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jeudi 7 novembre 2013

l'avenir de la pensée scientifique - Levy leblond

Vidéo intéressante de la part de Jean Marc Lévy Leblond. Quelle histoire de la pensée scientifique ?

Il commence par nous rappeler les rêves positivistes d'une histoire de la science triomphale. La science par son indépendance apportera le bonheur et tout sera organisé scientifiquement. Oui, le bonheur sur un plateau...

Puis il va prétendre avoir reçu un document de 2213 de l'histoire des sciences, une manière pour lui de décrire sa propre perspective historique.
Le 20ème siècle fut paradoxal, c'est au moment de la modernisation durant sa deuxième partie que la science proposa de moins en moins de progrès scientifique mais ne fit qu'exploiter ceux de la première moitié.

Le 21ème siècle sera le temps de la déchéance et de la renaissance.
La déchéance est ce que nous vivons actuellement et qui transformera la terre en chaos dans les trente prochaines années. Il en profite pour dessiner une renaissance et donc ce qui pour lui apportera un renouveau de la pensée scientifique qui ne se fera donc pas sans un retour à la base.
Que se passe-t-il maintenant ? Levy Leblond pense que nous exploitons la science économiquement mais que cette exploitation ne nous permet plus de la penser et ainsi de réaliser des percées véritables. Cette déliquescence s'accouple avec une chute des sciences sociales seulement devenues utiles pour vendre et délégitimées en terme d'outil de recherche de la vérité. Selon lui nous vivons la fin d'une période de quatre siècles commencée au 17ème. Conjugaison de l'efficience à comprendre le monde et du désir à le transformer. Nous vivons l'aboutissement de la pensée de Descartes. La maîtrise du monde. Cela donne une période de latence, il n'y a plus vraiment de pensée mais une recherche d'efficacité technique.

Il en profite pour dessiner un scénario de l'effondrement qu'il semble deviner au cours des prochaines décennies. Désastre écologique, manipulation de la terre, tensions sociales, nationalisme militaire agressif. Un jour tout pourrait dégénérer, il suffira d'une étincelle, "d'une erreur", de l'activation des alliances pour démarrer une guerre atomique terrifiante qui sera conduite par pilote informatique informatisée, après de fortes retombées nucléaires, il y aura un hiver nucléaire qui apportera le fléau sur toute la terre.

Levy-Leblond imagine un humanité se réorganisant petit à petit par base autonome régionale autonome se rénovant par réseau et non par nation. Après une perte lourde en science, les documents seront rétablis
Retour d'intérêt pour la science historique, redéfinition des termes en communauté plus large. Ils seront hantés par les question éthiques. Il soumettront la praxis à la théorie. Les institutions économiques et marchandes ne reprendront pas la main sur les recherches. Ils voulurent remettre les sciences de l'homme au centre de la recherche. Comment lutter contre la violence de l'homme ? La réflexivité sera au centre des recherches, c'est à dire la capacité à se regarder et à remettre en cause son propre langage et sa recherche.


En bas, transcription au fil de la vidéo....


mardi 3 septembre 2013

Averageness


Decouvert sur ce blog.... et celui-ci

Je ne comprend rien à ce qu'est exactement l'averageness.... est ce véritablement scientifique ?
Je crois que j'aime y croire plus que m'importe vraiment la vérité scientifique de cette chose... (oui, c'est mal...)

L'idée que l'on pourrait résumer toutes les femmes d'un pays en une seule et que celle ci soit belle me remplit de joie... L'idée que toutes les femmes participent à la beauté de l'ensemble du beau sexe...


Rien que pour cela, vive l'averageness










lundi 13 mai 2013

Brunor

Rationalisme et créationnisme. Voici un bon exemple de duel footballistique qui nous fait éloigner de la réalité et nous empêche de développer notre raison. Ne faut il pas d'abord un peu d'humilité et essayer avec ses pauvres moyens de comprendre le mystère du monde ? Les mystères et les surprises se multiplient alors plus nous cherchons...

