Affichage des articles dont le libellé est Bernays. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bernays. Afficher tous les articles

mercredi 28 août 2013

the century of the self d'Adam Curtis. Le XXeme narcissique et manipulateur.

Je vous conseille fortement la vision du reportage "The century of the self" de Adam Curtis. Nécessaire pour comprendre le XXème siècle capitaliste et psychologique qui est devenu narcissique et manipulateur....

1èr épisode, Machines à bonheur

2nd épisode, la fabrique du consentement

3 épisode, Il y a un policier dans chacune de vos tête, il doit être détruit.

4ème épisode, 8 personnes sirotant du vin à Kettering



On ne peut résumer l’histoire de l’occident au XXème siècle à celle des recherches psychologiques et de leur application. Mais il me semble, après avoir vu le reportage de Adam Curtis "the century of the self", qu’on ne peut pas les évacuer non plus. Je crois que l’on tient ici un fil crucial pour la compréhension de celui-ci, sa violence, l’évolution de son esprit, sa passion des objets et du "soi-même". L’ambition de Curtis est gigantesque mais il en résulte une série de reportage passionnant avec certainement des éléments vus trop rapidement ou trop appuyés mais le tout est très convainquant au final par ses images, témoignages, la logique globale du reportage et ce que je distingue comme rationnalité. 
Il montre l’évolution de l'individu occidental, de l’homme traditionnel à l’individu consommateur. De Freud à Clinton. (Même si plus que jamais, Freud me semble le prophète de Girard, qui aide mieux à comprendre dans sa globalité "l'inconscient", le désir, la foule et les processus d’indifférenciation et de bouc émissaire....)
Le développement de la science psychologique permet de comprendre aux politiciens et aux industriels que l’homme est principalement irrationnel dans ses motivations et ses actions. La violence, le sexe, la séduction, le grégarisme sont à l’intérieur des hommes. Comme vu précédemment, Bernays est le premier à vouloir adapter les thèses de Freud son oncle pour le business et la politique. Ses thèses arrivent au moment de la poussée démocratique et donc de désir d’égalité et d’anti-domination politique ainsi que dans une société de désir et non plus de demande. Les politiciens et les producteurs ont besoin de l’industrie du consentement pour gagner des élections et vendre leurs produits. Devant le chaos du capitalisme devenu fou et la réaction totalitaire, Freud et la psychologie prennent peur. Ils comprennent qu’ils ont de la dynamite entre la main.
Mais le pouvoir se prendra désormais toujours par ceux qui savent lire les besoins du peuple et les combler. Tout devient ensuite évolution et tergiversations de la science psychologique, de l’adaptation du business, de la politique et des masses elles-même.
D’abord, pris en main par Anna Freud et ses amis, la psychologie mue par ses découvertes effrayantes sur l’irrationalité de l’homme poussera les institutions à jouer au sur-moi des individus, réprimer les pulsions et jouer sur le conformismes et même pourquoi pas contrôler l’individu et la masse.  Devant le malaise et les échecs de ces mouvements, les individus vont se mettre en révolte et chercher à développer leur propre moi débarrassé de l’enveloppe conformiste créée par une société de consommation. Les politiciens et les producteurs commencent à avoir peur, mais découvrent que ces gens sont au final des bons consommateurs qui cherchent leur "moi" dans la consommation particulière. C’est le temps des études lifestyle, des études marketing. Nous arrivons à l’individu narcissique, imbu de la libération du désir, et de sa réalisation. Ceci va conduire au succès paradoxaux des politiciens libéraux de Reagan à Blair, avide de focus groupe. Nous sommes passés d’une société  de grands mouvements politiques aux politiciens prestataires de service face aux électeurs consommateurs manipulables. (Remember, par exemple, Sarkozy-Guaino-Buisson 2007 !!!!)

