Il est bon de lire propaganda d'Edouard Bernays. Cela peut nous faire devenir paranoïaque, mais permet de comprendre le point aveugle de la démocratie ou bien son principal risque.
Il est difficile de savoir au départ si le livre est cynique ou innocent. Ou plutôt, il édicte des lois cyniques avec innocence. Ou comment vendre de la place de cerveau disponible ou l'inconscient (il est le neveu de Freud) aux entreprises et aux politiciens tout en leur donnant bonne conscience.
Ou comment encore initier l’ingénierie du consentement (se souvenir de la note sur storytelling). Propaganda semble le premier livre de marketing, son livre originel.
Il faut pourtant d'abord s'avouer ce qu'il y a de juste dans les écrits de Bernays.
Nos opinions ne valent rien. L'individu pense rarement et quand il croit penser il ne fait que recycler l'opinion ou l’animosité d'un groupe. La propagande n'est que la manière de donner les préjugés nécessaires aux temps démocratique ou l'autorité n'est plus visible et évidente. La démocratie ne peut devenir que le temps de l'illusion de l'autonomie de l'individu, l'homme est grégaire et il existe une psychologie des foules. Nos décisions solitaires ne le sont jamais et nos motivations profondes ont des origines que nous ne nous pouvons pas nous avouer... Tout est désir. Et notre époque "d'hommes libres" sans transcendance sont des gibiers tout naturel pour cette propagande. (Encore une fois Chesterton. L'homme a soit des dogmes, soit des prejugés.) Pour un girardien, tout cela semble évident. L'homme est un être religieux. Besoin de foi, d'idoles.
A partir de ces vérités, avec une bonne dose d'expérience et sur de son bon droit, Bernays nous explique qu'on peut tout faire faire. Pour les entreprises, les associations, les pouvoirs politiques, les idées à rependre, l'éducation, oeuvre sociales, la science, l'art. La propagande est partout là ou il faut transmettre...
Les méthodes sont toujours les même, le slogan, la personne d'autorité, les associations d'image, distinguer les motivations et les prescripteurs et jouer dessus.
Ensuite, les médias jouent leur jeu. Tout est possible et à adapter à la cible visée.
Bernays entend les critiques, mais il répond...
Tout est propagande et il faut accepter le fait que la masse ne réfléchit pas. Il faut donc selon lui accepter qu'il y ait une minorité intelligente qui influence les comportements, les pensées d'une masse par nature dangereuse, chaotique et qui a besoin d'autorité, de dieux.
Bernays pense aussi que la propagande est bonne si le représentant ne ment pas. La bonne volonté suffit pour faire la bonne propagande...
Tout au long du livre Bernays justifie l'existence d'une minorité intelligente discrète, peu ou pas soudée qui insuffle ce qu'il est bon de penser et d'acheter pour la foule. Cachée car il faut finalement respecter le mythe du libre arbitre et de l'autonomie des individus.
Implicitement, Bernays présente la raison comme une semence de chaos. Face aux individus se croyant égaux, et qui finalement ne savent pas qui il sont, il faut donner des modèles et des dieux autant qu'il est nécessaire pour les rendre tranquilles et pour le bien de la communauté.
Comment contrer ce message qui nous révolte tous peu ou prou ?
Il faut d'abord accepter que nous sommes des êtres à la recherche d'autorité et des faiseurs de Dieu. (La carence ontologique diagnostiquée par Girard) Il faut ensuite croire en la raison humaine. Croire que nous pouvons par analogie, syllogisme, comprendre les mécanismes humains. Croire qu'il existe une vérité. Une vérité qui a besoin d'une "propagande" à sa propre mesure. Croire que la raison humaine peut conduire à cette vérité. Croire que l'individu existe tout en sachant qu'il est indéchirable de la société, de la foule.
Il faut aussi être humble. Quand bien même cela est bête a dire. Bernays a une confiance absolue en sa minorité intelligente. Mais en quoi croit elle cette minorité ? Qui est elle ? N'y a t il que concorde et consensus entre elle ? Que sait elle du bien de la foule et de ce qui est nécessaire ? Sur quel principe ? Nous ne saurons pas. (cet orgueil est confirmé par le film, the century of the self, sa fille y raconte comment le jugement de stupidité tombait sur tous les contemporains de Bernays). Il faut certainement accepter qu'il existe une élite forte, plus maline que le reste de la population. Bernays n'illustre t-il pas le moment où cette élite voit encore ce privilège de la raison développée comme un service et une responsabilité (Propaganda fidei) mais dont la formulation de cette responsabilité commence à se transformer en abus ?
Bref, ce livre, paradoxalement nous invite à l'humilité, reconnaître que nous avons besoin d'autorité. Elle nous invite à ambitionner d'être des individus raisonnables qui savent accorder avec intelligence et coeur notre confiance à la plus juste autorité, à l’honnêteté. Comment chercher la vérité et communiquer notre recherche à nos frères humains ? (dans ce cas, je conseille Fumaroli, la syntaxe, la grammaire et l’éloquence, que notre communication soit toujours une liberté pour ceux qui nous entourent.)
Ce livre m'invite à réfléchir sur notre monde moderne mangé par la communication et la propagande, nos têtes et nos cerveaux sont des cibles pour des autorités dont nous ne savons que peu de choses. Nous nous engageons dans des achats, des opinions, des groupes dont nous ne savons pas quel est leur dieu et leur transcendance ultime.
Ce livre nous invite à réfléchir sur la religion. D'abord comme besoin individuel, envie d'imiter, d'adorer et d'être adoré, religion comme rempart et porte ouverte à la violence. Comment imitons nous pour être proche d'une idole ou d'une divinité ? Et enfin, comme besoin social.
Bernays a des intuitions merveilleuses quand il dit qu'il comprend la propagande comme un outil, dédié aux classes intelligentes pour sauver la société du chaos. Il parle en véritable prêtre de la politique et de la marchandisation. Il souhaite diriger les masses, il en contient la violence en leur montrant les objets à acheter ou des ennemis à haïr. Propaganda est le livre saint, le livre des lois de la religion moderne sacrificielle. En cela l'enfer des choses de Dupuy et Dumouchel en serait l'antidote. Girard l'est aussi, nous nous rendons compte grâce à lui que la propagande a besoin d’idolâtres pour faire passer ces messages. Refusons l’idolâtrie et nous serons moins sensible contre la propagande politico marchande et plus sensible à la vérité, but du chemin de la raison et dont la véritable "propagande" est l'apprentissage de la marche sur ce chemin.
Bernays a des intuitions merveilleuses quand il dit qu'il comprend la propagande comme un outil, dédié aux classes intelligentes pour sauver la société du chaos. Il parle en véritable prêtre de la politique et de la marchandisation. Il souhaite diriger les masses, il en contient la violence en leur montrant les objets à acheter ou des ennemis à haïr. Propaganda est le livre saint, le livre des lois de la religion moderne sacrificielle. En cela l'enfer des choses de Dupuy et Dumouchel en serait l'antidote. Girard l'est aussi, nous nous rendons compte grâce à lui que la propagande a besoin d’idolâtres pour faire passer ces messages. Refusons l’idolâtrie et nous serons moins sensible contre la propagande politico marchande et plus sensible à la vérité, but du chemin de la raison et dont la véritable "propagande" est l'apprentissage de la marche sur ce chemin.
Une note viendra aussi sur the century of the self, film documentaire anglais très intéressant.
Ci dessous un résumé par chapitre et les citations ayant plus particulièrement retenues mon attention :


