samedi 13 avril 2013

Manuel de Dieguez contre René Girard

Je ne sais si cela vaut le coup....



J'ai hésité mais j'ai cru intéressant de résumer un article de Manuel de Diéguez contre René Girard. J'ai hésité car je fus déçu de la qualité de l'attaque. Si le style de Diéguez est admirable, non par sa clarté mais par sa luxuriance, nous sentons de manière trop évidente l'a priori anti-religieux de l'auteur. Et encore plus paradoxal, il dénie à Girard la possibilité de délier la religion chrétienne de la violence. il refuse l'unicité chrétienne que Girard redécouvre tout en voyant le lien entre la violence et le sacré. Pro palestinien et antidémocratique (pourquoi pas....) il voit en Girard tout ce qu'il déteste, le silence bien pensant et violent d'une caste intellectuelle refusant d'ouvrir les yeux sur la situation de Gaza et l’hypocrisie social démocrate du monde politique refusant de voir la violence et se donnant des armes théoriques pour la cacher de mieux en mieux. Bref, un concentré de bourgeoisie. Quelle curiosité..... N' a t-il pas un malentendu énorme. Girard est bien l'homme qui nous invite à voir la violence et la notre en particulier...
Ensuite, L'auteur s'appuie sur le travail de René Pommier, (presque) célèbre contempteur de Girard mais qui est finalement un décevant rationaliste anti religieux attrapant le moustique et ratant la baleine. Pour les plus courageux, c'est par ici. Mépris du mimétisme et de la lecture girardienne des oeuvres et du sacré. Tant pis pour eux...

Diéguez fulmine de voir Girard refuser la lecture de Saint Anselme du sacrifice de la croix. Pour Diéguez, le christianisme demeure comme toute religion archaïque une histoire de sacrifice envers un dieu qui attend qu'on lui rembourse, il faut payer le tribut.... C'est ainsi et il ne peut en être autrement. Mais c'est pourtant ce sur quoi lutte Girard et toute l'orthodoxie actuelle. La citation du théologien Ratzinger ci-dessous en est la preuve.


"Pour un très grand nombre de chrétiens et surtout pour ceux qui ne connaissent la foi que d'assez loin, la croix se situerait à l'intérieur d'un mécanisme de droit lésé et rétabli. Ce serait la manière dont la justice de Dieu infiniment offensée aurait été à nouveau réconciliée par une satisfaction infinie… Certains textes de dévotion semblent suggérer que la foi chrétienne en la Croix se représente un Dieu dont la justice inexorable a réclamé un sacrifice humain, le sacrifice de son propre Fils. Autant cette image est répandue, autant elle est fausse"
                                J. Ratzinger, Foi chrétienne hier et aujourd'hui, Nouvelles Editions Marne, 1976, p197

La croix reste pour lui comme une manière de trouver de bonnes raisons à faire payer les hommes et non un instrument du salut et de miséricorde.... Tant pis pour lui...

Diéguez voudrait que la croix soit une hypocrisie....
Il est ausi curieusement girardien sur le sacré et muni d'une certaine connaissance chrétienne par sa nature même. Mais il refuse d'identifier la source de cette connaissance. C'est un chrétien horrifié de voir cette source.... Tant pis pour lui. Girard occulterait la violence chrétienne alors qu'il souhaite montrer en quoi celle-ci est humaine et comment scientifiquement la foi chrétienne nous propose de la restreindre.


Vraiment, je suis, malgré tout, époustouflé par la plume de l'auteur mais il s'autofascine par ce qu'il imagine être sa rationalité.
Qui conduit vraiment à la raison et a la réalité ? Ne voit il pas qu'il frappe un épouvantail qu'il s'est construit lui-même ?




Résumé
1 Après une élégante introduction, On comprend que Pommier laisse la parole à Malebranche pour parler de Girard, c’est un novateur à la recherche de célébrité par l’éclat du nouveau. Malebranche continu, ces novateurs deviennent de mauvais foi et ne prend pour existant que ce qui va dans leur sens et méprise le reste. Ils s’auto leurrent…. Ce n’est qu’une erreur parmi d’autres….


2 Pommier se plonge dans la vieille tradition de pensée de la réfutation énergétique qui n’existe plus qu’à peine alors qu’elle fut une part importante de la production philosophique du passé. Pommier nous aide à Débroussailler le cerveau malade de l’homme dont la religion est le symptôme. La dernière mode, le rôle central des immolations sanglantes dans l’histoire. 

3 Et donc René Pommier vint rétablir la logique et la vérité que Girard méprise. Il lui reproche d’abord de ne pas être dans la logique chrétienne. Il reproche à Girard de refuser le sacrifice rédempteur au christianisme. Avec ironie, Dieguez affirme que Girard aimerait dispenser le dieu Chrétien de ce qu’il est au final, « le créancier insatiable du prix expiatoire de notre expulsion de l'Eden. » il veut innocenter un Dieu sanglant… Finalement, le dieu d’Isaac et d’Iphigénie serait le même.
Armé de la Raison, Pommier va souligner les erreurs et « l’escamotage » de Girard dans ses lectures, interprétations.

4 Girard est le Tartuffe du parti religieux qui refuse de voir sa situation idolâtre et violente avec son dieu.

5 Démocratie et église même combat. Sa cacher sa religiosité ou sa violence ou son masochisme ou bien les trois. Girard en est le signe et est maîtres en falsifications et ne dit de toute façon que des sottises…

6 L’éparpillement du savoir nous rend étrangers à une compréhension globale des choses. Et ce d’autant plus quand une idée fixe prend l’idée centrale d’une doctrine. (Preuve par Don Juan de Molière de l’erreur du mimétisme.)

7 Si Girard invente le mimétisme c’est par utilitarisme et pour expliquer la rivalité mimétique et donc au sacrifice et au bouc-emissaire. En plus, il a confondu le mimétisme avec le grégarisme viscéral prouvé par l’expérience de Milgram, et la passion de l’autorité d’une part des humains.

8 Exemple d’Erasme défendant la doctrine catholique par argument d’autorité vis à vis de la menace schismatique. C’est la preuve qu’une société close sur ses rituels et ses dogmes est le signe qu’elle hait l’individu différencié. En conséquence, toute société religieuse sera dirigé par une caste décérébrée et créant une société d’idiot mené par des perroquets.

9 Ensuite tout ce qu’on pouvait expliquer par le mimétisme peut s’expliquer par la peur. Pire que cela, Girard permet aux états et aux personnes de jouer à Ponce Pilate de leur destin. C’est trop facile de dire que l’on est aveugle et irresponsable du masque sacré que porte l’humanité.

10 Tarde a déjà parlé de l’imitation. Mais surtout Girard essaie de rendre religieux tout et surtout le profane en voyant partout du sacrifice. Puis il essaie de soustraire le christianisme du système sauvage de la violence immolatoire et de l’absoudre de sacrifice humain.
En plus, Diéguez dit que la violence, les guerres, les massacres, les sacrifices sont antérieure aux religions et aux rites. La religion n’est qu’un habillage cosmologique et de parure mythologique des carnages postérieurs…
La religion ne fait que théâtraliser toute la violence. Le sacrifice n’est qu’à titre préjudiciel, nourrir à l’avance l’idole.

11 La lecture sacrificielle de l’Eglise est sa théologie officielle. Saint Anselme de Cantorbery. Il faut encore payer le tribut au nouveau Jupiter. Et donc toujours le sacrifice du fils unique…

12 Après s’être attaqué à la trinité en disant que puisque Saint Anselme dit des betises sur le sacrifice divin, tout ce qu’il a légué sur le filioque et donc la trinité est faux et il faut en finir avec ses aneries…, il explique que Girard est finalement le gardien du temple qui ne permet pas de réfléchir le sacrifice anthropologiquement….