C'est avec cette humilité que j'associe le travail de Brunor  que j'ai pu découvrir par ces derniers albums. Humilité qui entraîne de vraies propositions métaphysiques et une délicatesse envers le lecteur qui ne se sent jamais forcé. C'est une crainte quand on a dans les mains un album d'évangélisation... Mais ici, l'assentiment au fait que la raison et la foi sont faites pour s'embrasser fait que nous sommes des petits enfants face au mystère de la création, de l'évolution, de la religion et des sciences humaines. Le pas de la foi sera toujours à accomplir... le pas de la raison à réaliser...

Pour mieux connaitre le bonhomme, il y a le site ou bien cette interview ou encore cette vidéo

samedi 1 décembre 2012

Cerveau global et autres plaisirs de Howard Bloom

Encore un auteur que je n’ai pas lu… Mais cette fiche de lecture, cette interview, cette recherche sur internet, me font penser que c’est un auteur que j’aimerais suivre, dont j'aimerais continuer à m’ouvrir à sa pensée et pourquoi pas plus tard, lire un livre.

J’aime son universalisme scientifique, sa recherche de vérité, son orignalité, comment il mixe avec curiosité, cosmologie, compréhension de l’homme, religion, volonté éthique, lutte contre l’homicide. Comment ne pas se sentir proche d’un tel personnage à la vie médiatique et intellectuelle riche. Un homme blessé et hanté par ses questions. Cosmos, hommes, société.


Au départ, je pensais à lui comme un penseur illustrant les thèses de Serres sur le cerveau global, j'ai découvert une pensée plus complexe et subtile, un combattant du relativisme (malgré sa confusion entre le sens, information et vérité...)  et des pensées du refus du réel. Sa cosmologie, marquée aussi bien par la mort, la destruction et le miracle de la création renvoie à une vision de l'homme proche du rouage et qui met en avant le confort, la vivacité de l'innovation, le monde moderne en avant. Paradoxe, paradoxe... Mais il faudra creuser encore.... 


Il est intéressant de voir que fasciné lui aussi par l'imitation comme transfert d'information, il soit devenu l'un des déclencheurs de la mémétique et du même. Vision scientiste du déferlement mimétique girardien.
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Pour Howard Bloom, l’actuelle « révolution Internet » n’est que la continuation du « cerveau global » par d’autres moyens. Il entend par là l’intelligence collective construite par l’humanité, vue comme un système adaptatif complexe – le réseau des cerveaux étant, à l’échelle collective, ce que le réseau des neurones est à l’échelle de chaque intelligence individuelle.

En effet, nous aurions une intelligence collective avec son architecture et tous nous en serions les rouages inconscients pour le bien de l’humanité, les abeilles d’une ruche, les neurones d’un cerveau plus grand. Les neurones plus aptes se créant plus de connexions. Internet n’est qu’un moyen toujours plus productif pour perfectionner ce cerveau.

Nous vivons comme un processus de gestion de l’information. Le sens ? C’est un subterfuge qui rend possible la continuité de la « Compulsion connective » ou encore de « evolutionnary search engine » expression dont Bloom se sert pour parler de la constitution du monde de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Ainsi tout se construirait, se détruirait et se reconstruirait à partir des informations laissées.

Le comportement le plus banal de ces neurones/individus est d’imiter et de participer ainsi au processus de gestion de l’information. Dans cette perspective, les défauts humains ne sont que des outils de ce processus. Le conformisme est un facilitateur de l’apprentissage imitatif, les misanthropes sont des stocks d’idées non conformistes disponibles en cas d’évolution brutale du concept. Les pervers narcissiques sont les juges internes entre les divers conformismes du groupe. Les organisations autoritaires sont le cadre adapté à l’exercice du pouvoir par les juges internes. Les luttes intestines ne servent qu’à renforcer le groupe en affutant les sous groupes.

