lundi 11 avril 2016

Le temps messiannique par Agamben

Ici vous trouverez une très belle conférence de Giorgio Agamben tenue à Notre Dame de Paris. En plus de se permettre d'admonester les catholiques afin de retrouver le sens du temps messianique, j'y trouve une compréhension intime d'un sens politique dans son histoire chrétienne et des ses dérives modernes. 

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Comment vivre après la venue du Christ ?
Cette question se pose au niveau de la conversion personnelle mais se pose au niveau de l'histoire.
Comment vivre en temps messianique, comment vivre l'attente du retour du Christ ?
Le séjour en temps messianique peut durer, cela n'enlève rien à la nature de ce temps. Certains disent : l'institution Église stable serait une réaction à la parousie ne venant pas aussi vite que prévue.Si cela était vrai, cela impliquerait que l’Église aurait perdu l’expérience du temps messianique qui lui est consubstantielle.  
Le temps du messie n’est pas une durée chronologique, mais, avant tout, une transformation qualitative du temps vécu.
I thessaloniciens 5, 1-2. Le jour du seigneur vient (au présent) comme un voleur. Le messie est celui qui ne cesse de venir.
Quelle est la structure de ce temps selon Paul ?

Ne pas confondre l'apocalyptique et le messianique. Apocalypse, le dernier jour, fin du temps et description. Ce n'est pas le temps que vit l’apôtre. C'est le temps de la fin. 
Le temps messianique est la relation de chaque instant avec le temps de la fin. Paul s'intéresse à ce temps qui reste depuis la résurrection du Christ. L'expérience du temps qu'implique le temps messianique trouble la géométrie du temps. Ce n'est plus la ligne homogène et infinie, ce n'est pas un point ni un segment. C’est un temps qui pousse à l’intérieur du temps chronologique, qui le travaille et le transforme de l’intérieur
C’est, d’une part, le temps que le temps met pour finir, mais de l’autre, le temps qui nous reste, le temps dont nous avons besoin pour faire finir le temps, pour venir à bout, pour nous libérer de notre représentation ordinaire du temps. Alors que celle-ci, en tant que temps dans lequel nous croyons être, nous sépare de ce que nous sommes et nous transforme en spectateurs impuissants de nous-mêmes, le temps du Messie au contraire, en tant que temps opératif (kairos) dans lequel nous saisissons pour la première fois le temps (le chronos), est le temps que nous sommes nous-mêmes. Il est clair que ce temps n’est pas un autre temps, qui aurait son lieu dans un ailleurs improbable et à venir. C’est, au contraire, le seul temps réel, le seul temps que nous ayons. Et faire l’expérience de ce temps implique une transformation intégrale de nous-mêmes et de notre façon de vivre.

Le temps s'est contracté. Ce temps révoque tout ordre, change toute expérience et toute condition factuelle pour les ouvrir à un nouvel usage.
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Comprenant le temps messianique, se pose la question du radicalisme ou du compromis. 

Radicalisme : Le fait de vivre qu'en vue des choses dernières ou Compromis : faire attention aux avant dernières.  C'est une fausse alternative selon Bonhoeffer. On ne peut séparer ces réalités (condition sociale et humaine de tous les jours et apocalypse) L'eschatologie ne peut être que transformation des choses avant-dernières. Celles-ci ne peuvent être traités à la légère ou niées. Mais ces "avant-dernières" ne peuvent être invoqués contre les dernières. Bref refusons le radicalisme et le compromis. Pour utiliser le mot de Paul, la réalité dernière rend inopérante les pénultièmes et les transforme. Mais elle se met en jeu dans celles-ci. Le temps du messie n'est pas le futur mais le présent. Maintenant est le jour du Salut, le temps à saisir.
Il n'y a d’Église que dans ce temps et par ce temps.


Qu'en est il de ce temps aujourd'hui ? 

On n'en parle plus trop... "On nous a promis la communion, nous avons eu l’Église" dit Loisy. mais ne condamnons pas le compromis au nom du radicalisme (encore des frères jumeaux)
Mais est ce que l’Église est capable de saisir les signes des temps, de les partager, de permettre de vivre pleinement le temps messianique ? Il faut reconnaitre dans le cours de l'histoire la signature de l'économie du salut.
Selon les pères de l’Église et les philosophes, l'histoire est écartelée par deux courants opposés.
Le Catekon, tel que Paul en parle est ce qui retient et diffère la fin du monde sur la ligne homogène du temps.
Et, d'autre part, ce qui, en mettant en tension l’origine et la fin, ne cesse d’interrompre et d’achever le temps. 
Appelons Loi ou Etat la première polarité, vouée à l’économie, c’est-à-dire au gouvernement infini du monde ; et appelons Messie ou Eglise la seconde, dont l’économie - l’économie du salut - est essentiellement finie. Une communauté ne peut survivre que si les deux co-existent en même temps.

