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dimanche 21 juillet 2013

Saint Thomas du Créateur - Chesterton

Vous ne connaissez ni Chesterton, ni Saint Thomas ?

Ce livre est fait pour vous.... Chesterton nous rend intime Saint Thomas et la pédagogie de la science de Saint Thomas nous expose Chesterton comme un homme brillant, bon (quoique taquin) rendant essentiel tout ce qu'il touche.


Saint Thomas du Créateur, n'est pas une hagiographie comme les autres. Elle honore, elle rend vivant, elle défend la foi et montre d'une manière sensible les apports théologique de Saint Thomas. Dans ce livre qui est un ode à l'apport réaliste de la théologie thomiste, notre admirable anglais nous rend vivant Thomas par son corps, ses passions, ses tourments, sa famille, son temps, ses questions. 
Il est historien pour défendre le temps béni (malgré tout) du 13ème siècle. Il est pédagogue pour nous faire découvrir la pensée du docteur angélique, il est chrétien pour nous rendre vitale et quotidienne la compréhension de l'orthodoxie catholique. 
On ne peut quitter le livre sans s'émerveiller de nos sens et de notre capacité à travers eux de connaitre la réalité et de faire un pas vers la vérité. Nous partons à la chasse de la complétude de l'être dans chaque créature et création. Cette théologie nous rend scientifique, logique mais aussi poète, elle nous fait goûter la beauté de toute chose et nous montre le chemin vers Dieu par les sens. Le chrétien, l'homme complet, est l'homme qui sent et qui dit que cela est bon et rend grâce. Méfions nous de nos pessimismes, ils peuvent nous faire oublier l'essentiel, la joie de la création, ici, présente. Oublions nos vanités, faisons confiance aux sens et arrêtons nous de nous tromper sur l’être....
  Soyons catholiques, soyons des hommes complets !


I Deux moines mendiants.
Chesterton introduit son sujet en "comparant" les deux grands saints du XIIIeme siècle. St François et St Thomas. Soulignant leur opposition et leur "succès" récent.
Par leurs différences, il montre la richesse spirituelle de cette période, en quoi elle fut un épanouissement. Elle est le socle d'une orthodoxie renouvelée (notamment par  Aristote), moins augustinien mais plus naturelle et rationnelle. Le temps d'une culture vivante emportant une floraison de nouveauté. Il faut voire aussi la radicalité que ce que ces deux saints et cette époque ont apportée
Faisons revivre cette turbulence et comprenons le choc qu'ont pu vivre les gens de cette période face à cette pensée et au développement de la révélation.
La raison est fiable, les 5 sens aussi, l'incarnation est à prendre au sérieux. L'unité du corps et de l'âme fait l'homme. La scolastique est la vraie Réforme. (a noter la défense de st Dominique)

2 L'abbé fugitif
Chesterton veut nous faire sentir l'époque et l'environnement de St Thomas. Temps de l'après croisade, des guerres contre les albigeois.  Temps d'une aristocratie cosmopolite sans être globale. Différence nationale moins marqué, temps où une guerre globale fut moins possible. Les conflits sont dans des environnements micro. Ce qui permet une entente au niveau macro. Le grand conflit se révèle entre l'Eglise (et donc les intérêts du peuple selon Chesterton) contre le saint empire romain germanique représenté par le flamboyant et "moderne" Frédéric II, aristocrate se mêlant de philosophie, et homme national à la Bismarck et soldat international à la Charlemagne et Napoléon. Le rêve de l'empire. Thomas en est le fruit paradoxal de cette époque. Enfant par la chair de ce pouvoir et enfant du pape par l'esprit. Il créera le scandale dans sa famille en voulant devenir moine mendiant. Il sera emprisonné un an par sa propre famille (et même enlevé) pour ne pas déchoir le nom familial. Moyen Age... Curieuse coexistence de l'age de pierre et de l'age d'or...

