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mardi 7 août 2018

Quelle suite à "Achever Clausewitz" ? Penser à l'avenir de l'Europe avec René Girard et les papes.


Ci dessous, un petit texte écrit en 2016 (déjà, il lui manque des mises à jours). Il présente une réflexion personnelle sur le livre Achevez Clausewitz et une manière de concevoir l'Europe actuellement. Comment la penser aujourd'hui. Quel espoir pour celle-ci ? Il y aurait beaucoup de choses à dire encore…. Mais on fait ce que l'on peut...
Cette note peut être liée à celle-ci et celle-là aussi...
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Quelle suite pour "Achever Clausewitz" ?


Intro :

Une image et une impression me poursuivent. Je participais à la veillée puis à la messe du pape Benoit XVI sur l'esplanade des invalides en Septembre 2008, le lendemain de son arrivée où il eut le temps aussi d'inaugurer le centre des bernardins. Je voyais une foule immense avec le pape célébrer l'Eucharistie au centre de Paris. Quelques mois avant, je venais de lire le dernier livre de René Girard, "Achever Clausewitz". J'avais alors l'impression de vivre la suite du livre. Ce livre n'était il pas fait pour cette foule et pour moi ? Moi aussi, dont l'histoire familiale avait été construite par la haine franco-allemande et qui me demandait quelle était l'étape et le rôle de ma génération. Ce livre enfin poursuivait ma passion pour le travail de cet auteur, travaillait mon identité catholique en incarnant ses thèses dans l'histoire proche et faisait réfléchir sur l'Apocalypse, qui ne serait rien d'autre que "l'incarnation du Christianisme dans l'histoire.(P335)" Bref, ce livre était une initiation et une ouverture aux questions politiques modernes, aux signes des temps et à une unité personnelle.

Nous sommes presque dix ans après l'édition du livre. Les années 2007 et 2008 furent pour des gens de ma génération une date charnière dans la perception d'une crise européenne, d'une crise de sens global et en particulier d'une crise du sens des institutions européennes. J'aimerais profiter de ce texte pour relire mon intuition girardienne lors de ce voyage papal à Paris, voir en quoi l'élection du pape François continue l'histoire que René Girard me révélait entre la papauté et l'Europe. Ces questionnements conduiront vers des interrogations plus larges qui mériteraient de bien plus vastes investigations.

I Rappel sur "Achever Clausewitz"

A La montée aux extrêmes dans l'histoire.

Auparavant, il me semble bon de résumer très brièvement "Achever Clausewitz" et ce qu'il semble apporter à la question politique et historique.

Achevez Clausewitz arrive fin 2007, il arrive avec surprise, 46ans après le premier des livres de René Girard attaché à la découverte de la théorie mimétique dans les œuvres littéraires. Théorie mimétique qui va ensuite l'aider, par l'étude des tragédies, des mythes et de l'anthropologie, à découvrir la racine religieuse des sociétés humaines par la victime émissaire, du lien entre sacré et violence. Cette anthropologie s'intéressera ensuite au Christianisme comme science humaine globale. Le Christianisme par sa révélation révèle et sape les bases du sacré violent mais ne permet plus aux institutions humaines de légitimer leur statut. Que deviennent les sociétés humaines quand est corrompu ce qui pouvait les aider à tenir ? "Achever Clausewitz" intervient dans ce contexte. Il souhaite aller au devant de la question apocalyptique chrétienne.

 Selon Girard, Clausewitz est le prophète joyeux et tourmenté de notre époque de violence non limitée par les traditions et les règles rituelles. Clausewitz est un militaire et un théoricien de la guerre, mais ses questions le conduisent plus loin. Il fait face à la bascule de la révolution française et de Napoléon, la fin de la guerre en dentelles aristocratiques et des anciennes traditions. La guerre était réservée à l'aristocratie qui en prenait les risques et permettaient de contenir la violence de la guerre dans des limites liturgiques et rituelles très claires.

Dans son livre, "de la guerre", Girard y analyse la « montée aux extrêmes » qui est la voie naturelle du désir mimétique des communautés humaines et des hommes et de la violence si celle ci n’est plus ritualisée par les traditions et limitée par la religion. Le livre de Clausewitz permet d'adapter la théorie mimétique de l'intersubjectivité aux groupements humains.

1806, c'est la victoire de Iéna de Napoléon, et la victoire de la guerre totale. Clausewitz est le précurseur de la pensée totalitaire, il théorise l’utilisation de la force de la foule nationale dans la guerre. Chacun des adversaires fait la loi de l'autre d'où résulte une action réciproque qui, en tant que concept, doit aller aux extrêmes.

Le duel, la montée réciproque désigne une relation asymétrique réciproque qui s'est imposé comme tendance dominante de l'histoire. Loin de contenir la violence, la politique, désormais, court derrière la guerre.

Le primat fondamental de la défensive sur l'offensive où c'est celui qui se défend qui veut réellement la guerre vient alors soutenir le déchaînement de la violence guerrière. Alors la mobilisation totale est le symptôme de la dégradation du droit de la guerre, d'une possession de tous les sociétaires par un adversaire à la fois vénéré et haï, d'où le rôle fondamental selon Girard de Napoléon dans le traité de Clausewitz. L'unité de la Prusse, puis de l'Allemagne se fera contre la personne de l'empereur ainsi unifié dans la haine de la France.

