Traduction cinématographique d’une
pièce de théâtre de Kleist, nous devrions être en plein romantisme allemand
débridé et fol… Et nous avons ici, une ode à l’humilité, à la grâce, à la
mesure, à la vertu pour nos corps aux esprits bouillonnant… Le romantisme allemand comme ouverture à la lumière naturelle…
Pourquoi tant de beautés, de retenus, de plans fantastiques, une langue qui
vibre encore et encore en nous…
Les situations que vit la marquise
d’O… sont terribles. Un siège, un viol inconnu d'elle-même et découvert par une grossesse improbable, les pleurs d’une mère, la
honte de sa famille, l’amour du Graf, la découverte incongrue de sa
grossesse. L’isolement, les jeux de sa mère, le pardon et la contrition d’un
père. La découverte du graf, l’inflexibilité et l’acceptation de la réalité
dans la joie et l’amour. Tout est trop beau.
Chaque minute est pesée, chaque plan
est dessinée (inspiration évidente de tableaux du 19eme siècle romantique).
Chaque émotion est vécue, chaque personnage a un sens. Le 19eme siècle débutant est sous nos yeux. Nous le touchons. La guerre en dentelle, la
politesse prussienne, les coupes de cheveux, la recherche de vertu. Même la rencontre
avec des personnalités moins gracieuses sont remplis de merveilles de malice et d'humour (Le docteur
et la sage femme). Rohmer nous fait découvrir que les soucis vertueux des
personnages n’est pas une posture mais notre chair qui parle. Rohmer nous
convertit au romantisme allemand nous le rendant tres charnel, donne un sens à chaque seconde, son amour de
la langue et de la culture allemande s’épanouit. Nous voulons être comme le
graf, nous voulons rencontrer les parents de la marquise. Emouvants et
amusants. Nous voulons rencontrer la marquise et être à la hauteur des qualités dont elle fait preuve… Mais je deviens fou… Revenons sur terre…
Je suis redevenu petit enfant face à
ce film. Sensible et aspirant aux hauteurs. J’ai ri de la froideur gênée de la
famille. Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer face à la découverte de
la grossesse. Je me suis émerveillé devant la sagesse de la sage femme. Face à
la culpabilité du graf, j’étais déchiré. J’étais joyeux quand il fallait
l’être. Le cinéma est définitivement liturgique…
Et dans tout cela ??? au
fait ? un sens ? J’en suis bien indigne… Mais la
question de la paternité se pose là ! La complexité humaine est
criante ! La femme est mise en question, notre désir masculin itou. La
famille est au cœur…La chasteté est célébrée, malgré tout.... L'incarnation est partout.
Le personnage du Graf est pour cela bien
mystérieux. Nous le voyons comme la marquise, comme un ange descendu des
cieux. Nous savons assez rapidement
qu’il a violé la marquise dans son sommeil. Nous savons qu’il a vécu une expérience de la résurrection où
la marquise tenait un rôle clé. Son amour pour la marquise est il spontané à
son retour ? devoir ou nature ? amour ou réalisation. Ce film a
encore tellement de mystère pour moi…
J’en retiens d’abord l’expérience
paradisiaque et tourmentée de sa vision.
Comment croire que l’auteur du roman s’est suicidé
à 35ans au bord du Wahnsee ? Le monde n’était il pas assez beau ?
A noter
Le graf est il russe ? Peu de
signe extérieur pour le croire.
Rohmer en général russe ????
Que tu es belle Marquise !
Le cocher.
Le coup de feu.
La rigueur morale de l’époque, est
elle une illusion d’optique ? Est elle juste ? Que faire vraiment en ce cas ?
Plans extérieur, plan intérieur,
d’où viennent ces lumières ?
Je vous propose aujourd'hui deux extraits de film. Je crois qu'ils s'approchent tous les deux avec honnêteté et fragilité sur le questionnement masculin à propos de la femme. Ils sont incroyablement proches par la nature de leur réflexion et incroyablement éloignés par la réponse du héros et probablement du réalisateur. Ici, Rohmer et Truffaut ne s'amusent pas seulement avec deux subjectivités nous sentons un engagement sur cette question si tendre qui englobe la beauté, le mariage, la fidélité et la différence sexuelle.
