui comme Freud l’aurait vue est une sanctification de la Merde.



samedi 3 novembre 2012

Céline et Girard, un rapprochement ou Céline comme poison et remêde

Belle interview, ci dessous de Louis Ferdinand Céline deux ans avant sa mort dans son pavillon de Meudon.
Veuillez trouver ci dessous une retranscription personnelle et subjective qui ne remplace pas l'écoute du document mais qui me permettra ensuite de développer deux, trois idées.
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(Ecouter l'interview sur ce lien)

Une admiratrice, Francine Bloch, souhaite en savoir plus sur Céline, sa vocation, son chemin, son pessimisme. Avec beaucoup de courtoisie, elle l'amène à s'exprimer sur sa vie, son oeuvre et sa pensée. Une perruche chantera gaiement pendant tout l'entretien, l'inimitable accent parigot de Céline transformera l'atmosphère de la pièce où vous écouterez cette vidéo.

Double vocation ? Médecin et écrivain ?
Non, la première vocation, c'est la médecine, l'écriture, c'est un gagne pain qu'il voulait anonyme. Cela l'a rattrapé,  nui en tant que médecin généraliste, alors il a continué d'écrire. C'est un don que il ne pressentait pas. Mais il a envie de travailler les phrases. Un docteur après sa thèse sur Semmelweiss lui a dit que il était fait pour écrire mais il n'y tenais pas tellement.
Comment avez vous vécu la rencontre avec le public, la critique?
Avant, c'était les autorités qui guidait le public, le roi, au moment du voyage au bout de la nuit, c'était quelques salons maintenant c'est tout le monde donc la publicité et la démagogie.
Ensuite, tout cela, c'est de la comédie, personne ne le comprend, il dit vouloir transmettre l'émotion du langage parlé dans l'écrit. Mais tout le monde s'en fout et de toute manière, le critique et le lecteur ne sont que des passagers sur un paquebot où l'écrivain est le capitaine et le machiniste, ces deux mondes ne doivent pas tellement se rencontrer et ne se comprennent pas de toute façon.
Et de toute façon, notre monde occidental judéo chrétien est complètement abruti par la publicité ou la propagande politique.
Et de toute façon, l'homme ne marche que par clique, tribu, intérêt, il n'est pas propice à la vérité. La littérature ne vit que par les nouvelles générations manipulés sur la lecture par quelques anciens. Mais après tout le monde s'en fout. Il a compté en 39, il devait y avoir 6000 personnes s'intéressant vraiment à la littérature. On ne le lit pas pour le plaisir, Tout le monde pense que"je suis une saloperie qu'on aurait du pendre".
Il se professe styliste, il ne peut laisser une phrase tranquille, la lecture du journal quotidien le rend triste par son traditionnalisme ennuyeux.
Un peu plus tard, Céline affirme que nous sommes bloqués entre deux conformismes, le catholicisme (d'où nous descendons tous plus ou moins) et les idéologies capitalistes et communistes.
les capitalistes adorent, s'agenouillent devant le coffre fort et le protège des démons tandis que le communisme forcent pour y rentrer et enfermer le bonheur humain à l'intérieur..... Ils sont prêt à tuer pour cela...
Et donc les écrivains doivent rester dans les cordes et écrire ce qu'il faut, on ne peut pas tout écrire, chacun a ses martyrs à protéger, chacun a son signe de croix, les conformismes sont de toujours. Il faut bien appartenir à quelqu'un. Lui, il n'appartient à personne.


Pourtant vous vous êtes engagé avant la guerre ?
oh la la oui... Il disait au français de se tenir au calme si il n' voulait pas revenir avec la gueule cassée et la honte au coeur. Mais après on a fait fort, on a transformé la débacle en victoire...

C'est la médecine qui vous a donné le plus de satisfaction ?
Oui, c'est sa vocation, il a bossé dur, bac, université de Rennes, puis travail à la société des nations pour être épidémiologiste et où Rockefeller l'a envoyé partout, Afrique etc... Mais il fallait être riche pour voyager, et donc il en est parti pour devenir médecin de quartier et désormais retraité, il garde toujours un oeil sur les questions de la médecine, par contre la littérature, rien de bien, rien ne change et de toute façon, les français veulent de l'exotisme. Le cosmopolitisme gagne et règne la désaffection de l'autochtone....

Dans votre oeuvre, on peut y lire de la rancoeur mais aussi beaucoup de tendresse. Mais pourquoi votre sentiment de l'absurdité de votre naissance et de pessimisme ?
Céline affirme que tout est physiologique, que la plupart des gens jouissent de la vie sans trop de problème mais que lui est un taré congénital. taré dans le sens hanté de questionnement, d’inquiétudes et de propension au malheur. La volonté l'a aidé à sortir du bafouillage sans fin, ce fut un gros travail.

