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jeudi 27 avril 2017

chesterton - why i am catholic ?



Pourquoi je suis catholique ?

Au-delà des bonnes raisons personnelles et sociales, Chesterton défend ici l’idée d’une Église, gardienne de la vérité, seule à même de nous permettre de retrouver les vérités essentielles et de nous éduquer à la raison contre les hérésies et le chaos intellectuel contemporain. Ouvrons les yeux sur les vieilles idées dangereuses recyclées en idée neuves et sexy. Embrassons l'Eglise de tout notre intelligence.

résumons...

Je pourrais faire un listing sans fin et original, dit Chesterton sur les vertus qu'Elle apporte, ce qui est bon pour l’homme…
Je pourrais parler de ma conversion intime mais cela réduirait la chose qui est finalement plus vaste que moi, nous parlons tout de même de la gardienne de la vérité…

Contre les idées nouvelles ??? Pas vraiment, ces idées que vous appelez nouvelles sont des vieilles idées recyclées alors que l’Église ne cesse de de devancer historiquement tout le monde pour le développement des idées véritablement nouvelles qu’elle n’hésite pas non plus à partager. Bref, Elle est l’ennemie des modes influentes.

Chesterton note que ces vieilles idées nocives apparaissent innocentes au prime abord. Exemples : Les actes sont mauvais seulement s’ils nuisent à la société. Nos conflits moraux devraient finir par une victoire du spirituel contre le matériel.

La première phrase finit par l’esclavagisme, et la seconde par le mépris de la création et de son propre corps.

L’Église balise dogmatiquement depuis deux millénaires, les autres écoles de pensée et de spiritualité ne sont pas préparées à tous les dangers

Elle a dans son escarcelle de quoi combattre contre toutes les hérésies présentes et futures, idolâtrique, ascétique, attaque contre la raison humaine des faux pragmatismes humains.

Elle garde le meilleur des hérésies, elle est au-delà des combats mimétiques absurdes comme celui entre les rationalistes et fondamentalistes. La Bible continuera toujours de parler à ce qui a de plus haut en l’homme au-delà de toute allégorie ou de littéralité.

Chesterton diagnostique un monde intellectuel en perdition. L’Eglise est et sera le lieu de la défense de l’homme, il propose quelques mots d’ordre de survie.

Défendons nos truismes humains et rendons les universaux.
Prévenons le morne retour des anciennes erreurs
Rendons le monde intellectuel plus sûr pour la démocratie.
Mais face à ce chaos mental général, les idées sombrent depuis que nous avons abandonné la volonté de conserver la vérité centrale et civilisatrice du Christ qui permet à toutes les autres vérités de se maintenir. Depuis chacun fait sa vérité et nous n’avons plus que l’erreur de l’idéologie.
L'Église est le lieu de ce procès des idéologies.

mardi 18 avril 2017

Pasolini, Badiou, révolution et Saint Paul

Paul Jorion commente ici un livre sorti il y a peu. Un livre des notes de Pasolini sur un film qu'il aurait aimé faire sur Saint Paul mais annulé pour des raisons de budget essentiellement. Badiou a écrit la préface de ce recueil de notes.

