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dimanche 28 mai 2017

Veronique Dufief et le desir métaphysique du manico déressif

J’ai rencontré par les hasards du net,(ici, , encore ici et la) Veronique Dufief, qui en plus d’une large expérience sur la littérature du 19e, exprime par livres, interviews et conférences son histoire avec la maladie de la bipolarité. Je vous propose quelques vidéos et souhaite commenter deux interviews. On peut être rebuté par la dimension psychologo-spirituello-hypersensible mais il me semble qu’il y a là quelque chose d’important et de profond. Je ferai même des points de liaison avec René Girard (on ne se refait pas…)

A travers ce témoignage, Veronique Dufief nous fait sentir la souffrance des maladies psychologiques et particulièrement de la bipolarité, syndrome maniaco-dépressif. Désespoir, tristesse, abandon, manie, « siphonné », exutoire délirant et souffrance dont on distingue les causes mais qui reste là avec son manque et son trou. (Le mal de vivre de Barbara comme image ?)
Elle ne mésestime pas la dimension chimique des traitements et leur utilité, elle parle de leur dimension sociologique mais elle se concentre sur leur dimension spirituelle. Elle est là pour partager une expérience de foi au Christ qui guérit.
Elle affirme que la bipolarité est l’accentuation dramatique et maladive (Hubris ?) de la situation psychologique des hommes. Nous avons tous le trou, le manque d’amour. Les bipolaires sont quasiment la démonstration par la folie de la dimension métaphysique du désir humain. Nous savons ce trou, ce désir d’aimer et d’être aimé. Mme Dufief y voit la source du désir humain infini et la base de notre individualité, et la possibilité de la relation et de l’extériorité. On ne vainc pas ce trou, il est toujours déjà présent, on ne le combat pas.
Son chemin de « guérison » (déjà présent mais toujours à venir) a été l’acceptation, le consentement à l’existence de ce trou, de ces souffrances qui y sont lié. Ce consentement a été permis, selon elle, par sa relation avec Dieu qui est l’inconnu de ce manque. Accepter cette souffrance, accepter même que notre relation à Dieu soit blessée (blessure qui crée ce manque ou l’inverse fou du délire « mystico-dingo ») et en faire un chemin avec le Seigneur et son amour pour nous et un chemin du retour à la réalité.
Son livre s’appelle la souffrance désarmée. Beau titre indiquant un chemin où la souffrance ne serait plus armée de la révolte, de la colère et de la peur. Elle dit dans une vidéo que nous pouvons même faire de notre souffrance un doudou, une arme contre le monde entier et contre nous-mêmes.
Ne luttons plus, déposons les armes ? Message horriblement pacifique et illusoire ? Que dans la mesure où nous ne voyons pas que notre révolte devient lutte armée contre le fameux trou et donc nous-mêmes…
Mme Dufief en vient à dire que les malades peuvent devenir comme le Christ des guérisseurs souffrant en faisant découvrir aux autres cet abandon de l’amour désarmé.

Dire que la bipolarité est l’expérience de tout homme me semble très proche de la « sagesse girardienne ». Dufief (a-t-elle lu Girard ? C’est fort possible en tant que prof de littérature….) voit le manque universel, qu’elle associe au désir et à l’institution de l’individualité. Comment ne pas se souvenir de l’aveu de Girard : Tout désir est désir d’être. Une grande partie du travail de Girard sur le désir mimétique est de montrer que notre désir n’est pas autonome, qu’il ne sait pas que désirer et que s’il ne s’arrête pas en Dieu, il se plonge dans les faux infinis, les mécanismes de violences contre soi-même, les autres. La bipolarité est selon lui le mouvement naturel du désir face aux obstacles que sont devenus les autres pour nous. Nous le surpassons, mais il nous arrête d’autant mieux que nous avons cru le surpasser. C’est le scandale girardien. Une fois pris dans la dialectique de l’obstacle, nous ne pouvons plus en sortir. Chez le bipolaires, les hauts et les bas face aux obstacles sont décuplés et approchent du délire. Il y a des pages admirables chez Girard (notamment quand il écrit sur Hölderlin) et Oughourlian sur ces phénomènes. Nous sommes tous malade d’amour, nous sommes tous fous dans une certaine mesure, cette lucidité est le chemin obligatoire pour la guérison.
« Le maniaco-dépressif a une conscience particulièrement aiguë de la dépendance radicale où sont les hommes à l’égard les uns des autres et de l’incertitude qui en résulte. Comme il voit que tout, autour de lui, est image, imitation et admiration (imago et imitare, c’est la même racine), il désire ardemment l’admiration des autres, c’est-à-dire la polarisation sur lui-même de tous les désirs mimétiques et il vit l’incertitude inévitable – le caractère mimétique du résultat – avec une intensité tragique. Le moindre signe d’accueil ou de rejet, d’estime ou de dédain, le plonge dans la nuit du désespoir ou dans des extases surhumaines. Tantôt il se voit au sommet d’une pyramide qui est celle de l’être dans son ensemble, tantôt au contraire, cette pyramide s’inverse, et comme il en occupe toujours la pointe, le voilà dans la position la plus humiliée, écrasé par l’univers entier. (Des choses cachées… pp. 331-332)
Dufief retrouve Girard dans son analyse du désir métaphysique (mais en ne s’attachant pas au modèle mais directement au manque) et de l’invitation à retrouver le Christ comme objet de notre désir, à se reconnaître humblement pris dans les filets de ce désir compliqué qui nous constitue.  Cet abandon dont elle parle est l’abandon de toutes les rivalités absurdes, la reconnaissance de nos blessures et le refus de tout ressentiment. Chemin qui semble simple mais qui est le chemin d’une vie.
Un girardien peut être surpris par l’absence des médiateurs dans son discours. Mais il est présent et évoqué : Dans une vidéo, on peut se moquer de son ton et langage fleuri, Il faut, dit-elle, être fleur parmi les fleurs. Il faut accepter d’être une parmi les autres, refuser de voir les autres comme obstacle. Aussi, son récit de joie face aux personnes dans un centre commercial est magnifique. Pas de jugement (péché de la pensée), pouvoir s’émerveiller de voir toutes ses personnes exprimer leur désir (quand bien même mal dirigée). S’émerveiller du désir humain, voir la souffrance comme un signe. Acceptation de celle-ci non sado masochiste mais comme symptôme malheureux (depuis le péché originel) d’une rencontre divine heureuse et joyeuse. Je suis présent et je me réjouis de la présence des autres. N’y a-t’il pas ici, une merveilleuse illustration de cette phrase de Girard. Chacun se croit seul en enfer et c’est cela l’enfer.

