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lundi 16 décembre 2013

Benoit Chantre et les arts de la paix


J'aime beaucoup cette video de Benoit Chantre, il a tenu ce discours lors d'un symposium au collège de France organisé par Marc Fumaroli. Vous pourrez bien sur voir le lien de cette vidéo avec cette note précédente.

Dans cette vidéo, il tente de montrer en quoi l'année 1806 peut être le symbole d'une brisure historique et intellectuelle. La fin de la guerre en dentelles aristocratiques et d'ancienne tradition. La guerre était réservée à l'aristocratie qui en prenait les risques et permettaient de contenir la violence de la guerre dans des limites liturgiques et rituelles très claires. Le roi faisait partie de cette mystique, le monde de la culture pouvait le reconnaître comme le prince de la paix.
1806, c'est la victoire de Iena de Napoléon, et la victoire de la guerre totale sous la sidération du monde des lettres. Chantre voit deux prophètes, deux thuriféraires et deux contre-feux de ce terrible changement.

Les deux prophètes 


Les deux prophètes de Iena sont Machiavel et le chevalier de Guibert. Longue distance historique entre les deux qui peut s'expliquer par la main mise de la noblesse sur la guerre. De l'importance donnée à la la cavalerie par rapport à l'infanterie.
Machiavel a eu raison trop tôt. Il aurait voulu éviter la guerre en dentelles, il aimerait se concentrer sur le soldat et faire de lui un acharné conduit par un impératif moral, recruté dans le peuple et entraîné dans une milice populaire. Comme les cités ne peuvent vivre qu'en canalisant à l'extérieur la violence de leurs membres, la guerre deviendra la condition de l'Etat et l'Etat, la condition de la guerre. Il se concentre sur les hommes qui doivent être indépendants de l'Eglise qui féminise les mâles vertus. L'armée doit être un instrument de précision de l'Etat hors de l'Eglise et de l'aristocratie. L'aristocratie en préférant les cavaliers et combat d'honneur aux armes trop efficaces. C'est la progression des arts de la paix du 16 et 17ème siècle. C'est ce que Roger Caillois dessine dans son  livre "Bellone ou la pente de la guerre". La noblesse voit la guerre comme violence de masse à domestiquer et à retirer de la main de la population sous peine de grand risque, ils privilégient les prouesses des héros, les combinaisons et les formes.. Le sérieux de la guerre appartient à la démocratie.
Bellone est la soeur de Mars, elle est l'incarnation de l'horreur de la guerre.
De Guibert, pourtant aristocrate français va reprendre les pensées de Machiavel, il dénonce le caractère cérémonieux de la guerre. Ce sont les premières justifications des futures armées révolutionnaires. L'habileté conduisait à la victoire et non le sang.
Or les arts de la paix ont prospéré sur les arts de la guerre. En de Guibert, nous sentons que nous passons de Fragonard à David, le soldat citoyen perce.
Seule la milice populaire et donc le suffrage universel lié à la conscription pourra poser au monde l'esprit des lumières. La guerre garantit la liberté des citoyens contre toutes les tyrannies. Cela explique aussi l'enthousiasme de l'arrivée des armées napoléoniennes et les désillusions dont Goya sera l’emblème avec ces caprichos, vision allégorique du triomphe de Bellonne contre Mars.


Les deux thuriféraires

Hegel écrit le soir d'Iena, J'ai vu l'empereur, cette âme du monde... Un individu, point concentré et qui s’étend sur le monde. (Définition mythique de l'empire)
Il achève son oeuvre "phénoménologie de l'esprit". Il a espoir dans l'empereur.  Pour lui et ses contemporains, l'armée française est désignée pour inscrire dans le réel l'universalité du droit. Foi en Napoléon.
Il ne voit pas alors de drame au moment de la défaite de son pays. Il y a une histoire essentielle qui est la victoire de la raison, la réalisation de l'esprit dans la constitution de l’état. La raison se rit des conflits. Les dangers de la démocratie seront conjurés par l'aristocratie du savoir, les fonctionnaires choisi par compétences et leurs vertus et le soucis de l’intérêt général.