3 La révolution aristotélicienne
Saint Albert est la figure inauguratrice du secours d'Aristote  dans la théologie chrétienne, lui ("la gloire de Paris") qui fut aussi une sorte de premier scientifique complet. Il fut le premier à faire confiance à cet homme  qui semblait un cancre pour les autres.
Mais Thomas fut celui qui baptisa définitivement Aristote. Ce fut un combat perpétuel et des polémiques jusqu'à sa mort. Il y eut deux remises en causes essentielles. 
La remise en cause des frères mendiants (défendue avec Thomas par Saint Bonaventure, alliance du mystique et du rationaliste) par les conservateurs de l'époque et la difficile réhabilitation d'Aristote amenée par les musulmans curieux. ("N'était il pas vrai qu'un musulman philosophe cessait de devenir musulman...").
Contre Aristote, il fallait comprendre l'importance de Platon et d'Augustin dans l'Eglise jusqu'au XIIIeme siècle. Les pères de l'Eglise était souvent néo platoniciens et Augustin le grand par ailleurs, avait disséminé des idées pessimistes. il faut voir malgré tout Thomas comme dans la continuité de cette grande histoire philosophique qui n'y trouvera de cassure que plus tard.
Chesterton veut faire comprendre (en plus de montrer une époque incroyablement virtuose et essentielle) que la révolution aristotélicienne est la révolution religieuse. Byzance serait le contre exemple parfait. Le crucifix trempé dans le bain "oriental" devient une croix abstraite et qui prépare le terrain à l'iconoclaste musulman. Aristote, c'est l'effort du christianisme de revenir du mépris du corps, un retour au sens de l'humain et au sens tout court. L'étude du ver de terre conduit à l'étude de l'univers.
Chesterton dit que c'est une révolution car ce fut la révolution la plus conquérante de la chrétienté. la raison et les sens sont le chemin vers la vérité.
Il est bon de se rappeler aussi de la colère de Saint Thomas contre Sigier de Brabant, prétendant que la vérité n'est pas une et qu'une vérité scientifique allant contre la vérité de la foi n'était pas préjudiciable.
Saint Thomas nous donne un cours de controverse alors... Partir des arguments, du terrain de la pensée de l'opposant.

4 Une méditation sur les manichéens
Ce fut un combat essentiel pour Saint Thomas. On confond souvent ascétisme et catholicisme. Or celui ci adoucit le premier en comparaison de toutes les fois orientales. Pour la foi catholique, il y a d'abord la glorification de la vie, de l'être, du créateur et ensuite la conscience de la chute... Et l’ascétisme catholique est lutte contre ses conséquences. Au contraire des manichéismes où la nature est mauvaise. Le mal a ses racines dans la nature et a donc des droits sur elle. En conséquence, il y a le dualisme, (bien et mal égaux) la gnose (monde spirituel créé par le bon et le monde naturel par les démons) et même influença le calvinisme, Dieu créa le bien et le mal. Or pour les catholiques, "Dieu vit que cela "était bon", il n'y a pas de mauvaises choses, il n'y a que des mauvais usages. Bref, l'oeuvre de l'enfer est purement spirituelle.
Si pour eux, la pureté est synonyme d'infertilité, c'est l'inverse pour les catholiques. Si ils sont penchés vers la complaisance intérieure, le Christ nous pousse à la réalité du monde, à l'optimisation du bien de la vie,(comparaison avec le désespoir sublime de Bouddha....), au baptême des sens, bref au retour d'un matérialisme.
La lutte de l'Eglise contre les hérésies est toujours intérieure et extérieure. A noter, ode au jeûne et à St Louis

5 La vraie vie de Saint Thomas
Chesterton développe certains traits de caractère de Saint Thomas qui pour lui est un saint exceptionnel car il sait qu'il ne l'est pas et ne le prend pas pour une forme de prérogative. Rond comme un tonneau, distrait mais avec la présence d'une flamme intérieure, concentré sur sa pensée et ses contradicteurs, comme un contemplatif. Simple lucide, productif, envie de répondre à toutes les questions. Non ironique.
Alliance du détachement spirituel et de la cogitation intérieure.
Soleil noir. Discret et n'éclairant qu'autrui. réservé, discret. Attentif à la bonne chaire et à la gaieté. Impatiente passion pour les pauvres. Peu sensibles aux tentations de la chaire.
Avec les témoignages, nous pouvons découvrir une seconde vie que Thomas cherchait toujours à cacher. La lévitation, les encouragements du Christ en croix.
Poête, charitable. Humble, comptant son œuvre comme paille en comparaison de ses intuitions mystiques. Peu après il doit partir pour le concile de Lyon. il mourra sur le chemin. On lui lisait le cantique des cantiques et se confessa comme un enfant.
Chesterton écrit que parler de théologie, c'est parler de la relation que Dieu a avec tous les saints...