Que faire ? C’est cette question qui me vient face à ce reportage mais c’est aussi la question à laquelle ont répondu les politiciens, psychologues et industriels. Que faire face à un monde qui n’a plus d’autorité ni de médiateur externe a respecter ? Que faire face à la violence de l’homme sans sacré ? (puis aussi que faire pour s’enrichir...) Les politiciens face a la compréhension psychologique ont donné à leur peuple de plus en plus, de mieux en mieux ce dont ils avaient besoin. Des marchandises à foison, l’illusion d’un moi autonome. Sans le percevoir, la masse s’est laissé manipulée. A la place des castes et des rois, nous avons reçu l’illusion du moi et des spin doctors. Ce reportage conforte le girardien sur la nature mimétique de l’homme, on pourrait s’en désoler à la vue de ce reportage. Car qui le sait et l’exploite (psychologie-marketing) maîtrise le peuple et s'enrichit sur lui. Ce qui est la devise positive du marketing : « Nous donnons au gens ce qu’ils veulent vraiment »  devient la règle de sa manipulation et de l’esclavage des hommes.
Le chrétien tentera de dire qu’il faut le savoir, non s’en servir mais comprendre la vocation de l’homme à une relation parfaite avec "l’être". L’Eucharistie est le centre des désirs des hommes, et sa vocation, manger Dieu mort et ressuscité pour entrer en communion avec lui. L’utilisation consommatrice de cet élan ne conduit que vers l’irrationalité, le mensonge. Si la raison conduit vers l’Eucharistie, la propagande conduit vers la consommation comme religion. Notre monde de consommateur devient une grande singerie de l’Eglise adoratrice.
La publicité ne ne reprend elle pas pour elle la prière eucharistique, "fruit de la nature et du travail des hommes"... mangez en tous... Devenez ce que vous recevez. Et Bernays (et tous les marketeurs après lui) disent que ceci est le pain de l’alliance éternelle et de la paix.
D’un point de vue sociale,  on comprend que cette religion a besoin de grands prêtres (politiciens, industriels, marketing)  pour canaliser la violence du groupe. Ecoute des prières, production illimitée de marchandises, canalisation de la violence et au final avidité du pouvoir et mépris de la raison.  La marchandise, l’argent sont les boucs-émissaires déifiés et consommés de cette religion. Cependant, cette religion repose sur des mensonges et de idolâtrie, ses structures sociales et spirituelles conduisent vers des aberrations qui rentrent en contradiction (individualisme, autonomie du désir, productivisme et propagande de plus en plus irrationnelle). N’est ce pas aussi "l’apocalypse" (la révélation) que nous vivons ? Encore une fois, dans un monde sans béquille sacrificielles, que faire du désir des hommes si ce n'est les présenter devant la croix du Christ ?


A noter cette lettre de Huxley a Orwell....


Résumé, épisode par épisode :

mardi 16 juillet 2013

Propaganda - Edward Bernays

Il est bon de lire propaganda d'Edouard Bernays. Cela peut nous faire devenir paranoïaque, mais permet de comprendre le point aveugle de la démocratie ou bien son principal risque.
Il est difficile de savoir au départ si le livre est cynique ou innocent. Ou plutôt, il édicte des lois cyniques avec innocence. Ou comment vendre de la place de cerveau disponible ou l'inconscient (il est le neveu de Freud) aux entreprises et aux politiciens tout en leur donnant bonne conscience.
Ou comment encore initier l’ingénierie du consentement (se souvenir de la note sur storytelling). Propaganda semble le premier livre de marketing, son livre originel.
Il faut pourtant d'abord s'avouer ce qu'il y a de juste dans les écrits de Bernays.
Nos opinions ne valent rien. L'individu pense rarement et quand il croit penser il ne fait que recycler l'opinion ou l’animosité d'un groupe. La propagande n'est que la manière de donner les préjugés nécessaires aux temps démocratique ou l'autorité n'est plus visible et évidente. La démocratie ne peut devenir que le temps de l'illusion de l'autonomie de l'individu, l'homme est grégaire et il existe une psychologie des foules.  Nos décisions solitaires ne le sont jamais et nos motivations profondes ont des origines que nous ne nous pouvons pas nous avouer... Tout est désir. Et notre époque "d'hommes libres" sans transcendance sont des gibiers tout naturel pour cette propagande. (Encore une fois Chesterton. L'homme a soit des dogmes, soit des prejugés.) Pour un girardien, tout cela semble évident. L'homme est un être religieux. Besoin de foi, d'idoles.
A partir de ces vérités, avec une bonne dose d'expérience et sur de son bon droit, Bernays nous explique qu'on peut tout faire faire. Pour les entreprises, les associations, les pouvoirs politiques, les idées à rependre, l'éducation, oeuvre sociales, la science, l'art. La propagande est partout là ou il faut transmettre...

Les méthodes sont toujours les même, le slogan, la personne d'autorité, les associations d'image, distinguer les motivations et les prescripteurs et jouer dessus.
Ensuite, les médias jouent leur jeu. Tout est possible et à adapter à la cible visée.