La guerre n'est donc pas une fascination mais une épreuve pour le triomphe du droit, l’avènement du droit nous libérant de toute mythologie. L'individu doit être capable de se sacrifier  pour l'Etat
Hegel dit après Machiavel qu'il ne faut pas que la population se morfonde. Pour se réinscrire dans l'universel, ils doivent se sentir prêt au sacrifice. l'individu doit être absorbé dans la totalité éthique qu'est l'Etat nation. La guerre atteint un niveau métaphysique des sociétés post aristocratiques. Clausewitz voit aussi l'arrivée d'un nouveau Dieu de la guerre mais lui, il est humilié par la défaite. A partir de cette guerre, il synthétise la montée aux extrêmes, chemin naturel de la guerre et de la politique.
Hegel et Clausewitz se rejoignent dans la sacralisation de la guerre, le soldat prussien donnant une note apocalyptique à cette perception de la guerre. Chacun des adversaires fait la loi de l'autre d'où résulte une action réciproque qui en tant que concept doit aller aux extrêmes.
Or le simple fait que l'adversaire fait la loi de l'autre prouve que la relation n'est plus symétrique, qu'elle s'est déjà dégradée en réciprocité violente.
C'est asymétrique, il y a l'esclave et le maître et réciproquement, les deux étant chacun l'un et l'autre. C'est la raison pour laquelle ils vont aux extrêmes. C'est la fin de la dialectique du maître et de l'esclave de Hegel. A rebours de Raymond Aron, René Girard affirme ainsi dans "Achevez Clausewitz" le caractère irréversible de l'intuition du stratège prussien qui ne fait qu'un avec l'apparition dans l'histoire d'un pur principe de réciprocité. Le duel, la montée réciproque désigne une relation asymétrique réciproque qui s'est imposé comme tendance dominante de l'histoire. Loin de contenir la violence, la politique court derrière la guerre.

 Le primat fondamental de la défensive sur l'offensive où c'est celui qui se défend qui veut réellement la guerre vient alors soutenir le déchaînement de la violence guerrière. Il est plus facile de mobiliser tout un pays dans la guerre sur des thèmes défensifs que de le convaincre de la nécessité d'une offensive. Alors la mobilisation totale est le symptôme de la dégradation du droit de la guerre, d'une possession de tous les sociétaires par un adversaire à la fois vénéré et haï, d'où le rôle fondamental selon Girard de Napoléon dans le traité de Clausewitz. L'unité de la Prusse, puis de l'Allemagne se fera contre la personne de l'empereur ainsi unifié dans la haine de la France.


Seul le duel, le primat de la défensive permettent de construire une théorie de la guerre moderne. le primat de la défensive ne permet plus la guerre décisive. La guerre échappe au principe de la raison au moment ou celle-la permet d'en saisir le concept.
L'Héroïsme national est structuré par le ressentiment. Le monopole de la violence légitime de l’État est renforcé par la disparition de l'ethos aristocratique.
Le moteur de la constitution démocratique est le ressentiment disait déjà Nietzsche, elle gouverne leurs relations. Elle contribuera aussi à les désintégrer dans la nouvelle étape de la montée extrême : les guerres idéologiques.
Aron et Girard se rejoignent en nommant le nazisme et le communisme comme du Hégélianisme militaire. La montée de la violence guerrière pour lequel le politique ne peut fournir que des justifications. Avec la guerre, c'est la sacré qui fait son retour. Caillois décrit cette épiphanie sinistre : la guerre n'est sentie comme sacré que quand elle est fascinante et non si réduite en art militaire, c'est un art sanglant, réglé comme le sport. Pour être sacré, elle doit contenir un risque total pour une population entière, acteur ou victime d'une tragédie généralisée.

Les deux contrepoids
De Maistre et Holderlin
Les deux tentent de fuir l’Europe et tentent d’interpréter les guerres napoléoniennes
De Maistre les voit comme des signes providentielles de la mort de la mort.
Le second comme le signe dont il faut se détourner pour revenir au propre de l'occident. Les deux font des efforts pour sortir de la fascination de la guerre. par excès ou par défaut.
Ils sont les témoins de la résilience de la république des lettres mais aussi de son impuissance à bâtir un art de la paix.