Il y aurait beaucoup à dire encore, notamment sur le romantisme étudié par Mme Dufief… sur le chemin de résurrection proposé qui est un passage du mensonge romantique à la vérité romanesque. Etc…

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Dans toutes les expressions du mal, il y a une demande d’amour qui est trace de Dieu et demande de dieu.
Face à la souffrance, redonner à Dieu sa place et assumer la sienne qui est toujours une place d’impuissance. Peur, révolte, colère laissent la place au désir d’être aimant.
Aspiration à l’amour mais refus de se laisser aimer.
Solitude, déréliction, drogue du travail.
Souffrance encore, chemin avec le Seigneur.   
Délire mystique, malade du Seigneur ? Importance de la frontière mystico dingo et folle de dieu
Manie : manière maladive d’être dans un présent irréel. Recherche de signes. Malade dans sa relation avec Dieu.
Mais même folle, j’étais encore la bien aimée du Seigneur, maladie d’amour.
Maladie à traiter médicalement, sociologiquement et spirituellement.
Un statut : pour souffrir pour les autres. Car celui qui accepte de tomber dans les bras de la faiblesse rend à tout son entourage le service de permettre la découverte de l’amour désarmé. Tous les malades sont, à l’image du Christ, des « guérisseurs souffrants ».
Arrêt de la lutte frontale.
Arrêt de la question de la vocation pour l’accueil de ce qui est donné.

Cette souffrance ? Trou inévitable  qu’on ne peut combler… On s’en protège, on coupe sa sensibilité.
Lien entre guérir et être capable de souffrance, de l’accueillir pour ce qu’elle est, avec tous ceux qui souffrent. Un peu comme quelqu’un qui, après s’être débattu dans la mer par peur de s’y noyer, découvre qu’il lui suffit de flotter paisiblement. Dès que l’on dit « oui », on est dans la proximité du Seigneur.
http://www.france-catholique.fr/La-Souffrance-desarmee.html

FranceCatholique
Intelligence de la souffrance. Souffrance désarmée car souffrance qui aurait perdu sa révolte, chemin de consentement et d’abandon, lutter par la douceur en épousant mouvement de la vie.
Bipolarité, accentuation de ce que chacun vit et facilite observation de la psychologie humaine (le monde nous ressemble…)
Utilité de la psychanalyse et des cause diverses, mais à un moment, souffrance. Habitation du manque. Fondement de la vie et non maladie…Possibilité de la relation, car ce qui nous sépare de l’autre, désir… Il n’y a pas de victoire finale, il faut acquiescer… Dire oui à chaque instant. Docilité, écoute. Péché, du jugement en pensée…
 


Communion dans la fragilité avec le Seigneur




mercredi 12 juin 2013

Aldo Naouri - Père, Pulsion et autres choses

Une stèle pour mon père

Aldo Naouri va à contre courant. Et il est bon pour moi de l'écouter. Ses nuances et sa radicalité. Le besoin de parents fermes et de parents qui ne jouissent pas de leur enfant. La crainte des pulsions. La reconnaissance de la différence des sexes et des générations.
Je retiens cette phrase qui m'est mystérieuse. Un enfant élevé parfaitement n'aurait pas besoin de faire des enfants. ils seraient le fruit de nos propres problèmes irrésolus. Peut on expliquer ainsi le célibat des prêtres, fils comblé du père ? Ou une remise en cause radicale de la générosité procréatrice et amoureuse ?


Dans cette émission de radio, aussi pour présenter son dernier livre, "Prendre la vie à pleine main", Aldo Naouri est provoqué par un présentateur peu enclin à partager ses thèses.
Alors il en rajoute et provoquera de plus belle avec en arrière plan une remise en cause de principes éducationnels et familiales modernes

Encouragement à l'effort. Limiter les mauvaises habitudes de la pulsion car l'enfant est un être de pulsion à réprimer. Il n'y a pas d'égalité. il faut remettre de la verticalité à l'heure des épidémies d'enfant roi et malheureux. Soyez dictateur
Ne jamais se soumettre à la séduction envers les enfants. (de toute façon, ils vont vous haïr et apprendre à vous aimer...). Il doit gagner votre amour.
Il ne faut pas jouir de ces enfants (parent abusif) mais garder l’exigence.

Un enfant élevé parfaitement n'aurais pas besoin de faire d'enfant.


Incitation au viol dans le livre ? Non, situation très particulières mais incitation générale à retrouver la différence des sexes et leur manière propre de désirer.


 Sur le divorce ? Il faut le réussir (car drame profond pour les enfants...) ou se poser la question de son propre consumérisme...

Mariage pour tous ? Porte ouverte à l'inceste. Encore une fois, nous sommes esclaves de nos pulsions, ne faisons pas la promotion de la désinhibition. Pourquoi pas le mariage mais l'adoption, c'est avant tout de l'expérimentation sur le vivant.

Mais il en profite aussi pour parler de lui, de sa mère, de sa situation d'enfant surdoué, sa passion de l'apprentissage, le manque du père biologique mort avant sa naissance. Le gout de l'analyse et plus que tout de l'écoute, la recherche des signifiants des discours des parents... Quels enfants étaient les parents ?

Il y a aussi des aveux, celui de la situation de la perte de sa foi et la considération que son travail ne fut qu'une stèle pour son père.