13 Encore une fois, Girard permet au chrétien de se fermer les yeux sur la violence de l’homme. Girard sacrifie en plus la science politique. L’abandon de Gaza en est le symptome majeur de la cécité démocratique.
« car il faudra recourir à un sacrificium intellectus de forte taille - celui d'une falsification délibérée du christianisme théorisé, intellectualisé et calqué sur l'histoire réelle - pour qu'une discipline vieille comme le monde, la politique, se trouve purement et simplement effacée du champ des savoirs rationnels, et cela à seule fin, redisons-le, de permettre au christianisme officiel, donc meurtrier à titre doctrinal, de renoncer à se présenter pour une religion dont la profession de foi ecclésiale qui la définit depuis deux millénaires se croit salvifique, précisément parce que sacrificielle. »

14 Péché originel, sacrilège de la désobéissance. Tout n’est que violence pour détourner la colère de Dieu. 

15 Girard ne cherche qu’à séparer les religions de leur source réelle dans le sang des hommes au service de la démocratie hypocrite. Ironie sur l’éventail des lectures mimétiques et sacrificielles de la bible par Girard. Diafoirus de la rivalité mimétique

16 Moquerie sur la foi de Girard basée sur la raison. Et puis de toute façon la cosmologie chrétienne est délirante. Et de la, toute foi absurde…
Pommier : René Girard croit en René Girard….

17 Foi, toujours manière de combler la terreur de sa solitude….De toute façon, les chrétiens sont ignorant de la foi (Dieguez pense que les chrétiens devraient croire qu’ils mangent les vraies molécules de chaires et d’hémoglobine du Christ). Mais les athées sont décérébrés aussi… Mais enfin, si seulement l’athéisme régnait, quel progès cela serait pour les sciences et les connaissances de l’homme. « Imaginons ce qu'il serait advenu de l'intelligence des Grecs s'ils avaient su que leurs dieux n'existaient pas! »

18 L’essai de Pommier fera date. Il participe à la guerre à la bêtise qui date depuis la renaissance, la percée de la raison du XVIIIème. Retrouvons la pensée et la cohérence rationnelle, bordel !!!!

mercredi 10 avril 2013

L'introduction de la Conversion de l'art - René Girard

Denier livre officiel de René Girard, il est essentiellement un recueil d'articles, la plupart de jeunesse, mais surtout l'occasion de montrer par l'introduction du livre la genèse de son chemin intellectuel à partir du "désir mimétique"  et  de confirmer " la façon dont [sa] pensée apocalyptique était depuis toujours contenue dans [sa] conception du désir."

L'introduction, seule exclusive, résume le livre et explique le choix de cette collection d'articles, allons y de notre petit résumé.


P28, l'art ne m'intéresse en effet que dans la mesure où il intensifie l'angoisse de l'époque. Ainsi seulement il accomplit sa fonction qui est de révéler.


Intro
Girard présente son livre, un recueil d'article de jeunesse (avant son premier livre en 1961) ou alors de relative maturité et même un dvd d'une interview récente.... Il nous invite sur son propre chemin intellectuel, sa genèse  Qu'est ce qui réunit ses articles? Une conception apocalyptique de l'histoire. Nous avons vécues depuis deux siècles avec des "montées aux extrêmes  catastrophiques mais avec l'accompagnement d'hommes de génies. L'accompagnement de la montée vers l'horreur et de son envers lumineux.

La fin du roman
Saint-John Perse et Malraux furent pour Girard les premières étapes indispensables vers le chemin de la foi Chrétienne et de la théorie mimétique. (à noter, que ce sont aussi des hommes qui ont compté pour l'histoire de France dans leur engagement politique et diplomatique, l'un gaulliste, l'autre anti gaulliste mais probablement ami  l'un de l'autre...) Girard dit qu'il a "joué" Perse au tout début de sa carrière universitaire pour marquer son dégoût du progressisme historique. il voit dans la poésie de Perse un questionnement par l'archaïque du positivisme, la reconstruction du réel se fait par l'apparition de l'apocalypse. Girard commence alors à réfléchir sur le sacré. Chez Malraux, Girard retient l'importance d'une œuvre totalement méprisée par son époque et désormais oubliée, les voix du silence, 1951. Pendant que les esthètes voulait revenir "avant la guerre" pour que "l'art continue", Malraux créait un lien entre violence et art, regroupant seconde guerre mondiale et fétiche, art primitif et apocalypse. Bref, Malraux est un des premiers à dire que l'humanisme progressiste est bel et bien mort. Grace à Malraux, Girard sent qu'on peut atteindre l'essentiel du monde et de nos vies par la parole. Nous sommes dans le "super moderne", le retour de l'archaïsme et la perte du chrétien. Malraux sent aussi la fin du roman, Proust a épuisé la forme. Le roman n'a été que le prophète de l'époque à venir. L'époque nécessite une nouvelle forme que Malraux cherchera par le refus de tout mythe et par la tension vers l'universel, ce que Girard analyse rétrospectivement comme une conversion romanesque.  Malraux était dans le vrai et personne ne l'a entendu...  Girard avoue que la littérature est la base de ses recherches cependant ce sujet est désormais dépassé mais il demeurera toujours le canon des oeuvres romanesques qui ont leur part dans la révélation de la vérité....

Voir absolument cette vidéo 
P16 L'histoire du roman est un peu comme la sagesse biblique. Il doit y avoir là une nécessité irréductible. Je crois que c'est dans le roman que se révèle la vérité, mais en même temps qu'il y aurait comme un canon, des textes canoniques de la révélation romanesque.

Orgueil et passion




Nous continuons à passer la machine à remonter le temps, et Girard parle de l'importance de Valéry et Stendhal dans son périple intellectuel. Valéry est le rêve de l'autonomie indifférente, le solipsisme représenté par Mr Teste. Je savoure mon "moi" pur que les autres ignorent et qui est finalement seul à être. C'est la tentation de la coquetterie ontologique et de l'orgueil. Le refus (stressé et donc dissimulateur) de voir l'autre comme fondateur de son identité. De l'autre coté, il a Stendhal qui a conscience de l'importance de la vanité dans l'identité humaine, il la discerne historiquement. Stendhal voit le monde balzacien, le monde d'après la révolution où chacun est le rival de l'autre. Ce que nous avons gagné en pseudo autonomie, nous le payons en vanité triste. Stendhal ne cessera de chercher la passion malgré tout. Puisque tout est vain, vivons avec passion, jouissance et éloigné du regard des autres. Bref, ce sont deux poses mais Stendhal, lui, ne se prend pas au sérieux...



Désir et Narcissisme
Par la suite, Girard reconnait son inspiration sartrienne. Sartre, en effet découvre dans l'essence une imitation existentielle. Mais celui-ci voudrait purifier l'essence de toute altérité (généalogie de Valery) ce qui est impossible. De plus Sartre condamne le fameux garçon de café qui ne peut trouver son essence, c'est une sorte de foi protestante radicale dans le péché originel. Girard, lui, voit plutôt le péché originel dans le rapport à l'autre mais non dans la conception de soi. Girard se voit comme celui qui dépasse Sartre dans toutes ses analyses, il le voit particulièrement dans le phénomène de la coquette. Stratégie de dissimulation de son désir pour se placer en statut dominant d'autonomie par rapport aux autres. (sur ce sujet, il pense aussi que Molière voit plus loin que Freud qui comme Valéry croit en une indifférence réelle et la croyance de pouvoir se débarrasser de l'autre...) Or le moi est toujours relatif. Et malheureusement, tout comme la montée aux extrêmes  plus je vais vers l'autre pour sortir de moi, plus l'autre va rentrer en lui, et finir par se détourner. La réussite et le prestige sert à croire en soi mais on a besoin de tout le monde pour cela... Toutes ces stratégie de coquetterie, de succès, c'est la mondanité mais elle n'est pas féconde sur le plan de la vérité. il faut accepter l'humiliation de la découverte de son mimétisme pour retrouver le temps perdu.

