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mardi 24 avril 2018

Alain, Fumaroli, Illich à la recherche de la compassion

Je me régale depuis quelques temps de la lecture de Paris New York et retour de Marc Fumaroli. Plongeon dans le monde, l’image et méditation sur l’art ancien et notre monde d’image. Il y a des trésors magnifiques à chaque chapitre et une invitation à l’otium et à la sagesse. Je ne l’ai que trop peu repris dans ce blog. Permettez-moi de m’appesantir sur un chapitre. "La souffrance des autres : Leurres de la compassion contemporaine". Recherche de la compassion et analyse de l'hubris de la compassion qui disparaît par sa structure injonctive et sans limite. Cela nous permet de faire le lien avec la lecture d'Illich de la parabole du bon samaritain. Tout en bas, en annexe, vous lirez un extrait du livre de Kavanaugh (Comme un hôpital de campagne) qui servira de base à la partie sur Illich, puis vous lirez mes notes sur le chapitre de Paris-New York qui est ici travaillé.
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Fumaroli analyse le lien entre l’engouement contemporain pour le bon sentiment et la compassion et comment cette dernière s’est enfui des arts.

Il voit une corrélation, la réalité de la recherche égoïste de son propre intérêt avec la mise en avant de la compassion et de l’émotion publique dans un environnement où la violence des images prend la place de tout l’imaginaire.

Il oppose ces bons sentiments compassionnels avec l’humanitas et la caritas.
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Humanitas antique, représenté par Cicéron comme éducation à la beauté et considération de la beauté des liens non-politiques caractérisée par l’indulgence entre égaux et la bonté des plus riches. La caritas chrétienne s’est inspiré de cette humanitas pour les relier avec sa vocation divine.

L’humanitas et la caritas, et contrairement dans l’art religieux occidental et antique, ne sont plus représentés dans l’art contemporain.

Fumaroli appelle le philosophe Alain. Celui-ci, bien qu’athée, rend grâce à l’art chrétien d’avoir laissé une place forte à certains lieux communs, dits « populaires », lieux de l’éducation de cette humanitas et caritas, il pense particulièrement au sourire mystérieux du bébé près de sa mère et des vierges à l’enfant. Moments où la raison aussi bien que l’imagination retrouvent leurs origines. Alain dit encore que l’art Chrétien avait un travail d’éducation, de maitrise des désordres de l’imagination, d'autonomisation de l’individu et d'éveil des sentiments.
Résultat de recherche d'images pour ""art contemporain""

Nous n’avons plus de lieux communs, mais des concepts et l’alliance de l’art avec la technosphère.



Les bases de la compassion ont été échangés. Le Christ en croix rappelait notre prochain souffrant, Rousseau et les modernes voient dans le prochain souffrant le Christ. La compassion n’a plus sa source dans le très haut. Cette souffrance était assumée par Dieu qui rappelait à l'homme qu’il y avait quelque chose de fou dans celui-ci. Il y avait au cœur de l’univers un abime de souffrance et de compassion auquel chaque être humain pouvait prendre part. La croix divinise l’humanitas et la caritas. Petites brises, à peine réelles, qui donnent le suc de notre vie par l’attention qui nous est possible de donner. Cela me fait penser à la perspective d’Ivan Illich sur ce qu’il estime la mauvaise lecture de la parabole du bon samaritain (voir plus bas, la citation de Kavanaugh de son livre comme un hôpital de campagne.) Le samaritain face à l’homme blessé est bouleversé dans ses entrailles et agit en toute spontanéité, librement et non sur un sens universel du devoir. Le prochain se transforme en tous nos frères humains. Ce qui est pour Illich une perversion du Christianisme. (Ce qui lui faisait dire quand on lui parlait de famine en Ethiopie : I don’t care. Devons-nous intégrer cette réaction ?) Le prochain devient dans la modernité économique un espace infini et virtuelle bien représenté par l’amitié facebookienne. Paradoxalement, le christianisme ouvre un espace sans borne à l’hubris industrielle et aux institutions qui veulent faire le bien sans limite. Illich disait qu’il fallait faire autant attention aux méchants qu’aux institutions qui prétendent faire le bien en grand, à toutes les cléricatures et institutions contreproductive.


Dans l’art ancien, la souffrance est présente en forme de litote, mise à distance par la réflexion. Désormais plus rien ne nous est épargné dans un fracas de cris de témoignages d’horreur, de sang, d’images. Tout concourt à l’appel de notre compassion et de notre angoisse. (les réseaux sociaux et twitter en particulier sont un magnifique exemple.)
Iphigeneia sacrificed MAN Napoli Inv9112.jpg

Je laisse enfinla parole à Fumaroli qui dans son style magnifique dit combien ces appels ne sont rien et sont le syndrome de notre perte de charité face à la contradiction que nous devons supporter entre la tragédie humaine permanente et la tendre humanité

P371 La théologie en sait long sur les limites du connaître et du sentir humain. Seul un Dieu a pu avoir un cœur si gros et doué d'une empathie si inépuisable qu'il ait pris sur lui toute la misère du pauvre monde, dont on nous explique par ailleurs, cartes, photographies et épreuves scientifiques à l'appui, qu'il s'entretue dans le sang, qu'il se fendille, se dessèche ou se noie dans la fonte des glaces. Seule une fiction euphorique et flatteuse, de force et d'effets égaux à ceux des informations qui nous rapportent la déliquescence de la planète et l'agonie de tant de nos frères et sœurs humains, peut nous faire croire que nous puissions, individuellement ou collectivement, endurer tant d'éprouvante et de plaies d'Egypte. En réalité, faute de vivre à la fois selon ces deux régimes d'émotion contradictoires, ce glas incessant qui fait frémir notre sensibilité altruiste ou naturiste produit, autour de la plupart de nos cœurs, des cals épais qui les protègent et les dispensent de s'émouvoir autrement qu'en bonnes paroles écologiques et donations humanitaires affranchies d’impôt. Et nous nous replongeons aussitôt dans l’alléluia universel des publicités euphoriques, des clips paradisiaques, et de l’éternel sourire engageant, toutes dents en poupe, d'un escadron de majorettes frétillantes et ravies qui apportent sur la table un gâteau d'anniversaire, enjoy ! Happy birthday to you




plus bas citation de Cavanaug dans "comme un hôpital de campagne."

jeudi 22 août 2013

Interview Fumaroli - Paris, New York aller retour

Éloquence et beauté se tendent la main...

