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lundi 7 octobre 2013

Le scandale du pere Brown - Chesterton

Comme l'année dernière, je loue les lectures de vacances...

Surtout quand la légèreté s’unit avec la profondeur.
J'ai lu avec un bonheur fou les enquêtes du père Brown dans le recueil  : Le scandale du père Brown.
Voici de très courtes réactions et quelques commentaires.
A noter, le gout du pape pour Chesterton...



Le scandale du père Brown

Le père Brown aurait permis une évasion libertine d'une star ? Le journaliste puritain publie ! ...sans remarquer que celui-ci permettait à un couple marié de se retrouver... Idéalisation et fascination du péché peuvent se rejoindre.

L'homme éclair
Où le riche commercial tue l'honnête homme
Mais où avant il y eu une querelle virile mais correcte avec le musulman et une disputatio sur l'alcool. (Ôde au cherry brandy...)

Le livre maudit
Le spécialiste obnubilé par sa lucidité et son jugement peut se faire piéger par sa méconnaissance de son voisin de tous les jours.

L'homme vert
La noyade du marin, signe de l'escroquerie du comptable.
Deuil et ruine permettant à la jolie jeune femme de reconnaître l'honnête homme romanesque et l'ambitieux pragmatique.

La poursuite de mr Bleu
Où comment reconnaître un faux d'un beau témoignage et le curieux mimétisme entre la victime et le meurtrier. Terrible indifférenciation.

Le crime du communiste
L'hérésie est partout dans l'université. La plus évidente est le communisme mais le darwinisme libéral s'infiltre comme un serpent.

La piqûre d'épingle
Où nous découvrons la proximité entre la maison et la tombe.

L'insoluble problème
Où une mort naturelle déguisée en meurtre tente d'éloigner nos enquêteurs du véritable crime. Profanation d'un corps mort contre reliques glorieuses.
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Cette dernière nouvelle du dernier est à mettre en parallèle avec la toute première nouvelle du Père Brown, La croix bleu. Si la première lui permettait de séquestrer le dangereux voleur français Flambeau. La dernière consacre ce Flambeau devenu ami du Père Brown arrêtant le grand voleur anglais, Tiger Tyrone.

La première enquête sauve du voleur une croix bleue, la seconde sauve les reliques ornés de bijoux de la Martyre Sainte Dorothée et se termine par une méditation sur  la communion des saints que représente la procession où les a amené l'enquête et surtout sur l'adoration eucharistique, solution du problème insoluble de nos enquêteurs et pour nous tous. De la vénération de la raison et de la croix au mystère de l'Eucharistie. Tel est le chemin des enquêtes du père Brown auquel Chesterton nous convie pour cette œuvre de divertissement apologétique flamboyante. De l’idolâtrie du corps mort cachant son véritable mépris à son invitation à la vie éternelle... Cette dernière enquête est fascinante

He raised his eyes and saw through the veil of incense smoke and of twinkling lights that Benediction was drawing to its end while the procession waited. The sense of accumulated riches of time and tradition pressed past him like a crowd moving in rank after rank, through unending centuries; and high above them all, like a garland of unfading flames, like the sun of our mortal midnight, the great monstrance blazed against the darkness of the vaulted shadows, as it blazed against the black enigma of the universe. For some are convinced that this enigma also is an Insoluble Problem. And others have equal certitude that it has but one solution.




A noter
Dans l'homme éclair
L'enquête policière parle du mystère de l'unicité de chaque homme. Tout crime a de l'importance. Justification mystique et anti-sacrificielle de la police...

You seem very keen on this,' said the Inspector, a little puzzled. The priest looked puzzled also, as if at his own thoughts; he sat with knotted brow and then said abruptly: 'You see, it's so easy to be misunderstood. All men matter. You matter. I matter. It's the hardest thing in theology to believe.' The Inspector stared at him without comprehension; but he proceeded. 'We matter to God - God only knows why. But that's the only possible justification of the existence of policemen.' The policeman did not seem enlightened as to his own cosmic justification. 'Don't you see, the law really is right in a way, after all. If all men matter, all murders matter. That which He has so mysteriously created, we must not suffer to be mysteriously destroyed. But - ' He said the last word sharply, like one taking a new step in decision. 'But, when once I step off that mystical level of equality, I don't see that most of your important murders are particularly important. You are always telling me that this case and that is important. As a plain, practical man of the world, I must realize that it is the Prime Minister who has been murdered. As a plain, practical man of the world, I don't think that the Prime Minister matters at all. As a mere matter of human importance, I should say he hardly exists at all. Do you suppose if he and the other public men were shot dead tomorrow, there wouldn't be other people to stand up and say that every avenue was being explored, or that the Government had the matter under the gravest consideration? The masters of the modern world don't matter. Even the real masters don't matter much. Hardly anybody you ever read about in a newspaper matters at all.'