De Maistre appelle Napoléon : Fléau de Dieu.
Il mène une guerre contre la fatalité de la guerre et pour un providentialisme anti hegelien.
De Maistre voit dans la révolution et sa suite napoléonienne une confusion entre violence légale et illégale mais il développe une pensée terrible sur la violence, sur une terre déjà imbibé de sang, qui est un autel où tout ce qui vit doit être immolé sans fin jusqu'à l'extinction du mal ou jusqu'à la mort de la mort. Conscience forte des désastres de la guerre moderne mais il la voit comme une énorme expiation, l'avènement d'une bonne nouvelle d'un salut. Dénonciation de la modernité mais accompagnée d'une croyance dans la fécondité de la violence. Les charniers sont la suite de la passion du Christ et travailleraient au salut du genre humain. De Maistre fait des premiers pas vers l'anthropologie moderne mais réalise une régression lourde dans la pensée de l’événement chrétien.

Seul Holderlin saisira l'unicité du Christ. Il s'en isolera
Mais d'abord, il se réjouit de Napoléon ("le prince de la fête"). En 1806, c'est la grande désillusion, il perd la foi. Il désire de rester en retraite toute sa vie à Tubingen, dans un moulin et passera pour fou pour la majorité. Il décide de se taire en gardant au coeur une nostalgie du christianisme malgré les beautés qu'il ait pu entrapercevoir chez les grecs mais il n'est pas fasciné par Dionysos et est nostalgique de la douceur européenne. Il se tourne vers le Christ, appelé frère des dieux antiques et véritable Dieu de la fête. Il renonce au pathos sacré.
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Patmos

Est proche
Et rude à saisir le dieu.
Mais où est le péril, croît
Le salutaire aussi.

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A la figure divine immédiate du Christ  succède le Dieu médiateur d'un apôtre dont le retrait ouvre à l'homme une demeure habitable.
Holderlin ouvre une synthèse impossible entre les dieux qui s'en vont et le Dieu qui s'approche, entre le Christ et son frère Herakles.

Labyrinthe sans sortie. Silence, Sentiment d'impuissance  de la parole poétique...

En 1917, Rozenzweig inhume un livre écrit par Hegel mais conçu par Schelling et Holderlin. ce petit livre dit que non seulement la grande masse doit avoir une religion qui parle au sens mais c'est surtout les philosophes qui en ont besoin. Il faut un monothéisme de la raison et du coeur, un polythéisme de l'imagination et de l'art avec une mythologie de la raison. Schelling pensait être le poète de cette mythologie de la paix. Mais seul Holderlin fut à la hauteur. Son oeuvre témoigne du retrait des dieux et de la fragilité de la parole humaine, et se concentre autour d'une intuition centrale : Compossibilité de l'antique et du chrétien. Formule "monothéisme de la raison et du coeur..." définissait une nouvelle catholicité, le poète la voit apparaître au terme de son oeuvre. Mais se tait de ne pouvoir l'incarner.


jeudi 8 août 2013

René Girard et Benoît Chantre sur France Culture - Europe, catholicisme et Hölderlin


René Girard et Benoit Chantre sont interviewés par Michel Cazeneuve dans son émission de France culture, "des hommes et des dieux" en 2008. Ce spécialiste de Schelling et de Jung les interviewe peu de temps après la sortie de "Achevez Clausewitz". Très rapidement, le thème central de la conversation sera Hölderlin. Et plus particulièrement, l'exégèse de Girard sur la retraite de Hölderlin durant toute la seconde moitié de sa vie. Girard y distingue un modèle de sainteté catholique et de rigueur intellectuelle. Il regrette seulement qu'Hölderlin n'ait pas rencontré Dostoïevski qui lui aurait parlé de son expérience personnelle d'homme moderne mais qui comprend l'instabilité de nos temps violents, mondains, vaniteux où tout devient montée aux extrèmes et défiguration du Christianisme.
Chantre et Girard en profitent pour définir un catholicisme qui est dans le monde et hors du monde. Dans le soutien à l'empire et contre l'empire. Car ce catholicisme est pour la stabilité et pour la vérité. Simple et compliqué......



