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vendredi 24 janvier 2014

La violence révélée de Gil Bailie 3ème partie

Après avoir réalisé le diagnostique (partie 1) de la crise culturelle occidentale, et porté un regard (partie 2) sur la richesse anthropologique de l'ancien testament, Bailie finit en s'arrêtant sur la figure du Christ puis par un regard sur la philosophie occidentale face à la théorie du désir mimétique.

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Bailie relie le baptême de Jésus par Jean Baptiste et les tentations du désert. Jésus reçoit l'assurance de son identité, sa vocation, le désert sera le lieu de discernement précis de celle-ci. il refuse de faire de sa vocation un spectacle, une mission sociale ou une réforme religieuse, il voit avec acuité la nature même de la culture humaine, leur lien avec le mécanisme victimaire. Les tentations lui sont une invitation à vivre avec l'Esprit. Il refuse Diabolos (le pourrissement du désir mimétique) et satan (la violence expulsant la violence). Il a rejeté le péché non par son intelligence mais sa proximité avec le Seigneur. il est immunisé contre la contagion mimétique, il déjoue les pièges du démon et obéit parfaitement au désir mimétique, celui d'accomplir la volonté du père.
Malgré les inquiétudes de Jean lors de son emprisonnement, Jésus pense que le repentir passe par la rencontre avec le Seigneur et non la confrontation avec le péché.

Jésus avait une profonde vision du désir mimétique. Qu'il appelle skandalon. On le voit dans Mathieu 18. Il comprend que les disciples sont entrés dans la rivalité mimétique. Jésus parle des conséquences de ces rivalités qu'en terme de Géhenne et de violence.

Pourtant Jésus relativise les distinctions culturelles, il change les réflexes culturels.
Le Jésus guérisseur, de plus est inséparable de celui qui veut changer la culture et guérir la société de sa culture.

Dire que la croix est au cœur du message chrétien c’est répondre à l’affirmatif à la question : « Est-ce que la violence collective, du type que l’on peut observer lors de la crucifixion, est bien la clef, du mensonge dans lequel vivent les hommes ? ».
il faut entrer dans Son Logos et fuir le logos culturel. il faut rejoindre la pierre de fait qui a été rejeté. 
il faut choisir le Logos du Père ou le logos du père du mensonge. On voit cette alternative quand la foule doit choisir entre Jésus et Barrabas, le fils du père... En disant que Dieu seul est son père, Jésus neutralise le pouvoir des pères terrestres. 
La crucifixion achève de démystifier les pouvoirs démoniaques et inaugure l’ère historique où l’ère sociale et psychologique se transforme pendant que le Christ attire à lui tous les hommes. Cette révolution anthropologique et spirituelle est un processus qui tire sa force de l’Esprit de Vérité, le paraclet, il est le conseiller, l’avocat, il défend l’accusé, il déconstruit les mythes et les mystifications de l’accusateur. De plus Jésus empêche l’émergence d'un tombeau, d'une culture humaine tel qu'il s'est passé avant lui. Le tombeau est la perpétuation des mensonges du meurtre originaire. Il est le mythe matérialisé. On n'a pas pu décorer le tombeau et oindre le Christ. Sa tombe n'a pas pu être le point de départ du culte religieux.

Les Evangiles créent une communauté ne voyant de sens à leur vie qu'à la lumière de la résurrection. Ils expriment un éveil de conscience qui passe toujours après une expérience de croix
Tous les mythes comme les pseudo mythes des idéologies et du rationalisme empêchent le chemin de Damas de chacun, elles empêchent l’expérience d’Emmaüs, c'est-à-dire de l’expérience de la dilatation de la vie par la conscience de la résurrection du Christ par l’amour donné et reçu.
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Bailie prendra ensuite du temps pour expliquer le point de vue girardien sur la philosophie. Elle rejoint la phrase de Saint Paul en Corinthiens 1. "Dieu n'a t il pas frappé de folie la sagesse du monde?"
Accompagné de Ortega y Gasset, Bailie croit voir dans la philosophie un ersatz du sacré. Dans la mesure où celui ci observe (par l'intermédiaire d'Héraclite) la bêtise du sacré, la philosophie ne fait alors que réfuter pour mieux ressusciter ce qui a été dit dans le passé  mais elle refuse de voir la victime cachée dans le passé radical. Elle n'est pas plus capable que la religion traditionnelle de découvrir la vérité de la victime. La pensée philosophique se développe comme les rivalités humaines. Elle renouvelle toujours ce qu'elle dit exécrer : la méconnaissance humaine.
Héraclite pensait pourtant que le monde ne vient pas d'un complot des dieux mais de la violence des hommes. Distinction du logos, description du processus de la violence créatrice d'ordre et du désordre. La philosophie serait une manière de cacher ce qu'Héraclite a commencé à dévoiler.
La philosophie est une sorte d’enfant adoptif de la religion, malgré ses ressources mythologiques plus réduites, sa capacité rationnelle et à établir un système de langage lui ont permis d’accomplir des prodiges de logique sans inquiéter ce que la religion protège.
Il y a trois conséquences à la prise en compte de la chute du système sacrificiel, la stupeur (conséquence de la déconstruction), l'extase signifiant le désir du retour du sacré violent (Nietzsche, Heidegger). Bailie pense qu'Heidegger voulait accompagner la grandeur historique de la violence.
Avec Nietzsche, il voulait ce retour évident. Il a compris, comme Saitn Paul ou Girard, ce que la philosophie ne peut comprendre : c’est par la victime que s’est constitué le monde des bourreaux, le monde dont la philosophie voudrait parler avec sagesse.