Variation catholique du meme theme


lundi 10 juin 2013

Trouver la bonne distance - Benoit Chantre

Au centre de ce texte de Chantre se pose la question de l’événement ou dit autrement, qu’est ce que la rencontre personnelle ou artistique avec une œuvre ou une personne ?
Quand nous ne fuyons pas la rencontre par superstition (machinisation de l’humain ?), nous sommes toujours à mauvaise distance... Trop proche, trop loin... Ne l’avez vous jamais senti ?
Chantre lit dans l’expérience de Saint Pierre (Matthieu 16, 15) la possibilité historique et nouvelle de vivre cet événement ou bien de la rater fantastiquement. Le venue du Christ fait advenir aussi la possibilité d’un art véritable et de la rencontre véritable. Mais aussi, simultanément, la possibilité de l’art vaniteux et de la venue de l’homme moderne, le maniaco-dépressif. Celui qui ondule entre le trop près et le trop loin et dont Pierre est le précurseur. La solution ? L’annonce de la Foi, l’accueil de l’Esprit Saint et se laisser nommer par son véritable nom ; or cela conduit à la Croix, véritable point pour rencontrer Dieu, l’homme et la révélation. Au fait…. L’’événement sans cesse exprimé par Chantre se résume dans l’incarnation. Ce texte est présent pour nous en faire sentir la révolution 
Détails de l'article


Comparaison entre Jésus et l'œuvre d'art. Les deux nous posent la même question "pour vous qui suis je ?"

Chantre lance : "L’événement est toujours possible...."

Mais qui veut vraiment la rencontre ? La superstition est par définition ce qui nous évite toute rencontre. Les signes nous permettent de fuir la rencontre et Evénement tant redouté. L'artiste est comme le mystique, il va vers la rencontre.

Bref, il nous faut répondre à l'œuvre d'art comme il faut répondre au Christ.

Mais quelle est la bonne distance pour la rencontre ? La perspective nous aide pour l'art, mais sinon, nous sommes toujours trop près ou trop loin des autres. Jésus nous indique la bonne distance.

Chantre interprète l’extrait d’Evangile : proclamer sa foi est se laisser prendre en main par Evénement (St Pierre parlant par l'Esprit Saint, " auquel on peut lier Matthieu 25,31 « Quand es-tu venu, que nous ne t’ayons pas vu") qui dit son propre nom par nous et nous donne notre vrai nom. (Simon-Pierre, et sur cette pierre...)




L'apôtre a entendu la réponse soufflée.
Jésus atteste qu’une transcendance nouvelle est en jeu dans l’intuition de Pierre.
Mais le danger rôde, et nous pouvons toujours être pris par l'obstacle (diabolos) jeté sous nos pieds au moment de répondre à la question de Jésus et de transformer la rencontre en adoration idolâtre.

Entre les deux réponses, il y a une différence grandiose, il y a la réponse soufflée et la réponse enthousiaste ("celle qui se croit inspirée par Dieu" mais qui veut seulement se l'approprier...). C'est ainsi que nous pouvons analyser la modernité. Comme Pierre, nostalgique de la réponse soufflée, elle développe une réponse enthousiaste entraînant une déception d'avoir cru pouvoir nommer l’événement Notre époque devient maniaco-dépressive, toujours plus fortement envahi de rêves prométhéens ou de mélancolie profonde.

L’artiste et le saint ont quitté ce cercle infernal. Ils ont cessé d’aller et venir entre ironie et narcissisme, auto-négation et auto-glorification. Ils ont trouvé le « point indivisible », la distance à partir de laquelle l’événement pourra se dire, l’œuvre se construire


Nécessité de la patience dans la relation aux autres, passer la vague de l’enthousiasme pour éviter les combats de divinité. Pierre se prenant pour Dieu et voulant prendre Jésus à part.
Croix, unique chemin de dialogue entre ciel et terre, de même qu’elle évite toute autodivinification « facile » elle invite finalement au vrai dieu qui se refuse à être obstacle aux hommes. Par la croix, le sujet ne s’exprime jamais seul mais le monde peut apparaître dans une langue nouvelle.
L’art consiste à discerner si c’est nous qui parlons ou si c’est l'événement qui résonne en nous... Si nous ne comprenons pas cela, c’est le chemin de l’orgueil, de l’enthousiasme et de la mélancolie. Méfions nous de nos modèles. Chantre rappelle que Jésus annonce qu’il faut le suivre, non l’imiter. Cela fait de lui un homme différent. Il communique différemment sa divinité. Apres l’annonce de sa divinité, il parle de sa passion et part en retraite et discrétion
Et suivre le Christ, c’est aller vers sa croix. Et c’est le risque (rarement pris) de voir l’oeuvre à bonne distance, car il conduit à la passion. Copier le christ, c’est Kirilov des Démons de Dostoievski. L’artiste imite le retrait du Fils, comme le Fils imite le retrait du père. Encore et toujours, cela permet à l'Evénement de trouver ses mots.
Exemples de Proserpine et Daphné, du Bernin à la galerie Borghese, refusant de devenir qu’un corps ou une image et qui s’échappent aux mains de ceux qui voulait les détenir. Incarnation et retrait.
L’Incarnation est l'Evènement !







vendredi 18 janvier 2013

Freud et Girard, quelques éléments de réflexion

Nous avons tous une connaissance diffuse de Freud... Personnellement, je fus toujours attiré et horrifié par les conséquences de sa pensée. Le sentiment que la psychologie tient la vérité par le petit doigt mais ne l'embrasse pas.
Je voudrais soumettre quelques études ci-dessous. Des fiches de lectures de Scriptoblog (Jeff Carnac beaucoup...) et une critique de Jérémy Marie.

J’ai lu la violence et le sacré, il y a trop longtemps…Je devrais le relire mais entre temps, j’ai trouvé des petits éléments qui me permettent de confronter René Girard et Sigmund Freud. Onfray, mine de rien, sera un des fils directeurs, il permet probablement de voir ce que peut être un extrême inverse de Freud et de concevoir un juste milieu girardien.