Le langage nous permet la réflexivité et la remise en question de nos comportements. Mais il nous coupe de la réalité humaine qui est le processus de gestion d’information. La société humaine vit dans une fiction partagée. Les hommes ne faisant que semblant de penser… Mais ce conformisme peut devenir un accélérateur de chute. Drac s’intéresse ensuite à la problématique du changement de conformisme du cerveau social quand et comment instiller les nouvelles idées au moment où les idées se transforment. Celles-ci sont transportées par « les agents de transformation », ainsi que la constitution de sous-groupes qui tentent de devenir le nouveau centre de gravité.

Bref, l’information est tout et le sens n’est qu’un subterfuge. Mais dans les temps d’illusion de cohérence trop évidente, cet enseignement permet de réfléchir l’opposition à ce temps.



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Interview sur le site automate intelligent.

Dans un de ses derniers livres, the genius in the beast, Howard Bloom explique en quoi, il est devenu polémiste et pourquoi il veut défendre la société occidentale et surtout contre ceux qui dans son sein appellent de leurs vœux sa chute prévisible. Il demande aux gens de nous préserver de massacres, il faut selon lui, avec les armes de la vérité et de l’objectivité, protéger l’humanité de tout meurtre de masse et une nouvelle chute de l’empire romain pourrait avoir des conséquences folles. Privilégions la réforme et non une critique mortelle de notre civilisation, les conséquences seraient incommensurables.

Et l’évolution ? Ne refusez vous pas la part de hasard et de stochastique dans l’évolution ?

Pour Bloom, le discours du hasard est un discours religieux quand nous observons le parcours évolutif de la matière du big bang, par les particules élémentaires à la vie. Il serait religieux de voir dans cette complexité et cette distinction de la matière un chaos ambulant et le fruit du hasard.

Alors tout est déterminisme comme le prouverait votre cosmologie et votre vision de ce que peut un homme ?
Vous évoquez là une autre des erreurs de la pensée scientifique telle que conçue par certains, l'illusion qu'il faut choisir entre ceci et cela. L'univers est-il réglé par le déterminisme ou soumis au libre arbitre ? Le cosmos est-il matériel ou s'agit-il d'une entité dotée d'immanence, comportant une « réalité » implicite ? L'évolution et les humains sont-ils dirigés par leur passé, par la causalité, ou par leur futur, par la téléologie ? En fait, autant que je puisse le voir, les oppositions se rejoignent au sommet. La réalité est une sorte de continuum possédant deux extrémités qui ne se distinguent pas, comme les deux extrémités d'un cordon de rideau unique. La réponse aux questions du type : ceci ou cela, aux questions impliquant le dualisme, comme celle de savoir qui a commencé, de l'œuf ou de la poule, est que ce sont les deux. Pour moi, ceci est vrai du déterminisme et du libre arbitre. 99 ,99% de ce que nous sommes est prédéterminé.

La physique quantique ? Méfions en nous ! Toute cosmologie de l’illusion et de l’impossibilité de la réalité est trompeuse et ne mène à rien…

Recherche d’universalisme et d’unité des sciences…

Singularisme technique ? Nous le vivons tous les jours, nous sommes une espèce en pleine modification….



samedi 10 novembre 2012

Laurent Lafforgue et Simone Weil - Mathématiques et vérité

On trouve des textes merveilleux sur la page web de Mr lafforgue, medaille Field de mathématiques français. Celui sur Simone Weil est magnifique. C'est un exercice d'admiration, une conférence donnée à la bibliothèque de France en 2009. Très difficile à résumer par l'équilibre des citations et des idées subtiles développées, je ne peux que vous y inviter ici.
Mais essayons tout de même.

Autour d'une question cadre sur l'utilité ou la nocivité des sciences qui ne parlent pas directement de Dieu, Laurent Lafforgue s'aide des réflexions de Simone Weil pour approfondir le lien entre mathématique et vérité. Après avoir parlé de l'algèbre et de sa modernité opératrice dont il faut se méfier, il met en avant les notions d'obéissance et de contradiction comme constitutive de la mathématique et de la vérité dans la science. Caractéristiques que nos retrouvons pleinement dans la croix du Christ. Les sciences qui ne parlent pas directement de Dieu sont utiles car elles exposent la vérité comme la croix expose le Christ.