Le moteur de la constitution démocratique est le ressentiment disait déjà Nietzsche, elle gouverne leurs relations. Elle contribuera aussi à les désintégrer dans la nouvelle étape de la montée extrême : les guerres idéologiques.

Girard analyse la réaction des intellectuels allemands. Ils vont être fasciné par la guerre, la révolution et Napoléon, Hölderlin semble être seul à être triste, il s'isolera d'un monde ayant perdu toute intuition chrétienne qui permettrait de comprendre au même moment l'instabilité et la stabilité du temps et des hommes à l'intérieur de celui-ci.




B Réconciliation européenne, franco-allemande / papes et politique

Face à la tristesse de Hölderlin confrontée à la montée aux extrêmes franco allemandes, son exil est une sortie de tout manichéisme. Germaine de Staël sera aussi l'autre (imparfaite) prophète de la sortie par le haut de la crise et de la réconciliation franco allemande, elle comprend l'importance du tissage de dialogue franco allemand. Girard y voit la modernité catholique : au cœur de ce dialogue c'est la différence enfin pensée entre le chrétien et l'archaïque dont le catholicisme détient la clé. Il devient résistance aux haines nationales, sérum contre toute idolâtrie nationale et recherche de paix à travers le dialogue de la Foi et de la raison. Après elle, Girard s'appuie sur des exemples artistiques, politiques et spirituels comme la relation entre Baudelaire et Wagner, la rencontre de Gaulle-Adenauer à Reims et enfin l'élection de Benoit XVI comme sommet du développement de la catholicité, symbole parfait de l'Europe attaquée en interne par l'esprit de la guerre qu'elle a développé mais qui n'est pas elle. Europe qui par ce processus s'adresse au monde entier par sa montée aux extrêmes et par ses tentatives d'en sortir.

En 1962, de Gaulle et Adenauer se retrouvent dans les ruines des deux pays qui s'étaient trop imités. L'Eglise organise l'office consacrant la volonté de pardon mutuel et marche vers la réconciliation. Cela ne se fait pas pourtant sans grosses appréhensions des deux cotés. Cela sera un exploit politique. Exploit répété par JPII en 1996. Revenir là où il y a le vrai débat, la vraie guerre comme entre Charlemagne et Léon III.

 La rencontre De Gaulle-Adenauer eut lieu à Reims, ce ne fut pas un hasard. Dans ses Mémoires, le général de Gaulle expliquera le choix de Reims, «symbole de nos anciennes traditions, mais aussi théâtre de maints affrontements des ennemis héréditaires depuis les anciennes invasions germaniques jusqu’aux batailles de la Marne. A la cathédrale, dont toutes les blessures ne sont pas encore guéries, le premier Français et le premier Allemand unissent leurs prières pour que, des deux côtés du Rhin, les œuvres de l’amitié remplacent pour toujours les malheurs de la guerre.»

Ce texte et le signe gaullien est une illustration de l'esprit européen défendu par René Girard.

Enfin Girard prend les dernières pages de son dernier chapitre pour explique combien le discours de Benoit XVI à Ratisbonne est un signe de temps dans sa défense de l'esprit européen, dans le refus de tout sacrifice et le chemin de réconciliation entre la foi et la raison.

Au cœur de cette histoire de guerre et de réconciliation, se trouve la question, la querelle entre l'empire et de la papauté. A la fin du livre, Girard introduit une pensée catholique politique. Le rapport entre la papauté et l’empire est simple et compliquée. C’est un rapport d’union et de conflit. Etre pour l’empire, c’est s'échapper du mimétisme originaire européen entre Charles le Chauve et Louis le germanique, la division franco-allemande. L’Eglise peut être du coté de l’empire pour éviter les guerres et toujours en conflit contre l’empire pour refuser sa main mise. Position simple mais très compliquée pratiquement. La division des fils de Charlemagne s’est faite au détriment de l’Europe. Refus de l’équilibre et de la continuité de l’empire romain.

A travers la revue en accéléré de l’histoire européenne, le catholicisme (par son conflit contre l'empire associé au pouvoir sacrificiel) est aussi le créateur du désordre et la stabilité possible dans ce désordre. Le seul lieu tenable dans un monde de la démystification qu’il crée. Tout le magistère, la tradition, la logique, l'infaillibilité papale, l’institution sont les symboles de ce petit repère de stabilité, c’est la stabilité dans un monde profondément déstabilisé par sa propre révélation. Il faut voir le Christianisme porteur de sa propre critique et voir qu’elle maintient ses affirmations. Etre catholique, c’est avoir un pape, un magistère qui ne dépend pas de soi. C’est aussi ce qui demeure de ce qui aurait pu être l’empire s’il ne s’était pas effondré. La catholicité se prend aussi dans sa romanité, dans son souci de stabilité. Le combat de la papauté contre l'empire s'est transformé en un combat de la violence contre sa propre vérité, qu'elle ne pourra refuser de reconnaître à moins de provoquer une apocalypse. Le pape nous conseille seulement de sortir de notre rationalisme étriqué, mais il ne peut faire plus nous dit Girard.