Que croire quand nous pensons qu’Œdipe est une victime sacrificielle ? Que faire quand nous prenons au sérieux la phrase de Jésus sur la croix ? « Pardonne leur seigneur, il s ne savent pas ce qu’ils font ». Comment résister quand nous pensons comme Girard dans un texte paru dans géométrie du désir (P218) « La sexualité n’est pas, comme le croyait Freud, le principale ressort de notre existence, mais un miroir qui la reflète en totalité. C’est ce miroir que nous tend le roman contemporain. Et nous y voyons apparaître, de plus en plus nettement, l’échec de l’entreprise prométhéenne. »



Oui, Girard, me semble au tout début de mes recherches ce qui peut libérer l’intuition freudienne, l’épurer, la concrétiser…

Quelques extraits…


Extraits Fiche de lecture d’Onfray, crépuscule des idoles sur scriptoblog

Onfray accuse Freud d’avoir plongé l’esprit occidental dans un rapport magique au monde. Sa philosophie est caractérisée par une dénégation inconsciente du corps, dont le primat accordé au psychisme n’est que le masque. Ce déni du corps traduit, en profondeur, un refus de l’incertitude, une volonté obstinée de ne pas concéder à l’humain sa part de mystère : l’inconscient freudien est une pure abstraction, qui se révèle par des phénomènes que l’existence de cette abstraction permet de relier arbitrairement. Le discours freudien est donc celui d’une reconstitution artificielle d’un monde parallèle, où le pouvoir du mage transcende les limites de la connaissance humaine. C’est une pensée magique, et, plus grave, c’est le point de départ d’un univers sectaire : le monde freudien, déconnecté du réel, fournit en réalité un placebo à des malades eux-mêmes atteints d’une semblable déconnexion. Le psychanalyste ne guérit pas, il cautionne la maladie, il la rend acceptable par son patient. Fondamentalement, c’est de la magie noire.

Cette magie, explique Onfray, est dangereuse parce qu’elle repose sur un ensemble de mythes agissants. Si vous vivez dans un monde où l’on vous dit que tout est sexe, au bout d’un moment, dans votre esprit, tout sera effectivement sexe (surtout si ce discours vous libère d’un puritanisme étouffant). Si vous vivez dans un monde où l’on analyse toute relation comme perverse, alors toute relation deviendra effectivement perverse (surtout si vous vivez dans un monde dont les structures socio-économiques sont réellement perverses). Et si en plus, vous vivez dans un monde où les tenants des thèses en question pratiquent l’intimidation à l’égard de quiconque ne partage pas leurs certitudes, vos réflexes d’obédience viendront renforcer l’impact pathogène du discours sectaire dans lequel votre société est enfermée. Ne perdons pas de vue qu’à travers le Comité Secret de la Société psychologique et ses ramifications à travers toute l’Europe, la psychanalyse s’est, très tôt, organisée comme une franc-maçonnerie particulièrement sectaire, dont les affidés chassaient en meute – d’où la dictature intellectuelle des milieux freudiens dans les intelligentsias.

Sous cet angle, on sort de la lecture d’Onfray avec en tête une hypothèse : Freud se rattache peut-être à la catégorie des faiseurs « d’horribles miracles », pour parler comme René Girard – il crée une peste, la répand dans la société en jouant sur les mimétismes, et se vante ensuite de pouvoir guérir du mal qu’il a lui-même créé. C’est en effet ainsi, explique Girard dans « Je vois Satan tomber comme l’éclair », que procédaient les thaumaturges du paganisme tardif – dans les catégories chrétiennes, Freud serait donc un faux prophète, un antéchrist.



Extrait fiche La route antique des hommes pervers de Girard par Scriptoblog

Comment s’est déroulée la chute de l’idole Job ? Girard résume sa théorie mimétique : l’idole a été ce que les idolâtres avaient envie d’être, par admiration, et ils sont entrés en concurrence dans l’admiration ; pendant longtemps, ils ont vénéré l’idole pour être elle par délégation, et ils se sont détestés parce qu’ils se faisaient concurrence ; puis, à la première erreur, ils ont fait chuter l’idole pour être elle à la place d’elle, et se sont réconciliés dans son sacrifice. Ainsi, l’instinct de mort et l’instinct de plaisir, le thanatos et l’éros, ont la même origine. Le péché d’idolâtrie ne s’est donc pas « sublimé », au sens de Freud, mais bel et bien confondu avec la pulsion de mort. Girard, à sa manière, rejoint la remarque de Jung sur le « mariage avec l’ombre » - Girard, lui, parle d’un « orgasme naturel de la violence », qui constitue « la première des techniques et leur mère à toutes, la technique du bouc émissaire ».

Extrait fiche Violence et sacré de Girard par Scriptoblog

La fin de « La violence et le sacré » est consacrée à une critique du freudisme. Pour Girard, Freud, par son pansexualisme, s’est dissimulé à lui-même le caractère mimétique du lien père/fils, pour centrer l’ensemble de la psychanalyse sur le complexe d’Œdipe. Girard répond : le fils veut être le père à la place du père, et désirer ce que désire le père ; et la mère, au final, n’est dans cette relation principale fondatrice qu’un objet de désir parmi d’autres. Et le fils ne peut pas avoir conscience, dans la petite enfance, du fait que cette identité de désir fonde une rivalité. Ainsi, fonder l’ensemble de la psychanalyse, comme le fait Freud, sur la seule question du désir incestueux revient à mettre en avant un élément parmi d’autres, qui, dans la psyché, ne se distingue au départ en rien des autres. Et Girard de conclure qu’il faut désormais construire une autre psychanalyse : celle des rivalités mimétiques, au sens large, au sein desquelles le complexe d’Œdipe n’est qu’un des éléments structurants, parmi d’autres – une psychanalyse, aussi, qui restituera le désir possessif fils/mère au sein d’un autre désir, mimétique celui-là : fils/père. Une psychanalyse, enfin, qui permettra, en comprenant à quoi servent les interdits, de sortir de la conception issue du freudisme, conception selon laquelle la dissolution de la violence passe par la dissolution des interdits – alors que, explique Girard, c’est exactement le contraire.

