Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles

jeudi 23 octobre 2014

La lotterie de Babylone 4ème chapitre de La marque du sacré de Jean Pierre Dupuy


Et ici, la somme des chapitres....


Continuons notre lecture de la marque du sacrée (après ceci, cela et encore)
Cette fois, Dupuy s'attaque au politique, au vote et à la démocratie. Oui, oui, pour vous aussi, dit Dupuy, nous pouvons retrouver (malgré vos qualités, votre respectabilité et donc aussi votre morgue...) vos racines profondes dans le religieux et le rituel. Vous ne cessez de buter dessus sans les voir.

 
Nous avons en tête la phrase de Tocqueville pourtant aussi :

"pour moi, je doute que l'homme puisse jamais supporter à la fois une complète indépendance religieuse et une entière liberté politique ; et je suis porté à croire que s'il n'a pas la foi, il faut qu'il serve, et s'il est libre, qu'il croie"

Dupuy défend la thèse suivante : on échappe pas à la logique de l'extériorité or le hasard y joue un grand rôle.

En effet, dans les sociétés traditionnelles, la détermination du bouc émissaire a une grande composante de hasard, non pas aléa moderne comme incertitude réglée mais hasard perçue comme décision d'une extériorité. L'auto-transcendance que produit le hasard a partie liée avec la façon dont les hommes auto-extériorisent leur violence sous la forme du sacré. En passant du hasard à l'aléa, on a cru passer du sacré au calcul, de l'irrationnel au rationnel.

Mais prenons le cas de la philosophie morale sur le choix du sacrifice de l'innocent (ex Le choix de Sophie, William Styron), un pervers nous fait choisir de sacrifier entre deux personnes sinon il tue les deux. Il faut choisir de choisir, l'aléa n'a pas la capacité d'extériorisation. Il en est de même pour les cas d'adoption ou les couples cherchent la reproduction du hasard de la loterie biologique.

Dupuy pense que le vote engendre un hasard légitime et porteuse de sens et productrice d’extériorité et de transcendance. Quand bien même la politique moderne est la recherche de l'immanence mais il ne font que croire de s'affranchir de la transcendance.
Avant tout, notons trois paradoxes logiques du vote et de la volonté générale de Rousseau.

1
On peut avoir l'image de la volonté générale comme la synthèse des volontés personnelles. Or elle entre toujours en rivalité, elle se dressent contre toute les autres, cette synthèse est impossible (K.Arrow). Mais il faut voir que c'est ce qui sauve la démocratie, sinon, il ne suffirait d'un grand ordinateur qui la calcule. La démocratie permet de changer la volonté particulière qui prend le rôle de la volonté générale. Or c'est parce que tous savent que la volonté des gouvernants n'est rien d'autre que leur volonté particulière, que le mythe de la volonté générale peut être préservé.

2
Avec le décompte des voix, la politique instaure le quantitatif comme avec le prix dans l'économie, elle instaure les analyses et prévisions. Qu'en est il de la différence entre sondage et élection ? Le sondage a, en effet, en plus une influence sur les sondages. La scientificité du sondage donne à croire que le vote est rationnelle mais non donc... La pratique du vote tranche certes, mais elle ne fait que décider dans l'indécidable...

3
Quelques pierres ne constituent pas un tas.
Sauf en cas de vote égalitaire entre deux camps, il est inévitable de conclure que le bulletin déposé dans l'urne par chaque électeur a un effet nul. Le résultat n'aurait pas changé si je n'avais pas voté. L'électeur rationnel ne devrait pas voter. Les arguments pour aller voter ont une dimension magique (En votant, j'influence), tout comme les arguments des politologues français croyant que l'élection américaine se jouât sur les votes de quelques floridiens. Ou bien encore la tentative de reconnaître un sujet collectif.

Le vote est un paradoxe et Dupuy se tourne sur les élections américaines 2000 pour nous le confirmer.

On ne peut voir, nous dit il, les votes entre Bush et Gore comme des valeurs déterminées que l'on peut approcher. La marge d'erreur a été plus grande que le seuil critique entre les deux bonhommes. La décision dépendait de cela même qui échappe à l'observable. Une cause si petite déterminait un résultat considérable. Aux USA, un petit transfert de voix peut bouleverser un état qui peut bouleverser l'équilibre entre les grands électeurs qui votent à l'unanimité dans un état.

Cet incident et cette procédure peut être scandaleuse si on pense que le vote doit être rationnel et révéler la volonté générale mais pas autant que cela si on pense la procédure comme un moyen de renvoyer la décision à une instance qui échappe aux choix individuels. Paradoxe de la démocratie, perdu dans la multitude, l'individu ne voit pas l'influence de son emprunte sur le groupe, mais le point où arrive cette situation comme en 2000 aux USA est celui où la procédure semble arbitraire.

La démocratie moderne ne ressemble jamais autant à ce qu'elle ambitionne d'être que lorsqu'elle devient indiscernable d'une gigantesque loterie.

Chacun se demandant s'il va voter ou non, se fixe sur le cas, (possibilité infinitésimale) où sa voix ferait basculer le vote d'un camp dans l'autre. Pouvoir qui serait aussi phénoménal qu'insignifiant puisqu'il n'y aurait pas de différence pour ce qui est du résultat global avec le fait de tirer à pile ou face. Ne sommes nous pas dans le cas où le hasard a un sujet, nous retrouvons l'auto transcendance où le peuple transcende l'individu ? Comprenons, le vote et le rituel dans leur rationalité.

