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mercredi 10 juillet 2013

Nancy Huston - Incarnation


Très belle interview de Nancy Huston sur France culture, auteur que j’avais déjà découvert ici gràce à Pierre Cormary.

Auteur, membre des mouvements féministes des années 70, elle a écrit son dernier essai pour continuer à penser ce qu’est être femme et lutter contre la théorie des genres et contre tout refus de la différence sexuelle.
Sensibilité à la physique et aux sciences. Reconnaissance de la différence des désirs. Savoir accepter le désir d’enfant de la part de femmes. Schizophrénie de notre temps qui refuse les problèmes ou croient les résoudre en refusant la différence sexuelle et l’ambivalence humaine. Que faire du tourbillon de la sexualité masculine ? L’externaliser par des femmes étrangères pauvres ou par la pornographie promue par l’économie libérale ?

Non, acceptons la différence des corps et des désirs qui y sont associes.

Retrouvons le sens de l’incarnation. « Le corps, c’est des gens. »

Réfléchissons à notre fécondité et découvrons que la contraception ne résout pas tous les problèmes.
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Le discours de Huston me touche beaucoup, une de ses thèses me provoquent. Si les femmes ont pu être persécutées par les hommes, c’est qu’ils n’ont jamais pu accepter le privilège de l’engendrement. A creuser.
Son analyse du dégoût de l’intelligentsia français pour l’engendrement est très intéressant. Son analyse de bon sens sur la différence des désirs me parait crucial. L’homme veut voir les femmes et la femme veut plaire. 

Elle sent bien que nous sommes au carrefour du désir, de la biologie (fertilité et reproduction), du social et de la politique. Elle montre avec simplicité le refus de l’ambivalence de la théorie du genre et son simplisme agressif au nom souvent de la lutte contre la domination alors qu’elle est un erreur de pensée de style gnostique...


En l’écoutant, je trouvais Huston très « catholique ». Surtout par son goût profond de l’incarnation. Mais au lieu de reconnaître en Beauvoir par exemple une gnostique, elle accuse le christianisme.
Nancy Huston est l’exemple typique des malentendus entre certaines personnes intelligentes et l’Eglise. Et montre aussi comment, cette dernière a entretenu ces malentendus. Huston voit bien comment les défenseurs de la théorie du genre sont l’église morale et répressive de notre temps. A l’Eglise catholique de défendre l’incarnation et de prendre avec passion les préoccupations de Huston qui sont celles d'une femme inquiète.





Plus bas, une tentative de résumé


mardi 13 novembre 2012

Rohmer, Truffaut, Chesterton et Les femmes

Je vous propose aujourd'hui deux extraits de film. Je crois qu'ils s'approchent tous les deux avec honnêteté et   fragilité sur le questionnement masculin à propos de la femme. Ils sont incroyablement proches par la nature de leur réflexion et incroyablement éloignés par la réponse du héros et probablement du réalisateur. Ici, Rohmer et Truffaut ne s'amusent pas seulement avec deux subjectivités nous sentons un engagement sur cette question si tendre qui englobe la beauté, le mariage, la fidélité et la différence sexuelle.

Le premier est un extrait du film de "L'homme qui aimait les femmes" de François Truffaut 1977

Le héros médite sur l'indispensabilité de la présence des femmes près de lui. Au moins de leur vision. Justement,  nous les observons avec lui. Nous partageons son émerveillement, sa contemplation. ("rien n'est plus beau...") Il parle de notre désir de les connaitre toutes et même de les posséder toutes. Et puis, ne veulent elles pas la même chose que nous ? L'amour ! Mais de toutes les sortes, dit il. Eh, oui, nous ne sommes jamais d'accord sur ce mot, tout en concevant sa prédominance... 
"Tout le monde veut l'amour, toutes sortes d'amour, l'amour physique et l'amour sentimental ou même simplement la tendresse désintéressée de quelqu'un qui a choisi quelqu'un d'autre pour la vie et ne regarde plus personne.
Je n'en suis pas là, moi !
Je regarde tout le monde..."
Ensuite, le héros se plaint de la trêve hivernale où les robes disparaissent.
Il médite encore sur l'importance des femmes en comparant leurs jambes filant dans le monde entier aux compas créant l'harmonie du monde. Il termine en magnifiant les femmes inconnues car.... elles sont inconnues...