 Selon Girard, Clausewitz est le prophète joyeux et tourmenté de notre époque de violence non limitée par les traditions et les règles rituelles. Clausewitz l’analyse principalement dans le domaine guerrier. C’est la vraie bascule de la révolution française et de Napoléon. Girard y analyse la « montée aux extrêmes » qui est la voie naturelle du désir humain et de la violence si celle ci n’est plus ritualisée et limitée par la religion.
Clausewitz est un ce sens le précurseur du totalitarisme, l’utilisation de la force de la foule nationale dans la guerre. Et en ce sens, le premier théoricien du nationalisme, la nation comme idole


Girard analyse brièvement la réaction de l’Allemagne et de ses intellectuels face à la révolution française. C’est leur grande question et leur grand défi.

Girard décrit la connivence première des intellectuels allemands avec la révolution (fascination de Kant) et Napoléon (fascination de Hegel). Souvent, pour eux, l’arrivée des français devait être un mouvement amenant une nouvelle humanité plus libre et fraternelle ou bien encore le signe de confrontation et de risque mimétique (Fichte). Hölderlin est le premier à s’attrister que la révolution française n’est qu’un événement politique et non métaphysique. Hölderlin est cet écrivain qui a partir de 1806 partit vivre les 36 dernières années de sa vie dans un moulin à Tübingen. Isolé et pris pour fou.


Girard admire ce personnage et son geste final. Il défend la thèse que ce n’est pas l’acte d’un fou mais est le geste le plus courageux et le plus respectable de la part de l’école intellectuelle allemande.

Hölderlin 1792
Girard comprend d’abord la retraite d’Hölderlin comme le fruit de sa déception de ses contemporains et de l’évacuation de leur part de toute transcendance, soit par un retour romantique au paganisme grecque soit un syncrétisme anti-chrétien. L’Allemagne plus religieuse essaie de créer une contre-bible, une amitié entre Jesus et Dionysos. Hölderlin n’y croit pas. Il a l’intuition de la violence du dernier et de l’incompatibilité entre les deux. Mais en réaction contre le protestantisme maternel, symbole de carrière, de piétisme, il n’a pu l’exprimer correctement, il a démissionné et s’est exilé. C’est ici qu’il faut prendre au sérieux sa phrase entendue lors de son exil intérieur, « Je songe à me faire catholique ».


Il s’est exilé, Girard y distingue aussi une sainteté particulière, là où Nietzsche est tombé dans la folie. Hölderlin a plutôt choisi le Christ et Nietzsche Dionysos.



Girard appuie aussi sur le fait du mimétisme puissant du jeune Hölderlin, de sa passion effrayante pour les grands hommes de son temps (Schiller et Goethe). Girard lit dans "Hyperion", la preuve et la description de la bipolarité, du syndrome maniaco-dépressif, symbole de sa phase mondaine. Mais paradoxalement, cette sensibilité puissante au mimétisme va aider Hölderlin à associer paganisme et mondanité, il va s’échapper de celle-ci, de son malheur et se rapprocher du Christ.


Hölderlin 1842
Pour Girard, Hölderlin éclaire la rupture propre à la révélation chrétienne. Une rupture comme forme d’équilibre spirituelle. Malheureusement pour lui, Hölderlin n’a pu connaitre Dostoïevski qui a pu analyser avec une incroyable force le sous-sol humain dans les notes dans un sous terrain.


On peut comprendre ce trouble bipolaire comme un mysticisme instable qui divinise le moi et l’autre frénétiquement et tour à tour. Tout devient sensibilité extrême et fluctuation de la bourse des valeurs du "moi" et des "autres". Tout intellectuel est peu ou prou maniaco-dépressif, il faut pour pouvoir penser l’expérience intime de l’exaltation et de la mélancolie, du mimétisme. C'est ce que Hölderlin a vécu passionnément et ce que Freud n’a pas vécu ou n’a pas traduit dans ses œuvres.