Aujourd'hui, la tension est brisée. Quand l’économie du salut est oubliée, l'économie prend les devants et étends sa domination dérisoire. L'exigence eschatologique délaissée revient sous une forme parodique et ne cessant de prophétiser des catastrophes.
ex :  L’état de crise et d’exception permanente que les gouvernements du monde proclament aujourd’hui est bien la parodie sécularisée de l’ajournement perpétuel du Jugement dernier dans l’histoire de l’Église.
A l'oubli de l'expérience messianique, arrive une hypertrophie du droit. Excès de légalité qui trahit la perte de toute légitimité véritable.
" aujourd’hui il n’ y a plus sur terre aucun pouvoir légitime et les puissants du monde sont tous eux-mêmes convaincus d’illégitimité. " 
Exhortation à l’Église !

La judiciarisation et l’économisation intégrale des rapports humains, la confusion entre ce que nous pouvons croire, espérer, aimer et ce que nous sommes tenus de faire ou de ne pas faire, de dire ou de ne pas dire, marque non seulement la crise du droit et des Etats, mais aussi et surtout celle de l’Église qui doit vivre et se penser proche de sa fin... Seul l'Enfer ne peut pas connaitre la fin et le désœuvrement, la fameuse inopération. (dimension infernale de l'économie qui se voit sans fin). Que l’Église ne brise pas son lien avec la Paroika au risque de se perdre dans le temps.
Eglise, renoue avec ta dimension messianique. Au moins pour survivre à la ruine qui menace tout gouvernement et institution. 

lundi 28 mars 2016

François Taillandier - Le cas Gentile

Sait-on à quoi tient l'équilibre intérieur des hommes ?

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Il est rare que je sente une telle paix après un roman. Paix qui me fait désigner ce roman comme une œuvre importante de notre modernité. (mais surtout pour moi avant tout...)
Nous suivons la crise existentielle d'un pompier italien. Il s'appelle Gentile, nous ne saurons jamais son prénom. Il vient de détruire à coup de barre de fer des panneaux publicitaires dans la gare de sa ville représentant des scènes de flirt entre un homme et une femme pour des habits ou du parfum. Il est mis à pied avec beaucoup de délicatesse par les pompiers qui souhaitent l'aider et craignent la contagion. Oui, même les pompiers vivent de plus en plus l'ultra moderne solitude.
Mais un an plus tôt, il fut connu pour un autre évènement. C'est lui qui sauva la Santissima Tela. Relique d'un tissu ayant pu couvrir le Christ mort et objet mystérieux (tout comme cet incendie qui faillit le détruire.)

Un désespoir moderne

Nous suivons ce pompier divorcé, dans sa solitude de mise à pied. Nous suivons aussi les trois personnes qui sont amenées à s'intéresser à son cas. Un prêtre, une journaliste et un syndicaliste.
Nous le suivons aussi par le regard de ces trois personnes qui s'intéressent vraiment à lui.
Nous suivons ces pensées ou son ruminement, son malaise, son tâtonnement. Il n'y arrive pas, à mettre des mots sur ce qu'il vit, sur ses fuites, sur son malheur, ses mauvaises rencontres féminines. Son désespoir.
Je désexiste. Je disparais, je suis rien. Je suis une boussole démagnétisé, je ne suis pas ce que les autres attendaient de moi. Les rivaux sont partout et me montrent ma défaite. Les femmes montrent que je ne suis pas ce que je devrais être. Je ne peux plus leur parler. Je ne suis plus présent. Je ne suis plus à la hauteur. Les photos m’agressent.
Afficher l'image d'origineNotre pompier vit une grave crise identitaire et de reconnaissance. Ses dernières expériences lui font entrevoir le vide de sa vie, la déprime, le manque absolue de lui dans toutes ses relations, ses idées et actions.
L'homme est une atlante, membre d'un ordre qu'il ne comprend plus et où il se sent d'autant plus inutile, qu'il conçoit cet ordre comme une comédie où il a tout à perdre. Sacrifice méprisé, personne ne l'attendait et il avait existé par hasard.

Que pensent les trois personnes le suivant avec attention ? La femme qui voit la crise de l'homme et qui se demande comment revivre en paix avec l'autre sexe, le syndicaliste qui voit la crise de la communauté et du travail et le prêtre, médiateur et homme de prière.
L'écrivain nous montre aussi un chemin de la contagion de la crise. Le couple, la communauté de travail et la communauté de prière. Tout est en crise. Et ceux là, non indifférents, sont au chevet de l'homme.


Une conversion moderne.
 Pourtant notre Gentile se réveillera de sa chambre d’hôpital, il ira sur les collines environnant la ville. Il pense à son malheur et change de regard sur lui. Son malheur était celui d'un monstre, sa tristesse un malentendu sur lui-même et ses désirs. Il voulait être tout. Tout son malheur résidait à l'incompatibilité de son désir d'absolu de lui-même et la réalité. 
Néro (personnage de méchant cruel d'une mauvaise bande dessinée) était son compagnon, le démoralisateur, l'accusateur, le complice de son désir de toute puissance, le modèle inatteignable. Modèle des désirs que l'on ne discute plus. Il habitue "les consciences à l'incertitude, à l'instabilité, à l'impermanence de tout, au caractère aléatoire des changements, à la dissociation de l'apparence et du sens, afin que vacille le moral de l'humanité."