Ensuite, je me méfie de l'homme. il ne lui manque que le cirque. il nous faut de la mise à mort douloureuse, du Colisée  de la vivisection sanglante. C'est général et au plus profond de nous. Epuration, 1789, Saint Barthélémy, camp de concentration. Actuellement, le peuple s'ennuie, il veut de l'épuration et l'homme ne change pas.
La préhistoire ? l’archéologie nous dit que toutes ces pierres sont des pierres à tortures. Hiroshima, cela ne satisfait pas assez, ce n'est qu'une mise à mort.
Pourquoi les romains ont duré ? Grâce aux siècles du cirques, quand les chrétiens sont arrivés et ont refusé, tout a fini par se casser la gueule. "Non, je ne regretterais pas l'homme. "

Je suis l'ennemi de la violence et donc un monstre car l'homme est l'ami de la violence." L'Inde ? Pas mieux !
Les animaux ? Tous des sadiques entre eux !
Le sadisme et la violence de l'homme m'écoeure.
L'instinct de violence est tout puissant
Les idéologies? des mensonges qu'on fourgue aux hommes pour leur cacher leurs instincts. Le fait est qu'il nous faut du pain et des gladiateurs. Oui des gladiateurs, c'est notre désir.
Demain on mettrait Céline place de la concorde, on le découpe en morceau, ce serait de la bonne distraction.


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Cette interview est merveilleuse, entendre la voix de cet homme, parler avec confiance de sa vie et de son travail. Je me souviens de mes heures d'adolescents lisant le voyage au bout de la nuit et mort à crédit. Il est de bon ton de ne pas aimer le bonhomme et de préférer son oeuvre...

Si madame Bloch voudrait le lancer sur des sujets biographiques (et elle y arrive un petit peu) fondamentalement Louis Ferdinand développe ses sujets préférés. Le conformisme humain, l'esprit de caste, un monde moderne et ses idéologies qu'il trouve absurde (splendide définition mimétique du capitalisme et du communisme) et enfin la violence humaine. Les cinq dernières minutes de l'interview m'ont été particulièrement éclairantes sur le bonhomme. On dirait du Girard. Ou plutôt d'un homme qui aurait compris l'importance de la violence dans la culture et les sociétés. En pensant à cela, je suis tombé sur ce texte de Jean Christophe Goddard. (incroyable, je venais de regarder "soudain l'été dernier", une note viendra...). Nous pouvons lire ceci  :

Impossible, en réalité, de distinguer chez Céline l’acte d’écrire et l’attraction sur soi de la Violence unanime. Séparer l’homme de l’écrivain, le salaud du romancier, reviendrait à séparer le bénéfique du maléfique qui agissent pourtant de concert dans le processus réel du bouc émissaire. Comprendre le caractère opératoire du bouc émissaire, c’est aussi comprendre cette inséparabilité : dans le dernier chapitre de la  Violence et le sacré, Girard félicite ainsi Derrida d’avoir, en refusant de séparer les deux sens opposés de pharmakon (poison et remède) exhumé, révélé le jeu de la violence qui habite le discours philosophique. 


Ce petit extrait est lumineux, l'interview ci dessus ne cesse d'aller dans cette direction. En tant que personne habituée à l'oeuvre de René Girard, je fus surpris de la sensibilité à la violence, à sa reconnaissance par Céline dans son interview et (bien sur) dans ses livres. La violence éternelle et universelle. Le sacrifice, les pierres à torture et le Colisée comme moteur humain. Telle est la vérité de Céline. La fin de l'interview est implacable et confirme le trait de lumière de Mr Goddard, le monde est violence universelle et moi je suis leur bouc-émissaire, hier, aujourd'hui, demain, toujours. La vie de Céline fut une éternelle croisière sur "l'Amiral Bragueton". Exagération ? Non, si l'on comprend la sensibilité exacerbée à la violence et au phénomène du Bouc-émissaire de Céline, Bouc-émissaire dont il endosse la peau pour, d'un coté, proclamer la vérité sur la violence humaine et, de l'autre, celui qui use la violence des mots contre, selon lui, les responsables du monde. Extra lucidité et aveuglement ; le bénéfique et le maléfique, le poison et le remède, le pharmakon, le bouc-émissaire. Le destin de Céline est extraordinaire et il est un romancier unique pour sa position inextricable dans les noeuds de l’anthropologie humaine. Il dit dans l'interview que la volonté l'a aidé à sortir du bafaouillement sans fin. Cela ne veut il pas dire qu'il a réussi seul à ne pas devenir fou ? Comme dit Pierre Cormary, on décrit seulement les enfers dont nous nous sommes sortis. Et Céline est celui qui est revenu de l'enfer humain et dont les cicatrices (voyage au bout de la nuit, mort à crédit) sont celles qui peuvent guérir les esprits adolescents sur la violence et le conformisme humain et, en même temps, par les pamphlets qui peut les y conduire. il est difficile de ne pas ressentir une immense pitié pour Céline. Lui qui a pris les pas du Christ les yeux fermés, qui ne l'a donc pas reconnu mais a compris ce que Jésus révélait sur la violence sans voir la croix du sauveur alors que nous sommes sur le Golgotha. Il est le psalmiste des persécutions qui ne concluerait pas ou se mettrait à tenir un langage de persécution en retour...