Encore une fois, il est impossible ici d’entrer dans le détail de l’exposé final de René Girard. Le texte est si dense qu’il faudrait le recopier, on ne peut pas le synthétiser sans le trahir. Et comme il est fort long, on ne le citera pas. On incitera plutôt le lecteur de cette courte note à se reporter à l’ouvrage source, en se souvenant que l’enjeu réel du travail de Girard est énorme : il s’agit de libérer la religion du Fils de l’emprise perverse exercée par la religion de la Mère.



Œdipe mimétique de Mark Anspach vu par Jérémy Marie tel que je l’ai trouvé sur Amazon

Voilà un subtil ouvrage. Claude Tresmontant disait "La clarté est l'honneur de l'intelligence" et ce livre remplit cette maxime à la lettre, à la manière d'un décryptage policier du mythe oedipien. Plus qu'une analyse ou une synthèse brillante qui en finit une bonne fois pour toutes avec le complexe de Freud, il s'agit-là d'une vraie composition qui prend tout son sens à la fin.
Le lecteur gravit les échelons - Girard accompagne et Anspach assure la montée. Il va plus loin que Girard dans le domaine du complexe dit "oedipien". Tout d'abord, quelques précisions nécessaires : Girard n'a jamais voulu faire de la théorie mimétique un "système" :
"Loin d'être encyclopédique au sens de Hegel, Marx et autres constructeurs de système du XIXe siècle, ma thèse déconstruit la culture humaine, en un sens plus radical que celui des déconstructions linguistiques."

Le problème oedipien, dans ce cas de figure, va beaucoup plus loin que d'apparents petits problèmes universels humains. Anspach rappelle Cuddily qui "soutient que tout le discours psychanalytique sur le refoulement des pulsions cachées peut être lu comme une sorte d'allégorie de l'expérience du juif contraint à déguiser son identité s'il veut "passer" dans le monde des "manières" chrétiennes"
Il y a de fait de superbes intuitions sur le "ça" ; au cri de "sale juif !", Freud répond "sale chrétien !"
Oedipe et Judas sont une seule et même personne, ici.

"En postulant l'universalité du complexe d'Oedipe, Freud a rendu universel le rôle du bouc émissaire, faisant des juifs et des chrétiens à la fois des parricide incestueux."

Il y a le livre de Onfray et il y a le livre de Anspach. Il y a la critique de Freud qui entend retourner au panthéisme grec sans le (sa)voir et il y a l'Oedipe mimétique. D'un côté, ceux qui cassent un mythe pour en secréter d'autres sans s'en rendre compte, possédés par un athéisme littéraire ; de l'autre, ceux qui en comprennent la substance pour en corriger les vilaines bêtes.
Lisez les deux et choisissez... en "conscience".

Pour la bonne bouche....
Freud, Jung et Girard sur Scriptoblog encore...

lundi 1 octobre 2012

Conversations avec Jean Clair

Trouvé grâce au site du néo-conservateur, une série de cinq émissions consacré à Jean Clair proposées par France culture et Virgine Bloch-Lainé. Célèbre directeur d'exposition, polémiste et fonctionnaire du monde de l'art et des musées, je suis curieux de ses livres et des ses pensées, j'ai écouté avec intérêt ces émissions que je souhaite partager avec quelques résumés, illustrations et commentaires pour chaque partie. Malgré sa profonde mélancolie, je crois cet homme capable de nous éclairer sur l'art et notre époque. Après deux heures et demi d'émission, malgré la distance qu'il cherche à mettre avec nous, j'ai pu sentir une grande empathie, une certaine admiration pour lui, tout comme un doute sur sa "théologie" personnelle



Partie 1 L’introverti créatif




Un psychologue pour enfant l’avait défini comme le type même de l’introvertie créatif à 6 ans. Né en 40 à Paris de parents paysans ayant quitté leur régions, jeunesse à Pantin, père du Morvan (pays pauvre et socialiste) et mère de la Mayenne (chouanne, pays de bocage). Milieu n’ayant pas changé depuis le moyen âge. Il grandit dans une famille d’immigré intérieure, victimes solitaires de l’injustice sociale de l’époque. Il est né à l’époque de Montoire… Dans une France entre deux options inconciliables, signe déjà de la mélancolie. Modestie de classe, et géographique. Silence omniprésent. Les gens simples ont des mots simples ou ne les ont pas. Parler était une façon de sortir de son milieu. Les parleurs était les paresseux et les frivoles, cela lui a été confirmé par la fréquentation des milieux mondains. Souvenir de vacances dans les fermes, temps merveilleux et heureux. Vie inchangé depuis le moyen Age, animaux, lampe à pétrole, eau… La petite fadette.
Très bon élève avec ambition sociale. Ne rien posséder lui a donné une grande liberté. Pas d’héritage, rien. Tout était possible. Les parents n’imposent rien, n’avait aucune objection. Importance des lycées fréquentés, Lycée Decour et ses camarades fils d’émigrés juifs russes, polonais. Eux aussi avaient une envie de réussir, Ils furent les modèles pour lui d’éducation dans l’amour de la science et des livres, et d'une structure intellectuelle et morale forte. Amitié immédiate qui a perduré. Mais il est viré pour un poème méchant sur un prof de français. La raison ? Ce prof adorait Voltaire et méprisait Rousseau…
Au lycée Carnot, il retrouve les enfants de pétainiste. Cela s’est mal passé. Et l’a poussé ainsi à devenir communiste. (Période de la guerre d’Algérie.)
Vient la période : « Qu’est ce que je vais faire ? » Hypokagne à Henri IV, climat de forçage systématique, discipline, rivalité. Il part à la Sorbonne. Il quitte la littérature (pas envie d’être prof). Philo et histoire des arts. Il rencontre des professeurs magnifiques, André ChastelJean Grenier dont il aimait la profusion et l’eclectisme. Il n’aimait pas Barthes, star de la Sorbonne à l’époque.
Qu’aimait il déjà dans l’art? Plutôt contemporain. Giacometti, Zao Wou ki, Paul Klee. 1959, coup de foudre avec Balthus. Orientation vers cette famille spirituelle (Pierre Jean Jouve), mais effrayé par le structuralisme étouffant. Il part ensuite au musée Fogg de Harvard 1966 grâce à une bourse et à la perspective des poussières et de la vieillerie du monde des conservatoires de musée de France. Découverte de l’enseignement nouveau. Histoire de l’art orienté vers la politique et la philosophie. Ouverture ver le contemporain. Devenu très pro américain en rentrant.
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On peut regretter l’absence d’explication supplémentaire pour expliquer comment ce fils de paysan, titi parisien devient amoureux de la science et des arts.  Mais portrait d’enfance et de jeunesse touchant . On distingue un caractère orgueilleux, ambitieux, un personnalité brillante et sombre à la fois, libre et cherchant le lieu de son bonheur.