Cette remise en cause est l'opportunité d'une reprise de liberté, de décision, d'éveil, d'admiration, de simplicité.

Parallèlement le prêtre qui suit Gentile a ses mots: La messe annonce une identité : vous êtes enfants de Dieu.

La conversion de Gentile (qui est probablement la conversion de l'auteur ou celle que vit l'auteur quand il écrit le livre :  voir cet interview : En effet, les préoccupations spirituelles traversent mes romans de différentes façons… Je pense d’ailleurs que Le cas Gentile est le roman d’une conversion, de ma (re)conversion – et je ne le savais pas quand je l’écrivais.), la conversion de Gentile, donc, est la conversion possible de l'homme moderne qui une fois qu'il est pris sur le chemin d'une modernité qui est destruction d'ordre malgré elle, ne peut plus attendre d'autre justification que celle du Seigneur. Justification non pas lourde et méchante comme le monde aime mais discrète et miséricordieuse comme l'est la représentation de la Santissima Tela.
Je suis une question comme l'est cette toile et comme Jésus se demande à ses disciples. "Et pour vous qui suis je ?"

Le chemin du Gentile est aussi le chemin du Christ, Un chemin de croix qui mène vers une résurrection. La rencontre du Christ par ce saint voile va produire ce chemin qui est celui de notre époque. Un chemin de croix qui appelle sa résurrection. Crise et résurrection.


Un livre et une prière pour notre temps  

Je suis marqué par cette affirmation de René Girard : Il existe un canon des chefs d’œuvre comme il existe un canon biblique.
J'aimerais expliquer pourquoi ce livre humble et court fait partie de ce canon. 

Le canon qu'évoquait Girard parle de ces romans qui révèle la dimension mimétique de l'homme et des sociétés. Ces livres témoignent aussi de l'époque en ceci où elle à maille à partir avec cette propre révélation. Nous sommes loin de Don Quichotte, nous sommes plus près de Dostoievski mais Taillandier tente de témoigner de l'époque suivante, de la crise interne de l'individu, du mouvement où la médiation interne rivalitaire s'inscrit désormais au tréfonds de l'homme. Elle est au niveau du tous contre tous, réfugié en nous même.
Le salut ne peut que se retrouver en celui qui a provoqué la remise en cause profonde de l'homme.

L'appel de la vérité se fait tragique en chaque homme et société. 
Le mal est comme un sucre qui se diffuse dans un verre d'eau.

Et au milieu partout dans le roman, l'image du saint suaire est présente. Ce livre en fait une méditation profonde, lieu de la rencontre entre Divin et humain. A rebrousse poil de toutes les représentations mensongères, idolâtriques et "neronienne" de l'homme.  
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Replongeons dans ce voile, dans cette question, et imitons le. Il est allé au bout de la crise et nous conduit vers la résurrection.
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Avant le récit de la conversion de Gentile, nous entendons le prêtre dire une prière devant l'image. Cette prière est la notre :
Seigneur, murmura-t-il, fais que ton serviteur Gentile, retrouve le chemin qu'il a perdu. Fais que cette femme sache l'aimer, car c'est, je crois, ce qu'elle désire. Donne leur la paix en ce monde, et conduis les vers ta lumière. Toi seul connais, derrière tes yeux clos, l'autre versant de cette existence. Mais un jour, viendra la résurrection de la chair, et tu nous rendras ton regard. Alors, comme l'a dit Jean, ton apôtre, le livre de la vie sera ouvert, nous saurons qui nous sommes et ce que nous vivons. Nous espérons ce jour, Seigneur, nous attendons qu'il vienne. Ainsi soit-il, au nom du Père, du Fils et du saint Esprit !"
 
Amen....


plus bas, un long recueil de citations....
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mardi 9 février 2016

Un peu de sexe avec Fabrice Hadjadj

Voici une nouvelle conférence de Fabrice Hadjadj, tentons de parler de différence de sexes d'un point de vue aussi bien de croyant que de profane. Cette conférence a été tenu lors d'une conférence de carême passée. Cela tombe bien, cette année il commence demain. Qu'il vous soit bon.

 



Mâle et femmes à son image



Il y a deux tentations. La tentation de la chair et la tentation du mépris de la chair. Chair sans esprit, esprit sans chair.


Introduction, Le charnel nous parait loin de l'esprit. 
Il ne faudrait pas en parler en temps de Carême ? Non, parlons-en ! Hadjadj voit deux raisons.

1 Nous acquiesçons au bavardage actuel. Le monde moderne se croit libérateur de la sexualité alors qu'il est anti-sexuel. Il appelle sexe ce qui est sa dégradation consumériste, non plus acte engageant toute la personne. Il peut séparer les sexes, le corps et l'âme, et être séparé de toute question d'engendrement.
Acte de jouissance consommateur avec sentiments publicitaires. Éclatement contre recueillement, divertissement mais non rencontre. Signe d'angoisse et de désorientation. Perte d'espérance. Pourquoi s'ouvrir à la vie ?...