Girard dresse un portrait de la catholicité comme lieu essentiel anthropologiquement pour échapper à toutes les bipolarités, individuelles ou sociales.  Le pape incarne cette vérité en guerre contre la violence. Seul la tradition judéo chrétienne et la tradition prophétique peuvent seule rendre compte du monde dans lequel nous sommes entrés. Selon Girard, c'est parce que les signes des temps convergent aujourd'hui que nous ne pouvons plus persévérer dans la folie des rivalités mimétiques


II Benoit XVI à Paris, Post scriptum

"qui osera dire que le tombeau de Napoléon aux invalides ressemble au mausolée de Lénine?" P304 AC

Revenons en Septembre 2008 et au voyage de Benoit XVI à Paris. Venant originairement pour fêter les 150 ans des apparitions de Lourdes, il a voulu venir à Paris. Cette étape parisienne sera marquée par trois moments clés. Son inauguration et son discours au centre des Bernardins, les vêpres à Notre Dame et la messe sur l'esplanade des Invalides.

Accueilli avant par le président de la république, Nicolas Sarkozy, il a pu dire : "Je suis profondément convaincu qu'une nouvelle réflexion sur le vrai sens  et sur l'importance de la laïcité est devenue nécessaire. Il est en effet fondamental, d’une part, d’insister sur la distinction entre le politique et le religieux, afin de garantir aussi bien la liberté religieuse des citoyens que la responsabilité de l’État envers eux, et d’autre part, de prendre une conscience plus claire de la fonction irremplaçable de la religion pour la formation des consciences et de la contribution qu’elle peut apporter, avec d’autres instances, à la création d’un consensus éthique fondamental dans la société."

Il note donc l'importance de la séparation entre le pouvoir politique et temporel,  de la conscience du rôle de la religion dans un monde en "dépression" et la fragilité de la situation des jeunes. Pour l'union européenne,  il note que la France doit veiller au développement de son droit mais aussi aux différences nationales. De plus, "la France, historiquement sensible à la réconciliation des peuples, est appelée à aider l’Europe à construire la paix dans ses frontières et dans le monde entier."

Aux Bernardins, Benoit XVI tint un discours sous forme de conférence au monde culturel parisien. Il voulut par ce texte, profitant d'être dans un lieu symbolique du monachisme occidental du Moyen-âge, montrer qu'elles avaient été les bases chrétiennes de la culture européenne. Saint Benoit et ses disciples ne voulaient pas chercher à construire une civilisation sur un empire en perdition et bientôt en ruine. Ils voulaient chercher Dieu, chercher tout ce qui ne passe pas, puiser à la source des trésors antiques, travailler le chant et les arts et la parole de Dieu pour mieux le connaître, travailler la matière pour participer à la création, toujours trouver la voie médiane entre l'arbitraire subjectif et le fondamentalisme.

A Notre Dame, après les Vêpres, il tint un discours aux clergés et autres consacrés, il développa particulièrement dans son discours l'importance de l'attachement personnel à la parole de Dieu. Il parla aussi de la foi du Moyen-âge qui bâtissait des cathédrales et des papes liées à son histoire, Alexandre III, Pie VII et Jean Paul II.

Le lendemain eut lieu la messe devant les invalides. Le pape nota le lieu extraordinaire de la cérémonie. L'homélie se concentra sur la lecture de la lettre de saint Paul. (I Corinthiens 10) et la nécessité de fuir le culte des idoles et les fausses représentations de Dieu et les sacrifices sanglants. Le pape souhaita nous faire reconnaître les idoles du monde contemporain. Face aux idoles, le plus grand acte de résistance est la vénération de l'Eucharistie et la participation à la messe, elle nous aide à ce que nos paroles, nos actions et nos pensées soient en accord avec Dieu.

Il me semble encore important de citer le discours du pape devant l'assemblée des évêques français à Lourdes. Il cite le pape Jean Paul II pour qui la nation existe par la culture et pour la culture, qu'il ne faut pas la sacrifier à l'uniformisation terne. Il dit encore que la reconnaissance des racines chrétiennes de la France est une base pour les français pour savoir d'où ils viennent et où ils vont.

Il lance aussi ce programme étonnant :" Par conséquent, dans le cadre institutionnel existant et dans le plus grand respect des lois en vigueur, il faudrait trouver une voie nouvelle pour interpréter et vivre au quotidien les valeurs fondamentales sur lesquelles s’est construite l’identité de la Nation."

Face à ses extraits de discours comment ne pas voir la continuité entre la fin de "Achever Clausewitz" et ce voyage français du pape Benoit XVI ?

Comme pour les discours de Ratisbonne, Benoit XVI continue de frayer un chemin et tenter de convaincre le monde entier de concilier la foi et la raison. Cette conciliation est l'origine de l'idée européenne. Idée qui nait sur les ruines d'un premier empire.