P21 Le narcissique est celui qui veut être cru indifférent par l'Autre, et l'humilié celui qui croit en cette comédie.

Nietzsche et Wagner


Enfin, Girard prend du temps, comme dans l'un de ses articles, pour débroussailler la relation Wagner Nietzsche qui lui semble importante pour tous les sujets comme l'Europe, la mythologie, le christianisme, le mimétisme...


Car, oui, Nietzsche s'est senti humilié par Wagner dans leurs relations. Il a découvert l'être dans le compositeur lui qui croyait être un Mr Teste réussi. Ecce Homo est l'humiliation refoulée par un pseudo triomphe. Son anti-christianisme sera dicté par la redécouverte de celui ci (et particulièrement de sa compassion) par Wagner. Ce dernier sera toujours à la recherche de la synthèse entre l'archaïque et le chrétien. Déconstruire les mythes mais garder possible la possibilité de l'alliance des deux. 

Girard ne dit il pas que tout son travail est résumé dans la scène d'ouverture de l'or du Rhin ? Celle du Nain Alberich et des trois sirènes, coquetterie, transformation de la valeur, guerre.... Wagner aussi à son insu à l'intuition de la montée aux extrêmes et de la vision du temps linéaire et apocalyptique. (contrairement à l'éternel retour de Nietzsche). Mais l'apocalypse de Wagner est mal définit et n'est jamais dans ses oeuvres en vérité. il sacralise la musique et oublie le rite que Stravinski présentera par l'intermédiaire de la danse afin de révéler purement le meurtre fondateur dans le sacre du printemps




P24 On voit constamment chez  [Wagner] la mythologie se déconstruire du fait d'éléments implicitement chrétiens,et puis se reconstruire. C'est la tentation moderne par excellence.

lundi 8 avril 2013

Chesterton par Simon Leys


Amené à m’intéresser à Simon Leys (notamment grâce à sa participation à une émission de Pivot), j'ai découvert qu'il a écrit un chapitre sur Chesterton dans son dernier livre que l'express a reproduit.
C'est une élocution d'un admirateur lors d'un colloque consacré à l'auteur anglais. il regroupe des petits points saillants de l'auteur anglais. Poesie, mal, amateurisme...





Chesterton est un poète ! Non pas par la forme de ses écrits mais plutôt dans sa recherche de prise avec le réel. La poésie est l'inventaire du réel, notre lien vital avec la réalité et donc notre propre salut mental.

Leys touche ensuite un point très juste. Il parle de la monstruosité bienheureuse de Chesterton. Ne nous le figurons nous pas comme un homme sans angoisse, portant l'orthodoxie catholique de l'homme avec joie, évidence et sans mimétisme vaniteux?

Leys nous dit qu'il faut lire le nomme jeudi : un cauchemar qui selon lui fait apparaître la proximité spirituelle de Chesterton et de Kafka. Chesterton serait l'homme qui serait ressorti vivant d'une confrontation avec son propre mal intérieur  Esprit jaillissant, il se sentit près de la folie,  la poésie le sauvât par l’intensité de sa recherche du réel  car „il n'y a pas de mauvaises choses mais seulement des pensées mauvaises". L’œuvre du ciel est matérielle, l’œuvre de l'enfer est entièrement spirituelle.”

Leys développe aussi l'idée Chestertonnienne de la supériorité de l'amateur sur le professionnel ? Car aucune activité humaine vraiment importante ne saurait être accomplie de manière professionnelle (imaginez vous un poète ou un vivant professionnel?). Le professionnalisation complète de l'homme le tue.

Leys aime a développer ensuite la spécialisation masculine et le généralisme féminin et de la merveille des taches dites proprement féminines et comment la dénigrement moderne de celles ci fait honte à ces grandes taches. Le féminisme ne comprend rien à la différence des sexes et est une victoire des pires valeurs masculines... Qui le comprend passe dans un autre dimension et deviendra encore plus terrifié par notre monde...

La réputation de Chesterton, note notre bon Belge, est contradictoire, célèbre par ces extraits, pratiquement inconnus intimement.

Il en ressort en général pour ceux le connaissant que superficiellement une certaine frivolité.
Mais pour Chesterton, la frivolité, n'est que le signe d'une pénétration plus profonde du sujet touché. : „Plus les sujets évoqués diffèrent entre eux, plus la philosophie qui les embrasse doit être profonde et universelle. Un esprit léger et irréfléchi est caractérisé par l'harmonie des matières qu'il traite; un esprit pénétrant et réfléchi, par leur apparente diversité." 

Justesse, actualité et prophétie, tel est Chesterton.




Quelques citations trouvés ici




Et ceci, qui paraît redoutablement adapté à la situation présente (car je ne puis croire que ce soit par un simple coïncidence que nous assistions simultanément au développement d'un mouvement en faveur de l'euthanasie et à une campagne pour autoriser le mariage des homosexuels) : «Il y a des formes destructives dans notre société, qui ne sont rien d'autre que destructives, car elles ne cherchent pas à modifier l'état des choses, mais à l'annihiler, en se basant sur une anarchie interne qui rejette toutes les distinctions morales sur lesquelles même les simples rebelles s'appuient encore. A présent, le criminel le plus dangereux est le philosophe moderne qui ne connaît plus aucune loi. L'ennemi n'émane pas des masses populaires, il se recrute parmi les gens éduqués et aisés, qui allient intellectualisme et ignorance, et sont soutenus en chemin par le culte que la faiblesse rend à la force. Plus spécifiquement, il est certain que les milieux scientifiques et artistiques sont silencieusement unis dans une croisade dirigée contre la famille et l'Etat.»




Leys cite aussi un écrit de 1926 :




«Les derniers en date de nos modernistes ont trouvé le moyen de proclamer une religion érotique qui simultanément exalte la luxure et interdit la fertilité (...) la prochaine grande hérésie sera tout simplement une attaque contre la moralité, et spécialement contre la moralité sexuelle. Et ça ne va pas venir des socialistes. La folie de demain n'est pas à Moscou, mais bien plutôt à Manhattan.»

vendredi 5 avril 2013

la terasse D'Etorre Scola

La terrasse 1980 Ettore Scola

Ils se sont tant mal aimés.
Nous sommes à Rome, une belle terrasse. C’est la soirée, la maîtresse de maison a bien préparé l’événement,  un grand groupe d’amis vieillissants se retrouve, se dispute, s'asticote. Nous allons suivre successivement 5 personnes de cette assemblée, leur relation entre eux et les autres membres de ce réseau culturel et politique. Oui, ce sont les intellectuels des années 70. Ils ont vieillis, ils sont déçus, ils sont tristes ou en colère. Heureusement, il leur reste le chant, les bon mots et… peu de choses finalement.
La construction de ce film est très travaillée. Les interactions entre les différents personnages au moment de la soirée puis ensuite dans les six scènes consacrés à un personnage en particulier sont très subtiles. Tout cela rajoute à l’intérêt de cette symphonie et de ce tableau d’ensemble.
L’un est un scénariste de film à succès qui n’a plus d’inspiration et qui devient fou à chercher à faire rire les gens… On découvre petit à petit que ses problématiques sont aussi celles du réalisateur, comment faire rire de l’époque alors que l’on en est soi-même dégoutté et le film semble le fruit des bouleversements intellectuels et intimes d'Ettore Scola.
Le second, journaliste sans plus aucun idéal vit sa vieillesse comme un naufrage, la seule femme qu’il ait vraiment aimée est devenue son propre monstre incontrôlable. Du verbe, de l’orgueil et de la recherche de pouvoir… Tout coule et nous aussi, les femmes sont nos rivales et non plus nos bien-aimés…Plus rien n'est possible entre nous...
Le troisième, Sergio, disparaît petit à petit, ne mange plus pour mieux disparaître,  il résiste, on l’oppresse et il meurt comme son héros favori de capitaine Fracasse, il n’aura plus à jouer aucun rôle… sa femme à lui était parti on ne sait plus où…Il n'y a plus la place dans ce monde pour les héros. Ceux ci se meurent de dépression..
Le quatrième, enrichi par des succès vulgaires dont il est le producteur se lance dans la production d'un cinéma d’avant garde pour essayer de reconquérir sa jeune femme intellectualisante, belle et distante… Il ne fera qu’émerger un cinéaste arrogant, orgueilleux, qu'amener sa propre ruine et entériner la chute définitive de son mariage... Impasse du cinéma italien soit abrutissant, soit méprisant et chute d'une milieu habile pour le succès mais dont la vie se révèle être un désastre.
Le cinquième, homme politique italien du parti communiste devient amoureux d’une jeune femme fragile et délaissée par un mari commercial stressé. Il se fait reprendre par la patrouille morale de son parti et est mis au placard. Il rêve de crier haut et fort son désir d’être honnête envers sa tendre femme. La fidélité à son parti et à sa femme ne font plus qu'un et sont impossibles quand notre héros se désespère de lui-même et de son temps....
Nous les retrouvons enfin tous les quatre et tous les autres amis sur la terrasse pour les funérailles de Sergio, ils seront tous en colère et chanterons tous autour du piano pour leurs belles et puis parce que c’est ce qu’il y a de mieux à faire désormais.