« Notre rationalisme ne peut pas saisir le rôle fondateur de la mise à mort mimétique pour la raison que lui-même en porte toujours l’empreinte » Mais alors où est la vérité qui nous rendra libre ? (Qu’est ce qui nous amène à réfléchir ? dirait Heidegger ?) Heidegger nous laisse suffisamment d’indices qu’il nous reste à faire qu’un pas vers la croix. Face à la crise anthropologique, nous devons comprendre l’ampleur du défi. Et comme Simone Weil nous le dit, la croix du christ est le seul passage vers la connaissance.

Contrairement à Nietzsche et Heidegger, Girard est le seul qui est allé au bout du dévoilement par un choix moral inverse. Il est le seul à dire qu'il y a une alternative à la violence sacrée.

Bailie enfin se concentre sur le nationalisme. Celui-ci est d'autant plus cruel qu'il ne croit plus en lui, ou il s'efforce avec passion à croire en lui (nazisme). On ne peut réduire le nationalisme à ce risque mais la nation possède beaucoup de prise à ce danger, transcendance sociale légitimant la violence.
Notre monde a la gueule de bois morale, et a plus que jamais le choix entre deux transcendances. (On le voit très bien dans le martyr d'Etienne). La violence apporte sa transcendance à ceux qui la contemplent. Il ne faut pas savoir si tout cela va s'améliorer mais si nous avons une prière. Bailie enfin affirme qu'il faut revenir au premier commandement, aimer Dieu d'un amour suprême. 
Il ne nous reste plus qu'à triompher de la méconnaissance victimaire dans l'expérience intime.


jeudi 19 décembre 2013

La violence révélée de Gil Bailie / 2nde partie


Après nous avoir conduit sur la question de la violence actuelle et de son paradoxe moderne, (et avant la troisième partie) Gil Bailie nous propose une lecture de la bible originale et catholique ayant pour but de nous montrer particulièrement comment la Bible est hantée par la question de la violence et du sacrifice et comment elle place ces deux réalités tout au long des livres et de l'histoire de la relation du peuple juif et de Dieu.

Nous pouvons lire la Bible comme l'histoire, le processus à portée universelle du passage du mythe vers la fin du processus victimaire. Le peuple juif est hanté par la question de la complicité avec la violence sacrificielle. La Bible est un texte en travail, en gestation, toute entière en remise en question, en avancée (et en déclin quelquefois) de la pensée anti-sacrificielle.
Cette seconde partie nous dresse le portrait d'une humanité (bien au delà de la Bible que cette partie travaille) fondée, travaillée par le sacré et la révélation biblique.

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Le premier mort de la Bible arrive vite, Abel, il fonde la culture. Déjà la Bible propose sa lucidité et montre qu'elle est le lieu où se donne à voir le combat entre le mythe et la révélation. Voir dans la Bible un livre de violence est une erreur de perspective, c'est ici plus qu'ailleurs que se donne à voir le lieu de la "guerre" contre la violence sacrificielle.

Par Caïn et Abel, la Bible nous montre ce qu'est un sacrifice ou plutôt ce qui se passe quand il rate. Caïn nous montre ce qui se passe quand on essaie de quitter trop brutalement le système sacrificiel. L'innovation en terme de gestion de la violence est dangereuse sans responsabilité morale et religieuse. C'est l'histoire du XXe siècle et de Lamek, se passer des structures sacrificielles sans renoncer aux passions mimétiques.
Au contraire Abraham, passage du sacrifice humain au sacrifice animal, lance une innovation sacrificielle avec pour source une expérience religieuse et une responsabilité morale, il renonce à une forme de sacrifice au nom de Dieu.