Exemple de l'élection américaine : première phase, crise d'indifférenciation, qu'est ce qui les différencient ? Plus ils se ressemblent, plus leurs différences sont petites et illusoires. Ensuite la nation se rassemble en un mouvement cathartique autour du vainqueur. Le je ne sais quoi a suffi d'en faire l'intégrateur de la nation. Les rituels d'un traité de paix joue la guerre puis la non guerre + sacrifice. Le vainqueur sera immolé. Souverain ou martyr, différence apparemment considérable mais la similitude du choix des deux reste troublante.

La crise de l'Amérique est que la violence qu'il s'agissait de nier a occupé pendant longtemps toute la scène en l'absence d'une solution cathartique qui n'arrivait pas. (media au langage religieux). Il fallait réaffirmer une foi. celle du pouvoir nourricier de la constitution, du règne de la loi et la grandeur d'un système. qui place la loi au dessus des hommes. Peur de la perte de légitimité du système. Le rite joue avec le feu. en jouant l'affrontement pour mieux le dépasser. Risque que la fête tourne mal et que l'incendie embrase tout. Des voix demandaient que les candidats rivaux sacrifient leur ambition pour défendre l'idéal. La victime consentante serait le vainqueur dans l'ordre symbolique et peut être à l'avenir, dans l'ordre réel.

Pour un rapprochement de l'anthropologie et de la philosophie politique


la démocratie est essentiellement rituel dont l'efficacité dépend prioritairement de la participation unanime et du respect scrupuleux des formes.
Paradoxe, le suffrage universel est le moment où la souveraineté populaire devait se manifester mais où aussi l'individu social est converti en unité de compte. Ceci n'est pas, non plus, possible sans dissolution des liens.
Il y a un rapprochement à faire entre la démocratie et la désagrégation conflictuelle de la communauté et en même temps, acte de collaboration sociale. Dans le carnaval encore, le comble du holisme et le comble de l'individualisme apparaissent comme ne faisant qu'un.

Répétons (aussi avec Gauchet) :
La division de la société d'avec elle même (logique du sacré) est importée à l'intérieur de la société. On a pensé que l'intériorisation de la coupure entre la société et son Autre allait entrainer une réappropriation totale de l'être collectif. C'est l'histoire des sociétés démocratiques et de leur prise de conscience de leur fragilité constitutive. (deal irréalisable et dangereux. )
L'absolue souveraineté tendrait paradoxalement à engendrer son contraire...
Un corps politique ne pourrait donc être sujet de lui-même qu'à la condition d'accepter que les instruments dont il se dote pour mettre en acte sa souveraineté le dépossèdent de celle ci dans une certaine mesure. Avant, pouvoir incorporé désormais le lieu du pouvoir devient un lieu vide, on ne peut plus se l'incorporer (sans devenir fou et faire plonger la société avec), il y a compétition réglée et institutionnalisation du conflit.

Écoutons Lucien Scubla en lien avec Hocart, "Si volonté générale est inaliénable, nul ne saurait en être le détenteur ; si la volonté générale ne saurait être représentée, rien ne saurait en être le représentant pas même le peuple unanime. Le chef de l'état occupera un lieu inviolable et comme le roi ashanti qui siégeait sous un tabouret d'or sur lequel nul ne pouvait s'asseoir, placé sous la protection de la Volonté Générale mais ne pouvant s'identifier à lui. Gardien d'une place vide que nul ne saurait s'occuper. Cette place vide est la substance invisible autour de laquelle se structure l'ordre social et politique. Personne ne peut parler en son nom.
Anecdote, pour finir, d'une tribu africaine Gura. Ne voyant pas des hyènes féminines, deux tribus se battent sur l'existence de celle ci. Compétition de chasse intervient pour déterminer cela. La tribu qui a le plus chassé de biches a gagné et permet de déterminer le fait. On peut voir ce rite comme un chainon entre le sacrifice humain rituel et la symbolisation à son extrême par le bulletin de vote. Pas plus raisonnable de compter les biches que les bulletins, mais dans les deux cas, l'essentiel est la participation au rite unanime garantissant l'efficacité des deux. 
Mais qui dira le sexes des hyènes ?
Et sur les dangers qui se rapprochent ?
La sagesse est elle du coté du plus grand nombre ?
Plus bas, résumé au fil de la lecture

samedi 9 novembre 2013

La religion pour la démocratie - Marc Lambret

Apologie Chrétienne moderne, le père Marc Lambret, dont j'ai déjà quelquefois parlé sur ce blog, tente de renouer le dialogue avec la modernité. Pourquoi ce qu'il nous reste de mieux à faire est de prendre le risque de la foi chrétienne ?




Après avoir dessiné un tableau d'une situation de crise culturelle et humaine, Marc Lambret dessinera plus précisément le tableau de la France moderne. D'abord, il souhaite briser les mauvais réflexes intellectuels de notre temps:

- Il réhabilite le terme "religieux" (il n'y a pas de terme plus noble pour un homme). L'être, c'est être responsable vis à vis de la vie, c'est l'homme qui veut être digne de vivre selon sa conscience. Les grandes religions sont les grandes traditions humaines qui sont les plus exigeantes avec ce sens de la responsabilité et de conscience. La religion est rationnelle, elle place au cœur de sa recherche le sens, la justice, le bien et le mal pour l'humanité.