Il me sera difficile de rende hommage à ce film tant il y a de détails à noter et à mettre en exergue et comment tous ces détails créent une cohérence artistique et de sens.
Mais au fond, ce film est incroyablement désabusé… Tout est tombé, nous sommes vieux et laids, nous avons des problèmes de cœur (sauf le scénariste qui ne voit pas les vertus de sa femme), professionnels et nous ne faisons que des mauvais choix dans ce monde que nous avons créé et qui nous détruit maintenant…. Les femmes, la création artistique et la société. Voila ce qui est important pour ces hommes. Et voila que tout ce qu’ils ont créé les rend fous ou malheureux
Les femmes… ils leur ont tout appris, tout donné, ils les ont tant aimées et maintenant elles leur prennent tout, et les jettent. Tout est sens dessus dessous (seule la vielle femme enfante…) il y a ici une description passionnante du changement de la société occidentale, de sa féminisation et de ses conséquences… incroyablement incorrecte mais pertinent… La scène de la fin d'un amour est terriblement émouvante.

En tout cas, le monde n’est plus aimé et le monde ne les aime plus. Ils s’en sentent responsables et victimes. Le parti n’est plus que pesanteur, les films plus que du mensonge pour cacher nos médiocrités, tout n’est plus que réseau, vulgarité et perte de l’espoir…Le monde s'épuise dans une perte de sens. Échec du cinéma, de la télévision,  de la politique, du couple, des journalistes. il ne reste que l’amitié et les chansons autour du piano. 30 ans plus tard qu'est ce qui a vraiment changé ?
Notre réalisateur arrive à saisir des moments de vie de chacun des protagonistes qui sont incroyablement parlant, vivant, crédible, sensible et métaphorique que je suis conquis par ce portrait désespéré de génération.

Qui n’a pas besoin de sauveur ?


A noter

La mode de la fin des années 70
Les portraits de femmes
L’architecture
Les métiers intellectuels
Le critique
Marie Trintignant
Le taille-crayon
Les insertions filmiques
Le retour du vénézuélien, le meilleur d’entre nous
La fausse scène d’émasculation !
Le vieux garçon de restaurant
La beauté de Rome
Et tant d’autres

mercredi 3 avril 2013

René Girard - Ratzinger a raison

J'appris la renonciation de Benoit XVI en commençant à traduire en français cette interview en anglais du Huffington post de René Girard sur l'actualité de Benoit XVI en 2007. Girard montre les ponts entre sa pensée et les actions et les interventions du Pape Benoit.
Cette note sera une manière pour moi alors de rendre hommage à ce Pape que j'ai écouté tant de fois et pour lequel je me suis souvent senti en communion.
(Je pense à lui dans sa retraite et souhaite la bienvenue à François. (et beaucoup de courage....) )

Cette interview est aussi l'occasion d'entendre Girard parler sur certains sujets plus pratiques qu'habituellement et de donner certains avis plus tranchés, tout particulièrement sur le relativisme ambiant.

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Ratzinger a raison


En échos aux gros titres de ce matin du huffington post dans lequel le pape dit que Dieu va l'emporter contre satan (est ce nouveau?). Jetez un œil à cette conversation avec le célèbre anthropologue et catholique René Girard avouant que la pape a raison de défier la « dictature du relativisme »

RENÉ GIRARD:LE PAPE BENOIT A RAISON DE DÉFIER LA DICTATURE DU RELATIVISME


René Girard, éminent  catholique conservateur et auteur du livre pionnier "La violence et le sacré", est un professeur émérite de Stanford. Parmi ses livres les plus récents on peut trouver « des choses cachées depuis la fondation du monde » ou encore « Je vois Satant tomber comme l'éclair » :

il parle avec l'éditeur de Global view point Nathan Gardels chez lui près du campus la semaine dernière.

Nathan Gardels : Quand le pape Benoit XVI a dénoncé récemment ce qu'il voit comme la dictature du relativisme, particulièrement dans la culture européenne, cela a causé une grande controverse. Le pape a-t-il raison de dire que nous vivons dans une dictature ?

René Girard : Oui, il a raison. Cette formule - la dictature du relativisme- est excellente. Cela fonde un nouveau discours sur la même ligne que Jean Paul II et son rétablissement de « la culture de la vie » face à une « culture de la mort » et permet d'encadrer toute une série de questions de l'avortement, des recherches sur les cellules souches à la peine de mort et à la guerre.
Cela fait d'autant plus sens que cette formule vient d'un homme – l'ancien cardinal Ratzinger- dont la spécialité est le dogme et la théorie.
Le règne du relativisme qui est si frappant aujourd'hui est du, en partie, à la nécessité de notre temps. Les sociétés sont si mélangés avec une telle variété de gens. Vous devez garder un équilibre entre les diverses croyances. Vous ne devez pas prendre parti. Chaque conviction doit être supposée d'égale valeur. Inévitablement, même si vous n'en êtes pas un, vous devez paraître relativiste et agir ainsi.
Le résultat est que nous avons de plus en plus de relativisme et que nous avons de plus en plus de personne qui haïssent toute sorte de foi. C'est particulièrement le cas en université. Et cela nuit à la vie intellectuelle. Car toutes les vérités sont traitées à valeur égale, depuis qu'il a été dit qu'il n'y a pas de vérité objective ; vous êtes alors forcé d'être banal et superficiel. Vous ne pouvez vraiment être engagé dans quoi que ce soit, d'être pour quelque chose- même si ce n'est que pour un moment.
Comme Ratzinger, cependant, je crois à l'engagement. Après tout, nous sommes tous les deux convaincus par l'idée que la responsabilité exige de nous de devoir être engagé sur une position et d'être cohérent.

Gardels: Pendant toute la controverse que les commentaires du pape ont causée, nous étions très proches de la situation de la sortie de l'une des dernières encycliques (la splendeur de la vérité ) de Jean Paul II, celle-ci critiquait la société postmoderne comme devenue indifférente aux valeurs au nom de la tolérance. Il craignait qu'un nouveau nihilisme oriente le monde vers une volonté de puissance semblable aux épisodes du XXème siècle des désastres du nazisme et du communisme.

Girard : Le postmodernisme est dramatique en disant qu'il n'y a pas de valeurs absolues, qu'il n'y a pas de vérité, que le langage ne puisse atteindre la vérité. Comme le pape Jean Paul II dans l'encyclique que vous avez mentionnée, le pape Benoit s'engage dans la bataille en attaquant la vogue du scepticisme dans le monde d'aujourd'hui et particulièrement en Europe. Comme Jean Paul II, il sait de sa propre expérience que sans la religion la société part à la dérive. Et il n'hésite pas à le dire.
J'espère que ce message se propage. Son défi contre le relativisme est important non seulement pour l'Eglise et l'Europe mais aussi pour le monde entier.