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1 Intro

Laurent Lafforgue, au cours de ses travaux mathématiques n'a cessé de réfléchir entre le lien qu'il y avait entre vérité et mathématiques. Un jour il a recopié toutes les nombreuses notes du Cahier de Simone Weil (notes personnelles écrites dans les trois dernières années de sa vie.) liées avec les mathématiques.Il s'est rendu compte que cette philosophe de profession était allé bien plus loin que tout ce qu'il avait pu faire. Cette conférence est donc selon lui embryonnaire.


Certes c'est la sœur d'André Weil, grand mathématicien du XXème sièle. Mais c'est surtout d'abord une jeune fille bercée dans la culture classique et dans l'unité des sciences ou la mathématique joue main dans la main avec la philosophie, par exemple. Mais surtout c'est une femme qui a fait alliance avec la vérité, comme le témoigne cet extrait de son autobiographie spirituelle.


« À quatorze ans je suis tombée dans un de ces désespoirs sans fond de l'adolescence, et j'ai sérieusement songé à mourir, à cause de la médiocrité de mes facultés naturelles. (...)Je ne regrettais pas les succès extérieurs, mais de ne pouvoir espérer aucun accès à ce royaume transcendant où les hommes authentiquement grands sont seuls à entrer et où habite la vérité. J'aimais mieux mourir que de vivre sans elle. Après des mois de ténèbres intérieures, j'ai eu soudain et pour toujours la certitude que n'importe quel être humain, même si ses facultés naturelles sont presque nulles, pénètre dans ce royaume de la vérité réservé au génie, si seulement il désire la vérité et fait perpétuellement un effort d'attention pour l'atteindre.(...)
Sous le nom de vérité j'englobais aussi la beauté, la vertu et toute espèce de bien, de sorte qu'il s'agissait pour moi d'une conception du rapport entre la grâce et le désir. La certitude que j'avais reçue, c'était que quand on désire du pain on ne reçoit pas des pierres.»
Ensuite, ce n'est pas un papillon, elle ne cherche pas le savoir pour le savoir. Justement, la conférence de Lafforgue nous tiendra en haleine jusqu'à la conclusion sur une question que se pose Simone Weil :
« Dieu seul veut qu'on s'intéresse à lui, et absolument rien d'autre. Que faut-­il en conclure concernant la multitude des choses intéressantes qui ne parlent pas de Dieu ? Faut-­il conclure que ce sont des pièges du démon ? »
Enfin signalons que cette femme souligne le danger de la vulgarisation intellectuelle, elle veut entrer dans une science de tout son corps. Nous aurions perdu le sens de la réalité à cause de la vulgarisation scientifique.
Lafforgue nous propose trois mots pour poursuivre la réflexion mathématique de cette femme.

2 Algèbre


L'algèbre est cité de nombreuses fois, toujours pour être dénigré. Il est moins ce par quoi on le définit institutionnellement que le symbole pour Simone Weil de l'abandon humain de la pensée et du sens pour se tourner vers le machinisme et le retournement de l'homme vers le signe à la place du signifié, du sens. La pensée devient un outil. La chose pensante, l'homme est réduit à l'état de machine.


Ensuite cet algèbre est bien représentatif de la science moderne qui "n'est plus pensée". l'utilisation, au nom de l'efficacité de techniques acquises que l'on ne prend pas ou plus la peine de penser.
Elle oppose cette science moderne, à la classique (représentée par Descartes) qu'elle oppose encore avec la science grecque concentrée par la géométrie qu'elle exalte comme solution anti algèbre.
« La droite tracée à la craie, c'est ce qu'on trace à la craie en pensant à une droite. De même un acte de vertu, c'est l'action qu'on accomplit en aimant Dieu. (Le rapport est le même. On ne trace pas n'importe quelle ligne... On n'accomplit pas n'importe quelle action.) »
Derrière cette méfiance, il y a la foi de Mme Weil que derrière tout nombre, il y a le "logos", la parole de Dieu fait chaire.
« Le nombre, c'est le rapport spécifique de chaque chose avec Dieu, qui est l'unité. Le rapport universel, c'est le Logos ; la Sagesse divine, le Verbe divin, auquel l'univers est conforme par amour. »
« Dieu est médiation, et en soi tout est médiation divine. Analogiquement, pour la pensée humaine, tout est rapport – logos. Le rapport est la médiation divine. La médiation divine est Dieu. « Tout est nombre. »