2 Mauvaise conception du carême.
Carême est aussi pour développer la maîtrise de soi, mais cela peut seulement agrémenter son estime de soi ou pour son orgueil.
Il existe aussi une mortification moderne, régime, exercice, soirées, discipline de winner.
Mais au final pourquoi cette mortification ?
Dans la foi, c'est pour recevoir la vie en abondance. L'essentiel est dans le retour à la mort et à la résurrection. Pénitence dans la peine mais dans le repentir.
Si carême est retour à l'origine, il est convenable de parler de sexualité.



Être à l'image de Dieu se rapporte à l'union de l'homme et de la femme 

Il lit le texte de la genèse: humour et code génétique.

 Le second récit de la Genèse joue avec les singuliers et les pluriels du nom de Dieu et des hommes, signe de la Trinité.  L'homme trouve son unité seulement dans la communion. Ambivalence, parallèle grammatical, humain et image de Dieu, unité dans la pluralité, d'autant plus singulier qu'il rentre dans une communion.

Hadjadj signale le paradoxe suivant : Ce qui nous est invitation à dominer les bêtes est pourtant ce qui nous rattache à eux, c'est à dire être "mâle" et "femelle". Les chrétiens ne prêchent pas un dualisme mais incarnation et Paul ne cesse de nous inviter à nous méfier de la débauche et du puritanisme (corps, temple de l'Esprit), ne jamais séparer la chair et l'esprit. 

L'homme est à l'image de Dieu par sa sexuation. Pour défendre cette thèse, Hadjadj va partir des points ci dessus pour ensuite noter quelques préambules pour ensuite attaquer le vif du sujet.

1 La sexualité humaine est sexualité consciente de la mort.
Pas de réflexe. Il y a une sexualité humaine. Je ne suis pas une esprit qui pilote un corps humain. Ce n'est pas une sexualité animale à diriger vers la raison. Il y a une sexualité humaine contre la sexualité animales.
Engagement sexuel est engagement de personne et non déterminisme bestial dont devrait s'excuser notre âme.

2 Sexualité religieuse en elle même
Le rite remplace le rut
Dans toute société traditionnelle, la sexualité n'a rien de brutale, elle est ritualisé, on s'unit aux esprit, grand prêtre, grands rituels. Cela est vrai aussi pour notre époque.
Mais le seul rituel restant est la consommation. La sexualité est devenu acte consumériste.
Nous ne voulons pas la survie. 
La chair a besoin d'arche, besoin de l'espérance, pour s'épanouir. Pour quoi sinon? Aujourd'hui, nous ne voulons que la survie, que chaque être soit pour la félicité.
Pourtant ne plus voir l'arche d'alliance est aller vers la logique castratrice. C'est la  logique de la libération sexuelle qui est castratrice. Réduire la vie sexuelle à un acte de divertissement est le signe d'une fuite devant le désespoir.
Les parents, homme et femme, sont les témoins de l'espérance, de l'anticipation de la vie céleste.
Jésus est la pour accomplir cette arche. Pas en exemple mais en manière de finalité. Époux de toutes les âmes, dans l'arche de son corps, il permet la sexualité de s'accomplir. Malgré le déluge, on peut aller au delà du superficiel, joie et donner à la vie qui va vers la gloire de la résurrection.

3 Une relation non utilitaire
Comment penser la domination de l'homme sur la nature
Pas avec puissance. Faire sentir sa puissance est signe de la faiblesse.

L'homme bâtit une arche pour la nature et cela se retrouve dans la relation homme femme. il domine car il s’élève à l'ordre de la grâce, contemplation et compassion.
Sanctification du shabbat? Si homme et femme ressemblent à Dieu c'est que leur relation n'est pas seulement utile. C'est du travail mais aussi du sabbat. Amour de l'autre pour lui-même. L'un contemple l'autre et rend grâce au créateur. (Tous les arts s'enracinent de l'émerveillement devant la femme.) Adam à l'image de Dieu par son intériorité de relation pour la donation et l'hospitalité (arche)




et donc  enfin

Mâle et femelle sont les différences exemplaires car elles sont d'abord des noms de relations.
Le masculin est féminin parce qu'il est tourné vers le féminin et inversement.
Toute tentative de refus pour lui de s'identifier par rapport à la relation à la femme conduit à l’efféminement ou au machisme. Inversement, le féminisme devient machisme intériorisé avec des êtres en concurrence au lieu de les voir en relation.
Virilité : pas la bière mais bâtir une arche pour une femme.
Féminité, pas les cosmétiques mais ménager demeure pour un homme.
Ces noms de relation convergent vers la parentalité (charnelle ou spirituelle)
Jeux entre les deux premiers récits de la Genèse. Contradiction qui n'en sont pas. La lettre ne tue pas.
L'homme cherche à s'accomplir dans les relations. Il voit les animaux, il les nomme avant tout (vocation poétique). Mais il cherche une aide.