Gardels : Même Jean Baudrillard approuva (dans une de nos conversations, il y a 15 ans) que « le monde entier, Chine et Japon inclus, est impliqué dans la fragmentation et le déracinement post moderne abandonnant les valeurs. Il y a une seule exception. L'Islam se lève comme un défi face à l'indifférence radicale qui balaye le monde. »
N'est ce pas vrai que l'Islam demeure la seule civilisation basée sur la foi et est ainsi en lutte avec notre culture séculière postmoderne comme peut l'être aussi Benoit XVI ? Après tout, malgré les efforts déterminés de Jean Paul II, les rédacteurs de la constitution européenne ont rejeté toutes mentions de l'héritage chrétien de l'occident. Tous les états dans le monde islamique mentionne l'Islam comme leur fondation culturelle.

Girard : La civilisation occidentale est, sans aucun doute, principalement du coté du relativisme séculier. Ce n'est pas vrai dans le monde islamique, où la foi domine. La victoire du relativisme est précisément ce pourquoi le pape Benoit a fait de la défense de la vérité chrétienne sa mission centrale.
Disant cela, je dois aussi dire que le sécularisme américain – qui est né de la défense de la liberté de religion- et la laïcité française -qui est née de l'opposition jacobine face à l'église- sont plus proches l'un de l'autre que ce que les gens veulent reconnaître car ils sont expérimentés de la même manière au niveau personnel.
Je craignais qu'après le 11 Septembre, le projet de l'intégration des jeunes musulmans dans la société française allaient se briser. Certains on prédit que le bannissement du foulard pour les jeunes filles dans les écoles publiques françaises causerait des tourments sans fin. Cela n'a pas eu lieu. Les jeunes filles se sont adaptées, s'occupant de leur croyance religieuse de telle manière qu'elles n'entraient pas en conflit avec l'etat. Elles sont vraiment le coeur de l'intégration, trouvant les moyens de vivre dans les deux mondes. En France, et je pense dans les sociétés musulmanes généralement, les femmes sont du coté de l'occident.

Gardels : Ce n'est pas seulement le pape qui n'aime pas le relativisme qu'il voit en Europe, où les églises peuvent être vide et les mosquées remplies. C'est aussi les musulmans radicaux comme le jeune marocain qui a tranché la gorge de Theo Van Gogh au Pays-Bas, probablement la capitale mondiale du relativisme.

Girard : Ce conflit, vous avez raison, est plus sensible en Europe, particulièrement aux Pays-Bas où l'idée postmoderne de l'égalité des cultures a été le plus approfondie en politique. Dieu sait s'ils sont libéraux, ce qui explique pourquoi cette violence n'aurait pas du arriver. Aux Etats-Unis, On n'a pas encore reconnu le mesure de ce qui se passe en France par exemple où un enfant sur trois qui nait est musulman. Au même moment, encore, quant vous voyez ces femmes musulmanes avec leur foulard débattant avec Mme Badinter à la télévision française, leur niveau culturel est élevé. Elles sont brillantes et claires. Je ne renoncerais pas à l'intégration même si la dynamique d'aujourd'hui va dans la direction opposée. Que ferions nous si l'Europe devenait musulmane ?

Gardels: Comme il existe un scission à l’intérieur de l'islam entre tradition et modernité. Est ce que la croisade de Benoit XVI contre le relativisme n'annonce-t-elle pas un scission à l'intérieur de l'occident ? Mais le problème de l'occident n'est plus d’accommoder la foi et la raison. Elle se situe plus dans la lutte contre le matérialisme et l'incroyance en insistant sur les valeurs, comme le pape l'a présenté : au delà « de l’égoïsme et du désir. » Métaphoriquement le combat est entre le pape et Madonna.

Girard:C'est une guerre culturelle. Je suis d'accord. Mais ce n'est pas Ratzinger qui aurait changé et soudainement devenu réactionnaire et conservateur ; c'est la culture séculière qui a dérivé trop loin.
Souvenez-vous, Ratzinger était un supporter du concile Vatican 2 qui a réformée l'Eglise dans les années 60. Il s'est opposé à l'idée que l'Eglise devait se tenir tranquille dans un monde se modernisant. Pour lui, être catholique c'est accepter que l'Eglise a quelque chose à enseigner au monde. Parallèlement  il y a une vérité qui ne change pas, l’Évangile. Aujourd'hui, il réaffirme seulement cette position. Il se tient seulement sur son terrain.

Ratzinger est un conservateur intelligent. Il veut échapper au fondamentalisme de quelques musulmans et chrétiens –ce sont les mêmes-- mais aussi échapper à l'idée que tout ce qui peut être nouveau est forcément meilleur à ce qui est vieux. Il veut résister à la dissolution de l'Eglise quelle que soit la direction où va le monde. En ce sens, je suis pro-Ratzinger.

Gardels : Peu après le 11 Septembre, le premier ministre italien Silvio Berlusconi, un catholique, a été largement condamné pour avoir dit que le christianisme était supérieur à l'islam. Quand Ratzinger a dit, il y a quelques années que le christianisme était une religion supérieure, il a causé une grande controverse. En 1990, dans l'encyclique « Redemptoris Missio », le Pape Jean Paul II disait la même chose. Cela ne devrait pas être une surprise que les croyants présentent leur foi comme la seule vraie. Cela est peut-être la marque de la dominance du relativisme :que sa condamnation par le pape Benoit puisse être controversé.

Girard : Pourquoi seriez-vous chrétien si vous ne croyez pas au Christ ? Paradoxalement  nous sommes devenus si ethnocentriques dans notre relativisme que nous sentons qu'il est seulement bon pour les autres et non pour nous de penser que sa religion est supérieure. Nous sommes les seuls à ne pas avoir de centre. ("We are the only ones with no centrism.")

Gardels:Est ce que le christianisme est supérieur aux autres religions ?

Girard : Oui, tout mon travail fut un effort pour montrer que le christianisme est supérieure et non pas une mythologie supplémentaire. En mythologie, il y a toujours une foule furieuse se mobilisant contre un bouc-émissaire tenu responsable d'une vaste crise : Le sacrifice de la victime coupable à travers la violence collective conclut la crise et atteint un ouvel ordre construit par la divinité.
C'est vrai que la structure des Evangiles est similaire en cela aux mythologies dans laquelle la crise est résolue par la victime unique qui unit tout le monde contre lui et ainsi reconcilliant la communauté. Comme les grecs le pensaient, le choc de la mort de la vicitme entraîne la catharsis qui réconcilie. Elle éteint l'appetit de violence. Pour les grecs, la mort tragique du héros permet au peuple ordinaire de revenir à sa vie pacifique.
Cependant, dans ce cas, la victime est innocente et les persécuteurs sont responsables. La violence collective contre le bouc-émissaire comme acte fondateur sacré est révélée comme un mensonge.Le Christ rachète les persécuteurs en endurant ses souffrances, implorant Dieu de leur « pardonner car ils ne savent pas ce qu'ils font. » Il refuse de supplier Dieu de le venger par la violence réciproque. Au contraire, il présente l'autre joue.
La victoire de la croix est une victoire de l'amour contre le cycle de violence du phénomène victimaire. Elle détruit l'idée que la haine est un devoir sacrée.
Les Évangiles fait tout ce que (l'ancien testament) la bible a fait auparavant, réhabilitant les prophètes persécutés et la victime faussement accusée.Mais ils universalisent sa réhabilitation. Ils montrent que, depuis la fondation du monde, les victimes de Passion-meurtres ont été victimes de la même contagion de la foule comme Jésus. Les Evangiles complètent la révélation car ils donnent à la dénonciation biblique de l’idolâtrie une démonstration concrète de la manière dont les faux dieux et leur systèmes de violence culturelle sont générés. C'est la vérité manquante de la mythologie, la vérité qui subvertit le système violent de ce monde. La révélation de la violence collective comme mensonge est le signe distinctif du Judéo-christianisme. C'est en quoi le judéo-christianisme est unique. Et cette unicité est vraie.