3 Obéissance
Simone Weil évoque aussi l'obéissance des mathématiques, ainsi que leur douceur et leur docilité. Valeurs souvent associé à Jésus. C'est l'obéissance de la matière soumise à des lois et des êtres mathématiques aux implications logiques.
De là, Weil médite sur la matière. Elle lie son obéissance avec sa brutalité, ce qui est pour nous son insensibilité. Mais celle ci est finalement douceur puisqu'elle est obéissance à Dieu. Elle dit encore que c'est cette même souffrance que l'on trouve dans la beauté, les mathématiques et qu'on saisit expérimentalement au fond de nos souffrances. La science est comme la contemplation  de la sagesse paternelle de Dieu.
« La science – comme toute activité humaine – enferme une manière originale, spécifique, d'aimer Dieu. Cela, qui est sa destination, est aussi son origine. Nulle chose ne peut avoir pour destination ce qu'elle n'a pas pour origine. Idée contraire, idée de progrès, poison. »
Bref, ces observations amènent Simone Weil à décrire les mathématiques comme école de l'obéissance. celle ci nous conduit au consentement de ce qui est, à la nécessité. consentement et nécessité, images de la folie d'amour de Dieu, image du Logos. La mathématique a donc pour objet d'étude ce Logos; Donc celle-ci est en rapport avec le bien. Et encore plus précisément :

« La mathématique présente le mystère de la persuasion exercée par le bien sur la nécessité. »
Cette persuasion accouche de la beauté, sensible à quiconque, comme le dit Lafforgue, consent à ce qui est.
« Est beau dans la mathématique ce qui nous fait manifestement apparaître qu'elle n'est pas quelque chose que nous avons fabriqué. Cela, c'est la contradiction. »

4 Contradiction
comme Platon, Weil pense qu'elle est essentielle à la pensée. Elle est le signe donnée par la vérité à notre intelligence pour se dépasser, il faut la regarder dans les yeux et l'accepter. Elle dit même:
« Le mensonge est la fuite de la pensée humaine devant une contradiction essentielle, irrémédiable. Tout ce qui force par violence – car il y faut de la violence – à regarder en face la contradiction est un remède au mensonge, remède toujours douloureux. »
Plus que cela, elle pense surtout que la contradiction est au cœur de la science. Il faut savoir contempler les principes premiers des sciences dans leurs contradictions. Seul le bien étant sans contradiction, il est ce qui éclaire nos sciences qui par nature, selon elle, en sont remplis.
« Contradiction essentielle de notre conception de la science : la fiction du vase clos (fondement de toute science expérimentale) est contraire à la conception scientifique du monde. Deux expériences ne devraient jamais donner de résultats identiques. On s'en tire par la notion de négligeable. Or le négligeable, c'est le monde... »
Ce gout de la contradiction, selon Lafforgue, explique la préférence de Weil envers la géométrie contre l'algèbre qui ne permet pas de visualiser les contradictions (et donc l'essentiel de leur vérité) qui sont cachées par les signes. Ces contradictions ne sont que les inadaptations entre la raison naturelle et surnaturelle. Le meilleur exemple est la Trinité (un et trine) et l'impossibilité de penser le rapport entre les deux idées. Mais la mathématique nous aide.
« Ce qui est contradictoire pour la raison naturelle ne l'est pas pour la raison surnaturelle, mais celle­-ci ne dispose que du langage de l'autre. Néanmoins la logique de la raison surnaturelle est plus rigoureuse que celle de la raison naturelle. La mathématique nous donne une image de cette hiérarchie. »
Toujours plus loin, si nous les êtres mathématiques résistent à notre volonté (obéissance), ils résistent aussi à notre intelligence. Cette résistance est ce qui permet notre découverte de la beauté. Citons encore Weil :
« Le beau est l'apparence manifeste du réel. Le réel, c'est essentiellement la contradiction. Car le réel, c'est l'obstacle, et l'obstacle d'un être pensant, c'est la contradiction. Le beau dans la mathématique réside dans la contradiction."
Encore et toujours plus loin, il y a les coïncidences, ce sont les démonstrations indépendantes allant au même résultat. Ces coïncidences même est "ce qui échappe à la démonstration". Là où donc ne devrait régner que la nécessité, il y a autre chose pourtant. C'est pour elle scandale et joie.
« L'essence du beau est contradiction, scandale et nullement convenance, mais scandale qui s'impose et comble de joie. »
Lafforgue résume : La contradiction dans la mathématique et la science est d'abord épreuve de la nécessité et invitation à consentir à cette nécessité. Le consentement à la nécessité permet la manifestation de la coïncidence qui redouble le scandale et comble donc de joie.