Il est difficile de savoir si le pape lui même a choisi  les lieux de ses discours. Mais comment ne pas voir dans cette perspective, en connaissance de son sermon anti-idolâtrique un message qui serait : "Achever Napoléon". Hitler arrivant dans Paris occupé, visita les invalides et le tombeau de Napoléon et affirma que ce fut le plus beau et le plus grand moment de sa vie. Le pape allemand venant à Paris vient au lieu même du culte impérial et de "l'esprit du monde" dire qu'il faut arrêter de se tromper de divinité et vénérer l'Eucharistie. Après Reims, il n'y a pas eu d'images plus fortes pour représenter l'esprit européen. Esprit européen qu'il a pris soin de discerner aux bernardins, esprit plus fort que les empires, qui survit à toutes les guerres du moment que l'union de la foi et de la raison soient préservées. La messe des invalides peut être vues comme une sorte de guérison sur les plaies les plus sensibles comme avait pu l'être à Reims la rencontre de réconciliation entre de Gaulle et Adenauer. Cette intuition peut-être soutenue par le souvenir de Pie VII évoqué par le pape à Notre-Dame.

Le discours des Bernardins et celui face aux évêques résonnent entre eux. Le pape n'appelle pas à une révolution ("dans le cadre institutionnel existant et dans le plus grand respect des lois en vigueur) mais appelle à une conversion spirituelle et sociale pour retrouver plus amplement l'esprit européen (" il faudrait trouver une voie nouvelle pour interpréter et vivre au quotidien les valeurs fondamentales sur lesquelles s’est construite l’identité de la Nation."). Il est évident que le discours des bernardins en plus d'être une présentation de la naissance européenne était une présentation de la structure  de "toute culture véritable"  et un plan culturel pour la France et l'Europe au moment de la mort de la nation comme idole et des autres "idoles contemporaines" bien vivantes.

 

III Et désormais ?

L'année 2008 parait désormais lointaine. La crise des subprimes s'est développée, la crise grecque (entre autres) a remis en cause l'autorité morale et réconciliatrice de l'union européenne, en France, aux élections européennes de 2014, un parti dit "eurosceptique" est arrivé en tête du scrutin, le pape Benoit XVI est devenu pape émérite. Le pape François, pape sud américain a été élu. La crise syrienne s'est enracinée donnant lieu à l'installation de l'état islamique et facilitant la vague d'attentat en Europe. René Girard est décédé en Novembre 2015 et n'a pas écrit de nouveau livre. La dimension instable du monde a pris beaucoup plus d'évidence en Europe.

Que demeure t-il de l'Esprit européen et du combat du pape pour l'esprit européen ?

Relisons le discours du pape François au parlement européen à Strasbourg, du 25 Novembre 2014.

 Le pape reconnait les crises profondes. Crises du droit, du citoyen ou plutôt de l'individu démesuré ayant perdu le lien avec le bien commun et devient source de violence et de solitude. Il voit une crise économique douloureuse, la distance d'une institution qui ne pense que de manière technique et économique et plus généralement un mode de vie égoïste, une opulence qui n'est pas durable et tend à développer une vision humaine comme engrenage ou déchet,(expression de la culture du déchet,  avortement et euthanasie citées), drame de l'immigration de masse. François interroge les parlementaires européens sur la prise en compte des fragilités des personnes et des peuples européens.

Quelles solutions sont possibles? Le pape dit qu'il est là pour encourager et espérer.

Mais c'est une question spirituelle, l'Europe doit retrouver son âme.

Il en appelle au retour aux pères fondateurs concentrés sur le travail pour favoriser la paix et la communion. Au centre de ce projet, il y avait la confiance en l'homme non comme sujet économique ou citoyen mais comme un personne dotée d'une dignité transcendante. Or "il existe un lien entre dignité et transcendance".

Il appelle à prendre exemple sur Platon et Aristote représentés au Vatican, avoir un œil sur la terre et vers le ciel. Il insiste sur la nécessité de l'ouverture au transcendant  pour garder la dignité humaine. (ce n'est pas un danger pour la laïcité, dit il.)

Il demande de veiller à la diversité des peuples, élément obligatoire pour faire ressortir le meilleur de chaque personne et de chaque peuple. La conception uniformisante touche la démocratie elle-même par un nominalisme politique. Celle-ci est menacée par des structures de pouvoir multinationaux. "Maintenir vivante la démocratie en Europe demande d’éviter les « manières globalisantes » de diluer la réalité : les purismes angéliques, les totalitarismes du relativisme, les fondamentalismes anhistoriques, les éthiques sans bonté, les intellectualismes sans sagesse. Maintenir vivante la réalité des démocraties est un défi de ce moment historique, en évitant que leur force réelle – force politique expressive des peuples – soit écartée face à la pression d’intérêts multinationaux non universels, qui les fragilisent et les transforment en systèmes uniformisés de pouvoir financier au service d’empires inconnus. C’est un défi qu’aujourd’hui l’histoire vous lance."