Ensuite l'Exode est l'effort d'Israël pour quitter le sacré. La culture juive se fait dans une perpétuelle crise, comment vivre et faire culture quand on prend le parti permanent de la réflexion morale et religieuse de la fin de la violence sacrificielle ? Le Dieu de Moïse se méfie du religieux et se met avec les esclaves. Mais Moise tente trop vite des innovations qui vont se retourner contre le peuple juif (Exode 32-25, 3000 morts), il remet plus de sacrificiel par la suite. Comment faire pour garder la problématique morale et garder une fascination suffisante de la justice divine ? (Lévitique 10, 1) Aaron marque par exemple un grand coup d'arrêt de la révolution sacrificielle, il recourt au mécanisme du bouc émissaire puis au cercle vicieux du nombre d'interdits.

Qui peut donner la légitimité religieuse à la violence ? Qui contrôle la politique ? Celui qui saura mettre en scène le spectacle liturgique. (Nombres 16, 5, 18).
Aujourd'hui, nos scrupules ne permettent plus d'enjoliver la scène et de renforcer l'harmonie sociale. Il faut un ennemi. La guerre sainte peut jouer ce rôle. Josué en traversant le Jourdain, rencontre la violence sacrificielle sous la forme militaire, rituel productif et mobilisateur. 
Si la compagne militaire a des problèmes, contre Aï par exemple (Josué 8), c'est le signe du manque d'esprit de corps, un sacrifice est donc nécessaire. Transfert de la terreur religieuse par sentiment de culpabilité sur la victime. Après la mort du roi d'Aï, il y a la restauration d'un système sacrificiel avec autels primitifs. Les tumulus sont le signe de la lapidation, avalanche mimétique où on ne peut plus reconnaître la victime. Le tumulus est le chaînon manquant entre la violence mimétique et le culte religieux. A ce sujet, il est pertinent de noter que Jésus est toujours menacé à l'intérieur du Temple. c'est le symbole du fait que le zèle pour sacrifier Jésus est ce qui conduit à la destruction du temple (= structure sacrificielle), dilapider les pierre du temple vers Jésus. Josué et Jésus, les deux traversent le Jourdain, l'un vis à vis de Dieu, le second avec Lui. Le 1er construit des monceaux de Pierre, le second tend à les dilapider.... Oui, le tombeau  va être vide....
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Bailie prendra encore du temps pour s'appesantir sur la révélation de la violence sacrificielle par l'intermédiaire des prophètes. Et toujours au centre de cette tension, le fait qu'on ne peut rejeter le sacrifice que de façon sacrificielle.

Elie. Au moment du roi Achab, Elie est en compétition contre 450 sacrificateur de Baal, qui sera le grand prêtre du roi ? Au départ, Elie se moque de ses rivaux et rend leurs sacrifices inopérants, il exploite la frénésie mimétique et la retourne contre les sacrificateurs de Baal. Cela conduit au sacrifice humain de ces sacrificateurs afin de mettre un terme à ces même sacrifices.

Michée: Achab veut envahir Ramot de Galahad, feu vert des prophètes officiels, Michée dit oui, par sarcasme puis annonce l'échec. La prophétie se signale comme affrontements avec les puissants. Le signe du prophète est son immunité contre la mimésis sociale car il a donné sa primauté à Dieu.

Jérémie : Le prophète possède le point de vue anthropologique de la victime mais il est aussi capable de regarder les traces (Jérémie 2, 20), il sait qu'il ne faut pas se débarrasser des tabous pour terminer la violence sacrificielle collective, cela conduit toujours en idolâtrie païenne et en infanticides rituels. Jérémie donne ensuite l'impulsion de la réforme religieuse, éradique sacrifice humain, purifie les cérémonies. Mais la passion anti-sacrificielle de Bethel se retourne en sacrifice en Samarie. Le renouveau de l'orthodoxie se retourne aussi en arrogance, Jérémie est persécuté.