5 conclusion
Tout le vocabulaire utilisé évoque la croix et la résurrection du Christ. Ce n'est pas un hasard car la contradiction des contradictions est la croix du Christ.
Revenons à la question introductive... Que faire de toutes ces choses intéressantes qui ne parlent pas de Dieu? Quel sens pour la recherche de connaissances? Pièges du démon ?


«Non, non, non. Il faut conclure qu'elles parlent de Dieu. Il est urgent aujourd'hui de le montrer. C'est en cela que consiste le devoir d'élever le serpent d'airain, pour qu'il soit vu et que quiconque le regarde soit sauvé. »

Le serpent d'airain fait référence au livre des nombres dans la bible et à ce symbole sculpté sur un mât dont la vue guérirait les hommes du peuple de Dieu, mordu par un serpent dans cette partie du désert. Jésus parle de cet évènement dans l’Évangile de Saint Jean où il compare l'élévation du Serpent d'airain et sa propre crucifixion à venir.
La multitude des choses intéressantes parlent bien de Dieu
Simone Weil fait donc une analogie entre vérité et science et le Christ et sa croix. tel la croix expose le Christ, ainsi les connaissances montrent la vérité crucifié. La contemplation de la contradiction est une façon de se laisser crucifier avec le Christ.


mercredi 19 septembre 2012

Serres, la tête de Saint Denis et le savoir


Ci dessous une émission de 5 min de Michel Serres sur le savoir.

(NdPC: elle n'existe plus....)


Rapidement, l'académicien relie le savoir avec l'histoire de son support. Il détermine alors 4 temps.

1) Au départ est le stade oral, les "artistes", les "anciens" pouvait chanter et réciter par coeur les histoires, mythes, souvenirs de la communauté, celui qui savait était celui qui se souvenait. Il avait la mémoire et la confiance de la communauté.

2) L'écriture vint, ce fut l'âge des scribes, Bible, Babylone, vélin, rouleau, tablettes. Le savoir est la rare bibliothèque

3) Puis l'imprimerie ! Tout devient plus accessible dans ma propre bibliothèque. Montaigne commence à dire : Je préfère une tête bien faite qu'une tête bien pleine.

4) Pour introduire le quatrième temps, Serres parle de Saint Denis.
Persécuté à Paris autour de l'an 250, cet évêque de Paris est condamné à la décapitation à Montmartre. Décapité en chemin, il prendra sa tête et montera au sommet de la colline.
Serres compare cette tête désolidarisée à un ordinateur portable et donc l'homme moderne à Saint Denis.En effet, cet ordinateur devient le siège de notre mémoire. Mais pas seulement mémoire personnelle, mémoire mondiale. Il dit que tout savoir est objectivé sous nos doigts. Serres va plus loin, il dit que nous sommes condamné à devenir intelligent. En effet, nous serions les enfants gâtés du savoir, nous n'avons plusqu'à ! Plus qu'à devenir intelligent, intuitif et innovant.