6 Invitation au Thomisme
Il faut voir le thomisme comme la philosophie du bon sens.(ce qui est est)  Mais comment faire alors que nous vivons dans le paradoxe intellectuelle depuis la réforme. On nous demande de renier notre bon sens et la réalité pour trouver la vérité... Chesterton demande à ce que nous acceptions le réel ou bien de nous taire. Tous solipsiste ou sceptique cohérent est un homme qui doit retourner au silence. Acceptons la réalité, l'"Ens", que l'être soit.
Deux obstacles sont face à nous. Les problèmes de langue et de traduction qui nous font rater le poids des mots de Thomas (ex de l'Ens), d'atmosphère.
Et enfin de méthode logique. Rendons grâce au syllogisme  et à la méthode déductive de Thomas. On nous fait croire qu' on peut la dépasser, mais toute substitution reprend les mêmes méthodes mais en les amputant.  L'induction est une mauvais déduction que Chesterton explique par l’obnubilation des prémisses du syllogisme, contre leurs conclusions, par une génération gâtée par trop de prémisses...
Bref ode au bon sens (et non au pragmatisme, très différent). Exemple de l'utilisation du mot forme. (ce qui peut donner à la chose son identité.)

7 La philosophie éternelle

Chesterton voit dans la philosophie de Thomas d'Aquin le mélange crucial (mais à développer) de l'anthropologie et de la théologie. il note aussi que sa méthode est proche de celle des "agnostiques" modernes. Tout ce qui est pensable est d'abord passé par les cinq sens. (inverse des mystiques et des platoniciens) Malheureusement les agnostiques appellent inconnaissable tout ce qui importe le plus à l'homme ce qui les conduit souvent vers des axiomes antiscientifiques.
Lignes essentielles de sa philosophie?
Réalisme : Ce qui est est
Il y a le vrai et le faux (l'Etre n'est pas tout à fait la vérité qui est appréhension de celui-ci).
Mais l'Etre est en mouvement et en évolution. Nous ne pouvons voir l'être dans sa complétude. (eau, glaçon vapeur, enfant, homme vieillard etc..); Beaucoup de religion et de philosophies irréalistes naissent de la déception de l'impossibilité de saisir la complétude de l'être.
Chesterton en profite pour montrer le judicieux de la pensée cosmologique chrétienne. Entre refus du matérialisme (non, l'univers ne s'est pas créé tout seul et aura une fin), de l'irréalisme (non, tout n'est pas illusion) et de l'évolutionnarisme (non, tout ce qui est mu est mu par quelque chose.)
En conséquence, Thomas lutte contre le nominalisme, ou l'impossibilité de lois universelles. Et il regrette que les progressistes refusent de voir la source du "meilleur" dans leur perception de l'évolution créatrice...
Bref, reconnaissance absolue du réel comme chemin vers Dieu, l'Etre et prendre en compte son mouvement. Existence d'idée générale.
L'un et le multiple ? Les objets et la création n'ont rien en commun si ce n'est l'Etre. Tout ce qui est est, mais il  n'est pas vrai que tout ce qui est soit un.
Appelons nous de nos voeux ce monde ou tout serait complétude ?

8 La postérité se Saint Thomas
Contrairement aux apparences (pas de style virtuose ni flamboyant) œuvres propice à l'imagination. Poésie essentielle du rapport à la réalité. Étrangeté  merveilleuse de l'objectivité, banalité du subjectif et de l'introversion. L’extérieur dilate l'esprit. Celui ci n'est ni le buvard niais que le créateur; il va, selon sa volonté, au plus loin de ce que la lumière lui propose. C'est un mariage destiné à être heureux. 
Là où les philosophies modernes ne sont que des doutes, Thomas a construit sur du solide.
De plus,  même si (et comme) c'est un auteur spirituel, il prend à pleine main les questions sociales. Homme de consultation et contre les décisions arbitraires. Attentif au danger de la confiance sans limite porté aux échanges économiques. Contre l'usure, il dit aussi que dans tout action commerçant, il y a quelque chose d'indigne. Les choses faites pour le commerce seront toujours moins bonne que pour sa propre consommation.
L'oeuvre de Saint Thomas est une réserve d'espérance pour une multitude de sujets pratiques.
Historiquement, elle fut une source de progrès en tout genre. Mais il faut avouer que la scolastique ait pu dégénérer. Les disciples à travers les siècles ont retiré toute la partie mystérieuse de l'étude de la réalité et de l'homme et la scolastique devint stérile. Il y a certes des raisons historiques (peste noire, baisse de niveau des clercs...) mais on peut aussi voir cette chute comme la revanche souterraine des augustiniens, ceux se concentrant sur l'aspect paralysant et pessimiste des vérités chrétiennes aidé par la méfiance en la rationalité (que Thomas glorifiait) et l'abandon à ses passions. Luther en est l'exemple remarquable, la reforme en est la concrétisation. Ce que Thomas avait combattu entra de nouveau dans le christianisme. Chesterton analyse cet esprit comme une perversion de la vertu de la crainte de Dieu. Là où il devait avoir complémentarité augustinienne et thomiste entre crainte de Dieu, déterminisme, impuissance de l'homme et libre arbitre, dignité de l'homme, nécessité des œuvres. Quand la réforme a brisé la dialectique, il y eut le souffle de cette religion élémentaire, affective et méfiance envers toute philosophie.
Théologiquement, Thomas et Luther ne boxent pas dans la même catégorie. Mais Luther, par sa carrure et son désespoir a inauguré une partie de notre histoire moderne. Luther, dans le débat et la pensée, ne met pas seulement son intelligence, il rajoute toujours sa personnalité. Il a détrône la raison, lui préférant la suggestion. Luther brûla les livres de Saint Thomas. 
Chesterton dit que ce petit livre oubliable est là pour témoigner et rendre grâce pour la philosophie éternelle.