L'altérité ?
Dieu fut potier pour l'homme, bâtisseur pour la femme. Il ne nomme pas la femme, il chante une louange. C'est ma propre chair... Le femme le conduit hors de lui-même. Rien ne vaut le corps féminin en terme de construction. Elle est un coup d’arrêt à sa volonté de puissance. C'est la différence radicale, création de la femme, n'est pas clonage, mais avènement de ce qui est plus proche et le plus loin.
Invitation à aventure inédite. (amour de Dieu, du prochain et de soi deviennent indissociable)

Rien d’idyllique, aventure qui est un drame. Itinéraire vers Dieu. (Quitter, s'attacher, devenir un)
Croix, arche divin.

Conclusion
La sexualité humaine ne veut pas que le plaisir sensuel isolé égoïste mais veut la joie de la communion et de la fécondité dans l'espérance. Pour ces deux êtres blessés par la mort et le péché, elle exige que nous communions par nos plaisirs mais aussi dans nos angoisses, nos faiblesses, notre nullité. Or une telle communion n'advient en plénitude qu'a travers la croix de l'amour avec orgueil mis à mort, accueil de l'autre en tant qu'autre, qui est de lui pardonner et de se laisser pardonner pour entrer dans une vie qui surpasse tous nos projets


La morale sexuelle chrétienne est mystique. Elle barre des impasses pour ouvrir un chemin inimaginable à travers les eaux.

C'est la prétendue libération sexuelle qui est répressive avec ses mots restrictifs et frileux. Sexe comme un programme ou chacun jouit à part.
La sexualité n'exige pas de préserver mais de se donner
Ne nous enfermons pas dans un planning mais ouvrons à l’événement de la vie
L’Église n'impose rien, elle ne fait que révéler l'ordre de la réalité et donc la nature profonde la sexualité humaine.

lundi 1 février 2016

Arthur Rosman - Girard sur l'euthanasie

J'ai trouvé sur ce blog cette citation de René Girard. En voici une traduction de l'anglais.

L'expérience de la mort sera de plus en plus douloureuse, contrairement à ce que beaucoup de personnes croient. L'euthanasie qui vient la rendra toujours plus douloureuse parce qu'elle mettra l'accent sur la décision personnelle d'une manière qui était bienheureusement étrangère à tous les problème de "l'acte de mourir" dans les anciens temps. Cela rendra la mort de plus en plus subjectivement intolérable pour des gens qui se sentiront responsable de leur propre mort et moralement obligé de débarrasser leur proches de leur présences indésirées. L'euthanasie continuera à intensifier tous les problèmes que ses plaideurs pensent résoudre.

Avec ambition, le blogueur américain, Artur Rosman propose un lien entre les avocats de l'euthanasie et les protestants.
Les deux proposent des solutions énergiques pleines de bonne volonté qui ont pour fin des conséquences inattendues. Or, les solutions créent plus de problèmes que les problèmes qu'ils souhaitaient résoudre.

Tout se base sur un système "technocratique", comme dirait Hadjadj : critique, résolution de problème. Cet état d'esprit ne peut être renier mais il nous communique l'idée d'une vie qui n'est plus don mais auto-critique
Pour sortir du cercle vicieux, Rosman nous invite à laisser la vie couler, y être ouvert de telle manière que nous rendons grâce à la source. 
Cela sonne niais à la première écoute... Non ?
Cette ouverture n'est-elle pas impossible ? Comment ne pas nous imaginer comme Luther face au désordre de l’Église de son temps ? Comment penser qu'on ne craquera pas face à la douleur d'un cancer incurable ?
Avec Milosz, Rosman, nous invite à voir combien nous dépendons de la grâce inattendue.

Celle-ci n'est elle pas sous forme de croix, signe du paradoxe d'un Dieu mort ? La solution est en elle-même ce qui n'a pas de solution, qui est pure paradoxe. 
C'est ce que je comprends et ce que je partage avec cette note. A l'intérieur même de la vie chrétienne, il y a cette intuition folle et dénigrée que nos problèmes ne sont pas appelés à être résolu, "achieved", "géré" avec esprit critique mais à être transfiguré.
Comme si le chemin retour du péché originel s'appelait simplicité mais qu'il ne nous serait donné de le connaitre qu'à travers notre complexité et donc nos blessures.

vendredi 15 janvier 2016

Le Diable probalement - Robert Bresson

Le film passait il y a peu au Champo. Ma curiosité pour cet auteur est né aussi d'une présentation de Jérôme Thélot sur l’œuvre de Bresson, et d'un ciné club organisé par L'ARM.
Dans son élocution, Thélot s'arrêtait particulièrement sur la voix blanche que demandait Bresson à ses acteurs. (et que nous retrouvons dans ce film) Bresson prenait comme acteurs des anonymes qui le demeuraient. Il leur demandait de ne pas être acteur mais d'être modèle.

C'est le premier étonnement quand nous découvrons le film. Les acteurs parlent d'une manière qui expriment peu d'émotion. Souci d'authenticité et souci de refuser d'inspirer des émotions. C'est un refus de faire sonner au spectateur les cloches du mimétisme sentimental. Le spectateur éminemment respecté peut être décontenancé. Il reste avec les faits et des acteurs, notes d'une symphonie.