Merveilleuse interview de Fumaroli. Message essentiel sur l'art comme correspondance avec la création du Dieu incarné. Du Dieu qui par définition l'on ne peut idolâtrer. Saurons nous revenir des images idolâtriques ? Comment dépasser notre crise d'adolescence ? La beauté peut elle revenir ?
Par cette interview, Fumaroli veut nous faire sentir la substantifique moelle de son dernier livre Paris New York et retour, voyage dans les arts et les images. Enquêtant pour un livre sur l’origine chrétienne de l’art, et voulant montrer comment l’art chrétien, à l’image du saint suaire, recherchait toujours l’insaisissable incarnation, la croix, et cette vocation d’aller à l’essentiel, d’inviter à un dépassement de l’image, il se retrouve à New York, il est pour la première fois aux prises, à haute dose, avec les images publicitaires et techniques. Il découvre leur force de mystifications, l’éloignement du réel qu’elles procurent, leur enfermement sur un monde prédéfini.
Ces images représentent notre monde d’abrutissement par le mouvement, la publicité, la propagande (l’anti-éloquence). Laideur et relation pervertie. Séduction et grégarisme. Les images vont à l’encontre de tout otium, méditation lente et curieuse de la vie et du monde où devait conduire l’art. Tout n’est plus qu’idolâtrie et la rencontre véritable disparaît.
La beauté reviendra, nous sauvera ?
Fumaroli répond qu’elle ne meurt jamais même si nous nous éloignons d’elle. La beauté nous aide à retrouver notre propre dignité d’image de Dieu et à symboliser cette parenté dans l’oeuvre...

Dans notre Europe en crise d’identité et économique, nous ne faisons que bien survivre, il n’y a plus de surcroît de vie, ni de sens, ni de joie.


Interview de Enthoven avec Fumaroli


Très bon recenssement du livre ici

Signalement de l'express

Et enfin,  pour la bonne bouche, un peu de Muray


résumé plus détaillé de l'interview :

jeudi 25 octobre 2012

Marc Fumaroli - Rhétorique, Classicisme et Otium


J'ai trouvé il y a quelque temps cette interview de  Marc Fumaroli. 
 (à peu près au milieu de la page...)

Je la trouve formidable. Il faut au moins la lire pour goûter la subtilité du français de Mr Fumaroli. La forme de son discours ne cesse de rejoindre son fond. Lors de cette interview, j'ai pu définir quatre messages importants. Permettez moi de parcourir ici cette interview réjouissante. 



 I Eloge de la rhétorique


Selon Marc Fumaroli, la base de son travail, c’est l'étude de la rhétorique, l’art de convaincre. Le premier grand représentant est Cicéron. Puis viennent ensuite les lectures des maîtres grecs, des romains et des médiévaux (venant eux même de St-Augustin, venant lui-même de Cicéron.)
La mode en 60-80, c'est que le littéraire doit tout apprendre des sciences dures. Mais lui préférait les humanités, dont le sujet est l’homme qui ne se connait non par les mathématiques mais par les approximations du langage, par la parole, par les symboles et les signes. L’étude de la rhétorique à travers les siècles révèlent une unité de la sagesse et de l’interactivité humaine (et non des sciences).
Greco-latin surtout, l’art de convaincre est un exercice public et petit à petit devenant privé. Le Moyen age missionnaire l’a ensuite adapté à la prière et à l’examen de conscience. A la Renaissance, la rhétorique greco-latine est adapté dans la société laïque des villes et des cours. La rhétorique des moines médiévaux est adapté au monologue intime des chrétiens. Dès l’antiquité, on observe que l’art de persuader peut se décliner dans les arts. Proportion, convenance, un geste, une figure de pensée (métaphore, synecdoque…) ou un symbole peuvent résumer toute une théologie ou une pensée. Ils permettent encore de rassembler un maximum des facettes du réel.

« Art de mettre en œuvre toutes les cordes de l’esprit et de l’imagination humaine, la rhétorique peut faire dialoguer entre eux les arts du langage, les arts visuels et la musique, leur donnant pour fin commune de surmonter le chaos, le malentendu, le tintamarre, l’incommodité, la violence, et de faire régner une certaine entente, un degré d’harmonie compatible avec les troubles inhérents à la condition humaine. »

Le moyen Age chrétien concentré sur la liturgie eucharistique a poussé très loin cette correspondance des arts entre eux. La renaissance transpose et adapte tout cela pour la gloire du prince, image du Dieu vivant à la tête de l’état.
La rhétorique n’est pas une séduction mais un art et une sagesse, comme un artisanat ayant pour but l’évitement des malentendus et la paix des relations, là où la violence rôde...

Versailles est la matérialisation artistique et institutionnelle de cette passion et de ce sommet qui est la rhétorique française du temps de Louis XIV. Vatican d’un gallicanisme, centre guerrier mais aussi diplomatique, centre d’un pouvoir absolu paradoxalement tendu exclusivement vers une paix générale. Paix européenne et paix des foyers par une administration orientée vers le confort, de l’ordre de sa population. Versailles par ses arts (de la musique, à l’architecture en passant par les rideaux et les jardins) est la métaphore de ce grand désir.