Critique de Kechichian

Site dédié à l'oeuvre de Saint Thomas


Quelques extraits :


mercredi 10 avril 2013

L'introduction de la Conversion de l'art - René Girard

Denier livre officiel de René Girard, il est essentiellement un recueil d'articles, la plupart de jeunesse, mais surtout l'occasion de montrer par l'introduction du livre la genèse de son chemin intellectuel à partir du "désir mimétique"  et  de confirmer " la façon dont [sa] pensée apocalyptique était depuis toujours contenue dans [sa] conception du désir."

L'introduction, seule exclusive, résume le livre et explique le choix de cette collection d'articles, allons y de notre petit résumé.


P28, l'art ne m'intéresse en effet que dans la mesure où il intensifie l'angoisse de l'époque. Ainsi seulement il accomplit sa fonction qui est de révéler.


Intro
Girard présente son livre, un recueil d'article de jeunesse (avant son premier livre en 1961) ou alors de relative maturité et même un dvd d'une interview récente.... Il nous invite sur son propre chemin intellectuel, sa genèse  Qu'est ce qui réunit ses articles? Une conception apocalyptique de l'histoire. Nous avons vécues depuis deux siècles avec des "montées aux extrêmes  catastrophiques mais avec l'accompagnement d'hommes de génies. L'accompagnement de la montée vers l'horreur et de son envers lumineux.

La fin du roman
Saint-John Perse et Malraux furent pour Girard les premières étapes indispensables vers le chemin de la foi Chrétienne et de la théorie mimétique. (à noter, que ce sont aussi des hommes qui ont compté pour l'histoire de France dans leur engagement politique et diplomatique, l'un gaulliste, l'autre anti gaulliste mais probablement ami  l'un de l'autre...) Girard dit qu'il a "joué" Perse au tout début de sa carrière universitaire pour marquer son dégoût du progressisme historique. il voit dans la poésie de Perse un questionnement par l'archaïque du positivisme, la reconstruction du réel se fait par l'apparition de l'apocalypse. Girard commence alors à réfléchir sur le sacré. Chez Malraux, Girard retient l'importance d'une œuvre totalement méprisée par son époque et désormais oubliée, les voix du silence, 1951. Pendant que les esthètes voulait revenir "avant la guerre" pour que "l'art continue", Malraux créait un lien entre violence et art, regroupant seconde guerre mondiale et fétiche, art primitif et apocalypse. Bref, Malraux est un des premiers à dire que l'humanisme progressiste est bel et bien mort. Grace à Malraux, Girard sent qu'on peut atteindre l'essentiel du monde et de nos vies par la parole. Nous sommes dans le "super moderne", le retour de l'archaïsme et la perte du chrétien. Malraux sent aussi la fin du roman, Proust a épuisé la forme. Le roman n'a été que le prophète de l'époque à venir. L'époque nécessite une nouvelle forme que Malraux cherchera par le refus de tout mythe et par la tension vers l'universel, ce que Girard analyse rétrospectivement comme une conversion romanesque.  Malraux était dans le vrai et personne ne l'a entendu...  Girard avoue que la littérature est la base de ses recherches cependant ce sujet est désormais dépassé mais il demeurera toujours le canon des oeuvres romanesques qui ont leur part dans la révélation de la vérité....