Pasolini aurait voulu garder les paroles telles quelles de ses lettres ou les événements de sa vie dans les actes des Apôtres, tout en filmant dans un décor des années 1970 et montrer le caractère révolutionnaire de son discours démolissant "un modèle de société fondée sur l'inégalité sociale, l'impérialisme et l'esclavagisme".
Pasolini se seraient moqué des intellectuels actuels qui discréditent sa pensée (comme les athéniens) même s'il semble que lui même avait du mal avec sa "misogynie" et son "respect des autorités en charge."
Préfiguration de Lénine pour Badiou, instaurateur de l’Église pour créer un sas entre le monde et les groupuscules révolutionnaires qui seront dans le monde et hors du monde. Badiou exprime une comparaison entre le parti et l’Église, toutes deux corruptibles avec le temps. "Le génie qui a créé l’Église  n'y reconnait plus, ou très difficilement, ce au nom de quoi il l'a précisément créée.
Pasolini voit aussi que la difficulté d'appliquer les principes transforment les institutions pour des fins justifiant les moyens vers une situation où cette fin sera sacrifiée.
Le film aurait montré le paradoxe de tous les gauchistes, l'obligation d'une utopie salvatrice et la quasi impossibilité d'une réalisation pratique qui ne se transforme en naufrage ou au contre exemple initial.
Le message parfait de Jésus sera toujours coupé par les institutions sensées le porter, pense Pasolini.
Il ne comprend pas Paul non plus quand il désire maintenir certaines "formes" impossibles à tenir selon lui, les formules doivent mourir vite. Il faut une Église qui contesterait toute forme d'autorité.
Institue la révolution anti institution. Injonction contradictoire où toute utopie se détruit.
Il y quelque chose de chimiquement pur dans la prose de Pasolini tel que rapportée par Jorion...
C'est l'incompréhension de l'Eglise comme lieu de miséricorde et lieu de l'Eucharistie qui représente, elle particulièrement, le principe de la pierre qu'auront rejeté les bâtisseurs sera la pierre d'angle. Bref, Ils jettent le Christ avec l'eau de L'Eglise.
Combien de chrétiens ont conscience de la position de l'Eglise qui comme le Christ est le point stable pour les hommes, elle l'est pour les institutions humaines depuis la venue du Christ ? Peu importe. Vivons ce lieu, comme nous pouvons, comme cette institution anti institution pour être la vraie institution avec ses pesanteurs et ses grâces.




lundi 14 septembre 2015

Jesus de Montreal - Denys arcand






Un homme, dont on ne sait rien du passé, si ce n'est sa formation  d'acteur "cum lauda", prend la direction du spectacle de la passion du Christ organisé tous les ans par un sanctuaire catholique à Montréal. Il invite quatre personnes à se joindre à l'aventure. Il base sa pièce sur une lecture incisive de l’Évangile et de recherches archéologiques sur le Christ. Le spectacle aura du succès et marquera les esprits mais blessera l’Église institutionnelle qui lui demandera d'annuler le spectacle qu'ils vont vouloir pourtant jouer. L'auteur, au moment de jouer Jésus en croix sera blessé lors d'un échauffourée pendant le spectacle. Il mourra et lèguera des parties de son corps et laissera dans le cœur de ses collègues un souvenir impérissable qui iront jusqu'au point de créer une institution à sa mémoire.

Voici pour le bref résumé, mais il faut en dire plus pour rendre un hommage (paradoxal) à ce film. 

Un relecture permanente 
Le film utilise de manière permanente, à chaque scène, un clin d'œil à l’Évangile. Il existe une seconde lecture permanente de l’Évangile dans la vie de ce Daniel Coulombe. C'est quelque fois criant, c'est parfois subtil. A chaque fois, une invitation à lire l’Évangile dans la vie ou de faire la visualisation (jésuite?) de l’Évangile à la vie quotidienne. Nous retrouvons Marie en mère solitaire, Marie Madeleine en ancienne mannequin de pub heureuse de rencontrer un homme qui la regarde avec amour et chasteté, un Jean Baptiste, précurseur et annonçant la venue de "Jésus", Un Pilate, un tentateur dans le désert, les marchands du temple, un grand prêtre, les pharisiens, Judas. Eli, Eli, lama sabactani, le bon romain. L'incarnation est maline, vivante, incarnée. Nous y croyons. D'autant plus que nous avons accès en partie au spectacle joué qui tente justement de rendre Jésus incarné, provocateur et éveilleur. Il y a une idée par plan et le dialogue ont souvent plusieurs sens passionnants. Il y a des scènes fantastiques jouant avec la représentation de la passion et la réalité de ce que les personnes vivent. On sent que Denys Arcand est marqué par Jésus, il veut partager la subtilité de ce qu'il comprend de la personnalité du Christ.