« Et de fait, à ce prodigieux acte de foi dans la bonne volonté royale que fut Versailles répondit la foi des Français dans leur pape-roi,et sans autre révolte notable que celle des Camisards, ils supportèrent les sacrifices que les guerres décidées par le roi, et notamment la plus cruelle, la plus longue (1701-1713) dite de la Succession d’Espagne, confiants qu’ils étaient devenus qu’elles étaient nécessaires à la sécurité future du royaume et à la paix en Europe, dont la beauté de Versailles était comme une promesse. C’était un formidable édifice de fiction, mais cet édifice fut conçu en accord avec une expérience millénaire, tant antique que chrétienne, de la nature humaine et des moyens de conférer un sens plausible à son histoire terrestre. Cet édifice de fiction harmonisatrice créa pendant un demi-siècle le terrain commun où s’entendirent tous les Français. »



Cette clarté française a pu paraître comme un paradis perdu, Jean Paulhan dans les fleurs de Tarbes, oppose cet art de la conversation sans malentendu (mais aussi art de consensus autour de critères et de convention) à la « Terreur moderne » né de Rousseau où il faudrait se délivrer du commun pour « communiquer » qu’à partir de soi son ineffable expérience subjective.
Fumaroli s’aide aussi de Levi-Strauss qui en partant de ses études des « primitifs » découvre des niveaux de complexité rhétorique n’ayant rien à envier aux civilisés. Finalement, Levi-Strauss et Paulhan partant tous les deux paradoxalement de Rousseau dans le sens inverse se retrouvent dans la critique d’une modernité se croyant civilisé mais finalement sauvage d’une destruction de ses racines communicationnelles et donne l’illusion à chacun d’être « un commencement absolu ». En refusant la rhétorique, l’homme devient un gibier de la manipulation (divertissement et publicité.)

II Classicisme Français ?

Qu'est ce que c'est ? C’est certes la centralisation versaillaise, mais c’est aussi tous ces artistes, penseurs écrivains qui demeurent malgré la fin de cette époque, qui lui ont même échappé pour aller à l’universel

« Ces écrivains et ces artistes, chacun à sa façon singulière, et dans un langage qui pour nous Français, en dépit de l’évolution de notre langue et de notre regard, reste étonnamment limpide, lisible, audible, délicieux, s’adressent à nous, à notre conscience et à notre liberté d’une façon immédiate. Ils nous font participer à une conversation intense qui nous touche et qui nous grandit, alors même qu’elle nous rappelle sans cesse combien il est difficile, quoique enthousiasmant, d’être digne, d’être libre, d’être heureux, d’être sage, d’être généreux, et combien il est facile de nous laisser aller à la pente inverse et de nous rendre odieux et malheureux. Ils tiennent ouverte une école d’humanité par laquelle il est fort souhaitable d’avoir fait ses classes. »



Les barrières entre nous et eux ? D’abord un certain pédantisme érudit, un utilitarisme éducationnel (marché du travail et c’est tout ?) Tout nous conduit à l’atrophie de notre mémoire littéraire qui mène elle-même pourtant au tribalisme et souvent même à l’incompréhension d’œuvres plus récentes.

III Initiation à l’otium

Fumaroli commence par regretter l’omniprésence des images. Nos mémoires, nos imaginations sont conditionnées à une source extérieure et inclines à la dispersion de l’attention et à la consommation et donc conduit à une absence de construction personnelle, de repères.
Trop d’écran, de vitesses et perte de gout pour la lecture et de la contemplation. Or l’école ne fait pas contrepoids. Fumaroli appelle à un retour aux intentions même des pédagogues humanistes du XVIIIe, créer des personnalités fortes à la volonté libre sachant lire un texte littéraire exigeant et goûter une œuvre d’art.
« Dans une démocratie digne de ce nom, chaque enfant est un petit prince, non par les gâteries, mais par l’éducation qui le prépare à se gouverner lui – même, afin de n’être l’inférieur de personne parmi tous les autres. »
Il prend l’exemple de Fénelon, précepteur du duc de Bourgogne, petit fils de Louis XIV présentant deux œuvres de Poussin, les funérailles de Phocion et Diogène jetant son écuelle. Beauté plastique, beauté des paysages mais cependant des drames se niche dans leur détails (l’expulsion d’un bouc-émissaire, le refus du moindre des conforts pour un philosophe.) Enseignement subtil de l’humilité, du soupçon des gloires et des richesses et de l’ombre tragique de la vie.


Fumaroli introduit la notion d’otium. Venant de Cicéron et développé par Sénèque, elle n’est pas la passivité mais le retrait  de l’agitation quotidienne par la contemplation intérieure et extérieure. Savoir bien prendre de la distance afin de mieux revenir vers la foule et les sujets de l’actualité. Mais toujours aller vers l’essentiel. Tout dans notre monde moderne nous éloigne de cette notion, même ce qui devrait nous y conduire. (loisirs, vacances, amitiés, amours). Tout est jetable et on nous vend une vie hâtive « qui ignore la saveur du vrai repos, la douceur des lentes joies du cœur, les haltes et les mesures dont ne peut se passer la volupté. »

A l’inverse de l’otium est la consommation, impératif brûlant de la religion de l’abrutissement empêchant tout détachement et intimité. Nous nous croyons dynamique, nous ne sommes que rouage, « nous ignorons le contrepoids intérieur qui permettrait de nous soustraire à cette roue, et qui nous donnerait le temps de regarder, d’écouter, de sentir, de goûter, d’aimer, de nous faire aimer. C'est toute une longue cour attentive au sens érotique du terme qu'il faut faire aux êtres et aux choses pour les connaître vraiment et se faire connaître et apprécier d’eux. »
Nous devenons des atrophiés des relations humaines, notre papillonnage éreinte nos possibilités d’amour, de fidélité, de loyauté, de confiance, de tendresse.