Voir absolument cette vidéo 
P16 L'histoire du roman est un peu comme la sagesse biblique. Il doit y avoir là une nécessité irréductible. Je crois que c'est dans le roman que se révèle la vérité, mais en même temps qu'il y aurait comme un canon, des textes canoniques de la révélation romanesque.

Orgueil et passion




Nous continuons à passer la machine à remonter le temps, et Girard parle de l'importance de Valéry et Stendhal dans son périple intellectuel. Valéry est le rêve de l'autonomie indifférente, le solipsisme représenté par Mr Teste. Je savoure mon "moi" pur que les autres ignorent et qui est finalement seul à être. C'est la tentation de la coquetterie ontologique et de l'orgueil. Le refus (stressé et donc dissimulateur) de voir l'autre comme fondateur de son identité. De l'autre coté, il a Stendhal qui a conscience de l'importance de la vanité dans l'identité humaine, il la discerne historiquement. Stendhal voit le monde balzacien, le monde d'après la révolution où chacun est le rival de l'autre. Ce que nous avons gagné en pseudo autonomie, nous le payons en vanité triste. Stendhal ne cessera de chercher la passion malgré tout. Puisque tout est vain, vivons avec passion, jouissance et éloigné du regard des autres. Bref, ce sont deux poses mais Stendhal, lui, ne se prend pas au sérieux...



Désir et Narcissisme
Par la suite, Girard reconnait son inspiration sartrienne. Sartre, en effet découvre dans l'essence une imitation existentielle. Mais celui-ci voudrait purifier l'essence de toute altérité (généalogie de Valery) ce qui est impossible. De plus Sartre condamne le fameux garçon de café qui ne peut trouver son essence, c'est une sorte de foi protestante radicale dans le péché originel. Girard, lui, voit plutôt le péché originel dans le rapport à l'autre mais non dans la conception de soi. Girard se voit comme celui qui dépasse Sartre dans toutes ses analyses, il le voit particulièrement dans le phénomène de la coquette. Stratégie de dissimulation de son désir pour se placer en statut dominant d'autonomie par rapport aux autres. (sur ce sujet, il pense aussi que Molière voit plus loin que Freud qui comme Valéry croit en une indifférence réelle et la croyance de pouvoir se débarrasser de l'autre...) Or le moi est toujours relatif. Et malheureusement, tout comme la montée aux extrêmes  plus je vais vers l'autre pour sortir de moi, plus l'autre va rentrer en lui, et finir par se détourner. La réussite et le prestige sert à croire en soi mais on a besoin de tout le monde pour cela... Toutes ces stratégie de coquetterie, de succès, c'est la mondanité mais elle n'est pas féconde sur le plan de la vérité. il faut accepter l'humiliation de la découverte de son mimétisme pour retrouver le temps perdu.

P21 Le narcissique est celui qui veut être cru indifférent par l'Autre, et l'humilié celui qui croit en cette comédie.

Nietzsche et Wagner


Enfin, Girard prend du temps, comme dans l'un de ses articles, pour débroussailler la relation Wagner Nietzsche qui lui semble importante pour tous les sujets comme l'Europe, la mythologie, le christianisme, le mimétisme...


Car, oui, Nietzsche s'est senti humilié par Wagner dans leurs relations. Il a découvert l'être dans le compositeur lui qui croyait être un Mr Teste réussi. Ecce Homo est l'humiliation refoulée par un pseudo triomphe. Son anti-christianisme sera dicté par la redécouverte de celui ci (et particulièrement de sa compassion) par Wagner. Ce dernier sera toujours à la recherche de la synthèse entre l'archaïque et le chrétien. Déconstruire les mythes mais garder possible la possibilité de l'alliance des deux. 

Girard ne dit il pas que tout son travail est résumé dans la scène d'ouverture de l'or du Rhin ? Celle du Nain Alberich et des trois sirènes, coquetterie, transformation de la valeur, guerre.... Wagner aussi à son insu à l'intuition de la montée aux extrêmes et de la vision du temps linéaire et apocalyptique. (contrairement à l'éternel retour de Nietzsche). Mais l'apocalypse de Wagner est mal définit et n'est jamais dans ses oeuvres en vérité. il sacralise la musique et oublie le rite que Stravinski présentera par l'intermédiaire de la danse afin de révéler purement le meurtre fondateur dans le sacre du printemps




P24 On voit constamment chez  [Wagner] la mythologie se déconstruire du fait d'éléments implicitement chrétiens,et puis se reconstruire. C'est la tentation moderne par excellence.

lundi 8 avril 2013

Chesterton par Simon Leys


Amené à m’intéresser à Simon Leys (notamment grâce à sa participation à une émission de Pivot), j'ai découvert qu'il a écrit un chapitre sur Chesterton dans son dernier livre que l'express a reproduit.
C'est une élocution d'un admirateur lors d'un colloque consacré à l'auteur anglais. il regroupe des petits points saillants de l'auteur anglais. Poesie, mal, amateurisme...