Bernays entend les critiques, mais il répond...
Tout est propagande et il faut accepter le fait que la masse ne réfléchit pas. Il faut donc selon lui accepter qu'il y ait une minorité intelligente qui influence les comportements, les pensées d'une masse par nature dangereuse, chaotique et qui a besoin d'autorité, de dieux.

Bernays pense aussi que la propagande est bonne si le représentant ne ment pas. La bonne volonté suffit pour faire la bonne propagande...

Tout au long du livre Bernays justifie l'existence d'une minorité intelligente discrète, peu ou pas soudée qui insuffle ce qu'il est bon de penser et d'acheter pour la foule. Cachée car il faut finalement respecter le mythe du libre arbitre et de l'autonomie des individus.

Implicitement, Bernays présente la raison comme une semence de chaos. Face aux individus se croyant égaux, et qui finalement ne savent pas qui il sont, il faut donner des modèles et des dieux autant qu'il est nécessaire pour les rendre tranquilles et pour le bien de la communauté.

Comment contrer ce message qui nous révolte tous peu ou prou ?
Il faut d'abord accepter que nous sommes des êtres à la recherche d'autorité et des faiseurs de Dieu. (La carence ontologique diagnostiquée par Girard) Il faut ensuite croire en la raison humaine. Croire que nous pouvons par analogie, syllogisme, comprendre les mécanismes humains. Croire qu'il existe une vérité. Une vérité qui a besoin d'une "propagande" à sa propre mesure. Croire que la raison humaine peut conduire à cette vérité. Croire que l'individu existe tout en sachant qu'il est indéchirable de la société, de la foule.

Il faut aussi être humble. Quand bien même cela est bête a dire. Bernays a une confiance absolue en sa minorité intelligente. Mais en quoi croit elle cette minorité ? Qui est elle ? N'y a t il  que concorde et consensus entre elle ? Que sait elle du bien de la foule et de ce qui est nécessaire ? Sur quel principe ? Nous ne saurons pas. (cet orgueil est confirmé par le film, the century of the self, sa fille y raconte comment le jugement de stupidité tombait sur tous les contemporains de Bernays). Il faut certainement accepter qu'il existe une élite forte, plus maline que le reste de la population. Bernays n'illustre t-il pas le moment où cette élite voit encore ce privilège de la raison développée comme un service et une responsabilité (Propaganda fidei) mais dont la formulation de cette responsabilité commence à se transformer en abus ?

Bref, ce livre, paradoxalement nous invite à l'humilité, reconnaître que nous avons besoin d'autorité. Elle nous invite  à ambitionner d'être des individus raisonnables qui savent accorder avec intelligence et coeur notre confiance à la plus juste autorité, à l’honnêteté. Comment chercher la vérité et communiquer notre recherche à nos frères humains ? (dans ce cas, je conseille Fumaroli, la syntaxe, la grammaire  et l’éloquence, que notre communication soit toujours une liberté pour ceux qui nous entourent.)

Ce livre m'invite à réfléchir sur notre monde moderne mangé par la communication et la propagande, nos têtes et nos cerveaux sont des cibles pour des autorités dont nous ne savons que peu de choses. Nous nous engageons dans des achats, des opinions, des groupes dont nous ne savons pas quel est leur dieu et leur transcendance ultime.

Ce livre nous invite à réfléchir sur la religion. D'abord comme besoin individuel, envie d'imiter, d'adorer et d'être adoré, religion comme rempart et porte ouverte à la violence. Comment imitons nous pour être proche d'une idole ou d'une divinité ? Et enfin, comme besoin social.
Bernays a des intuitions merveilleuses quand il dit qu'il comprend la propagande comme un outil, dédié aux classes intelligentes pour sauver la société du chaos. Il parle en véritable prêtre de la  politique et de la marchandisation. Il souhaite diriger les masses, il en contient la violence en leur montrant les objets à acheter ou des ennemis à haïr. Propaganda est le livre saint, le livre des lois  de la religion moderne sacrificielle. En cela l'enfer des choses de Dupuy et Dumouchel en serait l'antidote. Girard l'est aussi, nous nous rendons compte grâce à lui que la propagande a besoin d’idolâtres pour faire passer ces messages. Refusons l’idolâtrie et nous serons moins sensible contre la propagande politico marchande et plus sensible à la vérité, but du chemin de la raison et dont la véritable "propagande" est l'apprentissage de la marche sur ce chemin.

Une note viendra aussi sur the century of the self, film documentaire anglais très intéressant.

Ci dessous un résumé par chapitre et les citations ayant plus particulièrement retenues mon attention :