Ensuite, voici un extrait du film de 1972, L'amour l'après midi de Eric Rohmer. 
Il n'existe aucune confirmation, mais je ne serais pas étonné de savoir que ce film a influencé le premier...




Notre héros commence à parler livre, lecture, il se rend compte qu'il a besoin d'une présence pour lire chez lui. (comparaison entre le livre et la femme, véritable rivalité ???) il commence alors à se poser la question, pourquoi elle ? Pourquoi ma femme ? Et pas une autre beauté ? Qu'est ce qui l'a dirigé vers elle. Après son mariage, il a commencé à trouver toutes les femmes belles. Chacune a son propre mystère. Nous sommes curieux de la vie de chacune que nous croisons.
Nous comprenons que cet homme vit une crise lancinante et discrète. Il n'a aucune envie de faire la coure aux filles mais "le mariage l'ennuie", il a envie de s'évader, la perspective du temps long l'assombrit.
Il voudrait une vie qu'avec des premiers amours qui ne seraient que durables.... impossibilité...

Face à la foule parisienne, il pense au monde des possibles, à ces femmes qu'il ne reverra plus, son regard posé sur elle qui comme un miroir les conforte et dont un accord tacite de leur part accorde cette discrète admiration.
Mais il ne s'éloigne pas de sa femme. "Ces beautés sont le prolongement de la beauté de sa femme, elle l'enrichissent tout en recevant un peu de la sienne. Leur beauté est le garant de la beauté du monde. En étreignant Hélène, j'étreint toutes les femmes du monde.
MAIS d'autres vie que la mienne se déroule parallèlement  Quelle frustration d'être éloignée de ces vies, de ne pas avoir retenu chacune de ces femmes dans leur marche précipitée et je rêve que je les possède toutes effectivement."

A la fin de cet extrait, nous pouvons voir la rêverie de notre héros. Il rêve de la possibilité d'un monde où toutes les femmes succomberaient à ses avances. (sauf, si....) Alors que nous empêcherait il de tout goûter ? Il est amusant de voir que dans ces rêveries, toutes les femmes ont participé à un opus de la série des contes moraux dont le présent film est le dernier. Une manière notamment de filer la réflexion sur les relations hommes femmes au coeur de cette série de films.

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Beaucoup de points communs. Deux hommes méditant sur la foule de femmes surgissant devant eux. Leur désir fou de s'intéresser à chacune d'entre elles, de les regarder, de les contempler, de participer à leur vie, de les retenir, de communier avec elle, de les posséder. Oui. Si la rêverie de Rohmer montre le caractère absurde de ce désir de globalité (ainsi que le rôle de la fidélité dans la séduction), les deux extraits touchent incroyablement juste sur la passion masculine des femmes. Que vous êtes belles, je ne peux vivre sans vous et il faudrait s'arrêter devant chacune de vous et vous admirer et combien il me tarde de vivre et d'aimer parfaitement chacune de vous.
"Leur beauté est le garant de la beauté du monde"
"Les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens lui donnant son équilibre et son harmonie."
Ces deux phrases veulent dire la même chose. Femmes, je ne suis rien sans vous. Par votre beauté, vous êtes le vecteur du sens de ce monde. Vous êtes le signe de la transcendance.

Mais les deux extraits s'écartent ensuite mais se pose la même question. Comment goûter ce fruit ?

Truffaut semble répondre, goûtez les tous. Les grandes tiges comme les petites pommes. Elle veulent être adorées et dévorées. L'amour durable tendre et fidèle ? Il me fermerait de la vue des autres femmes....