Dans l'ensemble et en particulier pour le drame des migrants, l'Europe sera en mesure d'y faire face si elle sait proposer avec clarté sa propre identité culturelle. Elle saura d'autant mieux qu'elle saura protéger le droits de ses citoyens.

Pour cela, l'Europe doit avoir conscience de sa propre identité et redécouvrir son âme qui est celle de la réconciliation. Les chrétiens sont appelés à être son âme. L'histoire de l'Europe et du Christianisme est encore notre présent et notre futur. C'est notre identité. Elle doit redécouvrir son propre visage et faire que l'Europe ne tourne pas autour de l'économie mais de la sacralité de la personne humaine.

"Le moment est venu d’abandonner l’idée d’une Europe effrayée et repliée sur elle-même, pour susciter et promouvoir l’Europe protagoniste, porteuse de science, d’art, de musique, de valeurs humaines et aussi de foi. L’Europe qui contemple le ciel et poursuit des idéaux ; l’Europe qui regarde, défend et protège l’homme ; l’Europe qui chemine sur la terre sûre et solide, précieux point de référence pour toute l’humanité !"

Il me semble important de noter que le style du pape François est très différent de celui du pape Benoit XVI. Mais la lecture de ce discours permet de voir une continuité exemplaire entre le voyage parisien et le voyage strasbourgeois. Ce n'est plus un pape allemand qui parle au peuple français mais le premier pape non européen (qui dit pourtant "nous" avec l'Europe) aux députés européens.

Il y a le même rappel à la sagesse antique, à l'identité chrétienne de l'Europe, à la nécessité urgente de rappeler la capacité de transcendance de l'homme. Cette identité n'est pas un luxe ou une option mais ce qui l'a construit, elle est présente dès l'origine chez les pères fondateurs des institutions. Plus que Benoit XVI, François parle de la crise que l'Europe vit, et est plus précis des "idolâtries" qui la menacent, ces confusions entre les moyens et les fins : le droit, l'économie, son opulence, son unité, sa globalisation.

Nous pourrions dire que le discours du pape François (et peut être plus encore son encyclique Laudato si) ouvre un nouveau chapitre de "Achever Clausewitz". le pape note les dangers avec plus de force. René Girard faisait comprendre que les papes doivent être mesurés dans l'annonce des temps apocalyptiques. Le pape François l'est encore, il montre ses espoirs et ses encouragements, mais son portrait de l 'union européenne est dramatique. Il n'en demeure pas moins la figure de l'appel à la réconciliation, aux modèles de la création européenne, il invite à voir les nouveaux empires qui ne disent pas leur nom. Sa dénonciation de la culture du déchet peut aussi faire référence à la culture du bouc-émissaire rejeté. Il souhaite que l'Europe et son histoire bimillénaire avec la foi Chrétienne soit le modèle pour le monde. Le discours du pape François est dans une continuité logique mais apporte aussi des éclairages et des inquiétudes encore plus forte. Il devient (malgré son origine directe) l'avocat de l'esprit européen.





Conclusion et prospection

"Achevez Clausewitz" n'est pas terminé. La guerre de l'empire contre le pape, de la violence contre la vérité, décrite avec passion par René Girard, n'est pas terminé. Benoit XVI nous a montré qu'il y avait des idolâtries à achever définitivement, un esprit à reprendre sans cesse et nous a donné une boussole. François continue le combat en s'approchant avec encore plus de courage vers le centre du combat et sa dimension apocalyptique. Il précise, ouvre des pistes, espère et provoque. Il n'est pas catastrophiste mais bien apocalyptique comme la confusion récurrente tente de nous méprendre.

Ces quelques lignes avaient pour objectif de reprendre le dernier livre de René Girard, essayer d'en montrer une partie de son originalité et de son acuité. Je découvre ici aussi qu'il est lié aux autres livres de l'auteur. Il participe à la cohérence de fond de l'œuvre de Girard. Il fut pour moi une base de départ pour regarder notre monde et son actualité, en particulier pour un européen. Sa démarche apocalyptique ne doit pas nous effrayer, mais seulement nous permettre de regarder avec responsabilité les conclusions de la révélation chrétienne en marche dans l'histoire. Cette démarche nous appelle radicalement. Elle est trop caricaturée et méprisée. Elle entre en contradiction avec nos analyses confortables.

Quelle est l'influence de ce livre ? Qui a t'il touché ? Quels européens travaillent sur ce livre et tentent de rendre toujours plus féconde, plus populaire sa lecture ?

Comment peut il être aussi un outil  pour les européens, les chrétiens des temps modernes conscients de l'instabilité apocalyptique de notre monde ?

Il me semble que la prochaine étape pour répondre à ces question, seraient de réaliser un tour d'Europe des lecteurs d'Achevez Clausewitz. Recueillir les interrogations locales, confronter les hypothèses, les pistes de réflexion, les idées pour faire face à cette "étrange guerre".

Comment fédérer autour d'elle, la préparer sérieusement et devenir agent de l'esprit européen ?

vendredi 14 juin 2013

Jours de pouvoir - Bruno Lemaire

Les technocrates sont nos amis, il faut les aimer aussi, comme nous ils ont une âme...