Une rencontre réussie et ratée (ou une expérience moderne)
Il nous vient alors le paradoxe de ce film moderne. Il nous invite à retrouver l'incarnation de Jésus, à éprouver sa sagesse, à l'admirer, à comprendre les raisons de sa mort. Mais les extraits de l’Évangile ne sont pas complets. Ses miracles deviennent de la magie, sa relation avec le Père est passé à l'as. L’Église est une institution, œuvre du diable et ne fait que répéter les erreurs des pharisiens. Il ne reste qu'un humaniste impeccable, simple, sombre, condamnant le monde et ses pompes, à la recherche de la relation juste et de communion. Mais Jésus est aussi un désespéré qui meurt du malheur du monde, fils d'un légionnaire romain. (oui, Arcand diffuse des vieilles thèses archéologiques qui ne valent pas grand chose.) La résurrection est le souvenir d'un homme cher, les disciples et le christianisme qui suivent sont des traitres idiots. Arcand fait facilement confiance aux thèses les plus légères qui le confortent dans ses théories d'un Jésus plus humaniste qu'humaniste. Où est le questionnement du sacrifice, du judaisme, de l'Eucharistie? Ce qu'Arcand oublie des Evangiles parlent plus de lui et de sa propre perception du Christ. La recherche de vérité a ses limites... Quel malheur.
Ou comment l'honnêteté d'une rencontre désirée passe à coté de son but. En ce sens, Arcand est un magnifique spécimen de l'hérésie moderne. L'humanité du Christ est respecté, sa divinité méprisé, l'institution de l'Eglise est ridicule et pourtant Jésus comme homme est apprécié, il semble une magnifique antidote à la modernité commerciale, vulgaire, égoïste et vaine.
C'est en cela que ce film a un gout curieux pour moi. Il fait sentir la douceur et l’âpreté du Christ, mais il nous fait rater le bon, le divin, le fils, le berger, l'anthropologue, la pain de vie, le sauveur. Quelle dommage....
Il semble être ce que l'honnêteté puisse apporter de mieux au moderne sur un point de vue sur le Christ, un petit peu comme "la vie de Brian" des Monthy Python dans un autre genre....
Dans tous les cas, à la question, "Et vous qui, pensez vous que je suis ?", les malentendus durent toujours et la réponse d'Arcand ressemble peu ou prou à celles rapportées avant celle de Pierre. Rien ne change, finalement....

Qui nous fera voir le sauveur ? 
Le paradoxe continue car le film semble résonner d'appels forts ! Qui nous fera voir le bonheur ?
Qui nous fera voir le Salut ?  Qu'est ce que l'homme ? Qu'est ce que la création ?
Arcand reste au point d'un gauchisme qui ne voit plus que la révolte car il rate parallèlement le Salut de la croix et la gratitude de l'homme...
Mais n'est il pas aussi le témoin d'un Église canadienne en pleine chute et en pleine crise de foi ?
Il nous reste le désagréable impression qu'Arcand croit comprendre l'Eglise et le Christ et qu'il les dépasse. Il y a au final beaucoup d'orgueil....
Deux citations situé au début et à la fin du film sont importantes encore.
Le film commence par une représentation théatrale du suicide de Smerdiakov après sa conversation avec Ivan.
Ensuite le film reprend et finira par les deux derniers morceaux du Stabat Mater de Pergolesi.
Dostoïevski est arrêté au désespoir humaniste et Pergolesi est utilisé pour les espoirs déçus de toute métaphysique.
Noir, c'est noir.









quelques notes au cours du film :

vendredi 21 décembre 2012

L'Eglise et la migration des hommes par Marc Lambret

Ci dessous est la tentative de résumé personnel de deux conférences du père Marc Lambret sur la question de l'émigration. Je penses que celles ci élèvent le débat et nous permettent de réfléchir plus largement sur ces questions. Se les poser, c'est bien sur s'interroger sur notre pauvreté et la relation sociale des hommes entre eux. Tout en relativisant les nations, la géopolitique et nos situations sociales, il nous invite à réfléchir profondément sur le sens de nos communautés, de nos traditions et de nos peurs...

