Affichage des articles dont le libellé est auto transcendance. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est auto transcendance. Afficher tous les articles

lundi 2 février 2015

La marque du sacré de Jean Pierre Dupuy - post global et final

Voici le menu de ce livre dont j'ai pris la peine de m'arrêter à chaque chapitre qui sont autant d'essais convergents vers quelques idées percutantes et essentielles.
Nous sommes des êtres religieux, tous nos comportements, même les plus laïques et obligatoires, nous le montrent si nous portons un peu d'attention. Mais de plus, Dupuy se paie le luxe de démontrer comment nous créons nos dieux. Tout est question d'auto transcendance ou Satan expulse Satan comme dirait Jésus. Le collectif humain a la capacité de créer leur propre extériorité. Le mal se met à distance de lui-même pour se contrôler et prendre la figure du bien.
Nos époques vivent la fin de la distinction entre la bonne et la mauvaise violence, nous sommes à la recherche désespéré d'un point extérieur.
Les rationalismes contemporains n'arrivent plus à appréhender la forme de l'auto transcendance et cela ne fait qu'un avec la dénégation qui les constitue : le refus d'admettre que les rationalités qu'ils mobilisent s'enracinent dans l'expérience du sacré. Cette erreur nous rapproche de la catastrophe ou de la révélation qu'elle constitue...
La science du religieux est la science la plus aboutie de la connaissance humaine...










mardi 27 janvier 2015

Chaptre VII - Variations sur Vertigo - La marque du sacré de Jean Pierre Dupuy

Et, ici, la somme des chapitres...

"Quand je mourrai, rien de notre amour n'aura jamais existé

Dupuy termine le livre par un chapitre original et très personnel, il sera basé sur le film Vertigo de Hitchcock, il va retrouver presque tous les termes de son travail précédent et va lui permettre de ré-appuyer sur certains sujets évoqués dans tout le livre, il y a un magnifique effet de quintessence. Ce film m'a construit semble dire Dupuy qui a une relation obsessionnelle à ce film. "Ma vie était inscrite dans l'oeuvre", "Je lui dois ma passion pour la logique, la philosophie et la métaphysique. L'auto extériorisation par laquelle l'intérieur d'un système se projette à l'extérieur de lui-même, le temps, la catastrophe qui révèle le sens des événements qui la précèdent."
Attention plein de spoiler du film ensuite (et voici un résumé)

Du mode d'existence de Madeleine

Scottie, le héros du film tombe amoureux d'abord d'une femme qui n'existe pas, c'est une fiction dans la fiction qu'est Vertigo. (A ce propos, comment faisons nous pour distinguer le faire semblant, du faire semblant de faire semblant ?). La mort de Madeleine la transforme elle et son amour en quelque chose qui n'aura jamais été. A l'inverse de ce qu'à pu dire Jankélévitch sur la vie : Celui qui a été ne peut plus désormais ne pas avoir été : désormais ce fait mystérieux et profondément obscur d'avoir été est son viatique pour l'éternité.
Madeleine en avait l'intuition et l'avait soufflé (seul moment de vérité ?) avant de monter au clocher.... On ne revient pas du néant ontologique, Judy meurt comme Madeleine avant de comprendre cela...

La catastrophe et le temps 
Bergson écrivit dans le texte : le possible et le réel. "Je crois qu'on finira par trouver évident que l'artiste crée du possible en même temps que du réel quand il exécute son œuvre." et puis "Au fur et à mesure que la réalité se crée, imprévisible et neuve, son image se réfléchit derrière elle dans le passé indéfini; elle se trouve avoir été, de tout temps, possible ; mais c'est à ce moment précis qu'elle commence à l'avoir toujours été, et voila pourquoi je disais que sa possibilité, qui ne précède pas sa réalité, l'aura précédée une fois la réalité apparue."

On retrouve dans Vertigo cet hommage au futur antérieur et aux temps de la catastrophe qui mélange fixité et incertitude. Si on fixe trop l'avenir catastrophique, on aura perdu la finalité de l'opération qui est de motiver la prise de conscience.


Dupuy se répète par rapport à d'autres chapitres, il faut tenir la catastrophe comme un destin et simultanément comme un accident contingent : Il pouvait ne pas se produire, même si au futur antérieur, il apparait comme nécessaire. Métaphysique des humbles qui croit que si un événement marquant se produit, c'est qu'il ne pouvait pas ne pas se produire, mais tant qu'il n'est pas produit, il est inévitable.
Cette métaphysique est celle du récit sacré. C'est celle aussi de Vertigo