2nde partie Le conservateur de musée



Après les USA, il évite le service militaire et a le privilège d'aller au Canada comme conservateur de musée à Ottawa et Montréal.  Là-bas, Prise de Conscience de l’héritage français (et même de l’ouest français de sa mère dont sont originaires les québéquois). Arme contre l’expansion américaine. Trésor de la langue redécouvert. Il Relativise la force américaine. (La frontière existe, grande leçon selon lui.) Dégrisé des USA. Retour à Paris après 68 dont il fut enthousiaste et méfiant.  Le principal changement ? Les gens parlait, osait prendre la parole partout, opposition à l’autorité quelque bonté qu’elle eut.

Il retourne aux musées. Il en est encore dégoûté et  prend congé pour faire des critiques d’art dans les milieux d’avant garde. (« l’art vivant ») avant-garde général peinture, musique, ("Glass était fascinant"). Il a écrit sur Buren, Boltanski (admiration), Viallat. Après, il eut toujours un doute à propos des média (importance à des choses qui n’ont aucune, mise en valeur des performances et du premier trash) lutte entre l’éphémère et ce qui dure.
77, le Centre Pompidou ouvre, il est commissaire de l’exposition inauguratrice. « Œuvre de Marcel Duchamp ». Rebours des idées courantes, Duchamp : prêtre du non-art ? Non,  mais admiration pour l’homme, il a compris que l’art est terminé, il en retire les conséquences. Tout ce qui est représentable échappait à la visibilité. (Perspectives, projectivité, géométrie pluridimensionnelle de Poincaré) Le corps ? Anatomie battue par la technologie). La mariée mise à nue (12 ans de travail, incompatibilité avec le mythe du prophète de l’art instantané. Il est proche de Leonard de Vinci dont il se réclamait, expérimentation incroyable) Personnage fascinant. Loin du pop art et des dadaïstes. Incompréhensions du public à l’exposition. Déjà vu comme réac ? Non, plus tard. Exemple  Exposition sur le réalisme entre les deux guerres, il soutient la thèse que ce fut une période non pas dominée par l’abstraction mais dominé par retour au classicisme et au portrait.
Dans ces pays existait une recherche esthétique classique. Felice Casorati, de Chirico. Même sous la dictature allemande, ilot important du figuratif non hitlérien. Clair évoque le monde artistique enclin au progressisme et voyant un lien entre figuratif et « heures les plus sombres de l’Europe », il peut se sentir alors réactionnaire car nostalgie pour un art présenté comme dépassé.


 


A partir de 1980, il est conservateur du musée Picasso. Pourtant jamais enthousiasmé par cet artiste, admiration mais pas d’amour. Personnage inépuisable. Pas d’affection comme pour Balthus ou Bonnard. Picasso lui fut un bon outil pour sortir des mythes artistiques et de toutes ces idées modernistes. Clair évoque ses amitiés  pour les peintres, Lucian Freud et  Bacon mais surtout Zoran Muzic. Il remarque que les peintres, gens de solitude, sont souvent des esprits très cultivés et prêt à la conversation.
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Grâce à l’interview nous commençons à plonger dans l’Histoire de l’art, nous découvrons en quoi, selon Clair, elle est le reflet de l’histoire de l’esprit.  Son portrait de 68 comme une prise de pouvoir par le verbe est intéressante. Prise de pouvoir dont il a aussi bien profité qu’il s’en est plaint. Nous découvrons un homme aux expositions originales souhaitant remettre en cause certains faits établis, se moquant du fatalisme progressiste. Recherchant malgré tout, partout ce qui a l’ambition de durer ou de rencontrer l’essentiel. En nous parlant de Duchamp (héritier dépressif de Leonard de Vinci ?), il pose le problème de l’art contemporain, son impuissance et le risque de sa vanité malgré les merveilles qui ont encore grâce à ses yeux.





3eme partie La modernité


Polémiste, Jean Clair semble aimer et critiquer la modernité. Baudelaire créa le terme, et fut critique aussi. Mot vient de modus, la mode… éphémère, séduisant mais insupportable plus tard. Il existe donc des modernités, certaines éphémères, d’autres frivoles qui vise l’entertainment. La part d’éternité est compliquée à trouver. Ici et maintenant, nous avons atteint la phase ultime du mariage de l’art et du marketing. C’est un marché, plus la valeur est élèvée plus c’est nul  (Versailles) et avec des prix extravagants, (3 galeries, 2 salles de vents, quelques artistes et une dizaine d’oligarque). C'est une bascule dans l’investissement spéculatif depuis 10 ans. On accrédite la nullité actuelle en disant qu’elle est héritière de l'histoire de l'art par un Hegel détourné. Hirst et Koons héritiers de Monnet car c'est la marche de l’histoire ?????

