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jeudi 12 mai 2016

Le discours de Ratisbonne et Achever Clausewitz

Je vous propose de relire le discours de Ratisbonne.
Certains disent que c'était une grave erreur de communication...
Lire ce discours ainsi est le voir par le petit bout de la lorgnette des actualités. René Girard nous invite à relire ce texte dans Achever Clausewitz. J'y vois un accord profond entre les deux hommes (que l'on pouvait voir déjà ici...). Cet accord rejoint aussi Girard dans son étude profonde du catholicisme et de la papauté qui suivra, je l'espère.


-relisons le discours de Ratisbonne
(interlude chestertonienne)
-Lisons la lecture de Girard de ce discours dans Achever Clausewitz.
-Insérons là dans l'étude de la papauté de Girard dans ce même livre (prochaine étape...)



A Souvenirs d'un professeur
Au départ, Benoit XVI évoque des souvenirs.
Il se souvient de l'interdisciplinarité universitaire et ce sens de l'universitas qui était "le sentiment que nous avions à assumer une responsabilité commune dans l'usage correcte de la raison."
Il se souvient de la présence des théologiens dans l'université, leur travail de montrer que la foi s'ordonnait à la raison commune.
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B Illustration de son sujet,
Manuel II paléologue discute avec un savant iranien en 1402.
 La foi peut elle être contrainte ?  (questionnement sur la violence de Mahomet.)
Manuel dit qu'il faut le logos pour propager la foi, que ne pas agir selon la raison contredit la nature de Dieu. Cela semble aller à l'encontre d'autres traditions comme certaines musulmanes où Dieu est tellement transcendants qu'il se joue de la raison humaine et de la parole humaine et au concept humain de vérité.

C L'Europe, lieu de rencontre de deux révélations.
Benoit XVI souhaite montrer l'accord entre la tradition philosophique grecque et la Bible, l'héritage grec purifié appartient à la foi chrétienne. C'est la rencontre nécessaire entre les questions grecques et la foi biblique. Cette rencontre (sans oublier Rome) n'est pas un hasard et le lieu créé en l'occasion pour cette rencontre s'appelle l'Europe.

Cette rencontre a été remise en cause au moyen-Age. Notamment par Duns Scott, l'altérité de Dieu est placée si haut que notre raison, notre sens du vrai et du bien ne sont plus de réels miroirs de Dieu. Certes, Dieu est infiniment grand mais cela ne supprime pas l'analogie. L'amour surpasse la connaissance mais son amour est celui du Dieu-logos.

D Benoit XVI souhaite présenter trois signes de la déshéllenisation

-La Réforme a réagi face au poids de la métaphysique sur la foi, il fallait retourner à l'origine. Kant utilise radicalement cette réaction. Il ancre la foi dans la raison pratique et lui dénie l'accès à la totalité de la réalité.

-La théologie libérale dont Theodor von Harnack est le représentant de la recherche et de la lecture historico-critique. Cette tradition invitait à aller directement à l'amour et au message moral afin de le rendre compatible  avec la raison moderne. Retirer Jésus de la philosophie et de la théologie (divinité du Christ, Trinité). On perçoit l'auto limitation de la raison radicalisée.

Cette conception moderne de la raison est l'alliance d'un cartésianisme (platonisme) et d'un empirisme. Utilisation de la logique interne de la matière alliée avec la fonctionnalité de la nature pour nos intérêts par l'expérience.
La scientificité est réduite à la certitude de l'expérience. Les sciences humaines sont rappelées à l'ordre, sa méthode exclut Dieu. Remettons en question ce rétrécissement.
Les questions de l'origine et de la fin, de la religion et de la morale deviennent non avenus ou au mieux subjectives (plus de formation collective) et l'homme est diminué en cela.  La situation est dangereuse pour lui et nous le constatons, cette situation crée des pathologies de la raison et de la religion ce qui est normal quand religion et morale sont exclus du champs de la raison.