Compagnon de l’otium est l’eutrapélie, la disposition d’humeur heureuse, notion hellénique transporté dans la théologie morale chrétienne, joie contagieuse (que l’on retrouve dans l’art à partir du XIIIe) qui a été laïcisée par la renaissance. Bref, tout le contraire de nos foires d’art contemporain.

IV Phineas Barnum, père spirituel de l’art contemporain

Enfin, Fumaroli cherche à comprendre l’art contemporain avec nous. Il le cherche dans sa relation avec l’argent et le marché. S’il y a toujours eu une économie des œuvres d’art, c’était dans le passé plus une affaire de donateur, de mécène, de l’Eglise, de prince, d’état qui soustrayait l’œuvre au marché. Les artistes ont pu ainsi quitter l’atelier de l’artisan mais aussi la boutique pour trouver la noblesse de leur métier dans leur atelier et les musées. Les romantiques ont senti la menace de l’argent et se sont défendu en plaçant l’art au niveau d’une religion, d’un absolu à protéger du commercial et du marché tout en en faisant trop. Finalement le modernisme au départ a été fidèle à cette idée sacrale de l’art, en amplifiant la dimension sacré de l’art (contre l’art académique vendu aux bourgeois) pour lutter contre les marchands du temple pourtant leur propres clients. Marcel Duchamp est peut-être le premier à s’être moqué de cette foi, il a toujours trouvé des admirateurs de son rien que les musées exposant suffisait à transfigurer en œuvre d’art.

C’est dans ce sens, que l’art moderne est le fils de Phineas Barnum, directeur de cirque et maître en communication. Puisque les gens aiment être charlatanisés, mystifions les ! C’est la psychologie du marché-roi.
« Le mystificateur, le prestidigitateur, sont des héros modernes, de rien ils savent tirer un grand profit, en dupant les naïfs ébaubis. »


Fumaroli voit la barnumisation de l’art s’envoler à partir de 1960, académisme mercantile et épate bourgeois. On essaie de faire des ponts entre les chefs d’œuvres de ce passé et cette nouvelle tradition… Mais c’est de plus en plus difficile à croire que nous tenons là les fils de la grande tradition.

En conclusion…
Quel espoir contre la pollution artistique ?
Prendre conscience de la pollution communicationnelle même si moins visible que la communication écologique. Méfions-nous des publicités, des injonctions à communiquer, de la nouveauté pour la nouveauté. Redialoguons avec le passé avec ce qu’il nous a laissé de meilleur, brisons l’idole du contemporain, connaissons nous nous même. Nous redécouvrirons peut être ainsi les sagesses personnelles, les méthodes d’éducations expérimentées afin de redevenir des personnes libres, prudentes et inventives.

conclusion de Marc Fumaroli

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La défense du classicisme par Fumaroli me comble toujours, sa défense de la rhétorique nous invite à une réflexion sur la forme de notre communication, de la puissance des mots et des arts et de la merveille de l'homme conscient de ces trésors fragiles qu'est l'homme classique. Rhétorique, le chemin naturel de l'homme sage, rationnel et sensible, pour ne pas dire de l'homme religieux dans son sens le plus large. Un chemin vers la liberté et l'unité.

Sa réintroduction du terme Otium est pour moi une révélation. Cela me permet de mettre un mot sur une passion personnelle et de caractériser aussi l'objectif de ce blog.
Merci Mr Fumaroli.



Pour développer la notion d'otium, voici une très bonne fiche de lecture de son dernier livre qui développe cette notion. "Paris-New-York et retour"


Et enfin, une fiche de lecture des Fleurs de Tarbes de Jean Paulhan.


lundi 1 octobre 2012

Conversations avec Jean Clair

Trouvé grâce au site du néo-conservateur, une série de cinq émissions consacré à Jean Clair proposées par France culture et Virgine Bloch-Lainé. Célèbre directeur d'exposition, polémiste et fonctionnaire du monde de l'art et des musées, je suis curieux de ses livres et des ses pensées, j'ai écouté avec intérêt ces émissions que je souhaite partager avec quelques résumés, illustrations et commentaires pour chaque partie. Malgré sa profonde mélancolie, je crois cet homme capable de nous éclairer sur l'art et notre époque. Après deux heures et demi d'émission, malgré la distance qu'il cherche à mettre avec nous, j'ai pu sentir une grande empathie, une certaine admiration pour lui, tout comme un doute sur sa "théologie" personnelle