Au centre de l’interview, Girard et Chantre introduisent une pensée catholique politique. Le rapport entre la papauté et l’empire est simple et compliquée. C’est un rapport d’union et de conflit. Etre pour l’empire, c’est échapper du mimétisme originaire européen entre Charles le Chauve et Louis le germanique, la division franco-allemande. L’Eglise peut être du coté de l’empire pour éviter les guerres et toujours en conflit contre l’empire pour refuser sa main mise. Position simple mais très compliquée pratiquement. La division des fils de Charlemagne s’est faite au détriment de l’Europe. Refus de l’équilibre et de la continuité de l’empire romain.

Je découvre aussi grâce à cette interview la volonté de la part de Girard et de Chantre de définir leur catholicisme.

A travers la revue en accéléré de l’histoire européenne, le catholicisme est le créateur du désordre et la stabilité possible dans ce désordre. Le seul lieu tenable dans un monde de la démystification qu’il crée. Tout le magistère, la tradition, la logique, l’institution sont les symboles de ce petit repère de stabilité, c’est la stabilité dans un monde profondément déstabilisé par sa propre révélation. Loin des ambitions sociologiques de Gauchet, il faut voir le Christianisme porteur de sa propre critique et voir qu’elle maintient ses affirmations. Comme le dit Chantre, être catholique, c’est avoir un pape, un magistère qui ne dépend pas de soi. C’est aussi ce qui demeure de ce qui aurait pu être l’empire s’il ne s’était pas effondré. La catholicité se prend aussi dans sa romanité, dans son souci de stabilité.



Bref, la catholicité est essentielle anthropologiquement pour échapper à toutes le bipolarités, individuelle ou sociale



Il faut prendre au sérieux le désir de Dante, guelfe, d’être du coté de l’empire contre la papauté. Il refusait au pape Boniface VIII, ses espoirs politiques et mondains et donc théocratiques. C’est un appel à l’autonomie temporelle de l’Eglise et même à l’idée européenne qui a son origine au Vatican.


lundi 10 juin 2013

Trouver la bonne distance - Benoit Chantre

Au centre de ce texte de Chantre se pose la question de l’événement ou dit autrement, qu’est ce que la rencontre personnelle ou artistique avec une œuvre ou une personne ?
Quand nous ne fuyons pas la rencontre par superstition (machinisation de l’humain ?), nous sommes toujours à mauvaise distance... Trop proche, trop loin... Ne l’avez vous jamais senti ?
Chantre lit dans l’expérience de Saint Pierre (Matthieu 16, 15) la possibilité historique et nouvelle de vivre cet événement ou bien de la rater fantastiquement. Le venue du Christ fait advenir aussi la possibilité d’un art véritable et de la rencontre véritable. Mais aussi, simultanément, la possibilité de l’art vaniteux et de la venue de l’homme moderne, le maniaco-dépressif. Celui qui ondule entre le trop près et le trop loin et dont Pierre est le précurseur. La solution ? L’annonce de la Foi, l’accueil de l’Esprit Saint et se laisser nommer par son véritable nom ; or cela conduit à la Croix, véritable point pour rencontrer Dieu, l’homme et la révélation. Au fait…. L’’événement sans cesse exprimé par Chantre se résume dans l’incarnation. Ce texte est présent pour nous en faire sentir la révolution 
Détails de l'article


Comparaison entre Jésus et l'œuvre d'art. Les deux nous posent la même question "pour vous qui suis je ?"

Chantre lance : "L’événement est toujours possible...."

Mais qui veut vraiment la rencontre ? La superstition est par définition ce qui nous évite toute rencontre. Les signes nous permettent de fuir la rencontre et Evénement tant redouté. L'artiste est comme le mystique, il va vers la rencontre.

Bref, il nous faut répondre à l'œuvre d'art comme il faut répondre au Christ.

Mais quelle est la bonne distance pour la rencontre ? La perspective nous aide pour l'art, mais sinon, nous sommes toujours trop près ou trop loin des autres. Jésus nous indique la bonne distance.

Chantre interprète l’extrait d’Evangile : proclamer sa foi est se laisser prendre en main par Evénement (St Pierre parlant par l'Esprit Saint, " auquel on peut lier Matthieu 25,31 « Quand es-tu venu, que nous ne t’ayons pas vu") qui dit son propre nom par nous et nous donne notre vrai nom. (Simon-Pierre, et sur cette pierre...)