Qui consolera Louis Ferdinand ?
Monstre ? comme il le dit se disant étranger à la violence.
Peut être un saint contrarié.

Peu après, j'ai lu un article formidable de Pierre Cormary, qui lui aussi a probablement lu Goddard, voici ici quelques extraits, il développe un peu ce que je viens de dire.


Ecrire, c’est donc raconter la vie sans trouver de coupable. C’est témoigner du Calvaire sans en rendre responsables ni Juifs ni Romains.

----- Evidemment, fort de sa syntaxe unique et de sa puissante verve, Céline peut faire semblant d’écrire mais cette écriture n’est plus qu’un procédé destiné à exprimer non plus le « silence de la tombe », mais le bruit de l’opinion mêlé à la fureur du tribunal. Le Calvaire apparaît dès lors moins important que ceux dont on présume qu’ils en sont la cause. Les revenants deviennent des bouc émissaires qu’il faut lyncher. Au lieu de prier l’homme-dieu crucifié, on se met à chercher les crucifieurs pour les crucifier à leur tour.

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On sait grâce à Jacques Derrida combien le pharmacon est un palliatif autant qu’un bouc émissaire. Ce qui soigne, c’est ce(lui) dont on se débarrasse. Ainsi la mauvaise littérature est celle qui nous drogue au sacrifice des autres. C’est pourquoi, loin de venir la soigner, le grand écrivain, qui est le contraire d’un anesthésiant providentiel ou d’un embaumeur officiel, n’est là que pour rendre malade l’humanité. De Dante à Dostoïevski, la littérature n’eut cure que de charcuter les âmes, de ne jamais laisser se refermer les plaies, au contraire, de les élargir au maximum et de mettre du sel dedans - c’est-à-dire de ne jamais laisser en paix quiconque ose être satisfait de sa petite vie et qui se faisant oublie la tragédie du monde, soit la douleur de l’autre. L’ennemi de l’écrivain n’est jamais le Juif ou le pédé, ni même le criminel, mais bien « l’homme sain » qui ne veut surtout pas être mêlé à la douloureuse complexité du monde, qui se borne à veiller sur ses intérêts et qui refuse de toute sa ruse d’homme rustre, d’instinct canin, la conscience blessée de l’homme universel. « L’homme sain est l’homme le plus terre-à-terre, et par conséquent il doit vivre de la vie d’ici-bas, pour sa satisfaction et le bon ordre », dit Dostoïevski par la bouche de Svidrigailov dans Crime et châtiment. Le raciste est cet homme sain au carré. Non seulement la souffrance de l’autre n’entre pas dans ses catégories mentales mais encore il considère que c’est l’autre qui est coupable de sa souffrance à lui. Drogue suprême, l’antisémitisme « dialectise » et inverse la relation de la victime et du bourreau. Ecrire contre le juif, c’est se soulager de toute sa peine et croire que l’on va retrouver l’âge d’or de l’humanité.

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L’enfant, justement – l’être créatif et/ou mimétique par excellence. L’enfant qui invente une langue, un monde, un style, c’est l’enfant romanesque, imaginatif, sensible. Mais l’enfant qui répète ce qu’il a entendu beugler chez lui, qui commence à « penser » comme papa-maman, qui se fait le politicien de la cour de récré comme son père est le politicien du bar d’à côté, qui se plaint aussi, comme sa mère, de l’injustice, de la vie chère, de la salissure, c’est l’enfant manipulé, aliéné, idéologue, c’est l’enfant des pamphlets.



vendredi 7 septembre 2012

Aurélien Bellanger et la modernité

Vous en avez peut-être entendu parler ces derniers jours, Il est jeune et bien de sa personne, il vient d'écrire un livre, "la théorie de l'information" qui a plu à certains critiques influents. Le peu de ce que j'ai lu dessus me rend curieux. La généalogie avec Houellebecq est présente, il y a aussi un désir de mettre en avant et de se battre avec les questions technologistes et la manière dont elles influencent notre monde et les hommes.
Interview intéressante ici. 
Puis, ma mémoire m'aide ! mais oui ! J'avais lu quelques textes de lui, il y a quelques temps et avait été séduit. Quelle chance, je retrouve ce texte. Il me plait toujours autant.