Partie 1 L’introverti créatif




Un psychologue pour enfant l’avait défini comme le type même de l’introvertie créatif à 6 ans. Né en 40 à Paris de parents paysans ayant quitté leur régions, jeunesse à Pantin, père du Morvan (pays pauvre et socialiste) et mère de la Mayenne (chouanne, pays de bocage). Milieu n’ayant pas changé depuis le moyen âge. Il grandit dans une famille d’immigré intérieure, victimes solitaires de l’injustice sociale de l’époque. Il est né à l’époque de Montoire… Dans une France entre deux options inconciliables, signe déjà de la mélancolie. Modestie de classe, et géographique. Silence omniprésent. Les gens simples ont des mots simples ou ne les ont pas. Parler était une façon de sortir de son milieu. Les parleurs était les paresseux et les frivoles, cela lui a été confirmé par la fréquentation des milieux mondains. Souvenir de vacances dans les fermes, temps merveilleux et heureux. Vie inchangé depuis le moyen Age, animaux, lampe à pétrole, eau… La petite fadette.
Très bon élève avec ambition sociale. Ne rien posséder lui a donné une grande liberté. Pas d’héritage, rien. Tout était possible. Les parents n’imposent rien, n’avait aucune objection. Importance des lycées fréquentés, Lycée Decour et ses camarades fils d’émigrés juifs russes, polonais. Eux aussi avaient une envie de réussir, Ils furent les modèles pour lui d’éducation dans l’amour de la science et des livres, et d'une structure intellectuelle et morale forte. Amitié immédiate qui a perduré. Mais il est viré pour un poème méchant sur un prof de français. La raison ? Ce prof adorait Voltaire et méprisait Rousseau…
Au lycée Carnot, il retrouve les enfants de pétainiste. Cela s’est mal passé. Et l’a poussé ainsi à devenir communiste. (Période de la guerre d’Algérie.)
Vient la période : « Qu’est ce que je vais faire ? » Hypokagne à Henri IV, climat de forçage systématique, discipline, rivalité. Il part à la Sorbonne. Il quitte la littérature (pas envie d’être prof). Philo et histoire des arts. Il rencontre des professeurs magnifiques, André ChastelJean Grenier dont il aimait la profusion et l’eclectisme. Il n’aimait pas Barthes, star de la Sorbonne à l’époque.
Qu’aimait il déjà dans l’art? Plutôt contemporain. Giacometti, Zao Wou ki, Paul Klee. 1959, coup de foudre avec Balthus. Orientation vers cette famille spirituelle (Pierre Jean Jouve), mais effrayé par le structuralisme étouffant. Il part ensuite au musée Fogg de Harvard 1966 grâce à une bourse et à la perspective des poussières et de la vieillerie du monde des conservatoires de musée de France. Découverte de l’enseignement nouveau. Histoire de l’art orienté vers la politique et la philosophie. Ouverture ver le contemporain. Devenu très pro américain en rentrant.
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On peut regretter l’absence d’explication supplémentaire pour expliquer comment ce fils de paysan, titi parisien devient amoureux de la science et des arts.  Mais portrait d’enfance et de jeunesse touchant . On distingue un caractère orgueilleux, ambitieux, un personnalité brillante et sombre à la fois, libre et cherchant le lieu de son bonheur.



2nde partie Le conservateur de musée



Après les USA, il évite le service militaire et a le privilège d'aller au Canada comme conservateur de musée à Ottawa et Montréal.  Là-bas, Prise de Conscience de l’héritage français (et même de l’ouest français de sa mère dont sont originaires les québéquois). Arme contre l’expansion américaine. Trésor de la langue redécouvert. Il Relativise la force américaine. (La frontière existe, grande leçon selon lui.) Dégrisé des USA. Retour à Paris après 68 dont il fut enthousiaste et méfiant.  Le principal changement ? Les gens parlait, osait prendre la parole partout, opposition à l’autorité quelque bonté qu’elle eut.

Il retourne aux musées. Il en est encore dégoûté et  prend congé pour faire des critiques d’art dans les milieux d’avant garde. (« l’art vivant ») avant-garde général peinture, musique, ("Glass était fascinant"). Il a écrit sur Buren, Boltanski (admiration), Viallat. Après, il eut toujours un doute à propos des média (importance à des choses qui n’ont aucune, mise en valeur des performances et du premier trash) lutte entre l’éphémère et ce qui dure.
77, le Centre Pompidou ouvre, il est commissaire de l’exposition inauguratrice. « Œuvre de Marcel Duchamp ». Rebours des idées courantes, Duchamp : prêtre du non-art ? Non,  mais admiration pour l’homme, il a compris que l’art est terminé, il en retire les conséquences. Tout ce qui est représentable échappait à la visibilité. (Perspectives, projectivité, géométrie pluridimensionnelle de Poincaré) Le corps ? Anatomie battue par la technologie). La mariée mise à nue (12 ans de travail, incompatibilité avec le mythe du prophète de l’art instantané. Il est proche de Leonard de Vinci dont il se réclamait, expérimentation incroyable) Personnage fascinant. Loin du pop art et des dadaïstes. Incompréhensions du public à l’exposition. Déjà vu comme réac ? Non, plus tard. Exemple  Exposition sur le réalisme entre les deux guerres, il soutient la thèse que ce fut une période non pas dominée par l’abstraction mais dominé par retour au classicisme et au portrait.
Dans ces pays existait une recherche esthétique classique. Felice Casorati, de Chirico. Même sous la dictature allemande, ilot important du figuratif non hitlérien. Clair évoque le monde artistique enclin au progressisme et voyant un lien entre figuratif et « heures les plus sombres de l’Europe », il peut se sentir alors réactionnaire car nostalgie pour un art présenté comme dépassé.


 


A partir de 1980, il est conservateur du musée Picasso. Pourtant jamais enthousiasmé par cet artiste, admiration mais pas d’amour. Personnage inépuisable. Pas d’affection comme pour Balthus ou Bonnard. Picasso lui fut un bon outil pour sortir des mythes artistiques et de toutes ces idées modernistes. Clair évoque ses amitiés  pour les peintres, Lucian Freud et  Bacon mais surtout Zoran Muzic. Il remarque que les peintres, gens de solitude, sont souvent des esprits très cultivés et prêt à la conversation.
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Grâce à l’interview nous commençons à plonger dans l’Histoire de l’art, nous découvrons en quoi, selon Clair, elle est le reflet de l’histoire de l’esprit.  Son portrait de 68 comme une prise de pouvoir par le verbe est intéressante. Prise de pouvoir dont il a aussi bien profité qu’il s’en est plaint. Nous découvrons un homme aux expositions originales souhaitant remettre en cause certains faits établis, se moquant du fatalisme progressiste. Recherchant malgré tout, partout ce qui a l’ambition de durer ou de rencontrer l’essentiel. En nous parlant de Duchamp (héritier dépressif de Leonard de Vinci ?), il pose le problème de l’art contemporain, son impuissance et le risque de sa vanité malgré les merveilles qui ont encore grâce à ses yeux.