- Dieu ? Considérons le d'abord comme notre grand point d'interrogation, notre grand inconnu, pourquoi l'enlever de l'équation ? De toute façon, tout dépend de nos actes. Pourquoi faire des actes bons ? 
Ils sont toujours le fruit de notre perspective de sens pour une humanité responsable. 

-Notre influence biblique, paradoxalement, ne nous permet plus de réfléchir le sens religieux universel. Les humanités grecs et latines sont pourtant, en quelque sorte, le trésor de la "religion" (souvent sans dieu) des anciens. Nous sommes les fruits de l'originalité biblique d'un Dieu d'alliance. C'est notre chance et notre difficulté de penser l'universalité religieuse qui n'est pas un détail accidentel des homo sapiens mais ce qui en eux est essentiel pour survivre et s'instituer.

-L’agnosticisme est un rationalisme refusant toute métaphysique. Pourtant la science ne peut pas aller jusque là et le doute de cette école n’atteint jamais leur propre scepticisme. L’agnostique ferme des chemins, ce qui peut lui rendre absurde la réalité du beau, du bon et du vrai. Cet agnosticisme se pose des questions limitées sur la violence antithéiste du XXeme siècle. L’athéisme humaniste part d’un bon je-ne-sais-pas, mais le flou et l’incohérence domine sur tout ces sujets.
 -----------------------
Lambret propose ensuite une thèse originale qui découle de la première partie du livre : les français ont une religion. C’est la religion de la démocratie. 
La laïcité est devenu un pilier de la concorde nationale avec pour but d’empêcher toute violence entre religion et pouvoir. Reconnue par l’Eglise catholique comme séparation entre pouvoir politique et religieux. (JPII et droits de l’homme, La congrégation pour la doctrine de la foi a pu défendre cette laïcité car elle respecterait au mieux les vérités procédant de la connaissance naturelle des hommes.) Il nous faut désormais coopérer pour trouver ce qui est bon pour la nature humaine. Et c’est ce que recherche notre époque moderne après les terribles guerres du XXème et le vide laissé par les traditions religieuses. Habermas et Rawles, les deux grands théoriciens sociaux pensent que la démocratie se suffit à elle-même, les religions peuvent servir pour les moments les plus sensibles et intimes mais la structure démocratique suffit pour le chemin de concorde humaine, nous sommes aussi le sommet de l’émancipation par les lumières et la raison. Mais  les événements leur donnent tort, il n’y plus que crainte, peur de l’avenir, nous sommes redevenus des païens pessimistes et raisonnables. Cette religion de la démocratie qui veut utiliser toutes les autres pour son ordre se rend compte malgré tout qu’elle ne peut pas prendre le pouvoir liturgique total (au mieux, elle n’est pas crédible, au pire, elle est dangereuse). 
Pourtant, l’espérance demeure, les gens veulent toujours changer le monde…. Oui, nous avons développé notre raison au point de croire que notre capacité de maîtriser et diriger notre raison était sans borne. Hubris ! (né de la perspective inouïe de la révélation du Christ et surtout de la sécularisation des doctrines)


----------------
Le père Lambret souligne aussi nos problèmes de rationalité par notre refus de la notion d'autorité.
La raison est la capacité de nous rendre à la vérité en groupe, d’énoncer la réalité, de s'en approcher. La raison naît du dialogue et de l’annonce d’argument. Lambret tente de nous montrer en quoi ceux là sont toujours d’autorité. L’autorité est créatrice de sens tout en étant soumise à la réalité. La critique est intérieure à la confiance. Le fait est toujours consensus.
C'est en cela que la démocratie est un beau programme, tout homme est digne de participer à la loi et elle permet le dialogue le plus fructueux possible. La démocratie est la structure fait pour cet espoir de vérité, mais l'absolutiser n'aide en rien. L’homme a gardé les promesses du bonheur démocratique et entrevoit aussi un processus destructeur.  


-----------------

Faisons le point sur le sécularisme qui a conduit cette transformation.
Jamais l’expression aller dans le mur a été autant répétée, signe de la perception de la linéarité historique des modernes et des inquiétudes sur la perte d’horizon de ceux-ci. Le rêve de maîtrise est devenu obsession impossible. La rationalisation et l’autonomie du droit ont eu des conséquences incroyables. La légalité a pris le pas sur la légitimité. Or, la complexité de la loi et de la technique nous isole, notre conscience est désarmée, nous avons quitté l’arbitraire à une servitude que nous parons de notre assentiment. Nous sommes rouages. Nous vivons leur étourdissement et leur incompréhension. Parallèlement notre abandon de la métaphysique ne nous permet plus de réfléchir la fin de l’homme. Pourtant nos décisions ont toujours des bases anthropologiques et métaphysiques. Mais nous avons perdu la sagesse et nous nous croyons  affranchis des conditions d’origines de l’humanité. Comment ne pas voir que l’humanité n’est jamais dans le dépassement  de la religion et que celle de la démocratie est trop faible et qu'elle nous empêche de vivre intelligemment la période de crise, même si venant d'un cadre pouvant être fructueux.