L'apôtre a entendu la réponse soufflée.
Jésus atteste qu’une transcendance nouvelle est en jeu dans l’intuition de Pierre.
Mais le danger rôde, et nous pouvons toujours être pris par l'obstacle (diabolos) jeté sous nos pieds au moment de répondre à la question de Jésus et de transformer la rencontre en adoration idolâtre.

Entre les deux réponses, il y a une différence grandiose, il y a la réponse soufflée et la réponse enthousiaste ("celle qui se croit inspirée par Dieu" mais qui veut seulement se l'approprier...). C'est ainsi que nous pouvons analyser la modernité. Comme Pierre, nostalgique de la réponse soufflée, elle développe une réponse enthousiaste entraînant une déception d'avoir cru pouvoir nommer l’événement Notre époque devient maniaco-dépressive, toujours plus fortement envahi de rêves prométhéens ou de mélancolie profonde.

L’artiste et le saint ont quitté ce cercle infernal. Ils ont cessé d’aller et venir entre ironie et narcissisme, auto-négation et auto-glorification. Ils ont trouvé le « point indivisible », la distance à partir de laquelle l’événement pourra se dire, l’œuvre se construire


Nécessité de la patience dans la relation aux autres, passer la vague de l’enthousiasme pour éviter les combats de divinité. Pierre se prenant pour Dieu et voulant prendre Jésus à part.
Croix, unique chemin de dialogue entre ciel et terre, de même qu’elle évite toute autodivinification « facile » elle invite finalement au vrai dieu qui se refuse à être obstacle aux hommes. Par la croix, le sujet ne s’exprime jamais seul mais le monde peut apparaître dans une langue nouvelle.
L’art consiste à discerner si c’est nous qui parlons ou si c’est l'événement qui résonne en nous... Si nous ne comprenons pas cela, c’est le chemin de l’orgueil, de l’enthousiasme et de la mélancolie. Méfions nous de nos modèles. Chantre rappelle que Jésus annonce qu’il faut le suivre, non l’imiter. Cela fait de lui un homme différent. Il communique différemment sa divinité. Apres l’annonce de sa divinité, il parle de sa passion et part en retraite et discrétion
Et suivre le Christ, c’est aller vers sa croix. Et c’est le risque (rarement pris) de voir l’oeuvre à bonne distance, car il conduit à la passion. Copier le christ, c’est Kirilov des Démons de Dostoievski. L’artiste imite le retrait du Fils, comme le Fils imite le retrait du père. Encore et toujours, cela permet à l'Evénement de trouver ses mots.
Exemples de Proserpine et Daphné, du Bernin à la galerie Borghese, refusant de devenir qu’un corps ou une image et qui s’échappent aux mains de ceux qui voulait les détenir. Incarnation et retrait.
L’Incarnation est l'Evènement !







mardi 12 février 2013

Carême et initiation girardienne sur France Culture

Puisque à l'image de notre pape, il faut partir dans le désert...
Je quitte (un peu) internet pendant le carême. Je reviendrai à Pâque.
En attendant...
Quelques émissions girardiennes sur France Culture....
Tout est bon.... Et plutôt solide.
Considerons cette note aussi comme du stockage utile ou bien comme un cahiers de solfège que l'on aimerait pour y refaire ses gammes.
A bientôt.


 