3eme partie La modernité


Polémiste, Jean Clair semble aimer et critiquer la modernité. Baudelaire créa le terme, et fut critique aussi. Mot vient de modus, la mode… éphémère, séduisant mais insupportable plus tard. Il existe donc des modernités, certaines éphémères, d’autres frivoles qui vise l’entertainment. La part d’éternité est compliquée à trouver. Ici et maintenant, nous avons atteint la phase ultime du mariage de l’art et du marketing. C’est un marché, plus la valeur est élèvée plus c’est nul  (Versailles) et avec des prix extravagants, (3 galeries, 2 salles de vents, quelques artistes et une dizaine d’oligarque). C'est une bascule dans l’investissement spéculatif depuis 10 ans. On accrédite la nullité actuelle en disant qu’elle est héritière de l'histoire de l'art par un Hegel détourné. Hirst et Koons héritiers de Monnet car c'est la marche de l’histoire ?????

Modernité, c’est aussi la morale du joujou. L’enfant casse le jouet en pensant trouver l’âme. Il ne trouve rien et ne reste que la tristesse. C’est l’attitude contemporaine vis-à-vis de l’art mais maintenant c’est l’artiste qui casse, et le cassage qui fait œuvre. (ex : Tinguely, machine autodétruisante) Clair analyse la phrase de Duchamps « bête comme un peintre ». En voulant adapter ses nouvelles recherches scientifiques, le peintre se trouve bête par rapport au monde des possibles scientifiques. Avant ils avaient tout le pouvoir de comprendre et représenter le monde. Leonardo comme modèle pur. Maintenant seulement un saltimbanque.

Clair fut aussi le commissaire de l’exposition "Vienne, l’apocalypse joyeuse". Encore à contre courant. Il distingue de cette ville la naissance d’une certaine modernité européenne, une « Lotharingie spirituelle ». Freud, Schonberg, Loos, Otto Wagner, Musil, Wittgentsein (et même 2 aquarelles d’Hitler en deux convois blindés). Là fût la vraie modernité. Lieu de l’antisémitisme et berceau de démarches et destins intellectuels les plus étonnants. Succès. Après, procès d'intention car la modernité était mise en lien avec la décadence. Vienne dansait au bord du précipice et critiquait la modernité. Elle mettait en garde contre la positivité du progressisme, Freud, Klimt, Loos (retour à un ancien temps) Modernité critique d’elle-même.
A propos de la beauté convulsive de Breton ? Elle le scandalise. Elle prend racine dans le monde de la pathologie et des hôpitaux psychiatriques. Breton devait le savoir. Tirer à soit, l’image de belles convulsées pour créer un esthétisme pour tirer l’homme des limites de la raison…. Contestable isnt’it. Fascination pour l’hors norme, la démesure le monstrueux. Folie comme transe  pour atteindre des royaumes que le commun des mortels ne peut atteindre, romantisation de la souffrance humaine. Source dans Sade, Bataille, Chez Deleuze et Guatari, le modèle de l’homme moderne est le schizophrène, possédant la vérité et le savoir, il l’opposerait au parano, le fasciste. Schizo, l’homme de demain.  On arrive à l’art contemporain comme bocal fécal ? Sang sperme, humeur du corps.
Muzic rappelle que dans les camps nazis, ils étaient environnés de l’odeur horrible. Première photo des camps, femme se cachant le visage par foulard. Pas pour pleurer ou éviter la vue mais d’abord pour l’odeur. Or dans une peinture de la fin du moyen âge, de Duccio, une se personne se couvre le visage devant Lazare. Anne dit, il pue depuis 4 jours. C’est significatif, de notre temps. Aujourd’hui, on ne représente plus Lazare et les gens se protégeant, on sort le cadavre  et on respire l’odeur avec délectation. Clair voit une chute entre Duccio et aujourd’hui. Maintenant Clair supporte le qualificatif de réactionnaire car il se trouve en bonne compagnie, notamment celle de Philippe Muray, dans la société en déroute où ses progrès se transforment en plaie d’Egypte. Le réactionnaire, c’est l’être courageux, qui a la volonté de réagir à une situation intenable. Indignation cela s’éteint. Réaction, c’est réagir, et s’engager avec permanence. L’urgence c’est de conserver ce que l’on peut du monde …


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Il eut beau aimé la modernité, Clair indique qu’il préfère encore ce qui dure à la modernité. Ce qu’il voit dans la modernité actuelle ? Du lucre et de l’avidité, de l’autodestruction enfantine, de la folie reconsidérée comme art et de la fascination pour les créations-secrétions du corps. Il analyse ce dernier point par un tableau de Duccio parlant de la mort et de la puanteur de Lazare. Ici, nous voyons bien combien pour Clair, l’histoire de l’art est l’histoire de l’esprit. Fasciné par le corps de Lazare, la modernité ne voit pas le geste ancien et légitime de se cacher le nez. Il diagnostique une société en décadence. Il se rappelle pourtant de cette Vienne perdu, symbole d’une modernité capable d’autocritique et sachant s’inspirer du passé et faire de grandes découvertes.



4ème partie la psychanalyse


Première expérience quand ses colères de jeune adolescent le conduisent chez la psychanalyste. A l’origine, c’était une nécessité. C’est désormais un défenseur de la psychanalyse.  Cette science a plus de 100 ans, elle fait preuve de défauts, c’est normal. Alors enfant ombrageux, cette femme a compris qu’il fallait lui rendre une vie sociale heureuse. Quand il a commencé à 15 ans, il a compris l’intérêt de la démarche pour cette possibilité d’un flux des mots. Il a lu Freud très tôt parallèlement. Selon lui, la psychanalyse est la dernière morale qu’on peut donner à une société en décomposition. La religion a failli, les idéaux politiques son en péril. La démarche rigoureuse et morale de Freud devrait être reconsidérée. Morale rigoureuse et austère et en porte à faux avec le libertinage. Morale, car l’homme est livrée à ses pulsions, et si il s’y abandonne il entraîne lui et sa société dans la catastrophe. On apprend à canaliser la libido pour des idéaux sociaux. Fonds judaïques aussi qu’on ne veut voir. Beaucoup de codes à appliquer.