-----------------

Et si nous étions chrétiens ?
Enfin, Lambret nous montre que ce que la société garde de sa foi chrétienne est très faible mais que ce petit reste est souvent meilleur que ce que tente d’apporter la nouvelle religion démocratique. Le Christ nous a conduit vers des sommets lumineux où nous ne pouvons revenir sans lui. C’est la crise de la sécularisation. (exemple du mariage, malgré les malheurs du couple, les gens veulent se marier à l’Eglise.)
Lambret nous invite à redécouvrir la beauté et la rationalité des sacrements chrétiens, et tout spécialement du mariage qui se fonde par deux baptisés qui veulent aller au bout de la logique du Salut par le Christ et de la recréation du monde dont le baptême est le sacrement. Ce mariage est le symbole de l’alliance entre Dieu et les hommes. Alliance non sans chute mais toujours avec proposition de réconciliation.
La foi catholique, encore est un scandale car elle propose de sauver toute l’histoire humaine, chaque homme doit être arraché du néant. Tout cela viendrait de Jésus, fils de Dieu incarné qui a fait de sa vie un sacrifice pour la rédemption et le salut du monde. Toute le crédo peut être tourné en dérision en rengaine mais il y a ici une force comme il n’y en a nulle part ailleurs, Jésus est l’accomplissement inattendu de nos désir d’union d’amour universel. 

Bref Lambret montre combien nous avons à gagner à prendre au sérieux la proposition chrétienne. Arrêtons avec nos fausses religions, nos idolâtries, redevenons rationnel et embrassons ce qui nous permet de voir juste sur la réalité, nos expériences, nos relations et nos espoirs, embrassons le Christ. Sa parole et son corps sont le lieu surprenant mais véritable de notre communion .


Résumé du livre par chapitre :

lundi 19 novembre 2012

l’avènement de la démocratie en Europe - Marcel Gauchet



Aujourd'hui, je vous propose une conférence de Marcel Gauchet. Elle m'a permis de comprendre mieux le bonhomme, sa pensée et l'urgence de la connaître.
Comment comprendre notre époque ? Quelle histoire faisons nous ? A-t-elle un sens ?

Je fus heureux de rencontrer les concepts de hétéronomie et d'autonomie (le fameux passage de la sortie du religieux). Surpris par son refus de réfléchir à l'influence de l'économie et de la science (les voyant plutôt comme des conséquences).
Il dessine la montée de l'homme démocratique, ses structures politique, légiste (individualisme....) et sa perception historique désormais
Comme (prétendu...) chrétien, je suis assez subjugué par cette conférence et l'agnosticisme revendiquée de Marcel Gauchet.... Car il m'est évident que ce monsieur éveille un processus chrétien : la libération de la religion. Liberté face à un ordre politique transcendant, sens de l'histoire (du salut) et libération de l'individu n'appartenant qu'à sa communauté. Alors il y a un problème.... C'est que le christianisme reste transcendant. Les chrétiens ont jeté le bébé avec l'eau du bain. Girard en cela nous aide. Nous souvenir que toute recherche d'autonomie est souvent romantique et absurde. Et en même temps rendre grâce de nos libérations et de pouvoir interpréter l'histoire. Nous sommes encore dépendant des autres, la violence reste toujours présente, l'essentialisation de notre situation ou d'une partie de celle-ci devient meurtrière. Quand Girard appelle à ce que chacun devienne mystique et accepte"l'hétéronomie autonome" du chrétien libéré, Gauchet appelle à une construction humaine où chacun pourrait retrouver un régime équilibré et raisonnable où il prendrait les 30 glorieuses pour modèle. (part d'illusion, non ?)

Très personnel- lement, je trouve que Mr Gauchet fait le grand écart. D'un coté il affirme chercher le sens de l'histoire, la penser et d'un autre coté tout est contingent et le fruit du hasard et de la nécessité. Toutes les cultures sont dignes "mais si la modernité occidentale gagne, cela n’indiquerait en rien qu’il y avait une nécessité à ce triomphe". Tout aurait pu être possible et "Rien ne destinait la prédication d’un messie juif assez improbable à devenir l’assise de la plus puissante église de tous les temps".
Oui, le "hasard et la necessité", c'est bien de ne pas vouloir être Hegel, mais refuser à ce point les "lois de l'histoire" et de refuser l'universalisme, c'est étonnant.
Malgré tout, sa pensée est incroyablement nourrissante. Et cette conférence (vidéo plus bas !!!) ne me permet que de m'initier à sa pensée...



(1 ère vidéo)
J'ai sauté l'intro (pardon monsieur..)

Marcel attaque dans le dur. il veut une pensée de l'histoire. Ce n'est pas parce que nous sortons d'échecs cuisants, qu'il faut y renoncer. Il faut lutter contre l'idée naïve et inconsistante du postmodernisme qui pense que l'ère des grands récits est close. Penser l'histoire est nécessaire et possible si on le fait soigneusement.
Car si l'idée du progrès, de développement calle, nous voulons savoir dans quel devenir nous mettons les pieds. Quelle est notre modernité?
Gauchet veut lutter contre "l'économisme" qui nous ferme à toute réflexion en posant l'économie comme seule capacité explicative. Gauchet pense que l'économie n'est qu'une partie d'un cadre plus vaste. La crise de 29 était déjà l'expression d'une crise plus large, de même 2008 est l'expression d'un crise de l'économie dans le cadre d'une crise démocratique.

