Après avoir réalisé le diagnostique (partie 1) de la crise culturelle occidentale, et porté un regard (partie 2) sur la richesse anthropologique de l'ancien testament, Bailie finit en s'arrêtant sur la figure du Christ puis par un regard sur la philosophie occidentale face à la théorie du désir mimétique.
-----
Bailie relie le baptême de Jésus par Jean Baptiste et les tentations du désert. Jésus reçoit l'assurance de son identité, sa vocation, le désert sera le lieu de discernement précis de celle-ci. il refuse de faire de sa vocation un spectacle, une mission sociale ou une réforme religieuse, il voit avec acuité la nature même de la culture humaine, leur lien avec le mécanisme victimaire. Les tentations lui sont une invitation à vivre avec l'Esprit. Il refuse Diabolos (le pourrissement du désir mimétique) et satan (la violence expulsant la violence). Il a rejeté le péché non par son intelligence mais sa proximité avec le Seigneur. il est immunisé contre la contagion mimétique, il déjoue les pièges du démon et obéit parfaitement au désir mimétique, celui d'accomplir la volonté du père.
Malgré les inquiétudes de Jean lors de son emprisonnement, Jésus pense que le repentir passe par la rencontre avec le Seigneur et non la confrontation avec le péché.
Jésus avait une profonde vision du désir mimétique. Qu'il appelle skandalon. On le voit dans Mathieu 18. Il comprend que les disciples sont entrés dans la rivalité mimétique. Jésus parle des conséquences de ces rivalités qu'en terme de Géhenne et de violence.
Pourtant Jésus relativise les distinctions culturelles, il change les réflexes culturels.
Le Jésus guérisseur, de plus est inséparable de celui qui veut changer la culture et guérir la société de sa culture.
Dire que la croix est au cœur du message chrétien c’est répondre à l’affirmatif à la question : « Est-ce que la violence collective, du type que l’on peut observer lors de la crucifixion, est bien la clef, du mensonge dans lequel vivent les hommes ? ».
il faut entrer dans Son Logos et fuir le logos culturel. il faut rejoindre la pierre de fait qui a été rejeté.
il faut choisir le Logos du Père ou le logos du père du mensonge. On voit cette alternative quand la foule doit choisir entre Jésus et Barrabas, le fils du père... En disant que Dieu seul est son père, Jésus neutralise le pouvoir des pères terrestres.
La crucifixion achève de démystifier les pouvoirs démoniaques et inaugure l’ère historique où l’ère sociale et psychologique se transforme pendant que le Christ attire à lui tous les hommes. Cette révolution anthropologique et spirituelle est un processus qui tire sa force de l’Esprit de Vérité, le paraclet, il est le conseiller, l’avocat, il défend l’accusé, il déconstruit les mythes et les mystifications de l’accusateur. De plus Jésus empêche l’émergence d'un tombeau, d'une culture humaine tel qu'il s'est passé avant lui. Le tombeau est la perpétuation des mensonges du meurtre originaire. Il est le mythe matérialisé. On n'a pas pu décorer le tombeau et oindre le Christ. Sa tombe n'a pas pu être le point de départ du culte religieux.
Les Evangiles créent une communauté ne voyant de sens à leur vie qu'à la lumière de la résurrection. Ils expriment un éveil de conscience qui passe toujours après une expérience de croix
Tous les mythes
comme les pseudo mythes des idéologies et du rationalisme empêchent le chemin
de Damas de chacun, elles empêchent l’expérience d’Emmaüs, c'est-à-dire de l’expérience
de la dilatation de la vie par la conscience de la résurrection du Christ par
l’amour donné et reçu.
-------
Bailie prendra ensuite du temps pour expliquer le point de vue girardien sur la philosophie. Elle rejoint la phrase de Saint Paul en Corinthiens 1. "Dieu n'a t il pas frappé de folie la sagesse du monde?"
Accompagné de Ortega y Gasset, Bailie croit voir dans la philosophie un ersatz du sacré. Dans la mesure où celui ci observe (par l'intermédiaire d'Héraclite) la bêtise du sacré, la philosophie ne fait alors que réfuter pour mieux ressusciter ce qui a été dit dans le passé mais elle refuse de voir la victime cachée dans le passé radical. Elle n'est pas plus capable que la religion traditionnelle de découvrir la vérité de la victime. La pensée philosophique se développe comme les rivalités humaines. Elle renouvelle toujours ce qu'elle dit exécrer : la méconnaissance humaine.
Héraclite pensait pourtant que le monde ne vient pas d'un complot des dieux mais de la violence des hommes. Distinction du logos, description du processus de la violence créatrice d'ordre et du désordre. La philosophie serait une manière de cacher ce qu'Héraclite a commencé à dévoiler.
La philosophie est une sorte d’enfant adoptif de la religion, malgré ses ressources mythologiques plus réduites, sa capacité rationnelle et à établir un système de langage lui ont permis d’accomplir des prodiges de logique sans inquiéter ce que la religion protège.
Il y a trois conséquences à la prise en compte de la chute du système sacrificiel, la stupeur (conséquence de la déconstruction), l'extase signifiant le désir du retour du sacré violent (Nietzsche, Heidegger). Bailie pense qu'Heidegger voulait accompagner la grandeur historique de la violence.
Avec Nietzsche, il
voulait ce retour évident. Il a compris, comme Saitn Paul ou Girard, ce que la
philosophie ne peut comprendre : c’est par la victime que s’est constitué le monde des bourreaux, le monde dont
la philosophie voudrait parler avec sagesse.
« Notre
rationalisme ne peut pas saisir le rôle fondateur de la mise à mort mimétique
pour la raison que lui-même en porte toujours l’empreinte » Mais alors où
est la vérité qui nous rendra libre ? (Qu’est ce qui nous amène à
réfléchir ? dirait Heidegger ?) Heidegger nous laisse suffisamment
d’indices qu’il nous reste à faire qu’un pas vers la croix. Face à la crise
anthropologique, nous devons comprendre l’ampleur du défi. Et comme
Simone Weil nous le dit, la croix du christ est le seul passage vers la
connaissance.
Contrairement à Nietzsche et Heidegger, Girard est le seul qui est allé au bout du dévoilement par un choix moral inverse. Il est le seul à dire qu'il y a une alternative à la violence sacrée.
Bailie enfin se concentre sur le nationalisme. Celui-ci est d'autant plus cruel qu'il ne croit plus en lui, ou il s'efforce avec passion à croire en lui (nazisme). On ne peut réduire le nationalisme à ce risque mais la nation possède beaucoup de prise à ce danger, transcendance sociale légitimant la violence.
Notre monde a la gueule de bois morale, et a plus que jamais le choix entre deux transcendances. (On le voit très bien dans le martyr d'Etienne). La violence apporte sa transcendance à ceux qui la contemplent. Il ne faut pas savoir si tout cela va s'améliorer mais si nous avons une prière. Bailie enfin affirme qu'il faut revenir au premier commandement, aimer Dieu d'un amour suprême.
Il ne nous reste plus qu'à triompher de la méconnaissance victimaire dans l'expérience intime.
Il ne nous reste plus qu'à triompher de la méconnaissance victimaire dans l'expérience intime.