Le premier est un extrait du film de "L'homme qui aimait les femmes" de François Truffaut 1977
Le héros médite sur l'indispensabilité de la présence des femmes près de lui. Au moins de leur vision. Justement, nous les observons avec lui. Nous partageons son émerveillement, sa contemplation. ("rien n'est plus beau...") Il parle de notre désir de les connaitre toutes et même de les posséder toutes. Et puis, ne veulent elles pas la même chose que nous ? L'amour ! Mais de toutes les sortes, dit il. Eh, oui, nous ne sommes jamais d'accord sur ce mot, tout en concevant sa prédominance...
"Tout le monde veut l'amour, toutes sortes d'amour, l'amour physique et l'amour sentimental ou même simplement la tendresse désintéressée de quelqu'un qui a choisi quelqu'un d'autre pour la vie et ne regarde plus personne. Je n'en suis pas là, moi ! Je regarde tout le monde..."
Ensuite, le héros se plaint de la trêve hivernale où les robes disparaissent.
Il médite encore sur l'importance des femmes en comparant leurs jambes filant dans le monde entier aux compas créant l'harmonie du monde. Il termine en magnifiant les femmes inconnues car.... elles sont inconnues...
Ensuite, voici un extrait du film de 1972, L'amour l'après midi de Eric Rohmer.
Il n'existe aucune confirmation, mais je ne serais pas étonné de savoir que ce film a influencé le premier...
Notre héros commence à parler livre, lecture, il se rend compte qu'il a besoin d'une présence pour lire chez lui. (comparaison entre le livre et la femme, véritable rivalité ???) il commence alors à se poser la question, pourquoi elle ? Pourquoi ma femme ? Et pas une autre beauté ? Qu'est ce qui l'a dirigé vers elle. Après son mariage, il a commencé à trouver toutes les femmes belles. Chacune a son propre mystère. Nous sommes curieux de la vie de chacune que nous croisons.
Nous comprenons que cet homme vit une crise lancinante et discrète. Il n'a aucune envie de faire la coure aux filles mais "le mariage l'ennuie", il a envie de s'évader, la perspective du temps long l'assombrit.
Il voudrait une vie qu'avec des premiers amours qui ne seraient que durables.... impossibilité...
Face à la foule parisienne, il pense au monde des possibles, à ces femmes qu'il ne reverra plus, son regard posé sur elle qui comme un miroir les conforte et dont un accord tacite de leur part accorde cette discrète admiration.
Mais il ne s'éloigne pas de sa femme. "Ces beautés sont le prolongement de la beauté de sa femme, elle l'enrichissent tout en recevant un peu de la sienne. Leur beauté est le garant de la beauté du monde. En étreignant Hélène, j'étreint toutes les femmes du monde.
MAIS d'autres vie que la mienne se déroule parallèlement Quelle frustration d'être éloignée de ces vies, de ne pas avoir retenu chacune de ces femmes dans leur marche précipitée et je rêve que je les possède toutes effectivement."
A la fin de cet extrait, nous pouvons voir la rêverie de notre héros. Il rêve de la possibilité d'un monde où toutes les femmes succomberaient à ses avances. (sauf, si....) Alors que nous empêcherait il de tout goûter ? Il est amusant de voir que dans ces rêveries, toutes les femmes ont participé à un opus de la série des contes moraux dont le présent film est le dernier. Une manière notamment de filer la réflexion sur les relations hommes femmes au coeur de cette série de films.
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Beaucoup de points communs. Deux hommes méditant sur la foule de femmes surgissant devant eux. Leur désir fou de s'intéresser à chacune d'entre elles, de les regarder, de les contempler, de participer à leur vie, de les retenir, de communier avec elle, de les posséder. Oui. Si la rêverie de Rohmer montre le caractère absurde de ce désir de globalité (ainsi que le rôle de la fidélité dans la séduction), les deux extraits touchent incroyablement juste sur la passion masculine des femmes. Que vous êtes belles, je ne peux vivre sans vous et il faudrait s'arrêter devant chacune de vous et vous admirer et combien il me tarde de vivre et d'aimer parfaitement chacune de vous.
"Leur beauté est le garant de la beauté du monde"
"Les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens lui donnant son équilibre et son harmonie."