Quelle crise de la démocratie vivons nous alors que tout le monde est d'accord sur le principe ? Pourtant, il y a un malaise et un sentiment d'impuissance. Nous sommes de plus en plus libre et avons de moins en moins de pouvoir collectif, elle perd son sens;
Pour le comprendre, il faut du recul et analyser la longue durée de notre processus démocratique.

La démocratie à mon sens est le concept englobant de la modernité. Tout autre définition (science, égalité, capitalisme) ne serait que partielle.


La démocratie est l'expression de l'autonomisation du monde humain sous l'effet du processus de sortie de la religion. Processus générateur du monde moderne. Après, tout n'est plus que mise en forme politique de l'autonomie humaine. La sortie de la religion n'est pas la sortie de la croyance religieuse, c'est la sortie de la structure religieuse de monde humain. (2ème video) Nous sous estimons le rôle des religions dans les sociétés anciennes. C'est plus qu'un sentiment, c'est une manière d'être complète des sociétés impliquant un type de pouvoir et une forme de cohésion sociale. Or la sortie de la religion depuis le XVIème siècle est l'arrachement à cette manière d'être. C'est passer de l'hétéronomie à l'autonomie. D'un société où sa constitution porte un modèle extérieur et transcendant à son extraction vers des modes de structuration autonome. C'est la révolution moderne. C'est le cadre de toutes nos révolutions scientifiques, politiques, religieuses et industrielles. Nous sommes toujours dedans et c'est ce qui nous travaille. Notre crise est une crise de croissance de la démocratie et de cette révolution. Crise d'articulation des composantes de la démocratie. Gauchet fait un comparatif entre 1900 et 2000, pour lui deux crises de croissance.La première (rappel seulement 3 républiques dans le monde en 1900). On se bat pour le suffrage universel. Avènement invincible de la démocratie. il y a une poussée des masses qui rendent les politiciens impuissants, rejet des parlementarismes, les masses de gauche appellent à la révolution sociale, et celles de droite à la nation. La première réponse à cette crise est le totalitarisme. On pense que c'est ce qui peut répondre à cette crise. Notre situation est différente, les périls sont inverses. Nous ne craignons pas le totalitarisme  mais la désarticulation des collectifs. Il faut redouter l'impuissance complète  L'individu total créant l'impouvoir radical. De même nous avons eu la chance de vivre, de nous reposer sur la solution démocratique de la première crise de croissance, les 30 glorieuses. Haute croissance et miracle politique de la stabilisation libérale.

Structure de l'autonomie
Néanmoins, c'est la même structure, avancée de l'autonomie. Détaillons cette autonomie en 3 points.
1 Politique. Le passage de l'hétéronomie à l'autonomie, c'est l'apparition d'une nouvelle forme politique. Avant, cité, royaume, empire, maintenant état-nation. Nouvelle forme de communauté politique associé à un nouveau type de pouvoir de cette communauté. Avant, pouvoir vient de l'incarnation d'un principe invisible, le roi en qui tout atteste charnellement l’assujettissement de la communauté à plus haut qu'elle. en autonomie, le pouvoir, c'est l'état, machine abstraite, déliant le ciel et la terre et gouverne les communautés selon ses raisons internes. Il faut un état pour faire une démocratie.
2 Droit. Le droit dans le sens qui définit la légitimité et l'autorité. Avant est légitime ce qui vient d'en haut. Le droit attestant l'autorité d'un tout. Après la révolution moderne, le droit des individus est source de toute légitimité, il procède de l'accord de ces individus. Droit de l'homme. Nous sommes passés au tout collectif au tout individu. (3eme video) Exemple, la famille, matérialisation de l'autorité d'un tout se volatilise avec le principe de légitimité, ce qui compte c'est ce que font les individus.
3 Histoire. ou plutôt, l'orientation historique. Certes, toute société est soumise à l'histoire car soumise à la corruption et la détérioration et ne peuvent pas ne pas changer. Mais notre société est très originale. Elle change, mais surtout elle veut changer, elle s'organise autour de sa volonté de changement délibéré. L'hétéronomie, c'est le passé, la tradition, obéir et transmettre. L'autonomie, c'est la révolution des orientations temporelles de la société, passé disqualifié, l'avenir compte. Cela change tout. 1750-1850, passage vers une société tourné vers l'innovation technique et la production matérielle, société d'économie. La révolution industrielle en est l'expression. La société de l'histoire est une société de l'économie.
Tout cela a une incidence folle en politique dans le rapport entre pouvoir et société. Hétéronomie, le pouvoir est au dessus d la société, le corps politique est la cause de la société. En autonomie, la société est première car cause du changement, lieu de l'action de la production de l'histoire. Le pouvoir est second, il ne représente que la société, il ne communique plus l'ordre au dessus de la société. Ce renversement est l'orientation libérale. Il fonde notre idée du pouvoir comme représentation sur la base de la liberté privée des individus. (libéral, mot piège, il y a le discours et la structure, idéologie et ordre).

L'autonomie n'est pas seulement un idéal, c'est une manière pratique de se produire soi-même dans le temps, une organisation pour cette production.Voir ces trois composants permettent une réponse claire à un problème classique. La différence entre la démocratie antique et moderne ? La structure politique de l'état, le droit universel des individus et l'orientation historique.

Mais pour comprendre l'histoire de la démocratie, il faut comprendre encore trois choses.
1 la structure autonome ne s'affirme que progressivement, elle passe des compromis avec l'hétéronomie. Exemple de l'ancien Régime, compromis entre le principe royal et étatique, lutte puis divorce. Tout compromis est en renégociation permanente.

