mardi 17 septembre 2013

Sapir, Lordon et la nation

Intéressante conversation de deux hommes de gauche très compétents et respectés dans leur recherche économique et connus comme lutant contre le système économique actuel qu’ils appellent néoliberal. 
Ils ont en marre d'être doublé par le FN sur les questions de nation et de souveraineté nationale. Lordon dit, il y a une nation de droite, elle est mystique et met en avant la communauté alors celle de gauche reste sur l’individu, la rationalité.  Le devoir commun repose sur le paiement des impôt. Le bien commun d’une république, c’est la caisse commune et d’une certaine manière l’activité qui lui est liée. Le nation de droite respire la xénophobie, l’ethnicisme et refuse la lutte des classes qu’elle est prête à sacrifier pour l’union nationale. 




Sapir lui repondra peu après. S'il met en avant ses accords (piquer la nation au FN, nation non ethnique) avec Lordon, on sent qu’il veut tout reprendre. Il n’y a qu’une souveraineté et elle est toujours mystique car nous en sommes héritiers par le temps long quel que soit nos désirs de changements sociaux rapides. Elle est construction sociale qui doit être fondée sur le bien commun (res publica) qui sont les activités rémunératrices (la caisse, one more time) et les lois communes. Cela est la perception de gauche de la nation, mais la seule encore possible et légitime car laïque et non religieuse comme l’est toujours peu ou prou la nation de droite... 




Sapir reprend le cours historique, nous devons cet état laïc à Jean Bodin. Au 16ème siècle, face aux guerres de religion et à l’impossibilité de retrouver l’état rêvé de la droite qui est un état, une loi et une religion, il définit cet état car on ne peut convaincre par la raison de la vérité d’une religion.
Ces deux articles me sont terribles à lire. Ce sont des articles d’honnêtes hommes, cultivés, intelligents, brillants et ayant fait leur preuve. Personnellement, je vois qu’ils ont bien ciblé l’ennemi (ou plutôt le destructeur) mais leur vision offre t'elle plus que le FN ?

Lordon parle d’une nation comme construction sociale évidente et dont toute réconciliation et sentiment religieux est absurde et inutile. Il démontre par là un impensé gauchiste qui pense que toute communauté se fonde sur contrat social entre gens de bonne volonté, on paye ses impôts et tout va bien dans le meilleur des mondes. Tout le reste est inutile et donc tout est de la faute de l’oligarchie patronale. C’est une "sacré" illusion sur ce que peut être une communauté. 


Sapir se rend compte que son ami se plante. Il répond, n’oublie pas la part d’héritage que nous le voulions ou non. N’oublie pas la racine religieuse des nations. N’oublie pas qu’il n’y a pas de nation, de communauté, de souveraineté sans frontières. La caisse commune comme bien commun est insuffisant. Il faut les lois.

Il introduit ensuite la naissance de la perception de gauche de la nation par Jean Bodin et par la guerre des religion. La république est ce pis aller pour un monde où les nations sont impossibles, non parce que les conflits sont devenus inarrêtables mais parce que la religion ne peut plus relier intellectuellement la société.


Malgré la plus grande finesse de Sapir, finalement, ces deux auteurs sont le signe de la méconnaissance de la fondation d'une nation et de sa survie, des théories girardiennes, et signe de l’individualisme moderne, ils ne savent plus ce qui fait société (cela est éclatant pour Lordon). Ils ne voient pas la crise culturelle de la modernité que le christianisme apporte en ne permettant plus aux communautés de s’unifier par les rites sacrificiels. La droite peut être ce qui est tentée de renouer ces rites et en effet le FN peut être le parti de cette tentation illusoire et violente mais la gauche est ce parti qui par refus légitime de la violence mais par une anthropologie limitée se refuse de voir la crise culturelle auquel nous faisons face et ne se donne pas les moyens de réfléchir l'unité de la communauté (Ou en est même dégoutté, comme Lordon). Sapir après Bodin et avec toute la modernité voit la religion comme la violence dont il faut se protéger. La laïcite demeure ce quiproquo. Les guerres de religion étant une crise de rationalité de l’Europe ainsi qu'une crise mimétique. Elle fut aussi le premier signe d’une crise culturelle dont nous vivons encore les conséquences. Sapir et Lordon ne voit pas que ce modèle laïc est en crise lui même en consolidant les tendances individualistes à la source de la crise mimétique d’indifferenciation que nous vivons.