Quels faits ? Formellement il faut signaler deux autres choses.
Une narration pas commode. Il y a des trous, des parties non clarifiés, des détails trop observés. Ce n'est pas linéaire et pourtant très claire. Il y a ici un rapport avec l'art moderne abstrait et paradoxalement avec le travail d’icône. le montage est relativement rapide.
Le plan. Comme la voix est respectueuse du spectateur et de l'acteur, le plan est subtil, construit, il accueille des réalités, les acteurs voyagent dans le plan, nous voyons les jambes, les silhouettes, ils arrivent, ils partent. Des morceaux d'acteur. Non, des acteurs qui participent à l'élaboration d'un travail cinématographique.
Oui, tout surprend.

Mais quel est le sujet ?
Un jeune homme, Charles, est mort. Il s'est suicidé par deux balles de revolver au cimetière du Père Lachaise.
Nous repartons 6 mois en arrière et suivons son chemin vers la mort que nous connaissons déjà. 
Nous suivons son regard sur le monde, ses histoires d'amour, ses amitiés et son cheminement...

Son cheminement est un refus de l'anarchisme par refus d'une violence débridée, son observation du monde de l'industrie et de la pollution destructrice. Son départ de l'Eglise pour cause de débat stérile, son observation du monde du travail et du livre où tout est pornographie objective et morale. Il trouve un peu de refuge chez des chanteurs des rues au bord de la Seine où il trouve du réconfort et des méditations sur la mort. Il observe les tièdes et un monde où tout est pollution et sacrilège. 

Au départ nous le voyons s'engager avec Alberte, jeune et jolie fille avec qui il mène une passion. Alberte est poursuivie par un rival, homme tiède pour notre héros. Cette histoire d'amour ira à vau-l'eau malgré les bonnes volontés de Charles et le sens de la passion et du sacrifice d'Alberte.
Mimétisme et gâchis, tel est ce qui me fut proposé pour la vie sentimentale.
Parallèlement, Charles mène une vie de plus en plus en marge et commence à penser au suicide (balles dans Seine, fausse noyade dans la baignoire.). Ses amis se rendant compte, il l'invite à voir un psychologue. Il y voit l’âpreté aux gains, méconnaissance et conformité sociale. C'est même ce psy qui lui soufflera la manière de son suicide. L'esclave... comme dans l'empire romain.
Il se fera tuer par un camarade, Judas, drogué et pilleur d’église à qui il confie la tache de le tuer pour quelques billets. Le film se termine abruptement dans la nuit du cimetière où le tueur part comme une ombre.



Tout est noir. 
Le constat de Charles est terrible, la beauté est perdue, tout est bruit, destruction de la nature, des relations humaines des relations entre les sexes, tout est aspiration à la violence, à une domination qui n'est plus ordre bon mais exploitation. Charles, même, est prisonnier, ses amours ne peuvent vivre dans le mimétisme ou le gâchis d'une beauté qui ne sait plus à qui se donner, la responsabilité n'est pas atteinte,  la beauté est sacrifié, son suicide se révélera être de la logique même de ce pourquoi il se suicide, argent, esclavagisme moderne. Sa mort devient celle de sa génération. Un suicide assisté, un meurtre par suicide. 

A qui la faute ?
Voici la discussion qui donne le titre au film.
-Ce sont les masses qui régissent les évènements ; des forces obscures dont il est parfaitement impossible de connaître les lois. 
-Qui est-ce donc qui s'amuse à tourner l'humanité en dérision ? Oui, qui est-ce qui nous manœuvre en douce ?
 -Le diable probablement.


Ce film donne un drôle de sensation, un émerveillement face aux beautés de la création, à la beauté des personnes et des plans sur la brutalité de la destruction présente dans le monde. Le Christ semble absent ou pris par un pouvoir de destruction plus fort que lui, la croix ne semble plus sauver. Cela donne un ton désespérant à ce film. N'est ce pas proclamer une victoire indue ?
On peut aussi se moquer du film ou en être indifférent, je ne crois pas que ce soit malin.
Ne faut il pas nommer l'ennemi ?


A noter
Oui, je l'avais vu adolescent, sans le savoir...
le bébé phoque
Edwige et Alberte, beautés menacées.
Les bouteilles de coca
Le dialogue avec le psy
Monteverdi dans l’Eglise. Les disciples dorment...
Le bruit des voitures qui empêchent d'écouter certaines conversations.
Le baiser d'Alberte et de Michel, ombre idyllique sur fond d'embouteillage
La scène d'espoir au bord du fleuve
La discussion sur le nucléaire
L'enfer des rencontres anarchiques
Les papiers pornographiques dans les églises.
Michel qui achète de la drogue pour son futur tueur
Le cours de mathématiques rapide sur les quais du vert galant.
Deux liens qui m'ont inspirés. Ici , et encore
Cette citation de Xavier Tillette.
Xavier Tilliette : "Robert Bresson, le plus original peut-être de cette liste, fait appel à des non-professionnels inexpérimentés. Dessinant leur jeu avec une rigueur presque abstraite, il encourt le risque de les traiter en objets, afin de les modeler et de les disposer dans une construction dont ils sont les éléments principaux. Ils sont des figurants, au même titre que la lumière, le décor, les sons et les choses. Leurs physionomies s'inscrivent comme des valeurs dans la succession des plans, dans la synthèse constituée par le montage. Ce n'est pas leur talent, leur brio qui compte, c'est l'expression du visage, celle-ci, d'ailleurs, procédant de la liaison des images. Le réalisateur oblige ses portraits d'inconnus à avouer. Mais ce que l'on gagne ainsi en dépaysement en en mystère a pour limite le degré d'intensité des révélateurs."
(Cadrages sur Antonioni, Etudes n°7-8, juillet 1961)