2 La nature problématique de la sa composition. Les trois vecteurs de l'autonomie peuvent se retourner contre elle. L'état permet à la communauté politique de maintenir ou d'écraser. le droit des individus fonde les libertés mais peuvent se retourner contre la collectivité. L'histoire, c'est la liberté puisque nous nous faisons nous-même à travers elle, mais cette expression de l'autonomie peut nous échapper. Nous pouvons faire l'histoire que nous ignorons faire. Nous sommes toujours menacés de ne pas maîtriser notre liberté.

3 Ensuite le caractère problématique des relations entre ces trois composants. complémentaires et antagonistes. Chacun s'énonce comme la formule complète de la communauté humaine excluant les deux autres.Nous pouvons le voir par la délimitation du champs politiques. Il y a 3 principales familles, chacun a son composant préférentiel. Le conservatisme, l'ordre et donc la politique. Le libéralisme, idéologie du droit. Socialisme, idéologie de l'histoire. Chacun se croyant la clef unique. Ils se suivent dans l'histoire. 1500-1650, formation du socle politique de l'état, 1650-1800, la politique est supplantée par le droit. de la, vient une définition intégrale de la communauté humaine et des rapports entre les êtres et la communauté politique. Exclusivisme du droit. La révolution française : parfaite image des révolutions des droits de l'homme. 1800-1900, l'histoire chasse la politique et le droit. Le renouvellement libéral renouvelle le conditionnement politique et se présente comme l'assiette définitive de la collectivité humaine. Le point de vue de l'histoire et de la société suffit à tout. Nos sciences sociales continuent de témoigner de cet héritage. Marx est l'auteur de cette autosuffisance du social historique. Il énonce la radicalisation émancipatoire du renversement libéral jusqu'à la disparition du politique et du droit. Le chemin vers la société sociale des producteurs associés n'ayant besoin ni de structures politiques ni de "mystification" juridique.

Nous avons la possibilité d'identifier le problème de la démocratie au XXème siècle. 1900, moment où on se rend compte que ces trois éléments sont indispensables, voués à coexister malgré leurs contradictions Comment faire ? 1900, moment où le régime mixte des modernes semble probable. Regime mixte ?Combinaison idéale des trois formes de gouvernement, monarchie, aristocratie et démocratie. (4ème video)




La difficile recherche du régime mixte
Donc, le régime mixte des modernes, c'est la combinaison de l'individualisme juridique, le cadre politique de l'état-nation et le gouvernement de l'histoire. Mais la synthèse est difficile. c'est le problème du XXème siècle et l'origine de sa tragédie mais c'est aussi sous cette lumière qu'il faut juger l'extraordinaire réussite du XXème siècle. Cette face éclairée est la stabilisation des années 45-75. Gauchet pense qu'il y eut là une sorte de miracle démocratique avec une synthèse impossible trouvée. La réussite économique cachant la réussite politique qu'est la mise en place de la démocratie libérale. Jusqu'à 45, la démocratie libérale était plutôt un libéralisme démocratisé par élargissement électoral. Ensuite une redéfinition de l'esprit de nos régimes permet un changement basé notamment sur l'association  de la garantie sociale  dans la liberté des individus et maîtrise du destin collectif par conduite du changement social. Mais on a pensé que cette réussite était la fin de l'histoire. Mais ce n'était qu'une ébauche défaite par un approfondissement de l'autonomie et de ces composants. C'est ainsi que nous devons comprendre les trente dernières années.

1Orientation historique. Les sociétés sont dans la production du futur, économie de l'innovation et du changement. Tout est perçu sous l'angle de la transformation qu'on pourrait leur opérer en vu de leur optimisation. Mais ces activités futuristes éparpillent les initiatives qui ne se comprennent plus comme des histoires. C'est la crise de la figuration de l'avenir. Plus nous faisons l'histoire moins elle nous est pensable comme telle.
2 Politique. Chute de l'état-nation, surtout en Europe. C'est le même phénomène d'occultation que pour l'histoire mais la mutation fut invisible à l’œil nu. La politique est portant passé de la superstructure (ce qui commande d'en haut et se donne à voir) à l'infrastructure (ce qui soutient par en bas et est cachée). D'où pour Gauchet l'illusion libérale d'une économie survivante si l’état s'en irait. Nous ne voyons plus la politique et nous croyons pouvoir nous en passer. Plus le pouvoir est important, moins il est compris dans son rôle.


3 Alors, il ne reste de visible que le droit. En sociologie, on observe une individualisation massive et en politique l'avènement d'une nouvelle démocratie en fonction des facteurs juridiques. La démocratie des droits de l'homme. C'est la démocratie à l'école de ces fondements, liberté et égalité de ses fondements.