Rohmer semble dire : C'est surtout marié que nous regardons toutes les femmes. Si cet extrait qui est l'introduction du film plante le sujet de l'ennui du mariage, des tentations des horizons innombrables, il donne aussi la réponse dans cette même introduction qui prend un tour contradictoire.
En étreignant ma femme, j'étreins toutes les femmes. En connaissant (bibliquement aussi...) ma femme et l'aimant, je participe à la communion à la beauté dont l'ensemble des femmes forment le portrait.
Regarder les femmes est un exercice bon et louable si l'on est marié (cela permet de mieux aimer sa femme) et si l'on ne l'est pas, il aiguise notre appétit pour aimer la femme que nous aurons élu et peu importe au final pourquoi nous l'aurons élu finalement puisque nous saurons goûter sa beauté et son humeur.
Il rejoint ici le discours de Hadjadj sur la raison. Le péché originel tel qu'il fut représenté chez Eve fut d'avoir goûter avant de contempler. il y a donc des regards qui goûtent avant d'admirer. Savoir voir la source avant de goûter le fruit. Source probablement d'une chasteté bien comprise et bonne. (Importance de la silhouette et du visage chez Rohmer, Truffaut s'arrêtant plus sur les détails. A noter l'importance "fétichiste" des jambes des femmes pour Truffaut, en y repensant on pourrait faire un catalogue infini de jambes de femmes dans ses films.)
Que faire alors de cette frustration de ne pouvoir toutes les embrasser ?
Comme Rohmer en se moquant de nos désirs de puissance...
Ou encore méditer l’élection de Dieu de son peuple, son amour pour celui-ci qui conduit enfin à la rentré de toute l'humanité dans cette élection. Méditer l'amour de Dieu, dans le cantique des cantiques, Méditer sa fidélité. Comprendre en quoi cette vertue est ce qui rend toute histoire une histoire sainte....



Pour la fin, quelques citations de Chesterton. Il résume tout cela très bien.



 Tous les adorateurs de la volonté, de Nietzsche à M. Davidson, sont totalement dépourvus de volition. Ils ne peuvent vouloir, ils peuvent tout juste désirer. Et si l’on en veut une preuve, il est facile de la trouver. Elle se trouve notamment dans ce fait qu’ils parlent sans cesse de la volonté comme d’une expansion et d’une évasion. Or c’est tout le contraire. Tout acte de volonté est un acte d’autolimitation. Désirer l’action, c’est désirer la limitation. En ce sens, tout acte est un acte d’auto-abnégation. Dès qu’on choisit quelque chose, on rejette tout le reste. L’objection que des hommes de cet école avaient l’habitude de faire à l’acte de mariage est en réalité une objection à tous les actes. Tout acte est une sélection et une exclusion irrévocables. De même qu’en épousant une femme, on renonce à toutes les autres, de même en s’engageant dans la voie d’une action, on renonce à toutes les autres. Orthodoxie P64, ed. Climat

 Etre fidèle à une femme est un faible prix à payer pour le prodige de voir une femme. Me plaindre de ne pouvoir me marier qu’une fois  revenait à me plaindre de n’être né qu’une fois. C’était disproportionné avec l’effarante exaltation qu’on éprouvait à en parler. Cela témoignait non pas d’une sensibilité exagérée, mais d’une curieuse insensibilité envers le sexe. Un homme n’est qu’un idiot de ne pouvoir accéder à l’Eden par cinq portes à la fois. On est polygame faute d’épanouissement sexuel : C’est comme si l’on cueillait cinq poires par inadvertance. P92Orthodoxie ed. Climat
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Souvent femme varie et c'est là une de ses grandes qualités. Cela évite à l'homme d'avoir recours à la polygamie. Tant que vous aurez une femme, vous serez sûrs d'avoir tout un harem. - Gilbert Keith Chesterton

Quelques photos mais il y en aurait tant à mettre....












jeudi 6 septembre 2012

Noces des journalistes et politiques - échange et féminité

Je conseille vivement cet article  paru sur le site causeur.
L'auteur se fait appeler "noix vomique"... Pourquoi pas.

Certes, c'est un article d'actualité...
Certes c'est un article polémique....
Mais il y a plus que cela.