Commençant à le lire dans une librairie française, j'ai emporté le livre. Touché au premier abord par les sujets abordés, le témoignage de la vie politique française de 2010 à 2012, les problématiques d'un politicien moderne en France tout en donnant des détails révélateurs, des comportements et sentences des "grands de ce monde" nous permettant de mieux les connaître et par là même de mieux sentir notre époque et ce qui la meut.


Il est bête de l'affirmer mais c'est un livre qui se lit avec plaisir.
Puis comme le dit Lemaire dans sa préface, la vérité du pouvoir se trouve non dans sa description journalistique ni dans la sincérité des politiciens (tout y est représentation et est désormais faussé, nous dit-il) mais dans sa pratique. Car il y a un malentendu entre ce que les gens pensent et ce qu'est la réalité... Que faire de cette autorité ?  C'est donc à la recherche du pouvoir (et d'une lutte contre le silence et son injustice) que nous devons ce livre précieux nous enseignant beaucoup sur le combat politique de nos temps. Abordons ensemble quelques points saillants du livre et, pour le plaisir, consignons quelques citations, moments à garder ainsi que les noms des personnes et des lieux citées.

Sarkozy
Sarkozy sauveur du monde, Sarkozy chef de campagne, chef de gouvernement, négociateur, mari de Carla, énervé, humoriste, subtil, malin, faisant peur, séducteur. Lemaire nous fait un portrait 3d de l'ancien président. Ce portrait est subtil car du moins nous n'arrivons pas à définir le personnage simplement. Sa proximité nous le rend sympathique et rend actif son charme, son énergie, son pragmatisme, sa bonne volonté, sa mégalomanie, son gout de l'effort et certaines de ces analyses pertinentes sur les gens et les situations, sa lutte héroïque pour la campagne présidentielle. Ce portrait nous le rend sensible aux difficultés, à ses espoirs, ses désirs d'être aimé et même parfois son courage. Personnage d'intuition et de force, nous comprenons alors le manque de leader après lui. Mais en quoi croit il ? Les reports de ces conversations intimes le rendent sympathique mais il n'a presque pas de colonne vertébrale. Quelle est sa France ? Sa vision historique ? Sa vision économique ? Au moment où il n'y a plus de socle, ni des structures intellectuelles, les invertébrés règnent ? Tout devient négociation, et lutte pour le pouvoir et le pouvoir d'achat... Malgré quelques références littéraires et une personnalité attachante malgré tout, nous nous rendons compte qu'il y a un problème de hauteur....
La description de Lemaire devient alors effrayante alors qu'elle cherche à être sympathique. Comme dit Gauchet dans ce livre, il n'y a plus que des réformes sans projets. Nicolas Sarkozy est un homme politique perdant pied et lucidité à mesure que le temps avance, la résistance face à son échec programmé est présenté comme un combat héroïque contre son propre mandat.


La France
Bruno Lemaire traduit bien le dégoût de la France pour elle-même, sa dépression, son vide, son cafard. Un pays sans perspective car sans médiateur le lui proposant et sans idéal, ne savant plus vraiment où est son bien commun ni sa joie commune.

Comme ministre de l'agriculture ou comme député de l'Eure, il a visité la France profonde, senti le drame de nombreux agriculteurs, entendu les rapports des élus du coin, témoigne de la frénésie anti-sarkozyste (bouc émissaire d'une société en déliquescence ?). Lemaire prône une austérité forte et comme le dit un conseiller tout ce qui serait nécessaire pour le pays et les rendrait inéligibles. Cette dichotomie entre démocratie et nécessité libérales (même si ce n'est pas une fatalité nous dit Lemaire) nous rend un pays dépressif et en perte de vitesse sur le niveau européen et mondial. Que peut faire la France pour les français ?



L'Europe
Lemaire traverse toute l'Europe, il fait des portraits passionnants de certains personnages mais l'avoue... Les ministres sont devenus des marchands de tapis, des maîtres en négociations européennes. A Bruxelles ou bien dans toutes les capitales européennes pour créer des compromis ou des alliances. C'est aussi l'occasion pour Lemaire de développer sur son intérêt sur la culture et la vie politique allemande, sa relation privilégiée avec son équivalent allemand, la réussite de ces relations particulières, Merkel, la joie de la différence culturelle, la perfide Albion.
Lemaire est très clair. L'union européenne est une menace que dans la mesure où nous sommes paresseux et si elle sert de prétexte au manque de courage politique. Nous ne savons plus où nous allons alors que nous devrions, selon Lemaire, galoper aux sommets. (Mais dans sa dernière interview avec Zemmour, il a fait comprendre qu'il y avait beaucoup de choses à changer dans l'UE)
L'euro a failli mourir, la crise n'est pas terminé mais l'euro est sacré pour les classes politiques franco allemandes, la crise continue, les débats sans fin de même... Tout cela est le signe de notre faiblesse rationnelle et de nos manques d'espérances....