La version originale est ici et là.


Lambret veut faire face à la question de l’immigration, L’histoire de Babel et celle de Caïn et Abel seront les histoires qui nous suivront tout au long des deux conférences.
Celles-ci se sont déroulées dans les années 90 peu de temps après les évènements médiatisés des sans-papiers de l’église Saint Bernard à Paris qui eurent un très large écho. Lambret profite de cet évènement pour se poser la question de l’émigration et comment l’Église nous invite à réfléchir sur tous ces sujets.
Lambret commence à expliquer pourquoi ce sujet est important ici et maintenant et quels sont les risques pour chacun de nous.

C’est un sujet médiatique, politique, sociologique, spirituel et historique. Les problèmes sont liés à chacune de ces caractéristiques.
D’abord, il faut se méfier des médias. L'émigration est un sujet merveilleusement fascinant, aussi exotique, attirant l’empathie que créant des peurs de l’autre, de l’invasion. Excitation d'émotions formidables. Or ces émotions (principalement la peur) ne nous aident pas à mener une réflexion indépendante. L’anxiété (une peur innommée)  fait de nous des gibiers de manipulation.

Ensuite il y a plusieurs risques.
1 Dégradation politique due à l’évolution vers l’angoisse de la population
2 Risque sociologique, le racisme et l’accusation de racisme, deux fléaux mimétiques.
3 Risque spirituel, comment rencontrer et accueillir l’autre ?
4 Risque de l’invasion. Comment résoudre le formidable déséquilibre démographique et économique mondial dans un monde globalisé ?

Mais d’abord quelques réflexions. La migration ? C’est une histoire de toujours. L’histoire des hommes est aussi une histoire de la migration. Pas de peuple stable définitivement. Les peuples ayant une histoire sont ceux qui ont bougé, les autres, les oubliés sont ceux qui ont été exterminés ou absorbés. Chez nous, Clovis est celui qui vient de l’est. La fin de l’empire romain ? Est-ce les grandes invasions ou les grandes migrations ? Rome s’est défendu puis a géré puis a disparu. Bref, la question de la migration est une tendance lourde qui nécessite un point de vue à long terme aussi.
Alors aujourd’hui, sommes nous face à une population inassimilable et remarquable par son nombre ? Non plus, notre monde n’a jamais été aussi mondialisé et les techniques anciennes de migrations structurées par le meurtre des hommes et le vol des femmes sont moins douces qu’aujourd’hui.
Alors quelle-est la nouveauté ? Nous ne savons plus ce qu’est la solidarité humaine élémentaire, ce que veut dire appartenir à un groupe, nous vivons un oubli profond de la dimension sociale de l’homme.
Nous appartenons toujours à un groupe. La rencontre de deux hommes est toujours la rencontre de deux groupes. La compénétration de deux groupes  n’est jamais facile, mais le carnage peut ne pas être la règle.
Ce qui nous parait incompréhensible (la difficulté de la rencontre de deux groupes) est normal. C’est un problème inattendu que dans la mesure où nous croyons que l’homme est un sujet de droit autonome. Nous sommes face à l’impensé de notre philosophie moderne (universalisme individuel). Nous sommes, en plus, des technocrates organisateurs qui ne comprennent pas pourquoi la réalité ne s’applique pas à leur modèle.
Rien de nouveau, certes, mais que faire face à tous ces risques et à nos nouvelles incompréhensions ?