Le texte d'Aurélien Bellanger est long, relativement difficile d'accès malgré la clarté de son style mais il vaut la peine d'être lu. Il me donne une nouvelle perspective sur la modernité en générale, celle de a France et me permet de toucher certains thèmes technologistes qui me laissaient pourtant froid. 
Voici le texte.


L'intro est étrange, elle relativise son texte, elle relativise la dimension technologiste de la France (plutôt californienne) mais la suite n'est pas un divertissement et présente une thèse qui se défend très bien
Tentons un résumé malgré le torpillage du texte par son intro...


1) Au coeur du texte, il y a la notion de "singularisme technique". Prenons un peu de temps dessus.

Cette notion s'inspire du singularisme physique, selon celle ci il existe un point à partir duquel certaines quantités deviennent infinis (ex : masse des trous noirs), de même dans le singularisme technique, il existe un point où le développement technologique arrive à un certain point où il cesserait d'être conduit par les hommes. L'humanité pourrait enfin se laisser aller. Mais se pose la question de son ambivalence, est ce une fin de l'histoire et la rencontre de l'humanité avec un paradis douillet sur terre ou bien est ce un esclavagisme destructeur du principe historique ?
Est ce de la science fiction ? Non si l'on croit le terroriste scientifique Ted Kaczynski dit Unabomber lui même confirmé par un des fondateurs de Sun Microsystems, ou encore par google et son séminaire annuel "singularity university". 
La guerre avec les robots aurait commencé, nous l'avons déjà peut être perdu sans le savoir. Les robots sont certes inconscients mais leur stratégie n'est rien d'autre que l'absence de stratégie des humains et, qui sait, leur inconscience cache des vertus philosophiques (argument métaphysique Leibnizien, intelligence artificielle... passage le plus difficile du texte...). Mais un constat s'impose, alors que le monde informatique parvient à penser la complexité des tâches et pouvant les raconter, les scénariser, les humains sont sommés d'aquérir  des automatismes et d’appliquer des process. 

Ceci expliqué, nous pouvons présenter la thèse de Bellanger :
Se demander dans quelle mesure la singularité technique est perceptible, c’est reconnaître qu’elle existe déjà, et que notre temps lui appartient. Nous pouvons défendre l’hypothèse suivante : les ondes gravitationnelles de la singularité ont commencé à atteindre la France dans les années 70, quand la modernité intellectuelle et la modernité technologique se sont mises à fusionner. (NdPC c'est moi qui souligne)

2a) Auparavant, et avec beaucoup de talent, Bellanger aura décrit la modernité technologique française, née autour de la seconde guerre mondiale et dont les haut fonctionnaires des commissaire au plan auraient été les chevilles ouvrières. La France est devenu à partir de cette époque un état moderne, un pays en état de veille technologique du fait de son organisation technique complexe et indébranchable (du TGV, au minitel, de Total au nucléaire, du rafale à la bombe nucléaire). Tout est fait pour cette pyramide, capitalisme d'état, politique d'immigration, Cac 40, grands fonctionnaires interchangeables, capitaine d'industrie qui ne sont que le symbole du Colbertisme français et des présidents de la république VRP du rafale, le tout couronné par la sécurité sociale. La France comme hôpital dont on ne peut plus couper l'électricité.