lundi 10 juin 2013

Trouver la bonne distance - Benoit Chantre

Au centre de ce texte de Chantre se pose la question de l’événement ou dit autrement, qu’est ce que la rencontre personnelle ou artistique avec une œuvre ou une personne ?
Quand nous ne fuyons pas la rencontre par superstition (machinisation de l’humain ?), nous sommes toujours à mauvaise distance... Trop proche, trop loin... Ne l’avez vous jamais senti ?
Chantre lit dans l’expérience de Saint Pierre (Matthieu 16, 15) la possibilité historique et nouvelle de vivre cet événement ou bien de la rater fantastiquement. Le venue du Christ fait advenir aussi la possibilité d’un art véritable et de la rencontre véritable. Mais aussi, simultanément, la possibilité de l’art vaniteux et de la venue de l’homme moderne, le maniaco-dépressif. Celui qui ondule entre le trop près et le trop loin et dont Pierre est le précurseur. La solution ? L’annonce de la Foi, l’accueil de l’Esprit Saint et se laisser nommer par son véritable nom ; or cela conduit à la Croix, véritable point pour rencontrer Dieu, l’homme et la révélation. Au fait…. L’’événement sans cesse exprimé par Chantre se résume dans l’incarnation. Ce texte est présent pour nous en faire sentir la révolution 
Détails de l'article


Comparaison entre Jésus et l'œuvre d'art. Les deux nous posent la même question "pour vous qui suis je ?"

Chantre lance : "L’événement est toujours possible...."

Mais qui veut vraiment la rencontre ? La superstition est par définition ce qui nous évite toute rencontre. Les signes nous permettent de fuir la rencontre et Evénement tant redouté. L'artiste est comme le mystique, il va vers la rencontre.

Bref, il nous faut répondre à l'œuvre d'art comme il faut répondre au Christ.

Mais quelle est la bonne distance pour la rencontre ? La perspective nous aide pour l'art, mais sinon, nous sommes toujours trop près ou trop loin des autres. Jésus nous indique la bonne distance.

Chantre interprète l’extrait d’Evangile : proclamer sa foi est se laisser prendre en main par Evénement (St Pierre parlant par l'Esprit Saint, " auquel on peut lier Matthieu 25,31 « Quand es-tu venu, que nous ne t’ayons pas vu") qui dit son propre nom par nous et nous donne notre vrai nom. (Simon-Pierre, et sur cette pierre...)




L'apôtre a entendu la réponse soufflée.
Jésus atteste qu’une transcendance nouvelle est en jeu dans l’intuition de Pierre.
Mais le danger rôde, et nous pouvons toujours être pris par l'obstacle (diabolos) jeté sous nos pieds au moment de répondre à la question de Jésus et de transformer la rencontre en adoration idolâtre.

Entre les deux réponses, il y a une différence grandiose, il y a la réponse soufflée et la réponse enthousiaste ("celle qui se croit inspirée par Dieu" mais qui veut seulement se l'approprier...). C'est ainsi que nous pouvons analyser la modernité. Comme Pierre, nostalgique de la réponse soufflée, elle développe une réponse enthousiaste entraînant une déception d'avoir cru pouvoir nommer l’événement Notre époque devient maniaco-dépressive, toujours plus fortement envahi de rêves prométhéens ou de mélancolie profonde.

L’artiste et le saint ont quitté ce cercle infernal. Ils ont cessé d’aller et venir entre ironie et narcissisme, auto-négation et auto-glorification. Ils ont trouvé le « point indivisible », la distance à partir de laquelle l’événement pourra se dire, l’œuvre se construire


Nécessité de la patience dans la relation aux autres, passer la vague de l’enthousiasme pour éviter les combats de divinité. Pierre se prenant pour Dieu et voulant prendre Jésus à part.
Croix, unique chemin de dialogue entre ciel et terre, de même qu’elle évite toute autodivinification « facile » elle invite finalement au vrai dieu qui se refuse à être obstacle aux hommes. Par la croix, le sujet ne s’exprime jamais seul mais le monde peut apparaître dans une langue nouvelle.
L’art consiste à discerner si c’est nous qui parlons ou si c’est l'événement qui résonne en nous... Si nous ne comprenons pas cela, c’est le chemin de l’orgueil, de l’enthousiasme et de la mélancolie. Méfions nous de nos modèles. Chantre rappelle que Jésus annonce qu’il faut le suivre, non l’imiter. Cela fait de lui un homme différent. Il communique différemment sa divinité. Apres l’annonce de sa divinité, il parle de sa passion et part en retraite et discrétion
Et suivre le Christ, c’est aller vers sa croix. Et c’est le risque (rarement pris) de voir l’oeuvre à bonne distance, car il conduit à la passion. Copier le christ, c’est Kirilov des Démons de Dostoievski. L’artiste imite le retrait du Fils, comme le Fils imite le retrait du père. Encore et toujours, cela permet à l'Evénement de trouver ses mots.
Exemples de Proserpine et Daphné, du Bernin à la galerie Borghese, refusant de devenir qu’un corps ou une image et qui s’échappent aux mains de ceux qui voulait les détenir. Incarnation et retrait.
L’Incarnation est l'Evènement !