Girard pense que le premier bien commun, c’est le premier objet sacré fondant la communauté découvrant la paix du groupe. Le cadavre de la victime émissaire. Pour les Chrétiens, le bien commun, c’est le corps du Christ. Les chrétiens dans leur propre patrie se fondent dans leur communauté nationale sans illusion sur ce qui peut fonder la société dans laquelle ils vivent. Ils tendent à vivre et à inspirer un société qui ne serait fondé que sur l'Eucharistie. (Tout en sachant qu'aucune société 100% catho n'y a vraiment ressemblé). La république est curieusement ce qui arrive quand la chrétienté refuse de s'entendre sur l'Eucharistie et la possibilité pour elle d'être le bien commun unificateur. Sapir a de belles intuitions mais continue de voir le problème sur la rationalité impossible de la religion. Ce qui n'est pas tout à fait juste mais est le signe de la culpabilité religieuse pour bon nombre d'européens depuis la réforme...

Paradoxalement, ce sont les temps de minorité que vivent actuellement les chrétiens qui  peuvent que nous permettre de prendre de la distance avec de nombreux malentendus et nous faire réfléchir sur ce qui fait communauté et bonheur de l'homme.

J'ai bien peur que la caisse commune et des lois démocratiques communes ne seront jamais des choses communes comblantes et efficaces. Les communautés nationales "s'hoteliseraient". Il est fou de croire que cela puisse marcher sans rustine. Cela ne nourrit ni la foi, ni la rationalité humaine et ne construit que des individus isolés et mimétiques sans protection les uns contre les autres... On peut toujours rêver comme Peillon à une religion de la laïcite, mais les contours en sont trop flous....


Non, non, nous sommes coincés, chers amis gauchistes et droitards... On ne rétablira pas le sacrifice sans révolte ou honte de nous même et on n’échappe pas non plus à la métaphysique de la communauté. (de ce coté la on voit bien le mimétisme du communisme et du libéralisme rêvant d’un monde de paix par le passage d’un monde sans classes ou d’individu autonome.) L'Eucharistie seul comble et résout cette contradiction qui se fait jour de manière apocalyptique...

Concernant le fait que nous ne pouvons convaincre rationnellement d'une foi religieuse, Chesterton cite Saint Thomas disant qu’il fallait 40 ans au plus pour convaincre du bien fondé de la foi catholique. 

Impossible patience donc aussi....

Ci dessous : résumé plus développé des deux articles...



Lordon; Tous les demis habiles ne connaissent que deux couleurs, toute critique de l'Europe actuelle, du libre échange, du retour au principe de souveraineté est un horrible fasciste. Lordon condamne un terrorisme intellectuel inhibant les honnêtes gens voulant critiquer le système économique actuel qui craignent de passer pour des extrémistes. Faut il cesser toute critique pouvant être déjà utilisée par l’extrême droite par exemple.
On ne peut plus prononcer le mot de nation sans se faire insulter par un universalisme abstrait...
Il est temps aussi de différencier la souverainté de gauche et de droite. Le premier s'intéresse plus au peuple qu'à la nation.
La droite parle donc de nation, de corps mystique,grand homme, homme providentiel ou bien élite ou aristocratie

Alors qu’a la gauche, la souveraineté englobe tous les gens de bonne volonté intéressés sur les choses qui les touchent.

C’est la démocratie, alors que la souveraineté de gauche , c’est la restauration des moyen de gouverner puis rendu a des gouvernements qualifies.
Pourquoi la gauche veut ostraciser la notion de souveraineté alors qu’elle veut de la démocratie (maîtrise par une communauté de son propre destin). Bref, la gauche est tétanisé par la captation de concept clé par le FN
Lutter contre les arguments du FN (qui après avoir été reaganien, a fait un tête a queue idéologique, pagaille intellectuelle et)
L’immigration : la régulation des sans papier contre l’armée de réserve du capitalisme
(alibi anti libéral xénophobe du FN)