Le monde
En tant que présidente du G20, la France avait quelques responsabilités. Bruno Lemaire en a profité pour mener à bien un traité mondial contre la spéculation des matières premières. Là encore, nous assistons aux négociations, aux voyages. Le sujet est crucial et humaniste, nous ne voyons pas tous les rouages, mais Lemaire porte un regard curieux, ambitieux et pensif à ces rencontres à travers le monde. ils lui permettent une perception personnelle sur les mouvements de fonds économiques et sociaux. L'hystérie de certains pays en voie de développement, les ambitions russes, la parano aigrie de la déclinante Amérique  Mais qu'est qui dirige le monde ? Lemaire nous dit qu'il n'y a pas de complot. Mais un équilibre de beaucoup de lâcheté et d'un peu de courage.
Et quel est le critère essentielle de ce pouvoir mondial, la production, la recherche....? Non, c'est le commerce extérieur ! Le dollar en quelques sortes et la soif de marchandises de l'humanité moderne. Les politiques sont les grands prêtres de cette religion.


Lui ?
Et Bruno, dans cette histoire? C'est une drôle de sensation et c'est le risque de toute tentative littérairo journalistique d'un politicien. Quelle est la part de séduction ? Quelle est la dimension désintéressée de cet oeuvre ? Oui, nous avons peur d'entrer dans une campagne électorale contre notre gré. Car parallèlement aux éclairages que dispense Mr Lemaire, l'empathie progresse, nous nous réjouissons de ses succès, nous le soutenons dans ces combats, nous sommes le confident de ses observations les plus profondes, de ses réflexions de père, de mari. L'admiration naît légitimement pour un homme au coeur des problèmes les plus épineux de son époque, des gens dont les décisions importent au monde entier. Le normalien spécialiste de Proust se signale, ainsi que son sens des responsabilités, de la négociation, de l'empathie, son absence de manipulation, sa reconnaissance. Son sens du détail nous emporte sur un clin d'oeil d'Obama, sur le logement d'un paysan auvergnat, sur la bague d'un ministre brésilien, sur la campagne éthiopienne.  Nous lui sommes naturellement gré de nous transporter sur les détails qui révèlent notre infiniment grand et notre infiniment intérieur. Bref de faire de ce livre une  expérience riche aussi intime que tournée vers le monde.

Mais pourtant, au delà de ce subtil mariage de littérature et d'exercice politique, nous continuons de nous demander qui est cet homme ? En quoi croit il ? Au delà de cette intelligence, nous ne savons pas ce qu'il veut vraiment pour la France... Ou plutôt, nous sentons qu'il n'est pas révolutionnaire (quoi qu'il utilise ce mot dernièrement). Certes, c'est logique... Mais si ces observations semblent indiquer ses doutes sur le système de pouvoir actuel, il semble enfermé dans la logique de ce qu'il signale comme danger. Il semble Baverezien. (Peut être plus par contrainte que par gout...) L'homme qui a raison dans une forme de système dans la mesure où il ne le remet que partiellement en question. En conséquence, il apparaît comme un super technocrate. Un grand prêtre du libéralisme mondial, car il le faut bien... C'est un homme raisonnable et épris de bien public et global... Le sacrifice du monde pour le commerce extérieur ou la globalisation est un jeu qui semble valoir la chandelle même s'il fait mal au paysan que je soutiens de mon autre main. Et toujours la même observation, la mondialisation est une chance et une malédiction...
Je suis peut être idéaliste.... Il ne faut pas attendre un discours révolutionnaire d'un politicien officiel... ni même un discours apocalyptique... 
Quoique...
A un moment, Lemaire cite Virginia Woolf : « Mes lettres ne sont pas muettes, mais vocifèrent : c’est toi qui ne sait pas lire. » Nous sentons ici un mot adressé au lecteur. "Il y a un cri dans mon livre, cher lecteur, méfie toi de la calme sagesse apparente du livre... Il y a en moi un désir de changement et un hurlement..."

Quel est ce cri ? Est ce celui que je discerne ? Le monde, l'Europe, la France partent à vau-l'eau... Nous n'avons plus ni raison, ni d'horizon....  Ressentiments, injustice mondiale, storytelling manipulateur et perte de sens du politique... 

Mr Lemaire, jusqu'où exactement va votre cri Woolfien? Comment définiriez vous votre responsabilité et votre mission émanant de ce cri ?



Une interview sur le bouquin....
Phrase intéressante, je suis rentré en technocrate au ministère de l'agriculture, j'en suis ressorti en politique. Anecdote de transformation plus personnelle, partir des paysages, des produits français et des personnes.
Description du danger du monde agricole semblable au monde industriel d'il y a 10 ans.... Danger
Mais il repose cette question, qu'est ce que peut encore faire un ministre ?