A Ecoutons ce que l’Eglise peut nous dire…

I la nature sociale de l’homme (la réalité la plus ignorée.)
Comme énoncé dans la doctrine sociale de l’Eglise, un homme ne se définit jamais par lui-même mais par le groupe auquel il appartient, de cette observation découle (et s’explique par) le bien commun (les éléments matériels ou non qui unissent et symbolisent ce groupe). Ceci dit, il nous faut nous opposer à la fraternité humaine assénée comme une obligation. C’est une idéologie non efficace qui contredit toute expérience humaine de la différence de l’autre. Chez les chrétiens, la solidarité humaine universelle est compréhensible à partir de la notion de nature sociale.
L’expression même de "nature sociale de l’homme" indique une dialectique anthropologique fondamentale entre l’individu et le groupe, entre la personne et la communauté. Une "dialectique" parce qu’on ne peut pas placer l’une de ces deux réalités absolument avant l’autre. Et, si la communauté est tout entière définie par le fait de servir les personnes - ce qui est assez admis généralement - réciproquement, la personne est toute entière définie dans le fait de servir la communauté.
II Doctrine sur la distribution universelle des biens


La modernité est un déséquilibre perpétuel entre universalisme et particularisme entre propriété et distribution universelle des biens. Selon l’histoire et les évènements, nous oscillons entre des extrêmes. L’Eglise souhaite montrer comment chacun de ces éléments sont subordonnés aux autres. Universalisme et particularisme se marient entre eux dans l’Église et la propriété est légitimée dans la doctrine de l’Église que dans la mesure où elle est subordonnée à la distribution universelle des biens.


Cela nous permet aussi de pouvoir savoir si nous faisons partie d’une communauté : en examinant si nous avons un bien commun régi par une autorité convenable en vue de l’heureuse existence du groupe et de ses membres.
Ainsi dans une communauté qui a pris conscience de sa réalité communautaire, la politique est le règlement du bien commun, c'est-à-dire respect des personnes, prospérité du groupe, durée et sécurité d’un ordre juste… Comme une famille.

III accueil de l’étranger (d’abord il faut le considérer ainsi et nous considérer comme non-étranger)
Partout dans notre monde, il y aura lutte contre les iniquités, pour la justice. De cette nature sociale des hommes, de l’amour de Dieu, découle alors la dignité de chacun de ses membres, et donc de l’égalité de chacun et même de ses droits dans la communauté. Mais cette réflexion se développe aussi entre les communautés dont les relations entre elles sont comparables, et dans cette réflexion, bien sur, les plus riches ont des devoirs de justice (et notamment d’accueil) vis-à-vis des plus pauvres.

IV Amour prioritaire des pauvres.
Cette idée est au-dessus de toute revendication égalitariste. "Des pauvres, il y en aura toujours parmi nous" (cf. Mt 26,11 - Mc 14,7-8 - Jn  2,8). Idée folle pour notre temps. Pourtant la pauvreté est le signe de la vérité de l’humanité. Détresse et besoin de salut. La création gémit dans les douleurs de l’enfantement. 
Le Christ ne fait pas l’apologie de la pauvreté (n’oublions pas le premier mot de Jésus ressuscité, shalom, paix mais aussi prospérité, allégresse, fécondité). Mais Jésus appelle notre refus de l’exploitation des petits et des faibles. Et l’Eglise nous dit que l’amour des pauvres est incompatible avec l’amour des richesses ou avec leur usage égoïste (N° 2443 à 2449). Il nous faut entendre cette phrase dans toute sa force. C’est parce que notre société met son espérance dans les richesses plus que jamais qu’elle est devenue tout à fait incapable de comprendre ce que signifie l’amour des pauvres.
La modernité ne comprend pas ce dernier point et ne lui permet donc pas de comprendre l’humanité. Or la migration est liée à cette pauvreté.

B Ensuite, il faut comprendre anthropologiquement la question de l’émigration.
I Car pourquoi la migration sinon l’espoir de passer du malheur au bonheur. Et pourtant, il y a toujours cette ambivalence : Grande migration ou grande invasion ? Que faire quand on est fort, jeune, nombreux et en mouvement ? La normalité humaine marquée par le péché conduit ces mouvements vers le vol et la destruction. Oui, la migration, comme la pauvreté dit la nature humaine. Ici bas, tout n’est que recherche perpétuelle de patrie, recherche perpétuelle de vie meilleure. C’est seulement à partir de ce point que l’on peut penser les valeurs de la stabilité, de tradition.


