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jeudi 2 novembre 2017

"Les particules élémentaires" - quand Houellebecq relit "le meilleur des mondes"



Je l’avais lu peu de temps après sa sortie, il fut bon de relire maintenant "les particules élémentaires" de Michel Houellebecq. Paru en 98. J’avais oublié l’essentiel, mais avais retenu les détails les plus marquants pour ma cervelle de post ado, les obsessions de Bruno, le collège, le camping, la marâtre, des conversations scientifiques que je ne comprenais pas. Tout prit sens et dimensions lors de cette seconde lecture récente. Les maux de notre temps exposés avec détresse et détachement, une tentative historico-romanesque de la description de l’état du désir et des individus à la fin du second millénaire, la fatigue désespérante d’être soi, d’être homme ; les absurdités et les malheurs de la vie moderne, notre meilleur des mondes, l’explosion de l’individualisme, la fin de la sortie d’une vie traditionnelle et le chaos en découlant. M'apparurent aussi les figures de femmes magnifiques comme Annabelle, Christiane malgré tout, la grand-mère. Le livre joue perpétuellement sur une ambiguïté, Houellebecq veut-il vraiment cette fin de l’humanité, cautionne-t-il cette plongée en enfer de l’individu qu’il accompagne avec tendresse ?

N’est-ce pas la pratique miséricordieuse du romancier qui accompagne son personnage jusqu’au bout sans le juger ? Houellebecq expose et va jusqu’au bout de ses limites sans exposer ce qu’il faudrait faire ou tenter de comptabiliser les péchés des uns et des autres.

Il me semble qu’un chapitre résume le livre mieux que tous les autres et je souhaiterai m’y arrêter. Il s’appelle "Julian et Aldous". Il se situe au centre du livre. Il décrit une conversation entre les deux demi-frères, héros du livre, Bruno et Michel. Ils discutent du "meilleur des mondes" et du destin et des pensées des frères Huxley. (revoir ici pour quelques souvenirs)

Il y a, je crois, une belle mise en abîme et un souci particulier donné à ce chapitre par l’auteur, au point qu’il me semble que Houellebecq nous donne la clé de son livre ou, au moins, son point de départ créatif.

Mise en abîme car, il nous est donné à voir chaque personnage du roman comme représentant d’un frère Huxley.
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Bruno, comme Aldous Huxley, n’est-il pas écrivain, autant contempteur du monde technique que tombant à pied joint dans tous les pièges sexuello-spirituelle ? Ces recherches personnelles sur la sexualité (pour ne pas dire son obsession), la religiosité new age. N’est-ce pas lui qui dans la conversation loue le livre d’Aldous Huxley en notant combien le monde ressemble ou veut tendre à ressembler à tout ce qu’écrit Aldous Huxley et combien notre époque est hypocrite en croyant s’en distancier et à regarder avec effroi le monde proposé. Ce frère Huxley fut parallèlement un des portes étendard de la culture hippie, libération sexuelle, religiosité hindoue, new age, désir de l’explosion de la potentialité personnelle par le développement personnel.

Michel, comme Julian Huxley est biologiste et artisan du meilleur des mondes par ses recherches et ses espoirs que son frère n’a fait que représenter dans "le meilleur des mondes", au départ avec jubilation et ensuite avec esprit semi-critique. Julian est le scientifique rationnel et le théoricien anthropologique de ce meilleur de monde.

Ces deux frères se retrouvent comme architectes de ce monde parfait. Michel et Bruno commencent à vivre dans ce monde parfait et même le réalisent. Dans ce chapitre au milieu du livre ils évoquent ces deux frères.

Ils portent le même constat que les frères Huxley, Il y a eu une transformation anthropologique lourde : la modernité et la séparation des éléments traditionnels de la vie, chaque humain tendant de plus en plus vers l’autonomie personnelle, les désirs sont libérés, le religieux n'a plus le même sens que par le passé, nous sommes passés à une situation où le "je" était le singulier du "nous" à une situation où le "nous" est devenu le pluriel du "Je" comme dirait Olivier Rey. Houellebecq ne développe ici, ni ne synthétise trop en détail cette mutation anthropologique.

De cette révolution naît le matérialisme et la science moderne, de chacun va naître l’individualisme et le rationalisme. Chacun de frères Huxley et de Michel et Bruno vont représenter une de ces branches, conséquences de cette mutation.

Les frères Huxley dans leur projet et l’anticipation, les demi frères Michel et Bruno dans l’exploration et la vérification de ces thèses. Tout en montrant que nous sommes tous plus ou moins trempés dans cette histoire.....