Judaïsme et psychanalyse… Première école était très juive. C'est une science juive probablement. Elle va à l’encontre des totalitarismes car forcément analytique.
Psychologie, grille d’analyse pour l’art ? Freud s’est trompé là-dedans. Il n’était pas un visuel, un homme des mots. Contrairement à Charcot, fondant sa théorie sur l’analyse des poses des corps des malades et collectionneur d’art. Il est méfiant. La  psychologie décrit bien l’horreur mais rien sur la beauté. A ce propos, il a médité sur Méduse et Persée.  En effet, Persée tue la méduse (l’horreur, la violence, le chaos pétrifiant (lien avec la femme de Loth)) par l’intermédiaire du miroir, ce miroir, ce reflet est l’art. Il en conclut que l’image n’est jamais innocente, la représentation est du coté de la mort. Ce fait est oublié dans notre civilisation, comme pour les pulsions. L’art est un artifice comme Persée, il faut la contempler avec attention et courage

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Son analyse de Méduse est passionnante, l'art comme ce qui peut nous permettre de saisir la violence et le chaos de l'homme. Sinon la pétrification viendrait. Ce n'est pas limitatif heureusement. 
Je découvre dans cette partie la passion psychologique de Jean Clair et suis surpris. Passion, on pourrait presque dire religion, tant on comprend qu'il pense que c'est (presque) l'unique voie de salut de la société occidentale, l'analyse du moi par moi-même... Puis je douter ? Il y voit notamment la vertu de se méfier de ses pulsions. Je ne l'avais jamais vu ainsi. Mais comme il le souligne aussi, Freud ne peut pas saisir la beauté. Pour un couillon de chrétien comme moi, cette phrase est très éclairante. 


5eme partie La mélancolie


Jean Clair avoue sa mélancolie pour lequel  il a réalisé une  exposition en 2005. La mélancolie (qui est comme la méduse), c’est bipolaire, cela peut mener au suicide, c’est dure, mortelle, on l’appelle aujourd’hui psychose maniaco-dépressive souvent avec des phases d’abattement profond et phases d’excitation extrême.
On imagine la douce mélancolie du passé du XVIIIe  la rêverie complaisante d’Hugo, la mélancolie, le secret plaisir d’être triste, de goûter les sensations de la vie.
Sa description a été faite dès le Ve siècle avant JC (Aristote, Gallien) très proche de nos médecins actuels. Les Antiques savaient qu’on pouvait soigner avec des concoctions pour déprimés. Pour les grecs, c’était liée avec une capacité personnelle au dessus de la moyenne. (Aristote, autres poètes, philosophes et politiques.) Il y a un lien avec le génie ! C’est une source féconde de notre culture occidentale. La tête pèse lourd depuis -500 ans avant JC. Hasard incroyable et impossible entre la représentation de cette mélancolie .


Peut-on les guérir ? Les inviter au retour à la normalité pour les rendre efficaces ? Avant, la mélancolie était le prix à payer des connaissances supérieures. Mélancolie, c’est comprendre la mort dans la vie,  conscience aiguë des limitations de la vie. Certains siècles ont aimés.  Aujourd’hui non. Dommage.
Clair développe plus loin le fait qu’il y ait moins de portrait au XXe. Non, c’est l’impossibilité d’en faire un. Ça existe (Bacon, Freud, Picasso mais portraits très singuliers…) Ou avant, des types, des statures, des offices. Le portrait contemporain est un portrait mélancolique. (borderline, Van Gogh, Kokoschka) Ne se rapporte à aucun office, dépouillement et désarroi.
Clair termine par une analyse du tableau « le passage du commerce Saint André » de Balthus. Inquiétant. Banal. Sauf, indice dans l’agneau. D’abord parce que c’est l’endroit même où la guillotine a été essayé la première fois. Et elle avait été testée sur un agneau. Nous sommes à un point cardinal de la révolution. Le Café le procope n’est pas loin. Marat, Danton se promenait ici. Et a coté le charpentier créateur de clavecins qui inventa la guillotine (Diderot et sa comparaison du clavecin en homme), forme de la guillotine au fond… (je ne l’ai pas vu, moi…)