D’où un paradoxe humain, si l’homme est un migrant qui veut bâtir, quand il obtient cela, il obtient une négation de lui-même. Comment sortir de l’impasse ?
Oui anthropologiquement, la migration est un phénomène ambivalent. C’est, d’un côté, un mouvement de misère : on est poussé à migrer par l’indigence, ou du moins par l’espoir d’une vie meilleure, et l’arrivée de migrants provoque, en général, une perturbation. Et, de l’autre côté, la migration est une sortie de soi libératrice pour l’homme : un mouvement positif, un mouvement d’espoir, un mouvement d’entreprise, un mouvement de quête, un mouvement purifiant, parce que pour bouger, il faut être léger, donc il faut abandonner le superflu, il faut discerner le plus nécessaire, le plus important. C’est un approfondissement, qui fait aller à l’essentiel, c’est le risque de l’aventure, c’est la possibilité de rencontrer ce qui est différent, et ainsi de s’enrichir humainement.



De l’autre coté, la stabilité est une autre ambivalence, regardons les "grandes civilisations" : Sumer, Babylone, l’Egypte, la Grèce, Rome, la Chine. Que fait l’homme quand il réussit sa stabilité ? Il développe une concentration humaine qui représente un énorme potentiel dans tous les domaines. Et en même temps, il développe des vices insoupçonnés auparavant. C’est le paradoxe de la ville, c’est le paradoxe de la civilisation, que cette concentration, que cette accumulation d’hommes et de biens soient sous un aspect un développement humain merveilleux et, sous un autre, l’aggravation de l’injustice et de la perversion jusqu’à l’abomination.


II Autre aventure essentielle de l’humanité : la rencontre de l’autre.

Sa différence culturelle nous arrive violemment à la figure mais l’intérêt de la rencontre n’est elle pas de se reconnaître semblable et dépasser l’altérité. Mais si nous faisons un avec les autres, il n’y a plus d’altérité…
La capacité d’entreprendre intelligemment l’accueil de l’étranger est un baromètre de la véritable valeur humaine de toute société…

Parisiens que nous sommes en particulier, nous sommes l’Occident moderne. Nous sommes structurés par l’idéologie occidentale moderne : idéologie individualiste et universaliste, stabilisée par l’idée que nous représenterions l’âge de la maturité de l’homme. Voilà l’origine de tous nos problèmes spécifiques. Il y en quatre particuliers.


1 Le racisme est lié à l’occident moderne. A la base, il existe une xénophobie ordinaire, sorte de timidité et de peur de l’autre et pour être véritablement homme, il faut savoir le surmonter. Mais le racisme, c’est ajouter l’erreur scientifique et très moderne de la distinction des races humaines. On ne cesse de nous dire que le racisme va contre la modernité mais non, il faut simplement considérer le couple moderne racisme et antiracisme (négation vers l’absurde de la différence) qui se rejoignent en tant que frère ennemi se combattant éternellement dans l’individualisme et le refus de la doctrine de la nature sociale de l’homme. (Autre exemple de la misère de la pensée moderne est le couple machisme (race masculine en force !!) féminisme (indistinction des sexes))



2 Négation du lien social. L’homme est seulement pensé comme un individu autonome et suffisant. Ainsi, le fondement du libéralisme est de nier le lien communautaire. Nous n’avons plus que des caricatures de lien social. Nous sommes encore emprisonnés par un couple de frères ennemis. Libéralisme et Socialisme dans les deux cas, la communauté n’est plus qu’une unité d’intérêt soit par contrat, soit par classe. Bref, encore une fois, nous ignorons la nature sociale de l’homme.

3 Nous ne savons plus qui nous sommes. Perte de sens de la communauté. En France ou en Europe, nous ne pensons plus qu’en part de gâteau et en termes de communauté économique.