Gauchet dit que nous sommes ici au coeur  de la crise de croissance de notre démocratie.
Cette plus grande rigueur dans la sécurité des libertés personnelles et dans leur traduction dans le droit positif  est bien sur une avancée mais la démocratie des droits de l'homme est une démocratie contre elle-même. Présent à ce point de notre chemin, nous pouvons bien voir qu'une démocratie sans histoire et contre politique est une démocratie menacée par l'ineffectivité pratique car elle refuse le cadre et les instruments nécessaires à son expression politique et elle ne s'occupe plus de la matière (le changement historique) dont elle devrait traité pour avoir du sens. De nouveau, une illusion d'optique nous cache l'ensemble. Nous ne voyons qu'une dimension de la démocratie, elle souffre d'unilatéralisme et débouche sur l'impuissance. La gouvernance ne peut remplacer le gouvernement et c'est contradictoire pour une démocratie  de s'en remettre à une agrégation démocratique des initiatives. Elle se renonce à se comprendre et à s'élaborer comme société

Pour conclure la conférence, Il nous faut retrouver un nouveau régime mixte équilibré de l'autonomie. Une démocratie toute nouvelle que les 30 glorieuses pourraient inspirer. Souhaitons que contrairement à la première crise nous n'ayons pas besoin de 1914, 1917, 1933...


Questions réponses (5 et 6eme video)

Les deux dernières vidéos sont en mode de questions-réponses. Je ne ferai pas de résumé mais je retiendrai les éléments qui me paraissent les plus importants.
--
Zarka (tiens, le voila ?) commence par exprimer un doute, peut-on opposer si fortement, les régimes de l’hétéronomie et de l’autonomie ?
Il développe enfin l’idée que Gauchet est un Théologien (!! ???) Avènement de la démocratie, et discussion théologique (comme Tocqueville). « Vous attendez que l’évenement aille toujours plus loin… »
Gauchet répond que Tocqueville est plus theologien que lui. Il fait appel à providence. Lui, il analyse le déploiement de la structure autonome comme un possible inscrit dans les sociétés humaines. Mais qui n’est pas inéluctable et  qui est une simple contingence dès son point de départ… Mais cela est réversible. Pas d’aboutissement ni de fin de l’histoire. Il se trouve seulement que depuis un millénaire tout converge…
--
Gauchet pense que l’individualisme est à comprendre en droit. Il y tient.
--
Que faire des hommes des tribus hétéronome dans ce débat autonome et hétéronome ?
Gauchet dit qu’il n’est pas hegelien car il ne croit pas en l’histoire universelle. La réflexion anthropologique fut moteur pour lui. Mais histoire occidentale a une force incomparable mais nos amis primitifs ne sont pas voués à rentrer dans ce processus.
Et pour beaucoup de société elle est une proposition qu’on ne peut pas refuser, puis on ne peut résister à elle qu’en se servant de ses outils ou les ignorant.
Pas Hégélien encore car peuples ont dignité humaine et une raison historique à préserver pour elle-même, à comprendre et à protéger… Aucune infériorité. Vont-ils résister ? Mais si la modernité occidentale gagne, cela n’indiquerait en rien qu’il y avait une nécessité à ce triomphe.
--
Gauchet dit encore  On peut décrire historiquement conditions de la bifurcation occidentale. 16eme, réforme, surgissement de ce qui est en germe depuis longtemps, le christianisme latin, 11eme siecle, organisation originale. L’évènement est la révolution papale, 1er état autour de fonction théologique. On peut suivre les étapes historiquement. (Mais cela aurait pu ne pas être.) Rien ne destinait la prédication d’un messie juif assez improbable à devenir l’assise de la plus puissante église de tous les temps. Contingence raisonnée. Logique interne  et quand modernité se déploie, la cohérence interne est forte mais n’est une pas nécessité. Donc le déploiement peut aller jusqu’à fin. Aboutissement logique qui ne peut être pas la fin de l’histoire. Il y a deux fins.
--
Questions publics
Danger : chercher dans essence de l’islam quelque chose d’autre. Islam, penseurs « rationalistes » trop isolés.
--
Originalité de la pensée du droit européen. Dernier livre de Marcel gauchet aurait pu s’appeler  « de la démocratie en Europe »
Ensuite grand problème avec les juristes qui ne le comprennent pas avec principe de légitimité. Où le législateur puise son inspiration ? l’idée du légitime puis ensuite institution. Ex bioéthique, recherche de légitimité… Décision binaire recherchant la légitimité…
--
Colonisation ?
MG : Lien intime entre modernité et expansion de modernité. Elle est expansive. Mondialisation européenne, moyen d’économie pour éviter de se faire la guerre à l’intérieur de son continent. Maintenant, signe de nouvelle étape de mondialisation. 1ere fois où société non européenne, de se saisir à leur manière des principes de la modernité occidentale. Occidentalisation est à la portée de grands nombres de sociétés : nous sommes au début de la désoccidentalisation du monde et de la démocratie. Face à mondialisation –désorganisation mais appropriation. Avant mondialisation impérialiste, maintenant, mondialisation post coloniale et post impériale, donc mouvement d’appropriation et de désorganisation qui va changer beaucoup notamment dans la démocratie occidentale à venir.


Pour la bonne bouche, voici le panorama de la pensée de Gauchet par Pierre Cormary (encore lui mais tout de même.....), 1ere et 2nde partie.


Comprendre l'histoire de la démocratie.

vendredi 12 octobre 2012

Alain Soral et le populisme

En 2006, Alain Soral donne une interview  à un jeune journaliste web. La vidéo est plus bas, je vous propose un petit résumé d'une partie de cette interview et deux trois commentaires...

