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mardi 26 novembre 2013

La violence révélée - Gil Bailie - 1ère partie

Par l'intermédiaire de René Girard, Gil Bailie diagnostique la crise culturelle dans laquelle se trouve l'occident moderne. La Bible comme ce qui porte le Salut et le danger d'une humanité sans défense face à la violence.
Je commence par les premiers chapitres qui tentent de l'expliquer. Il y aura deux prochaines notes sur la suite de ce livre très riche et, pour ma part, très éclairant.
Il y a une seconde et troisième partie



Partons de Girard
Girard explique que la décomposition et le recomposition des cultures se fait par la violence. La violence glorifiée remplace la violence incontrôlée des communautés humaines, c'est une des conséquences de la théorie mimétique et du bouc émissaire. Or la croix du Christ dénonce la violence glorifiée. Les phénomènes liées à celle-ci demeurent mais sont de moins en moins efficaces. Ce livre est très ambitieux, il veut nous aider à déchiffrer cette crise du retour paradoxal de l'homme dans la violence incontrôlée.

La crise culturelle
Nous sommes les enfants des "lumières", nous avons quitté les superstitions, nous avons construit un monde économique et sociale que nous pensons solide.  Nous croyons que l'histoire est un chemin de libération de la violence mythique, sans voir que cette libération est un danger pour nous. Ce cheminement est celui de l'apocalypse. Autrement dit, c'est le défi chrétien : se convertir pour se passer de la violence sacrificielle tout en ne tombant pas dans la violence incontrôlée. 
La compassion exponentielle de notre monde (alors que le mythe nous voilait la victime) nous créé, paradoxalement des problèmes insolubles. Comment marier en occident compassion et ambition géopolitique, par exemple. Le statut de victime est ainsi devenu désirable.  
Nos programmes sociaux sont des chasses sans fin aux victimes, les guerres culturelles sont faites pour déterminer qui furent les plus grandes victimes. Tout est passé au crible de la compassion chrétienne. Pourquoi et comment en sommes nous venus là? 
La Bible, en premier a donné la parole à la victime.

Il faut apprendre avec Girard que le mythe est le récit d'une société en paix qui se justifie du meurtre sacrificiel. L'attention à la victime que nous a légué le Christ a tout transformé. Mais cette révélation se fait très progressivement. Avant tout changeait pour que rien ne change (paganisme.)

Les apôtres voyait déjà les effets de la révélation chrétienne. Le passage de Philippe avec l'eunuque éthiopien en est la preuve. Le travail de Philippe est celle du livre de Bailie et de toute apologie moderne. Utiliser les texte bibliques pour montrer le mensonge de la violence culturelle. 
Gil Bailie en profite pour analyser la différence gauche-droite à la lumière de la crise culturelle définie. La gauche défend les victimes des systèmes structurelles et excuse leur propre violence, la droite défend les victimes des violences criminelles et excuse la violence de la répression contre la criminalité. Cette séparation est le signe de l'indifférenciation entre violence légitime et illégitime. La crucifixion a enlevé la distinction entre la "bonne" et la "mauvaise" violence. Comment éviter alors l'autodestruction  de nos sociétés si ce n'est par notre volonté et le juste diagnostic ?

Nous sommes dans une situation paradoxale, nous ne sommes pas encore chrétien et nous ne pouvons plus organiser les rites violents. Nous profitons de moins en moins des institutions qui étaient les garantes de la violence sacrificielle et qui contenait la violence anarchique. Cette remise en cause attaque aussi notre système juridique si proche d'un système sacrificiel car la culpabilité de l'accusé et les mesures pour préserver la société sont deux problèmes indépendants.

Le pays des miroirs
Pour mieux comprendre ce paradoxe, l'auteur insiste sur la violence et son pouvoir de fascination, comme le dit Girard, la violence est la forme achevée du mimétisme (direction naturelle du désir basée sur la non autonomie du désir qui nous porte vers l'autre comme un modèle obstacle). Il faut le comprendre. Pour cela, il faut par exemple regarder comment la modernité autant que la mort des dieux nous conduit vers des étoiles éphémères créé par la fascination collective.
L'abandon des cultures traditionnelles provoquent un trou d'air et l'augmentation des mélodrames sociaux qui produisent les tensions. Bailie nous présente le magnifique exemple de Tezcatlipoca, de la remise en cause de la tradition à la création d'une nouvelle divinité. La tradition était ce qui avait pu rendre possible la conversion du désir mimétique en unanimité sociale. Sa remise en cause conduisait vers un nouvel ordre sacré et mythique. Notre monde ne nous le permet plus, nous sommes envahis de passions mimétiques, nous sommes envieux sans limites, il ne nous reste plus qu'à entrer en concurrence et à être ambitieux. Nous sommes désarmés.


Malgré tout, ce qui peut être positif dans le comportement mimétique peut se retrouver dans les situations qui excluent la rivalité ou la codifie. C’est la culture qui nous protège. Or aujourd'hui, on développe les subversions des structures sociales pour en exploiter un potentiel économique. Nous exploitons le désir au lieu d'en dénoncer sa part de danger.

Récapitulons un peu...
La Bible est à l'origine de la crise moderne. L'histoire peut être vue comme un Post scriptum de cette révélation. La perspective de la fin violente de l'humanité réapparaît  il nous faut retourner à l'origine des mythes. Il nous faut voir le sacré comme organe de protection auquel nous ne devons pas être condescendant. N'oublions pas comment la croix est le pivot de la révolution anthropologique auquel nous faisons face. Nous devons tous refaire le voyage d'Israel que nous verrons à la prochaine note.
Il est temps aussi de réfléchir à nos désirs. Girard : Le désir c’est ce qui arrive au rapport humain quand il n’y a plus de résolution victimaire, et donc plus de polarisations vraiment unanimes, susceptibles de déclencher cette résolution. Ce désir détruit les relations humaines et déstabilise psychologiquement. Réfléchir aux désirs, c’est le risque d’entrainer le grippage de la marchandise social et économique. Mais c’est urgent, comme le disait St Augustin, ce n’est que lorsque nous réfléchirons à nos désirs que nous commencerons à réfléchir.


Bonus :
Résumons, le réactionnaire est celui qui ne voit pas que les formes officielles de la violence ne marchent plus, le révolutionnaire est celui qui ne voit pas que l’indignation morale en revient au même des comportements qui ont provoqués l’indignation. Le romantique pense qu’il faut plus de subversions et que le monde ira mieux. Méfions nous des trois...


Lectures au fil des chapitres plus bas...