Modernité, c’est aussi la morale du joujou. L’enfant casse le jouet en pensant trouver l’âme. Il ne trouve rien et ne reste que la tristesse. C’est l’attitude contemporaine vis-à-vis de l’art mais maintenant c’est l’artiste qui casse, et le cassage qui fait œuvre. (ex : Tinguely, machine autodétruisante) Clair analyse la phrase de Duchamps « bête comme un peintre ». En voulant adapter ses nouvelles recherches scientifiques, le peintre se trouve bête par rapport au monde des possibles scientifiques. Avant ils avaient tout le pouvoir de comprendre et représenter le monde. Leonardo comme modèle pur. Maintenant seulement un saltimbanque.

Clair fut aussi le commissaire de l’exposition "Vienne, l’apocalypse joyeuse". Encore à contre courant. Il distingue de cette ville la naissance d’une certaine modernité européenne, une « Lotharingie spirituelle ». Freud, Schonberg, Loos, Otto Wagner, Musil, Wittgentsein (et même 2 aquarelles d’Hitler en deux convois blindés). Là fût la vraie modernité. Lieu de l’antisémitisme et berceau de démarches et destins intellectuels les plus étonnants. Succès. Après, procès d'intention car la modernité était mise en lien avec la décadence. Vienne dansait au bord du précipice et critiquait la modernité. Elle mettait en garde contre la positivité du progressisme, Freud, Klimt, Loos (retour à un ancien temps) Modernité critique d’elle-même.
A propos de la beauté convulsive de Breton ? Elle le scandalise. Elle prend racine dans le monde de la pathologie et des hôpitaux psychiatriques. Breton devait le savoir. Tirer à soit, l’image de belles convulsées pour créer un esthétisme pour tirer l’homme des limites de la raison…. Contestable isnt’it. Fascination pour l’hors norme, la démesure le monstrueux. Folie comme transe  pour atteindre des royaumes que le commun des mortels ne peut atteindre, romantisation de la souffrance humaine. Source dans Sade, Bataille, Chez Deleuze et Guatari, le modèle de l’homme moderne est le schizophrène, possédant la vérité et le savoir, il l’opposerait au parano, le fasciste. Schizo, l’homme de demain.  On arrive à l’art contemporain comme bocal fécal ? Sang sperme, humeur du corps.
Muzic rappelle que dans les camps nazis, ils étaient environnés de l’odeur horrible. Première photo des camps, femme se cachant le visage par foulard. Pas pour pleurer ou éviter la vue mais d’abord pour l’odeur. Or dans une peinture de la fin du moyen âge, de Duccio, une se personne se couvre le visage devant Lazare. Anne dit, il pue depuis 4 jours. C’est significatif, de notre temps. Aujourd’hui, on ne représente plus Lazare et les gens se protégeant, on sort le cadavre  et on respire l’odeur avec délectation. Clair voit une chute entre Duccio et aujourd’hui. Maintenant Clair supporte le qualificatif de réactionnaire car il se trouve en bonne compagnie, notamment celle de Philippe Muray, dans la société en déroute où ses progrès se transforment en plaie d’Egypte. Le réactionnaire, c’est l’être courageux, qui a la volonté de réagir à une situation intenable. Indignation cela s’éteint. Réaction, c’est réagir, et s’engager avec permanence. L’urgence c’est de conserver ce que l’on peut du monde …


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Il eut beau aimé la modernité, Clair indique qu’il préfère encore ce qui dure à la modernité. Ce qu’il voit dans la modernité actuelle ? Du lucre et de l’avidité, de l’autodestruction enfantine, de la folie reconsidérée comme art et de la fascination pour les créations-secrétions du corps. Il analyse ce dernier point par un tableau de Duccio parlant de la mort et de la puanteur de Lazare. Ici, nous voyons bien combien pour Clair, l’histoire de l’art est l’histoire de l’esprit. Fasciné par le corps de Lazare, la modernité ne voit pas le geste ancien et légitime de se cacher le nez. Il diagnostique une société en décadence. Il se rappelle pourtant de cette Vienne perdu, symbole d’une modernité capable d’autocritique et sachant s’inspirer du passé et faire de grandes découvertes.



4ème partie la psychanalyse


Première expérience quand ses colères de jeune adolescent le conduisent chez la psychanalyste. A l’origine, c’était une nécessité. C’est désormais un défenseur de la psychanalyse.  Cette science a plus de 100 ans, elle fait preuve de défauts, c’est normal. Alors enfant ombrageux, cette femme a compris qu’il fallait lui rendre une vie sociale heureuse. Quand il a commencé à 15 ans, il a compris l’intérêt de la démarche pour cette possibilité d’un flux des mots. Il a lu Freud très tôt parallèlement. Selon lui, la psychanalyse est la dernière morale qu’on peut donner à une société en décomposition. La religion a failli, les idéaux politiques son en péril. La démarche rigoureuse et morale de Freud devrait être reconsidérée. Morale rigoureuse et austère et en porte à faux avec le libertinage. Morale, car l’homme est livrée à ses pulsions, et si il s’y abandonne il entraîne lui et sa société dans la catastrophe. On apprend à canaliser la libido pour des idéaux sociaux. Fonds judaïques aussi qu’on ne veut voir. Beaucoup de codes à appliquer.