Ces deux phrases veulent dire la même chose. Femmes, je ne suis rien sans vous. Par votre beauté, vous êtes le vecteur du sens de ce monde. Vous êtes le signe de la transcendance.
Mais les deux extraits s'écartent ensuite mais se pose la même question. Comment goûter ce fruit ?
Truffaut semble répondre, goûtez les tous. Les grandes tiges comme les petites pommes. Elle veulent être adorées et dévorées. L'amour durable tendre et fidèle ? Il me fermerait de la vue des autres femmes....
Rohmer semble dire : C'est surtout marié que nous regardons toutes les femmes. Si cet extrait qui est l'introduction du film plante le sujet de l'ennui du mariage, des tentations des horizons innombrables, il donne aussi la réponse dans cette même introduction qui prend un tour contradictoire.
En étreignant ma femme, j'étreins toutes les femmes. En connaissant (bibliquement aussi...) ma femme et l'aimant, je participe à la communion à la beauté dont l'ensemble des femmes forment le portrait.
Regarder les femmes est un exercice bon et louable si l'on est marié (cela permet de mieux aimer sa femme) et si l'on ne l'est pas, il aiguise notre appétit pour aimer la femme que nous aurons élu et peu importe au final pourquoi nous l'aurons élu finalement puisque nous saurons goûter sa beauté et son humeur.
Il rejoint ici le discours de Hadjadj sur la raison. Le péché originel tel qu'il fut représenté chez Eve fut d'avoir goûter avant de contempler. il y a donc des regards qui goûtent avant d'admirer. Savoir voir la source avant de goûter le fruit. Source probablement d'une chasteté bien comprise et bonne. (Importance de la silhouette et du visage chez Rohmer, Truffaut s'arrêtant plus sur les détails. A noter l'importance "fétichiste" des jambes des femmes pour Truffaut, en y repensant on pourrait faire un catalogue infini de jambes de femmes dans ses films.)
Que faire alors de cette frustration de ne pouvoir toutes les embrasser ?
Comme Rohmer en se moquant de nos désirs de puissance...
Ou encore méditer l’élection de Dieu de son peuple, son amour pour celui-ci qui conduit enfin à la rentré de toute l'humanité dans cette élection. Méditer l'amour de Dieu, dans le cantique des cantiques, Méditer sa fidélité. Comprendre en quoi cette vertue est ce qui rend toute histoire une histoire sainte....
Pour la fin, quelques citations de Chesterton. Il résume tout cela très bien.
Tous les adorateurs de la volonté, de Nietzsche à M. Davidson, sont totalement dépourvus de volition. Ils ne peuvent vouloir, ils peuvent tout juste désirer. Et si l’on en veut une preuve, il est facile de la trouver. Elle se trouve notamment dans ce fait qu’ils parlent sans cesse de la volonté comme d’une expansion et d’une évasion. Or c’est tout le contraire. Tout acte de volonté est un acte d’autolimitation. Désirer l’action, c’est désirer la limitation. En ce sens, tout acte est un acte d’auto-abnégation. Dès qu’on choisit quelque chose, on rejette tout le reste. L’objection que des hommes de cet école avaient l’habitude de faire à l’acte de mariage est en réalité une objection à tous les actes. Tout acte est une sélection et une exclusion irrévocables. De même qu’en épousant une femme, on renonce à toutes les autres, de même en s’engageant dans la voie d’une action, on renonce à toutes les autres. Orthodoxie P64, ed. Climat
Etre fidèle à une femme est un faible prix à payer pour le prodige de voir une femme. Me plaindre de ne pouvoir me marier qu’une fois revenait à me plaindre de n’être né qu’une fois. C’était disproportionné avec l’effarante exaltation qu’on éprouvait à en parler. Cela témoignait non pas d’une sensibilité exagérée, mais d’une curieuse insensibilité envers le sexe. Un homme n’est qu’un idiot de ne pouvoir accéder à l’Eden par cinq portes à la fois. On est polygame faute d’épanouissement sexuel : C’est comme si l’on cueillait cinq poires par inadvertance. P92Orthodoxie ed. Climat
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Souvent femme varie et c'est là une de ses grandes qualités. Cela évite à l'homme d'avoir recours à la polygamie. Tant que vous aurez une femme, vous serez sûrs d'avoir tout un harem. - Gilbert Keith Chesterton
Quelques photos mais il y en aurait tant à mettre....
