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lundi 17 juin 2013

Limbo - Bernard Wolfe

Limbo 1952 Bernard Wolfe

Humour, profondeur, fausse science fiction, vrai conte de sagesse, roman apocalyptique. Enthousiasmant, fou et important.
Attention au rouleau compresseur.....

Histoire
Nous sommes dans les années 70. Mais ce n'est plus vraiment notre monde... La seconde guerre mondiale s'est renouvelée sur une guerre froide devenu chaude entre le bloc communiste et américain. Ce fut une guerre atomique provoquant une destruction mondiale auquel il y eut peu de survivant.
Mais au début de l'histoire, nous savons peu de choses car nous accompagnons le docteur Martine. C'est un déserteur de cette guerre, il a trouvé refuge depuis 20 ans dans une île de l'océan indien. il a refait sa vie auprès de la tribu de cette île. Il se permet des expérimentations sur le cerveau des hommes afin de réduire leur agressivité et de réduire la violence. Isolé sur son île auprès de sa femme, il a abandonné le monde dont on ignore encore l'évolution post drame atomique. Nous établissons rapidement un lien amical avec le docteur, humour, intelligence, chercheur scientifco-psychologique sur la drôle machine humaine. il promène une conscience mi cynique mi passionnée sur les hommes en général et leur incompréhensible violence et cervelle.

Mais le monde extérieur le rattrape, il décide de revenir à lui. C'est donc avec son regard scientifique que nous revenons vers notre monde post apocalyptique.
Nous découvrons un monde où une nouvelle philosophe s'est élaborée grâce à un livre d'un jeune homme pendant la guerre qui a été interprété par l'actuel "président" du monde de l'ouest. Pour arrêter la violence, il faut des êtres démobilisés, et donc immobilisées. Les hommes sont invités à s'amputer progressivement  de leurs membres, bras et jambes. Il faut faire attention au "rouleau compresseur", à la violence humaine emportant tout. Mais face à se système, les amputés ont accès à des prothèses puissantes, les amputés volontaires deviennent l'aristocratie de cette société sacrifiant ses membres pour obtenir un système sacro-technico-biologique. Petit à petit, notre docteur Martine découvre que ce sont ses propres pensées qui ont défini ce nouvel ordre, orchestrées par son camarade Theo devenu "président" (dont pourtant il se moquait ouvertement dans ses propres textes devenus saints...) plein de bonne volonté mais trahissant la subtilité du message de son carnet de bord qui n'était qu'ironie, humour et désespoir caché.
Mais entre les jusqu'au-boutistes refusant toute prothèse et les tenant de l'ordre, le docteur observera ce monde replonger dans la violence contre le bloc de l'est (Lors de jeux olympiques des amputés prothèses ..) et se détruire. La rivalité, la lutte pour de la matière première et la recherche scientifique restant exacerbés même dans le sacrifice de membres. Le docteur revient sur son île. Il veut aimer véritablement sa femme et abandonner ses recherches sur le cerveau, négatif de la société des amputés et signe de l'ambivalence irrépressible de l’être humain.


Testaments trahis, Violence

Ici la science fiction est utilisé pour mieux parler de l'homme et de la problématique de la violence. En créant un monde parallèle qui aurait pu exister, Bernard Wolfe veut nous faire toucher du doigt la problématique de la violence. Que se passe t il après l'apocalypse ? L'apocalypse de nouveau... Comment contenir la violence humaine ? Quel sacré ? Bernard Wolfe expulse complètement les religions mais c'est pour mieux revenir à la question du sacré. qu'est ce qui fonde une société ? qu'est ce qui est inconnu aux hommes mêmes qui la composent  ? Wolfe imagine une société qui semble répondre à la question apocalyptique (que font les hommes quand ils ont rendez-vous avec leur propre violence ?) par une illusion commune. Derrière la réponse humaniste de Théo inspirée par l'oeuvre du docteur, et la volonté de couper la racine du mal de la violence, la démarche violente et rivalitaire de l'homme continue. Ce qui était sacrifice du bouc émissaire de l'humanité représentée par ses membres agissants se cachait un suicide collectif et un nouveau sacré.

Tout humanisme cache un sacré, et tout idéal individuel (Marx, Jésus, docteur Martine....) sera trahi. La fin du livre sonne très personnelle. Il faut arrêter d'écrire (c'est le seul roman de Wolfe qui continuera d'écrire encore que quelques nouvelles) et aimer ses proches, c'est à dire sacrifier un peu de son soi pour eux.

Ecrit en 52, la correspondance avec l'oeuvre de René Girard est incroyable, la structure sacrée des sociétés, la rivalité, l'invitation chrétienne (ici non définie mais exprimée malgré tout), la reconnaissance de nos temps apocalyptiques, la moquerie de tout humanisme et surtout cette alternative humaine entre le suicide collectif sacré ou le sacrifice chrétien.

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Quelques extraits