-Troisième déshellenisation est l'inculturation. Faire croire aux autres cultures qu'elles peuvent faire abstraction de l'héritage grecque.
"Bien sur, il  a des couches dans le devenir de l’Église antique qui ne doivent pas entrer dans toutes les cultures. Mais les choix fondamentaux, qui concernent le lien de la foi avec la quête de la raison humaine, appartiennent à cette foi elle-même et sont adaptés à son développement."

E Conclusion
Il faut reconnaitre les grandeurs de la pensée moderne, nous en sommes reconnaissants. Il existe une éthique de la scientificité qui est obéissance à la vérité. Mais élargissons !
Ne nous limitons pas à ce qui est falsifiable. Réintégrons le questionnement de la foi et de la raison.
Cela est la nécessité si nous voulons redevenir capable de dialogue véritable entre culture et religions. Notre exclusion du divin hors de l'universalité de la raison est perçue comme mépris des autres  et une raison sourde au divin est inapte au dialogue.
Il faut revenir à la redécouverte des traditions religieuses comme sources de connaissance. Ne perdons pas le chemin de la vérité de l'être.
L'occident est menacé par le rejet des questions fondamentales
Ayons le courage d'élargir la raison tel est le programme d'une théologie responsable.
C'est dans ce grand logos évoqué par Manuel que nous invitons aussi nos partenaires au dialogue des cultures.

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Chesterton : Dans la première enquête du père Brown, celui-ci démasque un faux prêtre et informe brillamment la police qu'il est en danger. Comment a t il su ? Ce faux prêtre décrédibilisait la rationalité. "Très mauvais théologie" affirmait-il...
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Achever Clausewitz

Dans Achever Clausewitz, René Girard commente longuement le discours de Ratisbonne et lui laisse une place de choix, la toute fin de son dernier chapitre avant son épilogue. Il y voit une confirmation de ses thèses : refus du sacrifice et plaidoyer pour une approche rationnelle du religieux.
Il dit encore que le pape a alors dit ce que doit dire un pape : Après laa guerre de la raison contre la religion, succèderait celle de la religion contre la raison. Il rappelle les valeurs intangibles de l'Europe avant de partir en Turquie. Il confirme les conclusions du pape sur les pathologies  de la raison et de la foi à venir. Le rationalisme et le fidéisme se retrouvent en frères jumeaux.
Nous perdons le grec et donc dans une certaine manière la possibilité d'une théologie rationnelle.
Car au final c'est un religieux qui en affronte un autre.

Voila la guerre qui se profile : la raison théologique contre le rationalisme et le fidéisme ou autrement dit un irrationnel déchainé. La raison érigée en religion est un religieux dévoyé qui déclenche le religieux pathologique. Elle bloque à sa base toute discussion avec l'Islam. Pour éviter tout piège de réciprocité violente, les bases anthropologiques et théologiques sont essentielles dans nos fondations.
Il confirme l'unité grecque et hébraïque de l'origine du Christianisme et sur les ébranlement de la Réforme, de Kant, de la théologie libérale (limitation morale humanitaire et des tenants de la sortie de l'inculturation grecque.)

Invitation à un dialogue respectueux et ferme. Pas un rejet de l'Islam.
Le discours du pape est un bon exemple de la séparation des ordre (raison et foi) et la nécessité de les relier la grâce à une raison élargie.
Ni confondre, ni séparer mais comprendre ensemble.


mercredi 1 janvier 2014

l'adoration interdite - Pape François


« Adorer Dieu avec confiance et fidélité » : c’est le défi de la fin des temps, mis en lumière par le pape François lors de la messe qu’il a célébrée ce 28 novembre 2013, à Sainte-Marthe. 
Il a dénoncé une société où il est "interdit d'adorer".

Lisant le chapitre de Luc apocalyptique (le 21eme), le pape le comprend comme le risque de la profanation de la Foi, un monde où l'on pourrait croire que la foi a perdu, c'est l'interdiction de l'adoration ou dit autrement, le triomphe de l'idolatrie.