Gardels : Leszek Kołakowski, le philosophe marxiste humaniste qui agé, fit dans un livre nommé « La revanche du sacré », une distinction entre « tolérance pluraliste » -le respect des autres croyances- et la « tolérance indifférente » qui refuse de croire qu'il puisse y avoir une quelconque vérité supérieure. On peut être comme vous et Ratzinger opposé à la notion d'indifférence mais est ce que cela implique une certaine intolérance théocratique ?

Girard: Ce serait insensé. Les chrétiens ne peuvent pas transformer des personnes en bouc-émissaires au nom d'une victime innocente ! Vous n'avez pas à approuver Charlemagne convertissant les saxons par la force ou les croisades afin d'être un bon chrétien. Ratzinger n'est pas pour cela.

Gardels : A l'inverse de ses prédécesseurs, qui étaient perçus comme oecuménique, Benoit est perçu comme un sectaire qui ne tendra pas la main aux autres religions. De telles vues contre le relativisme ne limite-t-il pas l'approche oecuménique ?

Girard : Je n'ai pas trouvé la rencontre d'Assise scandaleuse – quand le pape Jean-Paul II invita les autres leader religieux pour le dialogue et qu'il embrassa le coran- comme d'autres conservateurs le pensèrent.Je ne vois aucune contradiction entre Benoit affirmant fermement ses croyances chrétiennes en présence des autres qui croient aussi fermement en leurs propres croyances. Personne devrait imaginer que l'oecumenisme signifie l'abandon de la croyance de la supériorité de sa foi.

Gardels : Le pape Benoit a aussi critiqué la globalisation, comme propagatrice du relativisme séculaire, il la voit en tant que telle comme une grande menace pour le monde entier. Voyez-vous ce lien ?

Girard : Oui, je le pense aussi. C'est très difficile pour le Christianisme de se défendre lui-même, de résister contre la démagogie déclarant que nous devons allez jusqu'au bout et abandonner la supériorité du Christianisme parce que, après tout, c'est ce que chaque culte dans notre civilisation globale dit à propos de lui-même.
Dans ces temps d'information globale, le Christianisme n'a pas ces protections contre la science que les sociétés archaïques possèdent. Il favorise la vérité, il ouvre la porte à la science, comme Jean-Paul II l'a montré, par exemple, quand il a dit qu'il n'y a pas de problème avec l'évolution si vous la concever dans un contexte chrétien.

Gardels : Une de vos plus fameuses théories est la « rivalité mimétique » - ce ne sont pas les différences qui guident les conflits mais le désir de posséder ce que l'autre possède. La mondialisation, n'est elle pas la « rivalité mimétique » à l'échelle planétaire – pure rivalité compétitive sans intermédiaire au nom de la dignité des personnes conferrés par le Christianisme. Ratzinger n'a t il pas raison de s'inquièter de la mondialisation de ce point de vue ?

Girard : Oui. Nous vivons dans un monde mimétique. Il y a un siècle, toutes ces grandes expositions universelles à Paris ou à Londres anticipaient la mondialisation en envisageant un monde où chaque personne serait l'ami de tout le monde. Aujourd'hui, nous sommes plus réalistes. Nous sommes conscients que la mondialisation ne signifie pas amitié globale mais compétition globale et ainsi donc le conflit. Cela ne veut pas dire que nous allons nous détruire les uns les autres mais ce n'est pas l'heureux village globale non plus.
On peut dire que la globalisation a commencé au XVème siècle quand les portugais ont navigué autour de l'Afrique pour atteindre l'Asie. Mais désormais le processus est accompli tout autour du monde. C'est une conséquence de la civilisation occidentale, et ainsi, c'est bien le Christianisme qui a unifié le monde. Mais si le monde n'est pas unifié dans la plus grande responsabilité d'apporter la paix, elle le met en danger.

Gardels : Comme vous le suggerez dans votre théorie, la dillution des différences ne met pas un terme aux conflits, d'une certaine manière devenir les mêmes intensifie la rivalité. Regardez les récents problèmes en Asie maintenant que la Chine se modernise de la même manière que le Japon.

Girard : Exactement, c'est un peu effrayant et c'es une rivalité dans lequel l'occident n'est pas engagé. De mon point de vue, cela vient de l'auto-affirmation de la Chine. Ce qui est arrivé au Japon est un mystère. L'occident les critiquaient toujours pour avoir été trop compétitif. Maintenant, ils ne veulent plus entrer en compétition. N'y a-t-il pas là une sagesse ?

Gardels: Que pensez vous de la montée de la droite religieuse aux Etats Unis ?

Girard : Ce qu'on voit en Amerique aujourd'hui est plus la montée du parti républicain que celui de la droite religieuse. Je ne pense pas qu'il y ait plus de chrétiens fondamentalistes aujoud'hui qu'il y a trente ans, c'est juste qu'ils se sont politisés. Les républicains se sont concentrés sur les sujets qui les amènent à l'urne. Et c'est un grand changement en effet.
Le problème avec les chrétiens fondamentalistes, mais pas autant qu'avec les musulmans, est leur perception de la violence de Dieu. Ils parlent souvent ces jours ci de l'apocalypse. Et il y a certainement des raisons d'être concerné par la direction où le monde se dirige. Mais la violence ne viendra pas, comme ils le suggèrent, de Dieu. Cela n'est pas crédible. C'est nous les humains qui sommes responsables. C'est, d'une certaine manière, l'un des messages clés des Evangiles.
Tout l'objectif de l'incarnation est de dire que l'humain et le divin sont interdépendants d'une manière qui est propre à la théologie chrétienne et impensable dans les autres religions, et à mon avis absolument supérieur. Que ce soit le cas des musulmans concentré sur le martyr ou des fondamentalistes chrétiens concentrés sur l'apocalypse, cette conception grecque d'un dieu en dehors du monde n'est pas suffisante. C'est vraiment la signification de tout mon travail.

lundi 1 avril 2013

Pâques !

Christ est ressuscité



Je pense en ce lendemain de Paques au souvenir émouvant de cette représentation de Iolantha de Tchaikovski. Petite perle peu connue. Une jeune princesse vit dans les ténèbres de son aveuglement sans le remettre en cause due a l’ingénieuse organisation de son père. L'amour lui enseignera comment la lumière sublime tous les sens....



Qui ne ressent la bénédiction de la lumière ne peut aimer la vie.
Mais le monde est immuable même s'il est plongé dans les ténèbres  Pour connaitre la beauté, je n'ai pas besoin de la lumière...

Débat au tout départ d'un amour pour saisir la beauté.
L'homme dit à l'aveugle qui s'ignore que la lumière est nécessaire à la découverte de la beauté. La femme est troublée mais avec amusement et lui parle de sa propre joie sensorielle de la découverte de la beauté...
Complémentarité des sens,  découvertes mutuelles de l'amour et nécessité de la lumière et de l'information.



mardi 12 février 2013

Carême et initiation girardienne sur France Culture

Puisque à l'image de notre pape, il faut partir dans le désert...
Je quitte (un peu) internet pendant le carême. Je reviendrai à Pâque.
En attendant...
Quelques émissions girardiennes sur France Culture....
Tout est bon.... Et plutôt solide.
Considerons cette note aussi comme du stockage utile ou bien comme un cahiers de solfège que l'on aimerait pour y refaire ses gammes.
A bientôt.