Chesterton est un poète ! Non pas par la forme de ses écrits mais plutôt dans sa recherche de prise avec le réel. La poésie est l'inventaire du réel, notre lien vital avec la réalité et donc notre propre salut mental.

Leys touche ensuite un point très juste. Il parle de la monstruosité bienheureuse de Chesterton. Ne nous le figurons nous pas comme un homme sans angoisse, portant l'orthodoxie catholique de l'homme avec joie, évidence et sans mimétisme vaniteux?

Leys nous dit qu'il faut lire le nomme jeudi : un cauchemar qui selon lui fait apparaître la proximité spirituelle de Chesterton et de Kafka. Chesterton serait l'homme qui serait ressorti vivant d'une confrontation avec son propre mal intérieur  Esprit jaillissant, il se sentit près de la folie,  la poésie le sauvât par l’intensité de sa recherche du réel  car „il n'y a pas de mauvaises choses mais seulement des pensées mauvaises". L’œuvre du ciel est matérielle, l’œuvre de l'enfer est entièrement spirituelle.”

Leys développe aussi l'idée Chestertonnienne de la supériorité de l'amateur sur le professionnel ? Car aucune activité humaine vraiment importante ne saurait être accomplie de manière professionnelle (imaginez vous un poète ou un vivant professionnel?). Le professionnalisation complète de l'homme le tue.

Leys aime a développer ensuite la spécialisation masculine et le généralisme féminin et de la merveille des taches dites proprement féminines et comment la dénigrement moderne de celles ci fait honte à ces grandes taches. Le féminisme ne comprend rien à la différence des sexes et est une victoire des pires valeurs masculines... Qui le comprend passe dans un autre dimension et deviendra encore plus terrifié par notre monde...

La réputation de Chesterton, note notre bon Belge, est contradictoire, célèbre par ces extraits, pratiquement inconnus intimement.

Il en ressort en général pour ceux le connaissant que superficiellement une certaine frivolité.
Mais pour Chesterton, la frivolité, n'est que le signe d'une pénétration plus profonde du sujet touché. : „Plus les sujets évoqués diffèrent entre eux, plus la philosophie qui les embrasse doit être profonde et universelle. Un esprit léger et irréfléchi est caractérisé par l'harmonie des matières qu'il traite; un esprit pénétrant et réfléchi, par leur apparente diversité." 

Justesse, actualité et prophétie, tel est Chesterton.




Quelques citations trouvés ici




Et ceci, qui paraît redoutablement adapté à la situation présente (car je ne puis croire que ce soit par un simple coïncidence que nous assistions simultanément au développement d'un mouvement en faveur de l'euthanasie et à une campagne pour autoriser le mariage des homosexuels) : «Il y a des formes destructives dans notre société, qui ne sont rien d'autre que destructives, car elles ne cherchent pas à modifier l'état des choses, mais à l'annihiler, en se basant sur une anarchie interne qui rejette toutes les distinctions morales sur lesquelles même les simples rebelles s'appuient encore. A présent, le criminel le plus dangereux est le philosophe moderne qui ne connaît plus aucune loi. L'ennemi n'émane pas des masses populaires, il se recrute parmi les gens éduqués et aisés, qui allient intellectualisme et ignorance, et sont soutenus en chemin par le culte que la faiblesse rend à la force. Plus spécifiquement, il est certain que les milieux scientifiques et artistiques sont silencieusement unis dans une croisade dirigée contre la famille et l'Etat.»




Leys cite aussi un écrit de 1926 :




«Les derniers en date de nos modernistes ont trouvé le moyen de proclamer une religion érotique qui simultanément exalte la luxure et interdit la fertilité (...) la prochaine grande hérésie sera tout simplement une attaque contre la moralité, et spécialement contre la moralité sexuelle. Et ça ne va pas venir des socialistes. La folie de demain n'est pas à Moscou, mais bien plutôt à Manhattan.»