Voler la nation au FN
Certes, la régulation des flux de population a un sens. Mais tous ceux qui participent à l’économie et payent leurs impôts ont vocation a rejoindre la nation. Celle ci n’est pas un fantasme ethnique. Ni de racines historiques partageable (les gaulois). La nation est lie a des devoirs fiscaux.
Immigration et chômage
Il n’y a aucune détermination univoque entre démographie et chômage. Au contraire la démographie vient intensifier les propriétés vertueuses du régime d’accumulation fordien.
C’est la politique néolibérale (régime d’accumulation) qui détruit les emplois, politique triant les projets sur rentables, favorisant les délocalisations. Bref c’est le régime pas la couleur de peau qui fait le changement.
Puis de toute façon, on ne peut faire confiance a un parti qui retourne sa veste. Politique économique opportuniste. Au pouvoir, elle pactiserait avec le capital.
L’extrême droite est toujours un rêve de réconciliation nationale autour d’un ordre social domine par le capital. D’abord la fusion national et donc oubli de la lutte des classes. Rêve d’une réconciliation du capital et du travail et d’un rassemblement unanime.

Conclusions
En oubliant toutes ces choses, la gauche critique a abandonne la souveraineté populaire élective dans et par le consentement fiscal. C’est ce qu’attaque le néolibéralisme. Comment se défendre si on perd les mots ?

Il faudrait un peu de lucidité et se battre pour retrouver les mots pris par les personnes pris par le délire de l’homogène et le fantasme de la communauté et non de la société, qui veulent les fusions mystiques pour oublier tous les clivages
L’extrème droite nous joue une comédie sociale pour mieux cacher cet arrière plan

Remettons les pendules a l’heure. C’est une nécessité pour se défendre du néolibéralisme et sauver nos valeurs de l’amalgame entretenu par le front national.


Article important de Lordon sur la souveraineté et la nation. Essentielle lors de cette crise de l’institution européenne.
D’accord sur le fait que le néolibéralisme dissout la souveraineté des peuples qu’il faut retrouver sur les territoires des nations existante. Bref, la frontière est essentielle à la démocratie, qui est membre et non membre. (cela n’implique pas le désintérêt) et tout internationalisme tourne a vide.

Par contre Sapir récuse l’idée d’une séparation entre un souverainisme de gauche et de droite. Si il y ces deux manières de voir la nation, il n’y a qu’une souveraineté, condition nécessaire à la démocratie.

La nation de droite, est avant tout. On réfléchit peu a son origine et on met en valeur son intemporalité. Le corps mystique n’est pas une lubie. On retrouve toujours le triptyque, une foi, une loi, un roi. Les problèmes commencent avec l’arrivée du pluralisme religieux. La loi aurait pour origine des metavaleurs (Schmitt, Hayek) mais la pluralité de foi, transforme la loi qui tire sa légitimité de faire coexister des intérêts et croyances diverses sur le même territoire.

Importance de Jean Bodin posant les bases de l’Etat laic (on ne peut convaincre religieusement en faisant appel a la raison). Bref l’important devient de savoir si on est français et non pas de savoir si on est catho ou huguenot).

La perception de la nation par la droite ne s’en est jamais remise d’une nation et d’un état hors de tous fanatismes religieux.

Pour les penseur de Gauche, la nation est une construction sociale. Et ils pensent avoir liquide la question métaphysique. Ensuite ils mettent au milieu la lutte des classes qui quand elle cessera enlèvera toute légitimité à l’état. Pour les marxistes, alors la démocratie peut devenir instrumentale.

Si marxien, décalage entre le temps long de l’état nation (influence de nos consciences et inconsciences, langages des problèmes et des solutions...) et le temps court de leur volonté de mouvement social.

Finalement, a ce moment, même si analyse différente, ou est finalement la différence entre ce corps mystique et cette construction sociale de très longue durée ?

Si construction sociale a longue durée, il faut rester sur Bodin et ses principes de non fondation de nation sur des bases religieuses et ses conditions de fonctionnement neutre pour maîtriser les conflits entre intérets et les croyances multiples au nom de la chose publique, du bien commun.

Il n’y a donc qu’un souverainisme mais il y a une conception de droite qui ne peut se passer des éléments religieux et non compatibles avec le déploiement complet de la démocratie.

Ok encore avec Lordon, la vraie gauche doit se réapproprier la nation, condition nécessaire a la démocratie, pas bases ethniques mais accueil tous ceux qui la font vivre par leur travail, énergie, respect des lois auxquels ils participent....

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