Judaïsme et psychanalyse… Première école était très juive. C'est une science juive probablement. Elle va à l’encontre des totalitarismes car forcément analytique.
Psychologie, grille d’analyse pour l’art ? Freud s’est trompé là-dedans. Il n’était pas un visuel, un homme des mots. Contrairement à Charcot, fondant sa théorie sur l’analyse des poses des corps des malades et collectionneur d’art. Il est méfiant. La  psychologie décrit bien l’horreur mais rien sur la beauté. A ce propos, il a médité sur Méduse et Persée.  En effet, Persée tue la méduse (l’horreur, la violence, le chaos pétrifiant (lien avec la femme de Loth)) par l’intermédiaire du miroir, ce miroir, ce reflet est l’art. Il en conclut que l’image n’est jamais innocente, la représentation est du coté de la mort. Ce fait est oublié dans notre civilisation, comme pour les pulsions. L’art est un artifice comme Persée, il faut la contempler avec attention et courage

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Son analyse de Méduse est passionnante, l'art comme ce qui peut nous permettre de saisir la violence et le chaos de l'homme. Sinon la pétrification viendrait. Ce n'est pas limitatif heureusement. 
Je découvre dans cette partie la passion psychologique de Jean Clair et suis surpris. Passion, on pourrait presque dire religion, tant on comprend qu'il pense que c'est (presque) l'unique voie de salut de la société occidentale, l'analyse du moi par moi-même... Puis je douter ? Il y voit notamment la vertu de se méfier de ses pulsions. Je ne l'avais jamais vu ainsi. Mais comme il le souligne aussi, Freud ne peut pas saisir la beauté. Pour un couillon de chrétien comme moi, cette phrase est très éclairante. 


5eme partie La mélancolie


Jean Clair avoue sa mélancolie pour lequel  il a réalisé une  exposition en 2005. La mélancolie (qui est comme la méduse), c’est bipolaire, cela peut mener au suicide, c’est dure, mortelle, on l’appelle aujourd’hui psychose maniaco-dépressive souvent avec des phases d’abattement profond et phases d’excitation extrême.
On imagine la douce mélancolie du passé du XVIIIe  la rêverie complaisante d’Hugo, la mélancolie, le secret plaisir d’être triste, de goûter les sensations de la vie.
Sa description a été faite dès le Ve siècle avant JC (Aristote, Gallien) très proche de nos médecins actuels. Les Antiques savaient qu’on pouvait soigner avec des concoctions pour déprimés. Pour les grecs, c’était liée avec une capacité personnelle au dessus de la moyenne. (Aristote, autres poètes, philosophes et politiques.) Il y a un lien avec le génie ! C’est une source féconde de notre culture occidentale. La tête pèse lourd depuis -500 ans avant JC. Hasard incroyable et impossible entre la représentation de cette mélancolie .


Peut-on les guérir ? Les inviter au retour à la normalité pour les rendre efficaces ? Avant, la mélancolie était le prix à payer des connaissances supérieures. Mélancolie, c’est comprendre la mort dans la vie,  conscience aiguë des limitations de la vie. Certains siècles ont aimés.  Aujourd’hui non. Dommage.
Clair développe plus loin le fait qu’il y ait moins de portrait au XXe. Non, c’est l’impossibilité d’en faire un. Ça existe (Bacon, Freud, Picasso mais portraits très singuliers…) Ou avant, des types, des statures, des offices. Le portrait contemporain est un portrait mélancolique. (borderline, Van Gogh, Kokoschka) Ne se rapporte à aucun office, dépouillement et désarroi.
Clair termine par une analyse du tableau « le passage du commerce Saint André » de Balthus. Inquiétant. Banal. Sauf, indice dans l’agneau. D’abord parce que c’est l’endroit même où la guillotine a été essayé la première fois. Et elle avait été testée sur un agneau. Nous sommes à un point cardinal de la révolution. Le Café le procope n’est pas loin. Marat, Danton se promenait ici. Et a coté le charpentier créateur de clavecins qui inventa la guillotine (Diderot et sa comparaison du clavecin en homme), forme de la guillotine au fond… (je ne l’ai pas vu, moi…)

A 22 ans, Il a changé de nom en hommage à René Clair, Gerard Regniez ne transportait pas de pays ni de langue…  Besoin de se cacher, de dénoncer le soir ce qu'il faisait la journée. Pourtant le nom est intéressant, flamand.
Il parle ensuite de l’importance de l’horreur des camps, l’immatriculation. Muzic. Questionnement sur la culture, la morale. (ex guerre du Péloponnèse, les grecs travaillent dans les mines de Sicile pour les spartiates. Sur les 5000 athéniens, furent sauvés seulement ceux qui étaient capable de réciter Euripide parfaitement, marque de reconnaissance et de sociabilité suprême).
Quel est son espérance ? Se lever le matin et écrire. « Je n’ai plus rien de social à tenir… Heureusement. »
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Nous terminons cette rencontre avec cet homme ayant traversé toute la seconde partie du XXe siècle, l’a accompagné, réfléchit, admiré et est maintenant horrifié. Nos découvrons un homme enveloppé dans la mélancolie et certainement la dépression, nous comprenons ses cauchemars, sa capacité d’analyse. On trouve un homme misanthrope, intelligent sans plus aucune espérance (sauf l’art et l’écriture). C’est un homme en pleine acédie, considérée par l’Eglise catholique comme l’un des sept péchés capitaux. Elle est lié à la capacité de prendre de la distance et à réfléchir, ce n’est donc pas un hasard si elle fut associée aux génies artistiques et aux politiciens. Mais son absence d’espérance dans la vie humaine, son stoïcisme mélancolique et anti soixante-huitard en font un homme de l’antiquité avec ses très grandes qualités et son désespoir.
Je suis très heureux d’avoir écouté cette émission qui m’a permis de rencontrer un honnête homme sombre, dont on voit les gouffres et qui nous aide aussi à voir ceux de notre époque. Il m’a permis une compréhension plus générale de l’art et à m’intéresser à des artistes que je ne connaissais pas. Il s’éloigne de cette tendance naïve de l’art pour l’art ou du culturel, mais nous montre le danger, le besoin, la nécessité de l’art. En quoi aussi il est le reflet de l’histoires des idées et des fois.
Je lui sais gré de m’avoir fait découvrir le tableau ci-dessus de Balthus. La violence est là tranquille, l’agneau se promène. L’horreur et la tranquillité, un peu de vie humaine. Cette histoire d’agneau pour tester la guillotine... Aucun scénariste girardien n’aurait essayé de peur d’en faire trop… Incroyable.