A 22 ans, Il a changé de nom en hommage à René Clair, Gerard Regniez ne transportait pas de pays ni de langue…  Besoin de se cacher, de dénoncer le soir ce qu'il faisait la journée. Pourtant le nom est intéressant, flamand.
Il parle ensuite de l’importance de l’horreur des camps, l’immatriculation. Muzic. Questionnement sur la culture, la morale. (ex guerre du Péloponnèse, les grecs travaillent dans les mines de Sicile pour les spartiates. Sur les 5000 athéniens, furent sauvés seulement ceux qui étaient capable de réciter Euripide parfaitement, marque de reconnaissance et de sociabilité suprême).
Quel est son espérance ? Se lever le matin et écrire. « Je n’ai plus rien de social à tenir… Heureusement. »
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Nous terminons cette rencontre avec cet homme ayant traversé toute la seconde partie du XXe siècle, l’a accompagné, réfléchit, admiré et est maintenant horrifié. Nos découvrons un homme enveloppé dans la mélancolie et certainement la dépression, nous comprenons ses cauchemars, sa capacité d’analyse. On trouve un homme misanthrope, intelligent sans plus aucune espérance (sauf l’art et l’écriture). C’est un homme en pleine acédie, considérée par l’Eglise catholique comme l’un des sept péchés capitaux. Elle est lié à la capacité de prendre de la distance et à réfléchir, ce n’est donc pas un hasard si elle fut associée aux génies artistiques et aux politiciens. Mais son absence d’espérance dans la vie humaine, son stoïcisme mélancolique et anti soixante-huitard en font un homme de l’antiquité avec ses très grandes qualités et son désespoir.
Je suis très heureux d’avoir écouté cette émission qui m’a permis de rencontrer un honnête homme sombre, dont on voit les gouffres et qui nous aide aussi à voir ceux de notre époque. Il m’a permis une compréhension plus générale de l’art et à m’intéresser à des artistes que je ne connaissais pas. Il s’éloigne de cette tendance naïve de l’art pour l’art ou du culturel, mais nous montre le danger, le besoin, la nécessité de l’art. En quoi aussi il est le reflet de l’histoires des idées et des fois.
Je lui sais gré de m’avoir fait découvrir le tableau ci-dessus de Balthus. La violence est là tranquille, l’agneau se promène. L’horreur et la tranquillité, un peu de vie humaine. Cette histoire d’agneau pour tester la guillotine... Aucun scénariste girardien n’aurait essayé de peur d’en faire trop… Incroyable.





vendredi 27 juillet 2012

Où sont les stars d'antan ?

Les gens s'amusent sur Internet. Georges Chamoun aussi.
Collages Monstrueux ?
Ils nous interrogent sur nos stars, nos idoles...
Nous tournons nous vers des idéaux types ? 
Ou bien est ce le symbole d'une industrialisation de la star, de bonnes recettes qui restent à travers le temps pour les machines à créer des idoles que nous sommes ?











Hubris et Art moderne

Emission très intéressante sur répliques avec Jean François Mattéi et Jean Clair.
Je recommande.




En quelques lignes ?
Les grecs séparaient Hubris et Diké.
Hubris : démesure, transgression, orgueil  /  Dike, justice humaine, règle, tempérance
Mattei affirme que l’Hubris est rentré dans la rationalité européenne, Que cet Hubris transparait le mieux dans l’art moderne. Né à partir de la « goinfrerie de l’illimité » du romantisme, du rêve du toujours plus, de l’absence de limite qui devient recherche effrénée de ces mêmes limites pour mieux les enfreindre et ainsi de suite.
Dans l’art, le principal symptôme est la disparition des « beaux arts » et l’apparition de l’esthétisme, science de la sensation et de la subjectivité extrême. Refus de la norme et des proportions élaborées depuis des siècles. De cet esthétisme aussi, naît l’artiste maudit, persécuté par le  besoin d’illimitation, la drogue dans la panoplie.
Comme conséquence, éclipse de la beauté dans l’art. Fascination pour la monstruosité (utilisation du terme tératogène ?????).
Clair rappelle que le terme hubris a donné hybride. Hybride comme la chimère, le monstre fabriqué.
Mattei cite Heidegger, la modernité, c’est l’entrée de l’art dans le rayon de l’esthétisme. Levis Strauss, lui, parle de la perte du visage.
Inondation de l’impression. Intrusion de la subjectivité (inexistante dans le passé) ramener le monde à sa proportion, perte de la recherche de sens commun et de beauté commune.
Quand avons-nous cessé de nous supporter ?
Jean Clair dresse le parallèle entre la terreur, la guillotine de la révolution et la fin de l’art des portraits. Lien avec le culte d’acéphale, cher à Georges Bataille….
Dépasser la figure humaine… Et ainsi, Roi, père, soleil, Dieu, instances à effacer, on efface l’homme rapidement. (Soleil cou coupé Apollinaire…)
Le succès de la Psychanalyse consolide cette tendance… Les patientes vont  à l’encontre des règles de l’anatomie. L’hystérie, la schizophrénie sont célébrées.
Et pourtant, beauté, il y a ??
Mais nous avons perdu la face et la contenance.
Comment échapper à l’art moderne où l’hubris est le sujet alors que le monde, la ville se sont effacés dans l’art ?
Pourquoi le terme de beauté fait désormais rire parmi les artistes et l’académie ?
Citant Arendt, Finkielkraut se demande « Que restera-t-il de la culture si l’on s’émancipe de la beauté dans l’art ? »
Or la culture n’est est elle pas d’abord le soin de l’âme ? Pour donner de bons fruits spirituels.
Les auteurs appellent des figures de résistance, Giacometti vs Breton, Camus, Balthus, Lucian Freud, Kundera.
Les auteurs appellent à un retour à la mesure, qui  ne vient jamais de l’extérieur, la démesure peut donner la mesure.
Donc, on y reviendra ?
Contentons nous déjà des chefs-d’œuvre contemporains du cinéma, la crise des arts plastiques n’est pas finie.
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Oui, émission intéressante car elle m’a permis de mettre des mots et des concepts sur mon incompréhension face à l’art moderne… Elle m’a initié au terme d’hubris  en utilisant  des exemples historiques, philosophiques très convainquant…
Par contre, si j’ai pu être comblé par le diagnostic, je suis surpris par le manque d’explication de l’origine et par une conclusion mystérieuse.
Ici, René Girard peut nous aider. Le combat hubris / Diké, n’est il pas le couple « violence vers l’indifférenciation » et crise mimétique conduisant à une société avec un nouvel ordre. La fille de Dike, n’est elle pas Nemesis, déesse de la vengeance et de la juste colère des dieux ? Le parallèle est frappant. Si on continue sur Girard et ce qu’il a diagnostiqué sur l’impossibilité contemporaine du retour de la vengeance divine…  Dike ne reviendra pas…  il ne reste que le Christ crucifié.
Comment faire pour ne pas perdre la tête ?