sgb

vendredi 24 août 2012

Le Messie, Haendel, Chantre et politique chrétienne

En terme chrétien, le terme politique le plus fort est le terme "Messie" (terme hébreu), le Christ (en grec). Nous l'utilisons sans cesse, sans trop savoir ce qu'il veut dire.
Il est maintenant associé au terme de sauveur, libérateur. 
A l'origine, c'est l'oint du Seigneur, celui qui reçoit l'huile, signe d'une consécration à Dieu ou bien plus simplement d'un revêtement qui met à part. Il était d'abord destiné (voir Exode) au sacrificateur. 
Sacrificateur, rôle du prêtre et rôle politique primordial. Qui, comment sacrifier pour que le sacrifice donne la paix à la société ? 
L'onction l'aidait à réaliser pleinement cette tâche et à protéger le reste de la société, à l'isoler et du coup à faire de cet homme une victime en puissance.
Comme l'explique Benoit Chantre plus bas, le rôle politique majeur chez les juifs a été amené à changer au long de leur histoire tumultueuse. En exil, c'est le prophète qui recevait l'onction. Toujours, alors, il était l'homme politique, celui qui parlait de l'espérance de la libération du peuple. Enfin, le roi fut oint. Signe représentatif du chef, mais aussi de sa séparation des autres hommes de la société, là encore symbole de la victime en puissance (Violence et sacré de René Girard). 
Depuis, le peuple juif n'a cessé d'attendre le nouveau messie (prêtre, prophète et roi) symbole d'une nouvelle libération attendue. Ce terme représente toute la problématique politique dans la religion.
Alors Jésus Christ? Jésus l'oint ? Les juifs ne le pensent pas....
Et les chrétiens estiment que c'est bien Jésus, l'homme politique dernier. Le prêtre, le prophète et le roi, celui que l'ancien testament ne cesse d'attendre.

Ici, je fais intervenir Haendel, son célèbre oratorio résume tout. Le texte n 'est qu'un assemblage de passage biblique résumant d'un point de vue chrétien le messianisme de Jésus. (texte)
L'attente et l'espérance de la première partie. La dimension douloureuse de ce Messie, (le serviteur souffrant dans Isaïe) et sa confirmation dans l'histoire présente et son commentaire dans les lettres de Saint Paul.

Car, oui, Jésus est la victime, son  propre sacrificateur, et il prophétise toute l'espérance humaine, il présente le chemin de la libération par le sacrifice de soi.
Tout cela, je l'écris bien moins bien que Benoît Chantre comme vous pouvez le constater plus bas ou à partir de ce lien. (texte écris lors de sa responsabilité de la scénographe de l'oeuvre en 2011 au théâtre du Châtelet, je recommande vraiment le texte)

Est ce donc pour cela que les Chrétiens (souvent) sont si mauvais ou maladroit en politique actuelle ? Bien sur, la dimension de service à la communauté est forte mais l'homme politique est le personnage du sacrificateur-bouc-émissaire qui a été dépassé par le Christ qui a remis en cause toute politique et tout pouvoir politique... Notre époque ne parle t-elle pas de cela non plus ?

De cette situation où n'avons plus le choix qu'entre le royaume de Dieu et une violence qui a perdu tout sens.... Que faire malgré tout???

Pour vous émerveiller, voici une version du Messie de Haendel. Oeuvre miraculeuse.
Bizarrement, j'ai choisi une version très originale. (mise en scène Claus Guth, direction Jean Christophe Spinosi)
Refusant la forme de l'oratorio (et donc de la méditation) et utilisant une mise en scène faussant l'aspect religieux. Refusant toute transcendance et voyant l'église comme une mise en scène fausse et absurde et la résurrection comme une pensée pour homme ivre et de toute façon non désirable.Il y a une histoire de l'homme moderne qui ne cesse d"exprimer un "A quoi bon tout cela..." Le massacre du Alleluia en est tout le symbole, choix artistique et non incapacité musicale.
Et pourtant... Pourtant, cette histoire de crise familiale, de crise de l'homme libéral et de l'homme d'église force les chanteurs à exprimer leur texte (quelquefois en changeant le sens) de manière extrêmement convaincante par rapport à  toutes les versions que j'ai pu voir...

Nous sommes alors happés, séduits par les idées, l'interprétation, le choeur. Il y a un allant formidable. Allant qui oublie toutes les questions politiques et possibilité pour Jésus d'être le libérateur.... 
Dans tous les cas, merci Georg !!!!



Version sous titré en norvégien... mais texte en français, ici.



(Impossible de retrouver la version complete.... mais il y a la globalite en petit morceau....)

 

Ci-dessous le texte de Chantre ecrit a l'occasion des concerts au theatre du Chatelet

Le Messie aujourd’hui par Benoît Chantre