4 Problème de pensée, nous ne savons plus ce qu’est un argument de tradition, d’autorité. La conséquence est que nous ne pensons plus, nous négocions.



C Salut en Jésus Christ


Qui sommes nous alors ? Si nous parlons de capacité d’accueil alors nous ne sommes pas tout le monde ?
Nous oscillons sans cesse entre deux absurdités. « Je suis citoyen du monde sans frontières » et « nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde ».
Quel est donc notre histoire, notre valeur spirituelle, notre moral ? Est-ce une perte si nous disparaissons ?
Le père Lambret nous dit que la France a besoin d’une conversion, d’une sérieuse critique de notre culture. Comment comprenons-nous l’homme, la famille ? Comment et pourquoi les personnes et les institutions peuvent elles être récompensées.
Chrétiens, nous croyons à une histoire de Salut. Cette histoire est migration. Enfin, parlons de Jésus, d’Abraham, eux qui n’avaient pas une pierre pour poser leur tête. Nous ne sommes que des immigrés et des hôtes (Genèse 23.4) (existe aussi Hébreux 13,14, 2Co51-10). Oui, les chrétiens restent étrangers à ce monde, ils aspirent à leur véritable patrie. Le monde reste une perpétuelle recréation par le salut réalisé par Jésus-Christ. De Babel à la Jérusalem céleste, de Caïn à la Pentecôte.
Bref, n’oublions jamais le mystère de l’humanité.
Nous sommes des migrants, nous avons un désir d’ailleurs, de fraternité profonde. Pourquoi sommes nous si séparés ? La différence de langue en est un bon symbole. Même si nous avons la même, certains proches peuvent ne plus rien se dire. La rencontre véritable se fait toujours dans la pauvreté, dans la découverte d’une fraternité semblable, la fraction du pain en est un exemple.
De Babel à Caïn, on peut voir que toute malédiction, tout malheur est lié à notre péché et l’oubli de la parole du frère, du soupçon du mensonge sur lui, ce qui conduit à la méconnaissance du frère à la rupture du lien, à la perte de la parole et au meurtre. (Abel déjà signe de Jésus).
Oui, la migration est ambivalente. Malédiction et figure de rédemption dans la pauvreté. L’histoire de l’homme est l’histoire de la restauration de l’homme dans son rapport à Dieu et à l’homme. De même la prospérité est ambivalente, celle-ci vécue dans le meurtre de Caïn est vécu contre Dieu.
Babel, c’est cela, la prospérité vécue dans la perversion et multipliant le cercle des meurtres et des vengeances. (s’emparer de l’égalité avec Dieu contre Dieu alors que cela nous était offert). A Babel, les hommes construisent efficacement le monument de leur satisfaction de désir de puissance et de gloire, les hommes sont moulus dans le projet insensé de se faire Dieu en collectivité en opposition à la Jérusalem nouvelle qui descend du ciel comme un cadeau de Dieu.
Notre vie prend son sens dans notre salut et dans l’aventure de la reconstitution de la fraternité humaine. L’Eglise est le signe, la réalité et le moyen de cet accueil là qu’est notre salut. Les chrétiens devraient être en tête de cet accueil et que nous puissions revenir à notre première vocation qui est d’être sauvé ensemble.

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« Que notre société en soit à n’envisager la question des migrants que comme le problème de la gestion économique des émigrés, c’est effrayant. Comment n’avons-nous plus la passion de l’homme, la passion de l’autre ? »
« L’amour se nourrit de différence et de pauvreté. On ne peut aimer que pauvre, on ne peut aimer que l’autre. Comment rêvons-nous un monde où nous serions tous pareils et pareillement riches ? »
« Nous le savons, c’est là notre histoire humaine. Nous étions errants, perdus, sans terre, sans patrie, sans espérance d’en avoir jamais une. Nous étions comme Caïn. Et le Fils de Dieu est venu partager ces maudites conditions, afin de nous établir tous dans notre patrie, qui est le ciel, c’est-à-dire la demeure de béatitude qu’est Dieu lui-même. »