Je crois que le livre souhaite montrer trois choses. Premièrement que nous vivons une époque où deux frères jumeaux dominent. Ce que Bruno et Michel appellent le mouvement hippie, et la "démocratie sociale suédoise". Le premier représenté par Aldous Huxley et son livre "l’ile" (Dont Aldous parlera comme l'ultime chance donné au sauvage pour vivre hors du meilleur des mondes.) et le second représenté par Julian Huxley et l’image de ses recherches, le meilleur des mondes ; que notre monde est un gloubiboulga de ces deux perspectives opposées et jumelles, conséquences de la mutation anthropologique.

Il montre enfin que la vision hippie d’Aldous Huxley n’est pas viable à long terme. Selon Houellebecq, Aldous ne voit pas qu’en « libérant » l’homme et ses désirs, on installe une compétition infinie entre eux, ne créant ensuite vanité, rivalités, cruauté et malheur, notamment sur le plan sexuel et financier, le saupoudrage de religieux ne sert à rien, il reste la drogue et les antidépresseurs, logique finale du mouvement individualiste représenté par Bruno. Houellebecq est alors très convainquant, la pitié que nous inspire ce personnage et le monde qui s’y associe prend les tripes.

Enfin, il montre que le mouvement rationaliste est plus conséquent, la mutation peut enfin s’accomplir non pas par le mental mais par la génétique biologique chère à Julian Huxley. Il cerne comme toute tradition philosophie et religieuse, le danger des désirs humains et le contrecarrent… Les recherches de Michel sur la reproductibilité parfaite des brins d’ADN, permettent un homme immortel, mais ce n’est plus l’homme. Un homme sans sexualité, ni différenciation sexuelle, ni engendrement sexuel, sans désir, ni mortalité n’est plus un homme. Houellebecq semble aller au-delà de tout jugement, Il voit en Michel et son comportement rationaliste, dans les désirs de « démocratie sociale suédoise », le trans humanisme, le désir d’en finir avec l’homme, espèce tragique, sexuelle et passionnée. "Le meilleur des mondes" est notre avenir et nous le voulons. Tout désir de trouver un échappatoire est illusion. Le transhumanisme est la logique de l'évolution de la psyché humaine moderne.


Oui, je crois que le livre est résumé dans ce chapitre.

Je me souviens (je n’ai plus la source) d’une interview où Houellebecq montrait son mépris de la théorie mimétique de Girard qu’il ne comprenait pas, je crois. Pourtant, nous pouvons voir des grands points communs. Il ne voit pas le mécanisme mimétique et le lien entre perte du système traditionnel, individualisme et vanité, malheurs compétitifs. (alors qu’il est tout proche de l’exposer point par point…), ensuite pourtant, il voit tout à fait les mouvements sociaux dramatiques qui y succèdent.

Dans une situation de mutation anthropologique, Girard parle d’Apocalypse, quand il suit l’histoire du désir, c’est-à-dire, d’une situation de révélation où les hommes son face à leur propre violence et ont le choix entre l’autodestruction et la conversion au Christ, synonyme d’accueil de notre désir et de son juste objet. Houellebecq voit la cruauté et l’autodestruction dans la bêtise et la drogue mais il n’est pas aussi radical, le choix se fait dans l’abrutissement par la médication et le transhumanisme qui signifie la mort de l‘homme. Il travaillera plus tard sur le fondamentalisme, il s’interrogera sur l’art et les merveilles de l’amour homme femme, mais la rencontre du Christ ne s’est pas encore fait, son dernier livre (Soumission) pourrait presque s’appeler "comment je ne me suis pas converti au catholicisme malgré tous les chrétiens qui ne cessent de me rappeler que je devrais l'être…….."

C’est ce qui fait le désespoir lucide de Houellebecq, le monde est une souffrance déployée. Mais ses livres nous sont bouleversants et si nécessaires….
(Je recommande le livre de Maris sur Houellebecq (Houellebecq économiste) pour les plus curieux)


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prise de note au fil de la lecture du chapitre

mercredi 3 octobre 2012

Fabrice Hadjadj à l'Unesco - Quel transhumanisme ?

En 2011, l'église catholique a lancé un test, une campagne... (je ne sais comment appeler cet objet non identifié...) Le parvis des gentils. L'esprit est de revenir dans les discussions intellectuelles, de sortir un peu de l'église dans laquelle la société occidentale a contraint l'Eglise et de dialoguer, de dire finalement "nous avons notre mot à dire", discutons !

