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lundi 18 mai 2015

Girard, Kundera et Anatole France

Au cours d'une émission radiophonique dédiée à René Girard (émission intéressante qui fera certainement l'objet d'une future note.) la journaliste organise une rencontre entre René Girard et Milan Kundera, célèbre romancier franco-tchèque. La journaliste témoigne d'une complicité naturelle. 
C'est évident. Mais, ici-même, sur quoi se base leur entente ?

-La justesse et le réalisme de la dimension mimétique du désir et de la recherche du bouc-émissaire
-On ne comprend bien la politique que quand nous en sommes vraiment extérieur... Les romanciers le sont suffisamment pour nous éclairer en fin sur l'au delà de la politique. 
-Car l'art du roman est anthropologie, science totale de l'homme. Honneur de l'occident qui tend à l'oublier. 
-Les romans sont les vrais sources historiques et non les archives... Faulkner dit bien plus sur l'apartheid du sud des USA que les archives journalistiques ou historiques de l'époque...
Kundera note, enfin, qu'il y a peu de livres sur la révolution française et que ceux ci sont peu plébiscité par les médias et les librairies en ces temps de bicentenaire. Il évoque alors son intérêt pour le livre d'Anatole France, les dieux ont soifs. Girard et Kundera se retrouvent alors sur ce livre et lui rendent un hommage. Non, les vrais romans ne sont jamais avec la révolution. Anatole France  est poussé par le génie littéraire contre sa propre pensée politique....

Les romans sont les pensées des auteurs bien plus que toutes leurs interviews ou lettres. La vie des écrivains n'est pas le dernier mot sur leurs livres, bien au contraire...

Dans ces passages, Girard avoue qu'il aurait rajouté Kundera dans Mensonge romantique et vérité romanesque (ainsi que Virginia Woolf) s'il l'avait connu plus tôt. Il pense alors particulièrement à la description par Kundera du réflexe romantique de l'homme moderne pensant l'homme bon et recherchant les autres le rendant mauvais...

Au final, c'est une interview émouvante entre deux génies, toute simple, la reconnaissance du roman comme ce qui nous guide sur le chemin de l'énigme humaine
Les choses importantes ne sont elle pas simples...

Pour ceux qui veulent aller plus loin, je conseille le merveilleux livre d'Anatole France Les dieux ont soif sur la  révolution français d'un point de vue incarné et anthropologique et enfin un livre que je n'ai pas lu, the book of imitation and desire de Trevor Merill, livre sur Kundera lu à partir des travaux de Girard.












Plus bas, petite retranscription sauvage.

samedi 1 juin 2013

Jacques Brel en 2003

Kundera a écrit un beau livre sur les testaments trahis... Sur ces grands auteurs dont les plus beaux écrits, les plus pures diamants de leur pensée ont été trahis par ceux qui se représentaient comme les disciples directs. Il donne des exemples concrets et met à l'honneur la vertu de la fidélité envers les testaments. 

C'est en pensant à ce livre souvent que j'écoute les 5 dernières chansons de Brel, révélées en 2003 qui auraient pu faire partie de son dernier album mais que Brel ne jugeait pas assez travaillées ou bien insuffisamment parfaite. 

La divulgation de celles-ci est peut être le fruit d'une trahison de testaments....
Et pourtant... 
je les trouve merveilleuses et apportent beaucoup à l’œuvre de cet artiste. Un résume efficace.
Brel est un auteur unique pour scruter le drame humain. Si nous pouvons trouver en lui des œuvres heureuses, elles sentent la naïveté de sa jeunesse. Comme si son génie des œuvres pessimistes et dramatiques avaient été creusé à la hauteur de ses espoirs les plus fous. (Brel a avoué des cycles maniaco depressifs...) 
Nous retrouvons donc dans ces cinq chansons beaucoup de son génie. Un équilibre incroyable entre la mélodie et les paroles. La sensation d'une force qui va. Un partage d'émotion noble et de sensations subtiles portées par l'intensité du bonhomme qu'il arrive à rendre universelle.

 L'apprentissage de la défaite et de l'inadaptation humaine à la vie qui le dépasse (Mai 40), Les drames amoureux entre un homme et une femme. Là ou tout n'était qu'espérance et enthousiasme, il n'y a plus que méfiance, malentendu et violence. (l'amour est mort, sans exigence). 
Puisque la condition humaine est absurde et l'amour un concentré de désillusions, il nous reste deux solutions, le stoïcisme de l'homme bien élevé (avec élégance) ou bien la voile (révélateur de la beauté de la création et de la folle liberté humaine) alliée a l'intuition chrétienne (La cathédrale... vestige de notre enfance, siège de nos déceptions et de nos espoirs...)

Merci Grand Jacques....