L'auteur donne d'abord quantité d'exemples d'une situation étonnante dans le milieu politique français : L'abondance de couple politico-médiatique.

Certes, on pourra arguer que c'est une minorité de couples dans ces milieux mais malgré tout l'article aborde ce sujet très contemporain sous un angle original. Il est flou sur certains détails mais c'est son objectif qui importe et je crois qu'il éclaire là un symptôme moderne.

Que dit il donc ?
L'auteur se demande pourquoi cette attirance entre les hommes politiques et les femmes journalistes à notre époque ?

L'auteur pense trouver la raison profonde dans l'anthropologie : l'étude des clans, des structures de parenté et de l'échange des femmes.

Les clans, car la politique est une affaire de clan. L'exemple du parti socialiste français avec son "tonton" et les promotions actuels est assez clair.
Les structures de parenté, l'auteur distingue une exogamie factice de la part de notre milieu politico médiatique. Les hommes politiques (monde essentiellement d'hommes..) se marient avec les femmes journalistes (féminisation importante de la profession). Deux mondes bien proche en pensée et en formation.

Pour Levy Strauss, à partir de son étude des peuples primitifs, montre que la base de ses structures de parenté est l'échange des femmes. Comment les femmes d'un groupe sont perçues et comment sont elles échangées et avec qui ? (Emmanuel Todd tient ces questions en haute importance dans son analyse démographique...).

La femme, tout comme peuvent l'être les passe-droits et le prestige est la monnaie d'échanges entre deux groupes se rapprochant. Épouser une femme, cela peut être soumettre le monde de l'épouse que donner des prérogatives à celui-ci. Pour l'auteur, c'est bien ce qui se passe aussi en France dans le monde politique, pour preuve :  les subventions énormes pour les principaux journaux ne vendant plus assez.

Deux groupes, deux sexes différents mais deux mondes ayant fait les mêmes études, écoles et ayant plus ou moins la même pensée.
Le discours et le compte-rendu, le pouvoir et la fascination du pouvoir, la création et l’interprétation. Tel est ce mariage.

L'auteur semble nous dire que le grand prêtre de ce mariage (et le père de la mariée ?) est le banquier. 
La conclusion est féroce : Quand il y a féminisation d'un métier, les structures anthropologiques élémentaires rentrent en jeu, il y a perte d'indépendance vis à vis des pouvoirs réels("elle servent la soupe aux politiques"). Connivence ? Non, une certaine logique légitime du mariage. Fausse subversion journalistique pour un mariage passionnelle entre la politique et les médias. L'argent bénit le tout. Et nos médias sont en crise et ne peuvent (presque) plus se permettre d'être de véritables contre-pouvoirs.



La féminisation est un sujet que Zemmour aborde de temps en temps aussi. 
Plusieurs questions viennent. Se méfier de la féminisation à outrance d'un métier n'est il pas légitime ?  Comme il l'est aussi de s’inquiéter des symptômes de dépendance de nos principaux quotidiens.

Peut on nier la dimension d'échange entre les femmes et les hommes ? 
Chesterton, dans son "Le monde comme il ne va pas", analyse le féminisme comme une rémission des femmes aux valeurs masculines. Ce qui peut paraître une résistance et une lutte pour des droits se transforme en un déchaînement des puissances masculines. Libéralisme sexuel (Houellebecq), libéralisme économique (Soral). 
La perception féministe de la féminité comme subordination est cruellement présente quand on pensait s'en éloigner...  L'article de causeur nous en donne un exemple cruel dans un monde où la pensée féministe est comme acquise.
De ce fait, l'arrivée en force des quotas devraient nous inquiéter. Qui pose la question de la relation complexe entre les hommes et les femmes dans ce débat ? Pourquoi n'est ce plus possible ?
Qu'aurons nous à échanger si nous devenons rivaux en tout?
Cet article pose la question de l'amour tout de même ? Est ce une ruse ? Comment percevoir la différence sexuelle sans naïveté, ni cynisme ?

Ce blog est aussi fait pour se poser ces questions.