vendredi 1 janvier 2016

René Girard sur le malentendu anti-religieux moderne

Belle année 2016 à vous.
J'ai retrouvé cette citation en re-parcourant "Achever Clausewitz" de René Girard. Elle me semble parfaite pour illustrer certains débats sur le religieux et surtout l'esprit du temps : 

La religion chrétienne montre le caractère central du religieux dans la genèse de la culture. C'est le christianisme qui est la vraie démystification du religieux, parce qu'il dénonce l'erreur sur laquelle le religieux archaïque est fondé : l'efficacité du bouc-émissaire divinisé. La Révélation prive les hommes du religieux, et c'est cette privation qui se manifeste autour de nous de plus en plus, dans l'illusion naïve d'en avoir fini avec lui. Ceux qui croient en cette défaite du religieux le voient aujourd'hui réapparaître en tant que produit de leur démystification même : mais un produit souillé, démonétisé, affolé par la révélation dont il a été l'objet. C'est cette perte du sacrificiel, seul système à même de contenir la violence, qui ramène cette violence parmi nous. L'anti-religion actuelle cumule une telle masse d'erreur et de non-sens au sujet du religieux, qu'on peut à peine en faire la satire. Elle sert la cause qu'elle croit desservir, et défend secrètement l'erreur qu'elle croit détruire, affolant le religieux sans parvenir à le maîtriser. En cherchant à démystifier le sacrificiel, la démystification actuelle fait donc beaucoup moins bien le travail du christianisme qu'elle croit attaquer, car elle le confond toujours plus avec le religieux archaïque.
Achever Clausewitz p334


Comme le dit René, il n'y a plus de quoi rire. Nous nous trompons grotesquement. Nous sommes plus chrétien que nous le croyons et pas autant qu'il le faudrait. Cet entre-deux crée notre malheur et notre folie.
Que faire ?


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dimanche 6 décembre 2015

Alix et Charlotte entre déboussolement et recherche de la réalité

Olivier Rey - Après la Chute

Père Thierry-Dominique Humbrecht - Charlotte ou le pont des Arts.

J'ai dévoré deux romans, dernièrement, ils ont quelques points communs. L'un suit une femme, le second porte un prénom féminin comme titre et en fait un synonyme de la grâce. Malgré leurs grandes différences, ils approchent du thème de l'individu mais en le prenant par un sens opposé tout en se retrouvant à la conclusion, il me semble. Que cette note vous soit une invitation àles lire.


Le premier (Après la chute, d'Olivier Rey) suit une jeune femme prénommée Alix durant presque deux ans. Nous la voyons relire son journal intime de ses 16ans et la voyons vivre la vie d'une jeune femme, thésarde en histoire (les ducs d'Orléans au 15eme siècle...), membre de la classe moyenne bourgeoise, vivant en concubinage avec un beau et brillant centralien. Nous suivons à travers elle et son monologue, ses tristesses, ses lucidités. Olivier Rey témoigne d'une réalité qui se fissure devant nous, ou comment une jeune fille lutte avec les illusions et la fragilité du socle sur lequel est bâti sa perception du monde. Tout est fragile.
Elle tombe en dépression, sa thèse est inutile, son couple perd son sens, elle est possédée par le frère jumeau disparu de son compagnon, sa famille lui devient anodine, la sexualité idiote. Cela n'est pas crié, cela est montré calmement, elle ne s'en rend pas compte à proprement parlé...
Le livre devient une plongé dans un labyrinthe où il n'y aurait pas de centre... La quête d'Alix frôle une folie où nous sommes embarqués malgré nous, partagés que nous sommes entre le bien fondé de sa remise en cause que par la fragilité de sa méthode.
Le livre nous emmène au bord de la folie. Une folie douce qui rencontre consolation et empathie dans son entourage mais où ne voyons pas de sortie.
Si ce n'est le questionnement sur un monde moderne qui ne sait pas lui, non plus, où il nous conduit. L'auteur nous montre une voie en nous faisant suivre Alix. Elle va jusqu'au bout de son malheur, des contradictions qu'elle avoue et jusqu'au bout du mystère des frères ennemis, elle relit la chute de sa biographie pour comprendre les malheurs du monde, elle tâtonne, se trompe mais a raison... Il faut revenir par une compréhension intime du péché originel pour comprendre notre monde moderne, le supporter et l'aimer... ou pas...