 



sgb

lundi 11 février 2013

L'apocalypse a commencé - René Girard

Voici une interview, parue sur le site du journal Réforme, sur le thème controversé de René Girard : L'apocalypse. Et pourtant, thème que celui-ci adore aborder et qui semble être la cerise sur le gâteau de ses théories. Il trouve un grand plaisir à développer ce thème, manière à lui de faire la nique aux Hégeliens, de souligner la cohérence ultime de tous ses écrits. Je crois aussi que c'est sa manière de transmettre sa solution pour le salut du monde : Repentez vous, croyez en l'Evangile, l'Apocalypse vient. N'était ce pas le leitmotiv des premiers chrétiens ? Que faire face à la rencontre de l'homme avec sa propre violence ?




Oui, l'apocalypse a déjà commencé. Girard relie les désastres écologiques actuels avec l’Apocalypse. Car il le redit, la violence décrite par l’Apocalypse vient des hommes. Il y a pour lui un lien entre rivalité économique actuelle, la violence et les désastres écologiques de notre monde au niveau global. Nos démocraties et nos politiciens sont dépassées. Il ne faut pas se laisser tenter par le désespoir et prenons la mesure du texte apocalyptique. Pensons long terme et sauvegarde des traditions. 
L’Apocalypse, c’est la durée, si ces temps n’avaient pas été abrégés, il n’y aurait plus un seul adorateur du Dieu unique. Dans les grands textes des Evangiles synoptiques, ces temps sont longs et nous y sommes pleinement entrés. Je ne suis pas pessimiste, au fond. J’attends, comme tout chrétien, l’avènement du Royaume de Dieu.
Il faut relire Matthieu 24 et Luc 13 et comprendre que le Christianisme nous a pris nos béquilles sacrificielles. Et que l’humanité a pris rendez-vous avec sa propre violence. 

On peut faire le lien avec la phrase de Gauchet, « le Christianisme est la religion de la sortie de la religion. ». Certes mais pourquoi la laïciser puisque la mort du Christ nous apprend tout ? Laïciser la pensée de Girard est toujours compter pour rien ou passer à coté du sacrifice du Christ. A l’opposé, il y a les fondamentalistes qui prennent la violence des hommes pour la violence de Dieu. 

Méditant sur le mystère des kamikazes, Girard poursuit sur l’erreur de Bush d’être parti à la guerre d’Irak, guerroyer face à un ennemi dont on ne sait s’il existe. 
L’ère des guerres est finie : désormais, la guerre est partout. Nous sommes entrés dans l’ère du passage à l’acte universel. Il n’y a plus de politique intelligente. Nous sommes près de la fin.
Quid des autres religions ? Elles servent à préparer le terrain au Christianisme. Elles ont permis le passage de l’animalité à l’homme. Le christianisme met fin à ces religions et nous met face à l’apocalypse. Quant à l’Islam, il ne dit rien sur la violence ou bien l’utilise et le judaïsme est tout entier prophétisme. Les rationalistes à la Onfray se sont arrêtés à Comte, la religion comme gentille cosmologie bébête. 
Au moment de la féodalité, on estimait que la justice royale permettrait une paix universelle. A partir des rois on a cru que les querelles dynastiques étaient à l’origine des guerres. Quand on en arrive à la république, Clausewitz voit très bien que celle-ci produit une mobilisation du peuple pour la guerre, qui jusqu’alors était le fait des princes. L’origine de la violence sera toujours cherchée ailleurs, on désignera toujours la chose la plus importante du moment… Alors que c’est l’homme, bien entendu, qui est à la source de toute violence.
Malheureusement le Christianisme est méprisé, il bouscule nos tranquillités archaïques. Il suffirait de revenir au texte. (Démarche considérée comme protestante dont beaucoup de catholiques pensaient que Girard avait épousé la foi….) 

Alors tout est tragique ? Non, la tragédie, c’est la collaboration mi lucide mi passionné à l’établissement de la religion. Le christianisme va au bout de la lucidité de la tragédie. Non, c’est l’apocalypse qui n’est pas un événement triste car nous vivrons autre chose. La providence est une attente, l’apocalypse est sûre. 
"N’ayez pas peur" est un parole apocalyptique. Il faut continuer et faire ce qu’il faut jusqu’au bout. 
Penser vraiment l’Apocalypse, c’est penser la tragédie des temps qui viennent dans une lumière chrétienne qui est fondamentalement optimiste. Ce n’est pas la fin de tout, mais l’arrivée du Royaume de Dieu. Royaume de Dieu dont nous n’avons aucune explication. Mais qu’importe, puisqu’il se rapproche de nous.

dimanche 10 février 2013

Saint barthélémy - Denis Crouzet

Ma curiosité s'est posée il y a peu sur la Saint Barthélemy  Je suis ébouriffé par ce que j'ai pu en lire.  Lecture pourtant très limitée.
Qui connait en France l'aubépine miraculeuse, la mort de Coligny ? Le feu brutal de la  violence de cet événement ? La passion religieuse? Les petites et grandes différences entre les catholiques et les protestants ? Il nous est difficile d'imaginer la flambée de violence et d'intérioriser les raisons que chacune des parties se donne. L'évidence de la dimension religieuse de cet événement est terrible. Le roi et son clan sont les grands prêtres d'un sacrifice populaire afin de rénover la légitimité royale. Nous sommes en pleine politique caïphienne... Il vaut mieux qu'un seul homme meure plutôt que de laisser périr toute la nation. 
la saint Barthélemy semble ainsi le mimétisme démultiplié du meurtre de Coligny...


Et il y a surtout cette angoisse métaphysique languissante du XVIème siècle qui est décrite, par exemple, dans cet article du monde par Henri Tincq.

L'imminence de la fin des temps est attestée par les récits de prodiges, les pluies de comètes et de sang, les naissances de monstres, l'omniprésence de sorciers. Aux calamités naturelles s'ajoutent la pression démographique, le fossé entre les classes sociales, l'inflation découverte avec les métaux précieux d'Amérique. On est loin des clichés sur l'Europe heureuse de la Renaissance. C'est un siècle d'hivers rudes, de jacqueries ouvrières (la "grande Rebeyne" de Lyon) et de guerres paysannes qui, comme en Allemagne, font des dizaines de milliers de morts. Où les scènes macabres emplissent les murs des églises. Où les veilleurs de nuit, munis de leurs clochettes, crient dans les rues : "Réveillez-vous, vous qui dormez, priez pour les trépassés." Où les prêcheurs stigmatisent les vices du clergé, annoncent des catastrophes et réveillent les terreurs antiques.

 Peut on voir, alors, le protestantisme comme l'incapacité de l'Eglise de cette époque à répondre à cette angoisse énorme ? Dieu sauverait gratuitement. Il n'y a plus de culpabilité impossible mais un retour de l’espérance.
La violence est de tout coté cependant, il faut sentir aussi la peur hérésiarque des catholiques et la pression de la violence qui monte dans la cocotte minute prête à exploser.
Sentir aussi comment cette explosion française et européenne est l’épicentre de la déflagration moderne, d'un libéralisme empirique voulant se protéger de cette violence.
On ne saurait trop les comprendre et c'est avec une tristesse immense que je vois cet épisode si destructeur pour l'Europe et pour le monde de la pensée.


Un nom revient dans cette recherche : Denis Crouzet que l'on retrouve dans cet article de l'express au moment de la sortie de la reine Margot de Patrice Chéreau.


Il est bon encore de lire ce dossier pedagogique préparé par l'académie de Montpellier. Son coté pédagogique justement est énervant mais il résume et donne beaucoup de pistes intéressantes, et présente certaines thèses de Crouzet. Qu'est ce que l'humanisme s'il on ne peut le dissocier de la violence ?