Le pape relie cet état de "désolation dans l'abomination" à la naïveté de vouloir garder toute foi dans le privée
« Les chrétiens qui souffrent dans des temps de persécution, des temps d’interdiction de l’adoration, sont une prophétie de ce qui arrivera à tous », a fait observer le pape."
N'ayons pas peur...
Mais qui j'adore ? Le Christ ou la mondanité ?

On peut faire un lien entre ce texte et cette video de René Girard ou encore cette interview. Le risque de notre temps est l’idolâtrie invisible car partout et ne nous permettant plus d'adorer en vérité. C'est une tendance lourde semble dire le Pape

jeudi 3 octobre 2013

Un peu de Lumen fidei...

Ci dessous un extrait de l'encyclique Lumen Fideilumière de la foi, écrite par Benoit XVI et François,  qui a tout à fait son sens sur ce blog cherchant à proposer un peu de lumière.

Il y a ici une comparaison entre foi et lumière : non matérielle, intouchable et pourtant lumière, chaleur, brûlure et réalité.
Otium, écoute, contemplation, relation, confiance, miséricorde, pardon, don de Dieu, transformation, mimétisme avec Jésus qui lui est comme son père. Apportant lumière sur le sens de la vie. Dilatation de l'existence, le Moi grandit autant qu'il laisse sa place au Christ. Le mimétisme du Christ est la vrai création de notre individualité, individualité non séparable de l'Eglise voulue par le Seigneur. Histoire de l'Eglise devient histoire du Salut. Tout devient lumineux. S'insurger contre la soi-disante affiliation entre l'Eglise et les ombres...
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extrait :
La foi est liée à l’écoute. La foi est la réponse à une Parole qui interpelle personnellement, à un Toi qui nous appelle par notre nom. La foi est une invitation à s’ouvrir à la source de la lumière. Croire signifie s’en remettre à un amour miséricordieux qui accueille toujours et pardonne, soutient et oriente l’existence. La foi consiste dans la disponibilité à se laisser transformer toujours de nouveau par l’appel de Dieu.  « Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu » (Ep 2, 8).  La nouvelle logique de la foi est centrée sur le Christ. La foi dans le Christ nous sauve parce que c’est en lui que la vie s’ouvre radicalement à un Amour qui nous précède et nous transforme de l’intérieur, qui agit en nous et avec nous. La foi sait que Dieu s’est fait tout proche de nous, que le Christ est un grand don qui nous a été fait, don qui nous transforme intérieurement, nous habite, et ainsi nous donne la lumière qui éclaire l’origine et la fin de la vie, tout l’espace de la marche de l’homme.

 Le croyant est transformé par l’Amour, auquel il s’est ouvert dans la foi, et dans son ouverture à cet Amour qui lui est offert, son existence se dilate au-delà de lui-même. Saint Paul peut affirmer : 
« Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20), et exhorter : « Que le Christ habite en vos coeurs par la foi ! » (Ep 3, 17). Dans la foi, le « moi » du croyant grandit pour être habité par un Autre, pour vivre dans un Autre, et ainsi sa vie s’élargit dans l’Amour. Là se situe l’action propre de l’Esprit Saint.
Le chrétien peut avoir les yeux de Jésus, ses sentiments, sa disposition filiale, parce qu’il est rendu participant à son Amour, qui est l’Esprit.  Hors de cette conformation dans l’Amour, hors de la présence de l’Esprit qui le répand dans nos cœurs,  il est impossible de confesser Jésus comme Seigneur.  La foi se fait alors opérante dans le chrétien à partir du don reçu, de l’Amour qui attire de l’intérieur vers le Christ, et rend participants de la marche de l’Église, pèlerine dans l’histoire vers son accomplissement. Pour celui qui, en ce monde, a été transformé, s’ouvre une nouvelle façon de voir, la foi devient lumière pour ses yeux.