Daniel : histoire de Suzanne, on peut voir cette histoire comme l'épilogue de l'ancien testament et l'introduction du nouveau testament. C'est un drame Shakespearien. Deux hommes installés développent de l'envie pour un homme prestigieux qui se transforme en proposition indécente et en mensonge sur la vertu de sa femme condamnée à tort pour adultère. Daniel pris par l'Esprit Saint défend Suzanne, dévoile les véritables menteurs. Mais curieusement, le défenseur se retrouve accusateur. D'une certaine manière Daniel crée le système judiciaire, il est aussi saisi par le zèle sacrificateur. L'indignation vertueuse créatrice de normes sociales. Il est toujours important de définir les culpabilités, mais très souvent, le processus mimétique se relance. Finalement Daniel joue le rôle de l'ange qui attire l'attention d'Abraham sur le bélier. Notre système judiciaire est conçu pour produire des variantes de cette conclusion heureuse pour une foule encline à la mise à mort. Daniel donne sens et légitimité à la violence. C'est toujours malgré tout l'origine de nos systèmes judiciaires.
L'histoire de Suzanne est l'histoire d'une réformation de système politico-social avec résolution heureuse de la crise et prestige social accru pour le héros grâce à son souci des victimes.

Esprit Saint, Esprit de vérité et de justice, sa révélation sera positive ou négative si nous vivons les temps de crises en nous protégeant de celles-ci et si nous regardons le ciel. Car l'Esprit biblique se soucie plus de progrès religieux que de progrès sociaux juridiques qui n'en sont que des conséquences. Entre Daniel et Jésus (et la femme adultère), il y a encore un écart, Jésus ne recherche pas à dévier, à utiliser la violence sacrificielle.

Si nous comprenons bien aussi la phrase de Jésus (Luc 11, 50, 51), un prophète n'est pas seulement une bonne personne morale, mais peut être aussi une personne dont on ne voit pas sur le coup que leur mort a resserré les liens de la communauté (et dont nous devrons répondre de leur sang), finalement, les deux prophètes l'histoire de Suzanne sont les deux vieillards lubriques...
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Au final, ce dont parle la Bible, c'est de la lutte entre deux représentations religieuses, le dieu violent et le Dieu déconstructeur de la violence, un Dieu qui demande de rendre compte des meurtres que nous voulions (consciemment ou non) sacrifice régénérateur. Nous devons à la fois nous repentir de la violence de notre justice et nous rappeler le mystère de la transcendance divine. Méfions nous de ceux qui ne veulent pas se repentir de leur justice (les conservateurs) et de ceux qui pensent sortir de la crise où nous sommes sans nous poser la question de la transcendance divine.




Ci dessous note chapitre par chapitre :


mardi 26 novembre 2013

La violence révélée - Gil Bailie - 1ère partie

Par l'intermédiaire de René Girard, Gil Bailie diagnostique la crise culturelle dans laquelle se trouve l'occident moderne. La Bible comme ce qui porte le Salut et le danger d'une humanité sans défense face à la violence.
Je commence par les premiers chapitres qui tentent de l'expliquer. Il y aura deux prochaines notes sur la suite de ce livre très riche et, pour ma part, très éclairant.
Il y a une seconde et troisième partie



Partons de Girard
Girard explique que la décomposition et le recomposition des cultures se fait par la violence. La violence glorifiée remplace la violence incontrôlée des communautés humaines, c'est une des conséquences de la théorie mimétique et du bouc émissaire. Or la croix du Christ dénonce la violence glorifiée. Les phénomènes liées à celle-ci demeurent mais sont de moins en moins efficaces. Ce livre est très ambitieux, il veut nous aider à déchiffrer cette crise du retour paradoxal de l'homme dans la violence incontrôlée.

La crise culturelle
Nous sommes les enfants des "lumières", nous avons quitté les superstitions, nous avons construit un monde économique et sociale que nous pensons solide.  Nous croyons que l'histoire est un chemin de libération de la violence mythique, sans voir que cette libération est un danger pour nous. Ce cheminement est celui de l'apocalypse. Autrement dit, c'est le défi chrétien : se convertir pour se passer de la violence sacrificielle tout en ne tombant pas dans la violence incontrôlée. 
La compassion exponentielle de notre monde (alors que le mythe nous voilait la victime) nous créé, paradoxalement des problèmes insolubles. Comment marier en occident compassion et ambition géopolitique, par exemple. Le statut de victime est ainsi devenu désirable.  
Nos programmes sociaux sont des chasses sans fin aux victimes, les guerres culturelles sont faites pour déterminer qui furent les plus grandes victimes. Tout est passé au crible de la compassion chrétienne. Pourquoi et comment en sommes nous venus là? 
La Bible, en premier a donné la parole à la victime.