 Enfin, pour reprendre les thèses de Denis Crouzet la Saint Barthélemy permet de revisiter la problématique de la Renaissance en France. Pas seulement qu’elle fut aussi un temps d’angoisse mais en remettant en cause son concept même pour la France. Il propose plutôt de parler d’un mince verni plaqué sur une profonde situation collective d’inquiétude. Il existe pour lui un écart qui s’accentue entre une cour pétrie d’humanisme, et d’autre part des populations qui vivent dans l’inquiétude et donc dans la quête d’un Dieu exclusif les appelant de part et d’autre à combattre. Dès les années 1520, des images de violence ont surgi, acquérant de plus en plus de puissance au fur et à mesure des années qui passent. Il existe bien un humanisme royal de François 1er à Henri III, y compris donc dans l’entourage de Catherine de Médicis (Michel de L’Hospital qui partage un imaginaire de concorde), mais une partie de ces humanistes se range du côté des massacreurs, comme Ronsard qui annonce vers 1562 que les faux prophètes seront châtiés. Après la Saint Barthélemy, un nommé Jean Touchard écrit à son ami Jacques Amyot, grand traducteur en français de Plutarque, qu’enfin la vie va pouvoir reprendre après l’extermination des malfaisants. C’est pour cela qu’il est difficile de dissocier l’humanisme de la violence pour Denis Crouzet.

En suivant toutes ces idées, il est bon de lire aussi ce texte du père Lecrivain, jésuite, sur la violence et la religion a la fin du 16ème siècle. Ce texte me plonge dans des réflexions sans fin sur l'histoire de France, le protestantisme.

Lecrivain, aidé encore de Crouzet, estime que la Saint Barthélemy est le paroxysme d'un "choix de la guerre" amorcé par deux styles de violence parallèles en essor. Violence d'un schisme qui trouverait son origine dans la résolution d'une problématique d'angoisse eschatologique trop lourde à porter....
L'origine de cette violence et de cette angoisse catholique ? Une attente eschatologique démesurée de la fin des temps et du salut saupoudré par une invasion dans toutes les catégories sociales de l'astrologie. Cela est lié aussi à un processus victimaire qui s’agrippe aux protestants de plus en plus présents et dont cette même présence choque par le mépris qu'ils affichent des traditions emblématiques de la culture catholique. La violence verbale portée vers la royauté s'affichant, nous comprenons que nous étions dans une société en très fort état d'indifférenciation  La saint Barthélemy se distingue de plus en plus comme une crise victimaire, une montée aux extrêmes  une crise mystique païenne incontrôlable....
Il faudrait noter aussi la violence huguenote et sa spécificité. Nous avons d'abord affaire a une révolution de la croyance. Dieu ne peut être qu’extérieur au monde. Dieu ne peut pas s'exprimer dans des actes humains comme le pensent les catholiques. De fait, la violence que vont produire les protestants viennent plutôt d'une réaction contre ceux qui adorent des idoles en croyant adorer Dieu. Ils peuvent tuer pour enseigner que Dieu est extérieure au monde. Il faut retrancher tout ce qui a été rajouté et a finalement rabaissé Dieu à la matière  Purifions l'espace du monde afin de purifier l'espace des superstitions et des fausses images de Dieu.
Cette conversion intime doit convertir le monde. C'est un défi au monde des images et de la hiérarchie, rêve d'une société sainte et sans différentiation. Ils sont mus par un sens de l'histoire qui les conduit a une mise en scène dramatique de ce qu'ils appellent le vieux monde.

 C'est dans cette situation de désir d'indifférenciation qu'il faudrait voir l’évènement du 24 août 1572.

Post fête du mariage d'Henri et Marguerite, aubépine, Coligny, tocsin de Saint germain...
Crise et résolution monarchique. Caïphe règne...

Mais après coup, la déception aussi règne... Il reste des protestants mais surtout, nous comprenons que le sacrifice n'a pas unifié la France.
Et voici qu’un nouveau questionnement s’impose : l’échec du 24 août n’est-il pas un appel à chercher la cause de la colère de Dieu non plus dans la présence des hérétiques, mais chez les catholiques eux-mêmes ? Une mystique pénitentielle s’impose. Un peu partout, en France, on aperçoit dans le ciel ce que l’angoisse suggère à chacun dans le secret de ses divagations.
Depuis cette période  la question de la laïcité apparaît par la querelle entre les monarchistes et les ligueurs. Le pouvoir doit être catholique et tout le pays avec lui  ou bien il est mieux de se concentrer sur le pouvoir  et un état-nation uni, puis Dieu reconnaîtra les siens.


Or il a fallu deux régicides pour trouver un peu d'équilibre. Celui d'Henri III et d'Henri IV. Clément et Ravaillac. Or, il faut voir le régicide du moine Clément comme le fruit de l'angoisse des "bons catholiques" à s'unir dans la passion du Christ. La royauté éternelle doit châtier la royauté temporelle. (et en cela les "bon catholiques" ne réalisent ils pas, mimétiquement,  le travail des protestants ?)
Or Lecrivain (ou Crozet ?) semblent dire que même s'il était le fruit d'un homme isolé (lors d'un temps de grande pagaille, où le roi cherchait à reprendre Paris aux ligueurs...) c'est le début du désengagement dans la violence. Le second régicide était plus ou moins annoncé par Henri IV lui même comme don de son corps à la France et à sa paix...
Ou bien le passage d'un catharsis loupée (Saint Barthélémy, le meurtre de Henri III) à :
l’instauration messianique d’un nouvel ordre politique dont l’acteur unique sera un monarque absolu. Alors « l’enchantement » se sera effacé devant la Raison.



Thèse ambitieuse ! Le régicide a t-il vraiment ce poids dans l'histoire de France et permet-il vraiment ce pas vers la gloire française de la monarchie absolue ? Jusqu'à la prochaine crise ?

Mais il est surtout très intéressant pour méditer l’évènement fou de la Saint Bartélemy, d'apprendre à connaitre les deux violences, de chercher à comprendre comment se vivaient les catholiques et les protestants. Et de voir leur violence...

Aucune des deux violences ne gagnera véritablement si on regarde plus tard (édit de Nantes 1598). Il n'y aura pas de"règne de l'Evangile" (hétéronomie avant l'heure ???, n'y aurait il pas a faire un lien avec la pensée de Gauchet?) ni unité papale restaurée, aucune purification globale catholique....

La saint Barthélemy montre le refus catholique de désacralisation globale (en particulier celle de la monarchie) par une violence paradoxalement sacrée mais non catholique. c'est une victoire paradoxale. Ils ont voulu incarner le sacré, la présence de Dieu dans ce monde mais n'ont montré que le visage du sacré violent...  Pour moi bête catholique de 2013............


Cette note n'existerait pas si je n'avais lu auparavant le blog de Benoit Girard et cette curieuse pensée sur notre monde moderne... Cette notion de désangoissement me passionne. Surtout, ne pas se désangoisser ?! Prenons la croix de la contradiction humaine et chrétienne....

Toute vision du monde est traversée de contradictions dont les poussées en sens contraire, momentanément, s'équilibrent et "font société". Alors que le présent équilibre menace de rompre sous son propre poids, j'observe que les seuls débats en cours opposent entre elles différentes stratégies de contournement de ces (de plus en plus insupportables) contradictions. Il n'y a plus, au sens propre, de pensée, mais seulement la quête collective d'un "désangoissement", le rêve d'une unité à reconquérir et qui s'alimente à l'infini des divisions que, désormais, il ne cesse de provoquer... Mon maître, Denis Crouzet, a décelé dans ce phénomène la cause première des Guerres de religion, déclenchées, dans la droite ligne des schismes politico-religieux du XVème siècle, sur les ruines d'une chrétienté agonisante. Ces guerres se sont temporairement résorbées dans l'émergence de la pensée libérale et de son bras armé, l’État absolu. Le même phénomène est en train de se reproduire sur les ruines de la "civilisation libérale". Ce à quoi nous assistons en ce moment ne constitue donc, probablement, que les prodromes d'une Saint-Barthélémy planétaire.