Si vous le permettez, passons un peu de temps avec Eric Rohmer.
Il y a des bonnes raisons de le mettre à distance, de le trouver étrange. Je crois que regarder du Rohmer demande une certaine conversion. Il nous invite à découvre une nouvelle voie méconnue du réel. Convertir notre regard et voir en quoi il propose un réel plus réel que notre propre regard quotidien.
On peut trouver artificiel son art du dialogue, mais n'est pas nous qui le sommes dans notre propre art quotidien du dialogue?
Quoi qu'il en soit, son oeuvre est d'une richesse folle. Entré dans son jeu, ses films sont pour moi maintenant des merveilles d'humour, de poésie et de recherche de réalité.
Je crois que c'est une bonne introduction à son cinéma. Se basant moins sur les intrigues, ce documentaire anglais d'une vingtaine de minutes, montre surtout un ensemble de plans variés anodins. Les gens marchent, réalisent leur parcours quotidien, partent en vacances, prennent un café, rencontrent par hasard des gens ou se retrouvent en rendez vous. L'auteur montre avec beaucoup d'élégance le plaisir de Rohmer à toucher cette réalité des gens. Il montre la cartographie Rohmerienne. Paris, un peu de province, la banlieue, les héros à travers le temps. Il développe la thèse que tous les films de Rohmer n'en font qu'un et où chaque personne représente un thème, une variation sur un thème plus globale qui serait la cartogaphie de la France à travers le temps, sa géographie. Cartographie ayant pour ambition la compréhension de l'homme et de la réalité. Je trouve cela très juste.
Surtout, ce documentaire m'a permis de mettre deux choses en exergue qui ne sont pas fondamentalement ce qui retient l'attention dans son cinéma.
Le gout du témoignage
Rohmer comprend le cinéma comme la possibilité de transmettre des informations sur l'histoire de la vie quotidienne des gens. Je me souviens d'un documentaire sur un bonus d'un DVD (le signe du lion) où Rohmer faisait l'éloge du cinéma des frères Lumière pour le don qu'il nous faisait de rendre proche nos aïeux de cette époque et nous aider à comprendre leur vie en voyant leur visage, leur maintien, leurs habits, leur mouvements. tout le cinéma de Rohmer est englobé dans cette perspective. la part qu'il laisse aux décors, à la vie qui se laisse vivre autour des personnages principaux est souvent magnifique et rend ces films encore plus agréables
Il témoigne enfin de l'histoire des relations. Car Rohmer a un talent fou pour montrer et faire saillir les points principaux d'une génération. Les années 50 (le signe du Lion), les années 60 (La collectionneuse, Ma nuit chez Maud), les années 70 (le genou de Claire, l'amour l'après-midi), les années 80 (tous le films de la série Comédies et proverbes), les années 90 (les contes des quatres saisons). A chaque fois, je suis impressionné par la capacité du cinéaste à résumer une génération.
On peut voir certaines faiblesses à partir des années 90, un décalage plus fort entre la représentation de Rohmer et le comportement de la génération en question. Je crois que Rohmer a été bien embêté face à la non expressivité de la toute nouvelle génération, sa limitation culturelle, ses loisirs et ses moyens d'expression (ou plus prosaïquement, qu'il ne les comprenait pas...) . Ce n'est donc pas pour moi un hasard qu'il s'est réfugié dans ses derniers films dans l'histoire de France (l'Anglaise et le Duc, triple agent) et les vieux romans champêtres français (Les amours d'Astrée et Céladon) ou bien faire de la cartographie par d'autres moyens...
Le gout de la géographie
Oui, Rohmer aime la géographie. Comment les hommes interagissent avec leur environnement selon leur travail, leur loisir, leur réseaux ? Si Paris a la part belle, c'est l'évolution de la France qui est questionné, le comportement des français. La beauté et l'idiotie des vacances (Le rayon vert, Pauline à la plage, conte d'été, les paysages de la campagne français (Conte d'automne), le nouveau monde du travail (l'amour l'après midi), les banlieues (la nuit de la pleine lune, l'amie de mon amie). Il existe même un film dont le sujet même est le mécanisme des évolutions géographiques. (L'arbre le maire et la médiathèque).