Alain Soral annonce qu'il est prêt à s'offrir aux politiciens pour leur dire pourquoi cela ne marche plus, pourquoi ils ne sont plus crédibles car ils ne comprennent plus rien. L'interviewer dit que ce n'est pas le problème des politiciens. Soral réplique que le pouvoir, c'est la maîtrise de la situation, de la réalité et donc sa compréhension en avance.
C'est cela prévoir et être un véritable intellectuel.
Aujourd'hui, le chantage au fascisme fait de moins en moins peur et les politiques ont perdu le réel.
L'interviewer dit que pourtant Sarkozy va surement passer en 2007.
Oui, répond Soral,  il a tout les réseaux, argent, média etc... il a doublé Chirac, l'ancien homme des réseaux.
Sarkozy a travaillé sur la concentration des réseaux. Et il a compris l'envie française de populisme light. (L'homme politique giscardien arrive à sa fin.) Mais c'est de la forme. Et il a promis à tout le monde... Soit il trahit, soit il ne fait rien et de toute façon, il conduit à la catastrophe qui est le chemin logique de la politique française. Il aura un peu de temps de grâce avec charisme pendant deux ans, il ne pourra rien faire avec les syndicats ou les puissances d'argent. Puis il se retrouvera nue. Et ensuite, il n'y a plus personne. Le Pen sera à la retraite, or c'est lui qui stérilisait le populisme français par sa diabolisation et son lien avec "la collaboration et l'extrême droite condamnable". Mais après ? Le populisme pourra devenir ce que Michéa en dit (Rousseau). On quittera alors des schémas de 1945 et de 1968 et redéfinir la politique. La redéfinir car la colère populaire se développe et le système politique réduit cette colère en un populisme et ce populisme en fascisme, permettant de ne pas répondre aux racines profondes de la crise.
Le populisme national a un grand avenir en France.




--------------

Ce n'est pas un sans faute, mais je dois avouer que la perspective n'est pas mal du tout. Il est intéressant de découvrir cette interview maintenant. Il s'est passé beaucoup de choses entre temps, et l'homme a été cohérent sur toute la ligne, ses débuts, son "think tank", ses conférence, son "gauche du travail, droite des valeurs" (= populisme), son passage au Front national (velléités de pouvoir ? Peut-être quand on voit comment Marine Le Pen l'a mis sur la touche), son site, ses sites commerciaux etc... Cet homme regroupe autour de lui une haine et une adoration étonnante. Il est ce gouailleur de groupe de copains qui, lors d'une conversation politique "emporte le morceau" par ses arguments, sa hargne et une autorité naturelle créé par sa culture et son courage. Tout seul, ensuite, on se demande s'il est sérieux et si on ne devrait pas prendre ses distances... Mais on revient tout de même, car nous sommes tous fascinés  (en tout cas moi, j'ai cette faiblesse) par les hommes de système, les experts en mécanique intellectuelle, les ceintures noires de dialectique et les chevaliers agressifs et honnêtes de leurs causes. 

Une incarnation d'un populisme à la française refusant le système politique et se concentrant sur la formation et la transmission d'un arsenal intellectuel ? J'ose croire que le bonhomme ne renierait pas cette définition. 

Et moi, ce populisme ? 
Mais qu'est ce que le Peuple ? N'y a t il rien de plus séducteur comme notion, n'est ce pas la base de la démocratie comme celui de la dictature ?

Il n'y a pas d'exercice de l'autorité sans l'adhésion du peuple. 
Plus le tyran est démagogue, plus le peuple est fort. Mais on n'est plus tyran seulement avec un costume ridicule et une armée. Ce n'est plus suffisant. Les dictateurs d'opérette se font de plus en plus rare. (L'ingénierie du consentement est de plus en plus subtile.)
L'autorité ne peut que rarement se passer de l'autorité d'un seul (la monarchie n'est jamais loin non plus), impossible aussi d'échapper à l'influence dans le gouvernement de ceux qui produisent la richesse d'un groupe. (la ploutocratie, n'est jamais loin). La démocratie est aussi ce règne du peuple, à la recherche d'une mise en oeuvre organisée d'une société humaine bien maîtrisée et raisonnable.

Bref, rien n'est fixée, et il y a toutes les formes de régime politique dans chacun des régimes sur terre. 
La différence entre la démocratie et la tyrannie la plus noire se fera moins sur les structures que sur la simple constatation que ce sont des hommes libres, raisonnables et bons qui sont dans les structures... Et même encore, tout peut dépérir.... C'est une lutte de tous les instants contre cette déchéance morale et physique. (le péché originel ?)

Alors le populisme célino-soralien, notre régime démocrato-européen ? Invitent-t-ils, font ils des hommes libres, raisonnables et bons ? 
Le lien entre pouvoir et jouissance est elle une finalité ?

Toute politique commence par une réflexion sur ce "qu'est ce qui est bon, raisonnable et ce qu'est un homme libre?"

Puis je affirmer que cette réflexion est insuffisante à notre époque ? Ou plus précisément que nous croyons y avoir répondu ? N'avons nous pas oublié que tout dépérissait ?



Je conseille enfin cet article de Yves-Charles Zarka paru dans libération en Janvier 2012 et dont je partage souvent l'avis

le populisme n’est donc pas le fait d’un seul parti mais de la plupart. Pour le dire d’une phrase : le populisme devient un mode dominant du rapport aux citoyens dans des démocraties qui ont perdu le sens de la délibération publique.

N'est ce pas ce que dit Soral ? Dans un monde politique où tout est populisme, les électeurs ne vont ils pas finir par préférer l'original aux ersatz....