2b) Ensuite Bellanger prend du temps pour définir la modernité intellectuelle.
il montre surtout comment elle a accompagné la modernité technique en se nourrissant d'elle et la nourrissant.
Aux industries matérielles devaient répondre l'industrie intellectuelle. C'est le début d'une vivacité intellectuelle incroyable. 
Ce sont souvent des intellectuels révoltés de la technique qui veulent devenir des ingénieurs de l'âme (Foucault, Deleuze, Althusser) avec à l'origine une perception renouvellée de l'histoire introduite par Kojève (personnage clé au parcours étonnant, réinsertion de Hegel) et Hyppolite. C'est de cette lignée que vient le structuralisme, pure pensée du machinisme et du "je suis agi" et de l'histoire comme mécanisme inexorable. On y rajoutera un peu de tragique et un peu de critique, elle deviendra noblesse et mystique de substitution. C'est le temps de Deleuze, et de la déconstruction de Derrida, le monde est un discours à déconstruire. il est difficile de se souvenir de la passion de cette époque pour ses philosophes. Ils sont tous révolutionnaires (l’état et sa force ne sont pas à la hauteur des découvertes cognitives, il faut imposer une gouvernance nouvelle) et fonctionnaires.
En 80, reflux des théories critiques, on doute de la révolution. Bourdieu intervient.
La bonne organisation de la société française sera l’ultime eschatologie que les intellectuels français défendront.
En 98, Houellebecq confirme avec mélancolie l'état de fait, le modernisme a gagné malgré nous. Son kitsch, son ennui, sa sociale democratie se répend.
La France est entrée dans un processus fermé de totalisation, que la mondialisation ne fera que reproduire, à plus grande échelle. Ses standards de vie s’étendent naturellement, et tout ce qui retarde leur extension devra être réduit. L’âge critique est terminé. Les intellectuels français redécouvrent les vertus douceâtres de l’universalisme. La France se prend pour une démocratie exemplaire. La gouvernance se déploie sur le monde. 
3) Tout cela dit, Bellanger peut enfin développer sa Thèse 
L'état français depuis la guerre ne gouvernait pas les citoyens mais la modernité. (Plan calcul à l'éducation nationale, Bull, le Cern, WWW, étude de l'ADN).
Mais quand tout a presque été fait ? C'est l'heure des Messier, des Pinault et Arnauld, du luxe, il ne reste plus qu'à habiller et divertir les Sims.
L'auteur conclut en développant des thèses très ambitieuses et tente de retrouver la source de cette modernité. Il tente une comparaison entre le XVIIème siècle et la modernité. Epoque de renouveau mystique nourrissant des découvertes mathématiques et physiques majeurs.
Spinoza faisait coïncider la plus grande liberté à la compréhension la plus grande du déterminisme La nécessité était devenue une drogue, la prédestination une grâce. Le quiétisme et le jansénisme sont des mystiques de la nécessité. Pascal est le premier adorateur des machines. 
La modernité est un rêve de programmation de prédestination afin de maximiser le bonheur humain. Le mysticisme de la modernité est un désir de paradis qui ne peut accepter les religions. C'est le culte de la singularité technologique.
Dieu n’est pas mort au XX ième siècle, il a changé de nature pour devenir un objet technique.
La modernité est donc une révolution quiètiste ici et maintenant. Paradoxalement cette révolution n'est pas tranquille, c'est le signe de son impatience, agitation merveilleuse car aspiration à la fin de l'histoire.

Pourquoi cette agitation ? Elle veut achever et verrouiller le monde ancien  (Ballanger rejoint les thèses de Muray)


La modernité aura donc été une pensée de la singularité, ou plutôt une passion prolongée et secrète pour la stratégie d’un monstre sans stratégie, dont on rêvait en secret qu’il ressemblasse à Dieu. L’histoire était sacrifiée en offrande aux machines. Tous les systèmes philosophiques du grand siècle s’achèvent sur cette ultime question : Dieu est-il soumis aux vérités mathématiques? La modernité va soumettre cette interrogation à un protocole expérimental irréversible et massif.

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Texte passionnant, très éclairant et pour ma part très convaincant...
On peut voir la modernité comme cette tentative de hâter l'apocalypse. Détruire l'ancien monde, un messianisme technologique détruisant la trace du monde ancien. 
N'est ce pas la tentative de voler ce que Dieu veut donner. (la promesse de la fin de l'histoire,  sa parousie). La modernité n'est elle pas un exemple parfait du péché originel ? La globalisation, le libéralisme (et même le communisme) ne sont ils pas des simples symptômes de ce singularisme technique tant désiré.
Au lieu d'une recherche du royaume de Dieu, nous jouons sur tous les mécanismes de la violence. La modernité comme la précipitation diabolique de l'apocalypse, d'une fin de l'histoire fantasmée et rêvée.

Mais... Aurons nous assez d'énergie ? cette guerre avec les robots existe-t-elle ? Est elle le symbole de notre perte d'humanité. Peut-elle tenir ? Notre crise actuelle n'est elle pas aussi une fissure dans ce grand rêve ?

Bref, je n'ai pas fini de penser à ce texte que je vous encourage à lire...


De mon coté, j'espère lire (mais pas tout de suite) le premier roman du monsieur...

En attendant il y a aussi cet interview à l'époque où il écrivait son premier livre sur Houellebecq.




Pour la bonne bouche, un bonus éclairant sur la grande époque moderniste française.

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