Un moment important de cette rencontre fut le lancement à l'Unesco. Sous le haut patronage de l'idée de dialogue interculturel, eu lieu cette rencontre très diplomatique d'apparence, polie, correcte, bien comme il faut. (le témoignage de Pavel Fischer à 1:25:30 ci dessous n'est pas dénué d'intérêt pourtant...)
C'est ici que Fabrice Hadadj apparaît. Et donne son discours. Qui par bien des aspects, doit sonner comme un coup de tonnerre. Je vous propose un résumé (peut-être trop long...)


1) Qu’est ce que je fous là ? Pour me montrer tolérant et bon dans le monde assoupi du protocole ? Je ne viens pas provoquer, mais je viens avec une question. La question de chaque homme. S’interroger sur les raisons de vivre… Avec au cœur ce paradoxe, ce désir d’amitié, de communion et ce savoir de la décrépitude humaine.
2) Ce questionnement est le propre de l’homme, Le singe n’est pas pantois devant la vie.  (De fait nous ne sommes pas à proprement parlé de grand singe) L’émergence de l’homme n’est pas du à son adaptabilité mais bien au contraire, c’est un grand inadapté qui se pose des questions. Peu d’instinct, il cherche le sens. Il veut un dépassement de la vie par son intensité,  dans la réussite de ses relations. Pascal : L’homme passe infiniment l’homme.
3) Ce questionnement sonne étrangement en cette période de crise anthropologique. Période unique où tout cri de retour à l’humanisme sonne creux. On ne peut pas fonder un humanisme sur l’homme. Car l’homme a besoin d’une espérance qui le dépasse. L’homme a besoin de raisons pour donner la vie et non pas continuer le cercle infini du pourrissement. L’homme cherche des raisons de vivre au delà de lui-même, une joie qu’il ne possède pas encore en plénitude. Comme dit Dante, l’homme est fait pour « transhumaner ».
4) Tiens ! Transhumanisme n’est il pas une notion développée par Julian Huxley, biologiste et premier directeur de l’Unseco , Mais le sens de ce mot pour les deux auteurs est très différent mais ces deux  possibilités expriment le choix de l’humanité actuelle. Or, le frère du fameux Aldous était eugéniste (« partie intégrante de la religion de l’avenir ») bien qu’il ait été antinazi et social démocrate.
Hadjadj ne veut pas faire son procès mais comprendre la globalité de l’idéologie présente. La rédemption de l’homme par la technique. Citation de Julian Huxley : « La qualité des personnes, et non la seule quantité, est ce que nous devons viser : par conséquent, une politique concertée est nécessaire pour empêcher le flot croissant de la population de submerger tous nos espoirs d’un monde meilleur. » Le better world de Julian et le Brave new world (le meilleur des mondes) sont proches. Homme vu comme un produit fabriqué à la chaîne où la déficience est éliminée.





















5) Comment donc accomplir cet appel au « trans » ? Par la technique et la manipulation génétique ? Par la culture, l’ouverture au transcendant ?  De ce fait, l’Unesco est ambiguë (comme son premier président) car elle travaille pour la culture mais comme instrument technocratique, elle ne pense que problèmes à résoudre et non mystère à reconnaître.
De toute façon, un transhumanisme où l’homme serait le producteur, en est ce vraiment un ? Et puis la merveille de l’homme est dans le mystère de sa présence étonnée (l’épiphanie de son visage) non dans sa performance.
6) Nous sommes à un moment dangereux donc car tout devient possible mais aussi la possibilité renouvelée d’accueillir notre humanité, l’élévation verticale de notre parole.
Le parvis des gentils (Dialogue croyants et non-croyant? Non, trop limité, seulement des hommes qui se rencontrent avec leurs questions.) invite (et donc les institutions catholiques) à réfléchir à la question de l’homme au moment où tous ces chemins sont face à nous. Et si possible de reconnaître que l’homme est d’abord un réceptacle qui rend grâce à la source mystérieuse.

Pour ceux qui veulent écouter : aller à 2:01:05 sur la vidéo (après Hadjadj, il y a aussi un témoignage de Jean Vanier)


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Transhumanisme.... Hadjadj semble dire que tous les hommes sont Pascaliens et proche de Dante, l'homme dépasse l'homme. Tous les hommes ressentent cette vocation. (Désir d'être dirait Girard ?) Une certaine modernité interprète ce désir par l'intermédiaire de la technologie et de la sélection humaine. elle veut résoudre le problème.(Unesco)
Est ce que toute résolution de ce problème par des solutions non transcendantes conduit à un inhumanisme (thèse de l'auteur) ?
L'auteur nous invite enfin à être des étonnés et non des technocrates...
Comment ne pas le suivre ?