Complètement par hasard, j'ai trouvé ce film reportage réalisé par Rohmer dans les année 50 : Les métamorphoses du paysage.
Je le trouve extrêmement lyrique et même un peu brouillon (pas vous ?). Il médite sur la transformation géographique donné par la révolution industrielle et moderne. Il voit la laideur nouvelle mais il espère aussi une beauté nouvelle (en regrettant l'ancienne aussi...) à la fin du film, il met énormément d'espoir dans l'architecture moderniste et hygiénique à venir dans ces annnes (le hlm ???...)
Ce film confirme et indique une direction que prendra le cinéma de Rohmer.
Je pense particulièrement au film "L'amie de mon amie". (mais pas seulement, chacun de ses films est un exemple... et une méditation sur le sujet...) Ce film se passe (presque) entièrement à Cergy Pontoise. On peut voir en lui une certaine fascination de ce lieu, comme un petit paradis urbanistique où se regrouperait à merveille, logement, loisir, art, étude travail, nature et rencontres. Pour avoir bien connu Cergy, je me demande si Rohmer n'oublie pas un peu vite la dimension commerciale de cette ville étrange où je ne me suis jamais senti à l'aise. Ne retrouvons nous pas ce qu'appelle Bellanger sur la France moderniste qui n'a plus que la gestion du troupeau et la gouvernance en tête? (cf: note précédente)
Et après Rohmer ??
La suite ? Elle me fait penser au film "voie rapide" de Christophe Sahr sortie il y a peu. Le magazine Slate en a fait un article intéressant sur la manière qu'avait cet auteur de filmer ce que Télérama appelait la France moche, la france du périurbain. La France des centres commercialos-indistrielles. No mans land citado-campagnard.
(Le petit film préparé par le journal "le parisien" dans le lien est bien aussi.)
C'est une chose que Rohmer n'a pas pu tourner et qui pourtant est une dimension géographique nouvelle de la France
Il est intéressant de penser qu'aux dernières élections présidentielles françaises, jamais je n'avais entendu parler autant de géographie. En effet, Christophe Guilluy, par l'intermédiaire de son livre, "fractures françaises", a pu orienter le débat sur cette nouvelle identité géographique française.
Je recommande fortement la lecture du lien ci dessous. C'est de plus en plus nécessaire pour connaître la France d'aujourd'hui.
En quelques mots trop brefs et maladroits, je résume....
Mr Guilluy note tout simplement une profonde modification de la métropole française. Les anciens quartiers populaires et sociaux sont envahis par la bourgeoisie, pour des raisons souvent patrimoniales. L'ancienne classe populaire est coincée entre cette invasion bourgeoise et la nationalisation des bâtiments sociaux, le changement du quadrillage industriel et une arrivée massive d'immigration familiale. Elle part dans ces zone périurbaines. La ville ressemble de plus en plus au monde mondialisé. Les populations populaires sont remplacées dans les villes par une population immigrée. Les inégalités des villes se font de plus en plus fortes (question de la cohabitation de la jeunesse des deux groupes...) Les villes gèrent cette société de plus en plus inégalitaire "en substituant la question ethnoculturelle à la question sociale"
On comprend dans ce contexte l’attachement de plus en plus marqué des classes dominantes des pays développés à une diversité qui rend acceptables les inégalités en faisant disparaître toute concurrence. La lutte des classes pour l’égalité sociale laisse ainsi la place à un combat pour la diversité et à une légitimisation de l’inégalité.
La question sociale a été délocalisé dans le périurbain et en zone rurale, permettant de continuer les débats sociétaux sans être dérangé. De plus la ville devient un monde de déraciné où la mobilité est sacrée, il se crée une certaine dénationalisation qui explique que "les métropoles mondialisées sont les régions qui plébiscitent le plus la gouvernance européenne en attendant la gouvernance mondiale."
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Nous n'avons plus Rohmer mais la France vit de telles modifications à notre époque...
Qui pourraient nous en parler, nous les raconter ????
Et alors que la France de Rohmer permettait quantité de moments de grâce relationnel (et de folie bien sur...), quelles sont les relations que notre France nouvelle permet ?
Pour la bonne bouche, une note sur le blog (e)space et fiction, blog géographico-cinématographique sur le même sujet avec d'autres reportages de Rohmer sur la ville nouvelle.