Il faut apprendre avec Girard que le mythe est le récit d'une société en paix qui se justifie du meurtre sacrificiel. L'attention à la victime que nous a légué le Christ a tout transformé. Mais cette révélation se fait très progressivement. Avant tout changeait pour que rien ne change (paganisme.)

Les apôtres voyait déjà les effets de la révélation chrétienne. Le passage de Philippe avec l'eunuque éthiopien en est la preuve. Le travail de Philippe est celle du livre de Bailie et de toute apologie moderne. Utiliser les texte bibliques pour montrer le mensonge de la violence culturelle. 
Gil Bailie en profite pour analyser la différence gauche-droite à la lumière de la crise culturelle définie. La gauche défend les victimes des systèmes structurelles et excuse leur propre violence, la droite défend les victimes des violences criminelles et excuse la violence de la répression contre la criminalité. Cette séparation est le signe de l'indifférenciation entre violence légitime et illégitime. La crucifixion a enlevé la distinction entre la "bonne" et la "mauvaise" violence. Comment éviter alors l'autodestruction  de nos sociétés si ce n'est par notre volonté et le juste diagnostic ?

Nous sommes dans une situation paradoxale, nous ne sommes pas encore chrétien et nous ne pouvons plus organiser les rites violents. Nous profitons de moins en moins des institutions qui étaient les garantes de la violence sacrificielle et qui contenait la violence anarchique. Cette remise en cause attaque aussi notre système juridique si proche d'un système sacrificiel car la culpabilité de l'accusé et les mesures pour préserver la société sont deux problèmes indépendants.

Le pays des miroirs
Pour mieux comprendre ce paradoxe, l'auteur insiste sur la violence et son pouvoir de fascination, comme le dit Girard, la violence est la forme achevée du mimétisme (direction naturelle du désir basée sur la non autonomie du désir qui nous porte vers l'autre comme un modèle obstacle). Il faut le comprendre. Pour cela, il faut par exemple regarder comment la modernité autant que la mort des dieux nous conduit vers des étoiles éphémères créé par la fascination collective.
L'abandon des cultures traditionnelles provoquent un trou d'air et l'augmentation des mélodrames sociaux qui produisent les tensions. Bailie nous présente le magnifique exemple de Tezcatlipoca, de la remise en cause de la tradition à la création d'une nouvelle divinité. La tradition était ce qui avait pu rendre possible la conversion du désir mimétique en unanimité sociale. Sa remise en cause conduisait vers un nouvel ordre sacré et mythique. Notre monde ne nous le permet plus, nous sommes envahis de passions mimétiques, nous sommes envieux sans limites, il ne nous reste plus qu'à entrer en concurrence et à être ambitieux. Nous sommes désarmés.


Malgré tout, ce qui peut être positif dans le comportement mimétique peut se retrouver dans les situations qui excluent la rivalité ou la codifie. C’est la culture qui nous protège. Or aujourd'hui, on développe les subversions des structures sociales pour en exploiter un potentiel économique. Nous exploitons le désir au lieu d'en dénoncer sa part de danger.

Récapitulons un peu...
La Bible est à l'origine de la crise moderne. L'histoire peut être vue comme un Post scriptum de cette révélation. La perspective de la fin violente de l'humanité réapparaît  il nous faut retourner à l'origine des mythes. Il nous faut voir le sacré comme organe de protection auquel nous ne devons pas être condescendant. N'oublions pas comment la croix est le pivot de la révolution anthropologique auquel nous faisons face. Nous devons tous refaire le voyage d'Israel que nous verrons à la prochaine note.
Il est temps aussi de réfléchir à nos désirs. Girard : Le désir c’est ce qui arrive au rapport humain quand il n’y a plus de résolution victimaire, et donc plus de polarisations vraiment unanimes, susceptibles de déclencher cette résolution. Ce désir détruit les relations humaines et déstabilise psychologiquement. Réfléchir aux désirs, c’est le risque d’entrainer le grippage de la marchandise social et économique. Mais c’est urgent, comme le disait St Augustin, ce n’est que lorsque nous réfléchirons à nos désirs que nous commencerons à réfléchir.


Bonus :
Résumons, le réactionnaire est celui qui ne voit pas que les formes officielles de la violence ne marchent plus, le révolutionnaire est celui qui ne voit pas que l’indignation morale en revient au même des comportements qui ont provoqués l’indignation. Le romantique pense qu’il faut plus de subversions et que le monde ira mieux. Méfions nous des trois...


Lectures au fil des chapitres plus bas...