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Beaucoup de réactions en écoutant cette émission.
Le savoir serait une connaissance stockée et prête à être utilisé. Les capacités de stockage externe se développant, la notion de savoir s'est transformé et externalisé.
La conclusion de Michel Serres est paradoxalement optimiste. La condamnation à l'intelligence. Face à l’extériorité infinie des informations, nous, qui avons tout à notre disposition, nous n'avons plus qu'à être parfait. Mais la condamnation sonne comme une menace.
N'est on pas devenu des Saint Antoine du désert perçu par Flaubert. (cf: note précédente). Nous sommes face à une montagne de savoirs, d'opinions, de gens intelligents se contredisant. Face à cette montagne, nous sommes peut être condamnés à être intelligent ou bien à voguer dans les eaux tièdes du relativisme ou du parti pris. Je suis surpris que Serres ne parle pas de la confiance ni de la sagesse. Qui peut nous guider devant cette bibliothèque universelle ?
Cela aussi est lié avec les désirs de cerveau globale que nous partageons avec la communauté internet (n'ai je pas trouvé cette vidéo sur Twitter ?). Cerveau global théorisé par Howard Bloom, désiré par HG Welles.


Je repense à ce premier temps du savoir, le temps du "par  cœur ". Je pense à Fahrenheit 451 de Bradbury par Truffaut où les livres étant menacés, certains hommes devenait hommes-livres et apprenait par cœur un livre pour le conserver et se promettait de la transmettre à un jeune homme.
Je pense à un chef de chœur nous racontant l'histoire de la musique occidentale et de ces lignes mélodiques du grégorien parvenu jusqu'à nous sans écriture mais seulement par la répétition et la transmission de bouche à oreille avant la notation musicale.
Je me souviens de ce prêtre nous disant que la Bible n'est qu'un aide mémoire... Appuyant bien sur ce fait, il rappela que nous ne sommes pas une religion du livre mais une religion du verbe incarné. Le livre n'est que le moyen de transmettre une parole qui n'a plus qu'à s'incarner en nous.

Internet, la nouvelle technologie, comme le dit Serres, fait bien de nous des décapités. Le cerveau mondial technologiste et internetisé n'est il pas la montagne éloignées de nos têtes décapitées pour une communauté d'acéphale cher à Bataille (cf note précédente) ? Monstres défigurés par Internet ? Le geste de Saint Denis que nous rapporte la tradition prend de plus en plus de sens. Il reprend sa tête !
Tout d'abord, ce geste témoigne de la volonté de ce saint à se conformer au Christ. Mourir en haut de la colline comme Lui, témoigner de la foi en Lui. Ensuite, mourir et conserver sa tête avec Lui. Comme si la séparation du corps et de la tête était l'objectif ultime du mal. Comme si la sainteté de Denis nous indiquait que son unité corporelle en était le plus beau symbole.


Si nous allions au bout de la comparaison de Serres. Ne nous faut il pas reprendre notre tête, veiller sur elle?
Regoûter à l'apprentissage par la mémoire. Car tout ce que nous avons, n'est ce pas ce que nous sommes capable de donner, de transmettre à l'oreille d'un autre comme au temps oraux ?




dimanche 2 septembre 2012

La tentation de Saint antoine - Flaubert

Trouvé dans un petit stand de livres en vacances. 
Il m'a accompagné lors de ma rentrée.