Critique de Lagasse sur Lemaire comme politicien bon élève d'un systeme destructeur....
Son passage chez Zauleau et Nemmour

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moments forts, citations et collection :

samedi 9 février 2013

Les duellistes de Rydley Scott et Bérézina de Pierre Michon

Tout a commencé par cette interview de Michon par Assouline 



Il y a des perles, la comparaison de Napoléon entre le sexe et la guerre, la comparaison entre littérature et la politique telle que Napoléon imaginait la sienne "c'était du charlatanisme mais du plus haut". Méditation sur  l'influence de Napoléon sur les lettres, l'importance sur l'histoire de ces événements. Le double bind subit par l'empereur :"Sauve la Révolution, mais sois-en le roi"


A la toute fin, parlant du film des duellistes et de Girard, il a aiguisé ma curiosité.  J'ai pu voir ce film dont je vous apporte ici quelques commentaires







Les duellistes 1977 Ridley Scott

La montée aux extrêmes ?
1800 Strasbourg, le hussard Féraud vient de gagner un duel. Nous sommes à Strasbourg, la campagne napoléonienne se prépare. Sa hiérarchie se mécontente, et demande à un hussard, d’Hubert, d’une autre brigade de venir  le chercher, il le trouve chez une salonnarde. Revenant ensemble chez le 1er, celui-ci se met dans une colère folle. « Vous me victimisez !Vous m’insultez ». Le second est réticent mais face à la folie combattante de Féraud, Ils vont se battre en duel sauvage qui se terminera par une blessure de Féraud.
L’année d’après, il se retrouve à Augsburg, de manière tout à fait naturelle ils se battront encore une fois et même une seconde fois avec acharnement. La haine de l’autre est tellement forte qu’ils oublient la raison première de leur duel incessant. Ils grimpent parallèlement dans la hiérarchie, mais en 1806 à Lubeck, ils se rencontrent encore, à peine ensuite ils se battront encore en duel mais cette fois ci à cheval en l’honneur des hussards. 1812, Ils se croisent dans l’armée en déroute quittant Moscou, sans aucun mot et dans un froid impossible tentent d’organiser un duel au pistolet… Mais des cosaques s’approchant les en empêchent… 1814, Napoléon est à l’ile d’Elbe, d’Hubert se repose dans sa tranquille maison familiale de bourgeois/aristocrate. Il songe à se marier à une jolie et riche jeune femme. Contacté pour participer au retour au pouvoir de Napoléon, il refuse. Féraud, au courant de ce qu’il estime être une trahison, se sent confirmé dans la haine légitime d’hubert, car selon lui l’origine de leur haine inextinguible n’et pas une quelconque cocotte (hypothèse de D’Hubert) mais bien un mot déplacé envers l’empereur (ce qui n'est pas vrai…)
Le retour de Napoléon se termine mal, Féraud est sur la liste des condamnés à mort. D’hubert le sauve en plaidant sa cause (sans donner de raisons claires…) devant Foucher et anonymement. D’Hubert ensuite décidera de travailler pour le nouveau gouvernement royaliste, il prend goût à la tranquillité de sa nouvelle vie, une nouvelle fois, Féraud se propose au duel, ils se chasseront au pistolet dans la nature près de la propriété de D'Hubert.  A un moment, D’Hubert tient en joue Féraud, il ne le tuera pas et lui demande de vivre comme un mort pour lui. Nous avons vécu en gardant ta notion d’honneur, maintenant nous vivrons avec la mienne !

Il est troublant de voir des anglais jouer un film qui se déroule en France. Cela choque et explique peut-être un certain inconfort. Ensuite, c’est relativement beau, comme Scott l’a avoué, le film est très influencé par Barry Lindon de Stanley Kubrick. (l’actrice jouant la cousine de Barry devient la première amante de Féraud dans le film, clin d’œil nécessaire…) Nous sentons un même désir de retranscrire une époque grâce au tableau dont nous avons accès de celle-ci. Mais ce n’est pas seulement beau…   Le film mélange un fil historique avec un fil humain. Une petite histoire dans une grande histoire, les deux se complétant. Puis comme Michon le signale dans son interview, les deux bonhommes sont le symbole de l’aventure Napoléonienne. L’attaque folle contre tous et la raison attentionnée de la défense. Les deux ne font qu’un. Cependant Scott filme comme si D’hubert était la partie sage et noble de l’Europe qui luttait contre la partie noire de celle-ci, napoléonienne, sombre, violente, loser dans l’âme. C’est ainsi que le dernier plan illumine le film, Féraud, Napoléon bis, part sombre de l’Europe pense et prépare son retour. Je crois qu’il y a une part de romantisme et Michon a surement raison de dire que l’œuvre dépasse le réalisateur et que c’est un film d’anglais…
Car je crois qu’il filme malgré lui cette  montée aux extrêmes irrationnelles, ce mimétisme des mêmes se combattant tandis que l’Europe est à feu et à sang. Il révèle beaucoup mais cache beaucoup. Cette ambiguité se retrouve dans le sentiment du spectateur qui ne sait pas toujours si c’est un film humoristique, un film de guerre, un film psychologique. Scott a du mal à maîtriser l’ensemble et est un peu pris par son propre mimétisme kubrikien sur la forme.





A noter
La beauté des femmes
Chaque duel et pour chaque forme, une époque particulière de l’épopée napoléonienne
Pourquoi s’est on commencé à se battre ?
Comment était la vie des soldats en campagne ?
Fin du film un peu balzacien et l’arrivée des changements sociologiques et psychologiques de la première partie du XIXeme…
Les hussards
Les cosaques