L'objet du désir
L'amour de Scottie aura rendu existant un personnage de fiction. Mais pourquoi l'aime t-il ? Apparemment elle est possédée par l'histoire de son ancêtre Carlotta et ne peut la posséder. Il est fasciné par elle, fasciné par la mort... Elle est le type de femme qu'on épouse pas car elle cesserait d'être ce qu'elle est. Scottie pensait pouvoir la posséder, erreur...
De même en comprenant l'identité de Judy, il comprend qu'il n'a fait à Judy que ce qu'a fait déjà avant lui Elster quand celui-ci a transformé Judy en Madeleine. Quand il s'en rend compte, il dit que celui ci a fait Madeleine mieux que lui, envie, envie. Il n'a fait qu'une copie de Madeleine qui n'était elle-même qu'une copie (qui n'était qu'une copie faite par Hichcock....), c'est à dire un simulacre, de l'objet réel, lequel n'a aucun intérêt sinon la fortune qu'il rapporte par son suicide présumé. On ne saurait dire avec plus de force et d'ironie dévastatrice l'inanité du désir. Désir mimétique, il n'a désiré qu'une image fabriquée par un autre


Le sens du passé
Tout comme la fleur de Coleridge de Borgès, la jetée de Chris Marker, Vertigo possède une structure particulière face au passé. La cause est postérieure à l'effet, le motif du voyage est une conséquence de ce voyage. Cette structure entre lien et passé est la même que celle du sacré.

Pour que l'expérience du projet puisse venir à l'existence, la boucle doit se refermer sur l'origine, non pas le passé mais l'avenir devenu futur antérieur. Si la structure ne se boucle pas, le temps du projet qui est fiction métaphysique, révèle son statut de fiction qui est de n'avoir jamais été. La fiction dans la fiction entre Madeleine et Carlotta se boucle parfaitement, mais quand Scottie refait le même voyage avec Judie et Madeleine, la boucle ne se referme pas et c'est la tragédie. Qu'est ce qui empêche la boucle de se boucler ? Scottie et Judy font un voyage dans le passé pour redevenir Scottie et Madeleine et essayer de sauver un amour. la volonté de contrôle de Scottie change tout. Puis il observe le collier de Carlotta possédé par Judy. Le cercle ne se boucle pas, le symbole de Vertigo n'est pas le cercle mais le cercle qui veut se renfermer sur lui même  et n'y arrive pas... Cela devient une spirale tourbillonnante dans l'abime.


A la toute fin de ce chapitre et du livre donc, Dupuy témoigne de l'amour, il prend l'exemple d'un patient du docteur Frankl endeuillé de sa femme. S'il pouvait créer une femme en tout point pareil de sa femme le ferait il vraiment ?
Une personne ne se résume pas à ses caractéristiques, l'amour pour sa femme échappe au temps linéaire, au temps vu comme réceptacle linéaire des événements





dimanche 15 juin 2014

La marque du sacré de Jean pierre Dupuy 1ere partie

Et ici, la somme des chapitres...


Je souhaiterais commencer par ce poste mon suivi de lecture du livre incroyable qu'est La marque du sacré. (fiche de lecture pas mauvaise ici)
Résumé et autobiographie intellectuelle que nous offre Jean-Pierre Dupuy. Grâce à René Girard, il nous invite à regarder les traces du sacré qui existent dans notre monde moderne. Cernons l'auto-transcendance là où elle est et soyons des êtres responsables.

Sur ce post, je vous propose une lecture de l'intro et du premier chapitre. Je compte encore faire 6 notes sur les six autres chapitres.



En s'enlevant les dieux, les sociétés humaines se sont seulement enlevés les extériorités par lesquelles elles agissaient, désormais les hommes sont ainsi que le baron de Münchhausen se tirant hors du marais en se tirant par les lanières de ses bottes (ou par sa natte).

La raison garde la trace indélébile de son enracinement originel dans l'expérience religieuse. La science du religieux et de l'homme ne font qu'un. 
Dupuy nous demande de retenir une chose du sacré : L'ordre social contient la violence dans les deux sens du terme. Le mal se met à distance de lui même pour se contrôler et prendre la figure du bien. La panique est le moment où on ne fait plus la différence entre ces deux figures du mal. (Comme le sacrifice/le meurtre ou argent/crédit)

Or nous vivons un temps d'indifférenciation depuis 2008, quelle distinction entre le poison économique  et le médicament proposé ? La régulation n'a plus de sens. Nous sommes à la recherche d'un point extérieur. La loi  ? Comment peut elle être extérieur alors que nous l'avons créé. Tout bien de nouveau recherché ressemble au mal que nous voulons réfréner. 
La richesse n'est elle pas ce qui est désiré par celui dont nous recherchons le regard sur nous ? Nous sommes en pleines confusion des contraires mais ces crises sont programmés comme celles qui sont programmées  dans les phases spéculatives mais les rationalistes se rassurent en désignant des coupables, ils refusent de voir le trou noir où s'abolissent les différences et où s'engendrent par auto transcendance les sociétés humaines, or, il faut désormais penser ce trou !