Le second livre est très différent. Si après la chute est un roman moderne concentré sur une personne, le second est un roman chorale qui fait penser à une petite comédie humaine, tout est foisonnant, nous suivons des personnages divers représentant une société intellectuelle, artistique et médiatique parisienne.
Mais au cœur du livre se trouve la relation entre Julien Royaumont et Charlotte Andilly. Ils sont tous les deux étudiants en lettres - philosophie, brillants, biens de leur personne, catholiques mais non ostentatoire. Remplis d'ami brillants eux aussi, de parents prévenants, de sœurs adorables et piquantes ou artistes. Ils ont 22 ans et leur arrive l'age des décisions, des préférences.
Le livre commence par une très belle déclaration d'amour de Julien à Charlotte sur le pont des arts. Elle prend un peu de distance.  Tout le roman sera rythmé par les aventures des deux héros pour se reconnaître, affronter leur environnement, développer leurs talents et surtout être de bons élèves (blessés et humbles ) dans l'art d'aimer et d'être aimé.
Il faudrait parler de Fiacre Johanne, brillant journaliste qui réalisera une percée médiatique, d'un éditeur subtil, d'un académicien brillant, charmeur et vain, d'un ministre ridicule et cynique, des deux directeurs de la publication des deux plus grands journaux français. Nous rencontrerons un couple de vieux universitaires gauchistes français, un chef d'orchestre autrichien. Nous reprenons un grand plaisir à retrouver chacun des personnages à les voir échanger, discuter sur l'art du roman, celui la même qui se déroule sous nos yeux. De discuter de la philosophie contemporaine, de l'amour, des relations humaines, blaguer, badiner, se tromper, se frotter, s'émerveiller.
J'ai lu ce livre avec bonheur. Il se dévore, tous les personnages sont (presque) sauvable. Les discussions, même si elles ressemblent au dialogue que l'auteur peut avoir avec lui-même, sont superbes. Les situations parlent de la possibilité d'amitié véritable, de don, de travail d'amélioration, de pardon, d'amour possible. Qu'il est rare de voir une fiction où les personnages ont tous leur part positive, la travaillent, la questionnent, portent des fruits.
Le livre devient une grande et belle méditation sur l'art du roman (mise en abyme permanente...), l'art du verbe, de la musique, du théâtre, mais surtout de l'art d'aimer et d'être aimé. La sagesse du livre est étonnante, elle prend peut être une trop grande part dans les dialogues mais elle montre qu'elle est une quête, un combat, tous les personnages sont ambivalents. (sauf peut être Salomé et Absalom... figure symbolique de mal...). Ce livre propose aussi un cours philosophique incarné. 
Incarné ? oui, c'est le maître mot de la sagesse. Comme les personnages du roman cherchent leur incarnation de leur personnage qu'il créée, l'auteur du livre tente de créer des personnages incarnées tout comme il nous invite à trouver notre propre incarnation comme celui qui fut lui même le Verbe incarné. 
C'est aussi pour cela que les grands moments du livres se trouvent sur le pont des Arts où médite l'auteur. Notre société ne nous permet plus de reconnaître le reflet de la réalité... Retrouvons la réalité. N'avais je pas le cœur brulant après avoir dévoré ce livre ?


Comme Alix, comme Charlotte, retrouvons notre incarnation.

jeudi 5 novembre 2015

Décès de René Girard 25 Décembre 1923 - 4 Novembre 2015

Que faire ? Que dire ? 
Il y a ce très bel article de Cynthia Heaven.
Je serais plus subjectif, un blog sert aussi à cela.
Vous savez probablement combien cet homme m'a marqué, combien sa pensée m'accompagne tous les jours et combien il m'a permis de rencontrer le Christ de manière plus forte, plus radicale.

Sa pensée a été pour moi comme la pilule de Matrix, celle qui nous fait découvrir la réalité. Une réalité plus rugueuse, plus violente, terrifiante par bien des cotés, tranchante comme le sabre dont parle le Christ.
Mais aussi exaltante, plus profonde, plus joyeuse. D'une instabilité folle où le Christ serait le point de Salut. 

Je crois que sa pensée nous oriente vers l'adoration, l'eucharistie et une perception charnelle de la résurrection qui ne devient plus une théorie fumeuse mais une expérience bouleversante, belle à en pleurer de gratitude tout le reste de notre vie.

Oui, penseur mais surtout il tenta de partager son expérience mystique et de la partager au plus grand nombre.

J'ai lu "les frères Karamazov" de Dostoievski avant de découvrir René Girard. Je me souviens à quel point le livre me brulait à la dernière page. C'est ce feu que je retrouvais régulièrement à la lecture de René Girard. Ce feu auquel je souhaite rester fidèle.

C'est aussi à la fin de Mensonge romantique et vérité romanesque que nous retrouvons ces dernières lignes des Frères Karamazov.

-Karamazov, s'écria Kolia, est ce vrai ce que dit la religion, que nous ressusciterons d'entre les morts, que nous nous reverrons les uns les autres, et tous, et Ilioucha ?
-Oui, c'est vrai, nous ressusciterons, nous nous reverrons, nous nous raconterons joyeusement ce qui s'est passé.

Prions pour René Girard et Prions avec lui. 
n'est il pas un Saint ?