J'ai trouvé une fiche de lecture ici !
C'est d'abord un livre étonnant, un mélange de poème, de pièce de théâtre, de roman, d’encyclopédie.
Nous rencontrons donc Saint Antoine du désert ermite du 4eme siècle, nous allons connaître, selon Flaubert, ses véritables tentations. Tentations retranscrites, originellement, par ses disciples, parlant de phénomènes hallucinants, violents et source de méditation artistique depuis des siècles.
Flaubert va nous montrer les différentes étapes des tentations, il y a bien sur les tentations des sept péchés capitaux, toujours mises en valeur, comme celle de la luxure. Éternel scandale de l'homme seul...(Même Méliès s'y est intéressé)
Par la suite, les tentations de Saint Antoine vont se faire plus métaphysique, philosophique et intellectuelle.
Pourquoi les dogmes, pourquoi l'isolement ? C'est aussi à ce moment que le livre devient un formidable catalogue. D'abord un tourbillon des hérésies connues à cette époque, Antoine voit passer devant lui tous les défenseurs principaux des thèses combattues par l'Eglise de ces siècles. Il y donne un merveilleux résumé des préoccupations et du foisonnement intellectuel et spirituel de cette époque. il nous rend vivants les préoccupations de ce temps et les combats du dogme après l'arrivée du Christ.
Puis petit à petit, toutes les religions apparaissent et parait devant nous la foule, la farandole des dieux présents de notre monde connu, les indiens, les égyptiens, bouddha, la gnose, la magie, les dieux Païens  Appolonius, Ormuz, les dieux grecs se mourant, les imaginations, chacun se présente et tente de convaincre Antoine .
Enfin apparaît le diable, il est une sorte de philosophe, métaphysicien nihiliste relativiste et en même temps invitant à l'adorer. Que sais tu de la réalité Antoine? Tu ne sais rien. Adore moi.
Viennent ensuite les tentation du suicide, encore une autre érotique, viennent ensuite la chimère et le sphinx, symbole des vanités mondaines et de la connaissance. D'autres chimères viennent encore...
Le livre se termine par le soudain monologue d'Antoine où il crie son plaisir d'être vivant et son désir d'appartenir à la matière. Au coucher du soleil, Jésus lui fait un signe, il peut enfin s'endormir en faisant son signe de croix...

Ce livre est incroyablement érudit, il ranime notre curiosité pour des époques, la perception de la religion pour les hommes, les civilisations, il éveille sur l'incroyable machine à dieux qu'est l'homme. Comment sa perception du monde s'incarne dans les Dieux, les philosophies, les nuances théologiques. Et Antoine, et Flaubert ? Ils sont fascinés, attirés et révulsés. Attirés par la beauté, les appels, les arguments, l'esthétisme, la sagesse, la folie de la production spirituelle du monde. Révulsés par le sang, les comportements extrêmes, les mécanismes humains mis en jeu. Plus, ce livre me paraît le fruit du sentiment catholique et relativiste de Flaubert. Catholique, car Flaubert défend (me semble t-il humblement) les vérités catholiques mais il est emporté par le tourbillon universel philosophique et spirituel. Comment trouver la vérité ? Tout et le contraire n'a t il pas déjà été dit, comment trancher? Le faut-il ? Pour Gustave, "la bêtise consiste à vouloir conclure". Conclure, c'est choisir parmi tous ces gens, il ne nous restent plus qu'à voir mourir les dieux, philosopher avec le diable et échapper à la vanité du monde et du suicide. Quelle espérance pour Flaubert ? L'Art, la recherche de la vérité et de la bêtise, son livre lui même, sa lucidité...et peut être bien dormir convaincu que "l'être" est présent et nous fait un clin d’œil.
Mais, ces tentations, ne sont elles pas celles de notre temps. Le nihilisme philosophique ainsi que la tentation relativiste. En lisant ce livre, j'avais la vision d'internet, son mitraillage permanent du monde, de ses pensées, de ses hérésies. Cette tentation de Saint Antoine ne s'est elle pas généralisée à notre époque. en qui mettre sa confiance quand tout le monde contredit tout le monde. Ce livre nous permet de rentrer dans le confusionnisme de notre temps et de creuser notre situation. il nous permet de voir aussi que nous sommes ce que nous pensons et croyons (quand bien même nous ne le savons pas.). 
Plus tard avec Bouvard et Pécuchet, Flaubert refera une nouvelle encyclopédie, l'encyclopédie des sciences essayées par les deux héros échouant sans cesse. Comment appréhender notre monde scientifique ? Comment s'échapper de la bêtise universelle ???? (internet ?)
Comment se lover dans les draps de la vérité?
Ne sont ce pas les questions d'Auguste ?



Pour finir, un film retrouvé sur ina.fr. Reportage sur la mise en scène par Jean Louis Barrault au théâtre de l'Odéon des tentations de Saint Antoine, avec un jeune Maurice Béjart et une vision intéressante du sujet.