Or le sacré est le mouvement du Satan expulsant Satan, de l’auto-extériorisation de la violence des hommes sous forme de rites pratiques et réussit à ce contenir elle-même. Elle est la création de la différence entre bonne et mauvaise violence. La modernité est remise en cause du sacré. Et si ces deux violences n'en faisait qu'une ???? 
(Question subsidiaire : Peut il y avoir savoir de l'auto-transcendance sans transcendance véritable ? Autrement posé Dieu existe ou non ? Girard répond oui, Dupuy non... Mais ce n'est pas le sujet du livre...)
Le sacré contient la violence dans les deux sens du termes. (ex de la bombe atomique)

Il en résulte que l'impuissance des rationalismes contemporains à appréhender la forme de l'auto transcendance ne fait qu'une avec la dénégation qui les constitue : le refus d'admettre que les rationalités qu'ils mobilisent s'enracinent dans l'expérience du sacré.
C'est donc l'objectif du livre retrouver le sacré là où il n'y a que le voile de la rationalité à se montrer. L'humanité se fait tracter  par une vision de l'avenir qu'il a projeté en avant de lui-même.

Or dorénavant, la perspective de l'apocalypse est plus que jamais nécessaire pour saisir le monde et ses changements




Chapitre 1 penser au plus près de l'apocalypse


Le monde va à la catastrophe. Le mal est en nous et même dans nos actions et dans ses conséquences inattendues. Notre développement basée sur la technique nous conduit à la mort. Nos seules solutions ne répètent que le "plus de" dont nous ne cessons mourir. Les prophètes de malheur ne sont pas croyables. Notre monde économique ne voit que l'avenir sous le prisme de l'évolution des prix et des raretés futures, nous ne voyons plus les autres risques. Le risque n'est pas visible pour une communauté tant qu'elle y voit des solutions.
Dupuy explique son concept de catastrophisme éclairé, ne parlons plus de moral aux hommes pour la protection écologique, cela ne conduit qu'à l'écolo fascisme, or nous ne voulons pas survivre pour survivre ni sacrifier notre autonomie morale. La crise doit être au contraire le lieu de la reconquête du sens.
Nous devons arrêter de croire à la neutralité technique, elle participe, elle aussi à l'action des hommes et au déclenchement de processus non voulu et non choisi. Arrêtons de vouloir nous sauver de la technique par la technique. Exemple d'apprenti sorcier par dessein avec le désir de perte de contrôle.



La crise que nous vivons est apocalyptique car elle révèle la violence des hommes. Dupuy cite l'évangile de Marc (13) il montre comment Jésus démystifie l'imagerie apocalyptique (tsunami et tours écrasées). La révélation n'est pas la fin pour le chrétien, elle est toujours au centre de l'histoire avec la Passion, mais la fin appartient à l'éternité, nous pourrons en parler seulement au passé antérieur. Tout aura toujours déjà pris un sens. Veillons à ne pas être fasciné. Projetons nous dans l'après catastrophe et voyons les destins que nous pouvons écarter.

Car finalement, Dupuy l'affirme, seule la religion nous permet de bien mettre des mots sur notre monde moderne, Dupuy propose un voyage entre Ivan Illich et René Girard deux philosophes qu'il a bien connus (voir ici aussi pour plus de précision), ces deux hommes tombent sur un désaccord le monde moderne est travaillé par des idées chrétiennes avec un message corrompu. Dupuy rappelle le concept de contre productivité, à partir d'un moment pivot, les institutions génèrent l'inverse de ce pour quoi elles sont faites (les télécommunications rendent sourds et muets, la médecine détruit la santé, etc...). Dupuy pose la question, comment n'avons nous pas encore compris que les biotechnologies sont des promesses auto destructives de la santé physique et intime de l'homme. Nous ne donnons plus sens à la vie à la mort, à la finitude humaine, nous sommes des technocrates de nous mêmes. Nous ne sommes pas un problème en attente de solution technique. Or le mal, ici est invisible. Méfions nous seulement des cléricatures et des industriels du bien, de ceux qui travaillent aux salut des autres hommes malgré eux. Illich nous prévient, le mal s'autonomise par rapport aux intentions de ceux qui le commettent. 

Girard, lui est l'insensé qui dit que l'histoire a un sens, la science de l'homme est possible et c'est la religion qui le permet et le Christianisme possède le savoir sur le monde humain. Le geste humain est de faire des dieux en faisant des victimes, la foule en délire fabrique du sacré et de la transcendance. Mythes récit des persécuteurs et évangiles de la victime.
Et ensuite le monde moderne arrive, "faire toujours plus de victime ou renoncer au mécanisme victimaire" tel est son dilemme. Or dans un système en globalisation, les violents se ressemblent à force de vouloir se différencier, la globalisation est d'abord un événement religieux. (pour ces intuitions voir la violence révélée de Gil Bailie)
La dernière partie du chapitre rappelle le chemin intellectuel de Dupuy, il commence à faire un parallèle entre Einstein et Girard, il déplore la disparition de l'honnête homme, les sciences dures, invitation à revoir le système universitaire qui fait des spécialistes sans mémoire de la longue distance. Final contre Rawles et la perception d'une humanité de "zombies raisonnables étrangers au tragique de l'existence". Ne pas voir le mal est toujours s'en rendre complice. 
Dupuy conclut finalement, tout mon chemin intellectuel fut de retrouver la marque du sacré !!